Épître aux Romains
F.
B. Hole
Introduction
Dès les premiers versets, l’évangile de Dieu nous est présenté comme le
grand sujet de l’épître aux Romains. Celle-ci se divise tout naturellement
en trois parties:
1. L’évangile pleinement révélé, et exposé avec méthode, pour l’instruction
des croyants (chap. 1 à 8).
2. Les voies de Dieu envers les hommes par l’évangile envoyé aux Gentils, et
comment elles se concilient avec les voies divines antérieures, qui étaient
exclusivement envers Israël (chap. 9 à 11).
3. Instructions et exhortations relatives à la conduite de ceux qui ont reçu
l’évangile (chap. 12 à 16).
Proclamer l’évangile à des hommes pécheurs est une chose; le présenter en
détail pour l’affermissement des saints en est une autre. La première est
l’œuvre de l’évangéliste, la seconde, celle du docteur. Si nous voulons
entendre Paul annoncer l’évangile, que ce soit aux Juifs ou à des païens,
ouvrons le livre des Actes. Si nous désirons être introduits par l’apôtre
dans la plénitude et la puissance glorieuse de l’évangile, lisons l’épître
aux Romains.
Chapitre 1er
Ainsi nous trouvons dès les premiers mots de l’épître un bref résumé de
l’évangile. Jésus Christ, le Fils de Dieu, notre Seigneur, en est le thème
principal, et cela particulièrement en tant que celui qui est ressuscité
d’entre les morts. Il vint ici-bas véritablement comme homme, de sorte que,
sous cet aspect, il était la semence de David. Mais il n’était pas
simplement cela; il y avait en effet un autre côté, ce qu’il était, non pas
«selon la chair», mais «selon l’Esprit de sainteté». Il était le Fils de
Dieu, en puissance, et la résurrection des morts l’a proclamé, qu’il se soit
agi de sa propre résurrection ou du fait qu’il détenait la puissance de la
résurrection alors qu’il était encore sur la terre.
De ce même Fils de Dieu tout-puissant, Paul avait reçu son apostolat et la
grâce pour l’accomplir, car il avait été mis à part pour proclamer la bonne
nouvelle. La portée de ce message n’était pas limitée, contrairement à ce
qui avait caractérisé la loi. L’évangile s’adressait à toutes les nations;
et sa réception, par l’obéissance de la foi, révélait ceux qui étaient des
appelés de Jésus Christ. Tels étaient les Romains auxquels l’apôtre
écrivait.
L’apôtre connaissait évidemment plusieurs des saints qui vivaient à Rome,
venus sans doute des contrées situées plus à l’est; mais jusqu’à ce moment,
il n’avait pas visité personnellement la grande métropole; d’où la teneur
des versets 8 à 15. Ces croyants jouissaient d’une bonne renommée; Paul
désirait ardemment les voir et le demandait dans ses prières, toutefois il
en avait été empêché jusque-là. Il souhaitait qu’ils soient parfaitement
affermis dans la foi par la communication qu’il pourrait leur faire de biens
spirituels quant à leur nature. Au verset 12, il précise sa pensée: les dons
devaient se manifester par l’édification mutuelle dans la foi, plutôt que
par la démonstration de grandes capacités personnelles, de puissances
miraculeuses, et d’autres choses semblables. La piété prime les dons.
Le verset 15 laisse entrevoir que les croyants à Rome n’avaient pas encore
tous entendu l’évangile révélé dans sa plénitude, tel que Paul avait la
mission de le présenter. Aussi, puisque le Seigneur l’avait spécialement
chargé d’annoncer l’évangile aux Gentils, il se sentait leur débiteur. Il
était prêt à s’acquitter de cette obligation; et comme il avait été empêché
de se trouver personnellement au milieu d’eux, il le ferait par lettre.
Mais l’évangile était un objet de mépris. Il l’a toujours été, dès les
premiers jours; pourtant l’apôtre n’éprouvait pas la moindre honte à son
égard, à cause de sa puissance. Il suffit qu’un homme, juif ou d’entre les
nations, le reçoive, pour qu’il se manifeste comme étant la puissance ou
l’énergie de Dieu en salut pour lui. Il en est exactement de même
aujourd’hui. En théorie, les hommes peuvent ridiculiser l’évangile, mais
seul celui qui s’obstine dans son aveuglement peut nier sa puissance, plus
évidente encore quand ceux qui croient ont connu les profondeurs d’une vie
dépravée.
Remarquez qu’il s’agit de la puissance de Dieu, parce que la justice de Dieu
y est révélée. Nous nous trouvons placés ici devant une vérité de toute
première importance:
il n’y a pas de salut
indépendamment de la justice;
aucune personne honnête ne voudrait d’ailleurs qu’il en soit autrement.
Mais assurons-nous d’avoir bien compris le sens du verset 17. La
«justice de Dieu... révélée»
est en contraste avec la loi, dont le trait caractéristique était la justice
exigée de l’homme.
La justice de l’évangile est «sur le principe de la foi» — ou par la foi. La
justice que la loi exigeait des hommes devait être par (ou, sur le principe)
des œuvres. La justice de Dieu, révélée par l’évangile, doit être atteinte
par la foi. Et de plus, l’évangile révèle la justice de Dieu pour la foi,
tandis que tout ce que la loi apportait est révélé à la vue. La première
mention du mot «foi» est opposée aux œuvres; la seconde, à la vue.
Le livre d’Habakuk contient une prophétie qui trouve son accomplissement
dans l’évangile: «Le juste vivra de foi». La préposition traduite ici par
«de» est exactement la même que celle rendue par «sur le principe de» que
nous venons de voir. La source de cette justice n’est pas des œuvres, mais
la foi.
Ainsi donc, l’évangile révèle
la justice de Dieu,
et se manifeste comme étant
la puissance de Dieu
en salut, mais derrière celle-ci, comme un sombre arrière-plan, se dresse
la colère de Dieu,
dont parle le verset 18. Aujourd’hui, la justice et la puissance s’unissent
pour le salut du croyant. Dans le jour à venir, elles s’uniront pour ajouter
la terreur à la colère de Dieu. La colère n’est pas encore exécutée, mais
elle est révélée comme venant du ciel contre toute la méchanceté de l’homme,
sans distinction, qu’il s’agisse d’un mal manifeste ou du mal plus subtil de
ceux qui «possèdent la vérité tout en vivant dans l’iniquité», comme les
Juifs, par exemple, l’ont fait.
À partir de là, l’apôtre va montrer que tous les hommes sont perdus, sans
espoir, et exposés au jugement et à la colère de Dieu. Il considère d’abord
— depuis le verset 19 et jusqu’à la fin du chapitre 1 — le cas des barbares
qu’il avait mentionnés au verset 14. Ces hommes avaient au moins le
témoignage de la création, qui attestait la puissance éternelle et la
divinité du Créateur et les rendait inexcusables.
Nous trouvons ici le passage qui traite le problème délicat de la
responsabilité des païens. Qu’en est-il des païens? — combien de fois cette
question ne revient-elle pas! Certains faits ressortent très clairement.
1. Ces peuplades, maintenant païennes, ont
une fois connu Dieu.
Les hommes n’ont pas passé du polythéisme au monothéisme, comme certains
rêveurs aimeraient nous faire croire, mais l’inverse. Quittant la lumière,
ils se sont enfoncés dans les ténèbres. Au début, ils ont «connu Dieu» (v.
21), mais ils «n’ont pas eu de sens moral pour garder la connaissance de
Dieu» (v. 28).
2. La cause fondamentale de leur chute réside dans leur refus de rendre à
Dieu la gloire qui lui était due, parce qu’ils voulaient se faire passer
pour sages eux-mêmes, comme le montrent les versets 22 et 23. Ainsi,
l’orgueil
était la racine, et Dieu a permis qu’ils deviennent fous.
3. Leur descente a été
graduelle.
D’abord de vains raisonnements, puis une intelligence obscurcie, une
idolâtrie grossière, suivie de péchés atroces qui les firent tomber en
dessous du niveau des bêtes. Chaque génération surpassait les folies des
précédentes, cautionnant par là les déviations antérieures.
4. Ils sont parvenus à une telle condition sous
le gouvernement de Dieu.
À
trois reprises, nous rencontrons la phrase (avec de légères variations):
«Dieu les a livrés à..».. Si les hommes refusent de penser à Dieu et
l’abandonnent, qu’ils ne se plaignent pas d’être abandonnés par lui. Et
s’ils se détournent de Dieu, et par conséquent du bien, ils se trouvent
naturellement livrés à tout ce qui est mauvais et dégradant. Il y a une
justice ironique au sujet du gouvernement de Dieu.
5. Point final de cette terrible tragédie: ils savent qu’ils agissent mal et
méritent la mort et, pourtant, non seulement ils persistent, mais ils sont
complètement fascinés par leurs mauvaises actions.
Ils
s’y complaisent
à un tel point qu’ils trouvent leur plaisir en ceux qui pèchent de la même
manière qu’eux.
Si nous laissons vraiment cette image effroyable de la corruption humaine
s’imprimer sur nos esprits, nous n’éprouverons aucune peine à souscrire au
verdict divin selon lequel ils sont tous
«inexcusables»
(v. 20).
Chapitre 2
Il y a dix-neuf siècles, le monde païen comptait plusieurs peuples hautement
civilisés. L’apôtre Paul savait que, quant à l’évangile, il était débiteur
autant du Grec qui était sage que du barbare qui ne l’était pas. Au début du
chapitre 2, nous le voyons se tourner de l’un vers l’autre. Son style
devient très imagé. C’est presque comme si, arrivé à ce point, l’apôtre
s’imaginait avoir en face de lui un Grec hautement cultivé et raffiné,
approuvant pleinement sa dénonciation des énormités commises par les pauvres
barbares. Il fait alors volte-face et accuse hardiment son interlocuteur de
se livrer d’une manière subtile exactement aux mêmes choses qu’il a
condamnées dans leurs formes plus grossières chez le barbare. Ainsi lui
aussi est inexcusable devant Dieu, car en jugeant les autres, il se
condamnait lui-même.
Sous le terme «Grec», l’apôtre regroupait tous les peuples qui, à cette
époque, avaient été éduqués et formés sous l’influence de la culture
grecque. Le Romain lui-même était compris sous cette appellation.
Extérieurement, il s’agissait de personnes instruites, intelligentes, et qui
aimaient argumenter. Dans les onze premiers versets de ce chapitre, Paul
raisonne avec elles sur la justice et le jugement à venir; et où
trouverez-vous un texte qui puisse rivaliser avec ce passage incisif, concis
et puissant?
Les Grecs avaient un certain code de moralité extérieure. Ils aimaient la
beauté et la force et soignaient leur corps à cet effet. Cela seul les
préservait des excès mortels auxquels se livraient les barbares. Pourtant,
ils savaient se laisser discrètement aller, pécher avec science. Notre
époque porte le même caractère. Un slogan du monde actuel pourrait être le
suivant: «Ne vous livrez pas à des péchés grossiers et évidents, péchez avec
art». Dans de telles circonstances, il est très facile de se tromper
soi-même, très facile de s’imaginer que, pour être à l’abri du jugement de
Dieu, il suffit d’approuver en théorie les choses bonnes et d’éviter les
manifestations grossières de mal.
Remarquez trois étapes de l’argumentation de Paul:
1. «Le jugement de Dieu est
selon la vérité»
(v. 2). Vérité signifie réalité. Aucune fausseté ne tiendra dans la présence
de Dieu, mais toute chose sera manifestée telle qu’elle est. Une triste
perspective pour le Grec dont les vertus étaient superficielles.
2. Il y a aussi «la révélation du
juste
jugement de Dieu» (v. 5). Un misérable criminel peut voir étalée au grand
jour la vérité sur son crime et pourtant échapper à la condamnation si le
président du tribunal est incompétent ou injuste. Les jugements divins sont
justes et selon la vérité.
3. «Il n’y a
pas d’acception de
personnes
auprès de Dieu» (v. 11). Aujourd’hui, dans certains pays, l’acception de
personnes permet au criminel notoire d’échapper à la poursuite. Le
favoritisme fait son œuvre, ou d’autres influences derrière la scène, même
la corruption peut intervenir, et le malfaiteur échappe au châtiment qu’il
mérite. Il n’en sera jamais ainsi avec Dieu.
Il n’existe donc aucune échappatoire pour le pécheur raffiné ou le simple
moraliste. En fait, un tel homme subira, semble-t-il, une condamnation plus
sévère. Sa connaissance même augmente sa culpabilité, car la repentance est
le but vers lequel la bonté de Dieu voudrait le pousser, mais, dans la
dureté de son cœur, il méprise la bonté de Dieu et amasse ainsi pour
lui-même la colère.
Les versets 6 à 11 présentent une difficulté à certains esprits par le fait
qu’on n’y trouve nulle mention de la foi en Christ. En lisant le verset 7,
par exemple, on dit: «Voilà! Ainsi, après tout, vous n’avez qu’à persévérer
dans les bonnes œuvres et rechercher le bien, et vous aurez la vie éternelle
à la fin». Mais il suffit de poursuivre la lecture pour découvrir qu’il n’y
a personne qui fasse le bien ou le recherche, sinon celui qui croit en
Christ.
Le motif du jugement devant Dieu, ce sont
nos œuvres.
Quiconque croit réellement au Sauveur est au bénéfice du salut et a, par
conséquent, la puissance de faire le bien et d’y persévérer. En outre, le
but même de la vie d’un tel homme est changé, et il se met à chercher la
gloire et l’honneur et cet état d’incorruptibilité qui sera nôtre à la venue
du Seigneur. D’autre part, il y a tous ceux, trop nombreux, qui, au lieu
d’obéir à la vérité en croyant à l’évangile, restent esclaves du péché.
Leurs œuvres recevront une condamnation bien méritée au jour du jugement.
À ce point de l’argumentation, quelqu’un pourrait être tenté de dire:
«D’accord, mais, contrairement au Juif, tous ces hommes n’ont jamais eu
l’avantage de connaître la sainte loi de Dieu. Est-ce juste de les condamner
de la sorte?» Conscient de cela, Paul a ajouté les versets 12 à 16. Il
établit que ceux qui ont péché sous la loi seront jugés par la loi au jour
où Dieu exercera le jugement par Jésus Christ. Tandis que ceux qui ont péché
sans posséder la lumière de la loi ne seront pas tenus responsables de cette
lumière; néanmoins,
ils
périront.
Vous remarquerez que les versets 13 à 15 constituent une parenthèse. Pour
comprendre la pensée, il faut passer du verset 12 au verset 16.
La parenthèse nous montre que de nombreuses choses défendues par la loi
étaient d’une nature telle que les hommes savaient, dans leur cœur, qu’elles
étaient mauvaises, sans l’existence d’aucune loi. Et de plus, les hommes
étaient avertis par la voix de leur conscience, même s’ils n’avaient pas
connaissance de la loi de Moïse. Où que vous alliez, vous trouverez que les
hommes, les plus dégradés également, ont un certain degré de lumière ou
d’instinct naturels relativement à ce qui est bon ou mauvais. Ils ont aussi
une conscience et des pensées qui accusent ou excusent. Ainsi, il y a un
motif de jugement contre eux, en dehors de la loi.
Lorsque Dieu jugera les hommes par Jésus Christ, il y aura un troisième
motif de jugement. Non seulement
la conscience naturelle
et
la loi,
mais aussi «selon
mon évangile».
Le jugement ne sera pas exécuté avant que le témoignage de l’évangile dans
sa plénitude ait été rendu. Ceux qui seront jugés et condamnés comme ayant
été sous la lumière de l’évangile le seront bien plus sévèrement que ceux
qui seront condamnés pour avoir été dans la lumière de la loi ou de la
conscience. Et dans ce jour, les
secrets
des hommes seront jugés, bien que leur condamnation sera en raison de leurs
œuvres.
Oh! quel jour que celui du jugement! Puissions-nous être profondément
impressionnés par les terreurs qui l’accompagneront. Mettons toute notre
énergie à ce que quelques-uns au moins n’aient pas à le connaître.
Après s’être occupé du barbare et du Grec, et avoir prouvé qu’ils sont l’un
et l’autre inexcusables et exposés au jugement de Dieu, l’apôtre se penche
maintenant sur le cas du Juif. Il poursuit jusqu’à la fin de ce chapitre 2
dans le style imagé qu’il a adopté dès le début. Il porte son regard sur un
Juif, comme auparavant il avait considéré un Grec et, au verset 17, il se
tourne de l’un vers l’autre.
Le Juif possédait non seulement le témoignage de la création et de la
conscience naturelle, mais aussi celui de la loi. La loi lui donnait une
connaissance de Dieu et de sa volonté, qui le plaçait bien au-dessus de tous
les autres en matière de religion. Mais il commettait une grave erreur. Il
traitait la loi comme un objet de vanterie et, par conséquent, elle servait
à nourrir son orgueil. L’apôtre dit: «Tu te reposes... sur la loi, et... tu
te glorifies en Dieu». Le Juif ne réalisait pas que la loi lui était donnée,
non pas pour qu’il se repose sur elle, mais afin qu’il la mette en pratique,
comme une
mise à l’épreuve.
Ce test lui est appliqué à partir du verset 21 et jusqu’à la fin du
chapitre. Il en sort avec une réputation complètement détruite. Certes, il
avait la forme de la connaissance et de la vérité dans la loi, mais tout
cela agissait comme une épée à deux tranchants. Il s’était tellement employé
à tourner la lame affilée de la loi contre les autres qu’il avait
complètement oublié de se l’appliquer à lui-même. Il la considérait pour les
autres comme un modèle, un fil à plomb ou un niveau, mais pour lui-même, il
la prenait comme une parure personnelle, une plume à piquer sur son chapeau.
Ne soyons pas du tout surpris de son comportement, car c’est ce que nous
faisons tous par nature. Nous nous glorifions de nos privilèges, et nous
oublions les responsabilités qui s’y rattachent.
Chacune des questions des versets 21, 22 et 23 est comme un coup d’épée. Les
Juifs devaient plaider coupables pour toutes les accusations qu’elles
comportent. Ils possédaient certes la loi, mais en la transgressant, ils
déshonoraient Dieu qui l’avait donnée. En fait, leur culpabilité était si
flagrante que les nations, voyant les Juifs, blasphémaient Dieu dont ils
étaient les représentants.
Devant un tel état de choses, il ne servait à rien aux Juifs d’invoquer le
fait qu’ils étaient le peuple circoncis de Dieu. L’argumentation contenue
dans les versets 25 à 29 est très importante. Simple signe extérieur, la
position officielle n’est pas ce qui compte devant Dieu; elle ne redresse
pas ce qui est faux. Dieu apprécie ce qui est à l’intérieur. Il regarderait
à celui qui obéit, même s’il s’agissait d’un incirconcis d’entre les
nations. Dieu rejetterait le désobéissant, même s’il s’agissait d’un Juif
circoncis.
Chapitre 3
Paul savait bien que les Juifs jugeraient ces propos absolument
inadmissibles et qu’ils l’accuseraient avec véhémence de déprécier et de
rejeter tout ce que Dieu avait fait en appelant Israël à sortir d’Égypte
pour être son peuple. D’où les questions qu’il soulève dans le premier
verset du chapitre 3. La réponse de l’apôtre est qu’il y avait un grand
avantage à être juif et cela principalement, parce que le Juif avait la
parole de Dieu.
Faisons ici une application pour le temps présent. La chrétienté occupe
aujourd’hui la position privilégiée qui appartenait autrefois au Juif.
Naître et être élevé dans un pays «chrétien» représente un avantage
incontestable, mais lié en même temps à de très grandes responsabilités. De
plus, il faut reconnaître avec tristesse que les péchés horribles de la
chrétienté ne font que pousser les païens à blasphémer. L’inconverti qui
professe la religion chrétienne sera jugé selon le niveau élevé dont il
s’est prévalu; il mérite par conséquent un jugement plus sévère.
Aujourd’hui, les oracles de Dieu comprennent non seulement l’Ancien
Testament, mais aussi le Nouveau, pas seulement la parole de la loi de Dieu,
mais aussi la parole de sa grâce. Toutefois, arrêtons-nous spécialement sur
le mot
confié.
Autrefois, les oracles de Dieu avaient été confiés aux Juifs; aujourd’hui,
l’Église en a la garde. Telle est sa vraie position. L’Église
ne
produit pas
les oracles; contrairement à ce que plusieurs affirment faussement, elle
n’est pas davantage la seule qui soit autorisée à les
enseigner;
elle n’en est que le dépositaire. Les oracles lui sont confiés afin que par
eux le Saint Esprit puisse l’instruire.
Au début du chapitre 3, il n’est question que du Juif et de la loi. L’apôtre
connaissait bien les raisonnements subtils avancés par les esprits
judaïsants. Il avait aussi conscience des rapports calomnieux que ces gens
faisaient circuler au sujet de son enseignement. D’où sa déclaration des
versets 3 à 8. Paul établit tout à fait clairement que l’incrédulité
humaine, quelle que soit son ampleur, ne peut pas annuler ou changer ce que
Dieu a dit. «La fidélité de Dieu», c’est évidemment
tout
ce que Dieu a révélé,
afin que l’homme le reçoive par la foi.
De plus, Dieu dans sa suprématie est tellement au-dessus de la méchanceté et
de l’incrédulité de l’homme qu’il sait les transformer finalement en une
sorte de sombre arrière-plan sur lequel il fait briller l’éclat de sa
justice et de sa vérité. Cela le compromet-il de quelque manière que ce
soit, ou Dieu deviendrait-il injuste quand il juge le pécheur? En aucun cas;
cela ne fournit pas non plus la moindre excuse à ceux qui voudraient en
tirer prétexte pour continuer à faire le mal, en disant: «Si ma méchanceté
peut ainsi contribuer à servir la gloire de Dieu, il faut que j’accomplisse
plus de mal». Le jugement de tels hommes sera certain et juste.
Qu’en est-il donc? Assurons-nous d’avoir bien compris. La question est
soulevée au verset 9. La situation est la suivante: Bien que le Juif ait eu
certains grands
avantages
comparativement au Gentil, il n’était
pas meilleur
que lui. L’apôtre l’avait prouvé plus haut, spécialement au chapitre 2. Tant
le Juif que le Gentil sont «sous le péché». Toutefois, dans le cas du Juif,
l’apôtre n’allait pas se contenter de le prouver par un raisonnement. Il
place maintenant son interlocuteur directement devant ses propres Écritures.
Au début du verset 10, nous lisons: «Selon qu’il est écrit». Et, jusqu’à la
fin du verset 18, nous trouvons une série de citations; cinq sont tirées des
Psaumes et une d’Ésaïe, soit six au total. Elles décrivent d’une manière
complète l’état véritable dans lequel l’humanité est tombée.
La première citation (v. 10-12) est un passage qui revient deux fois dans
les Psaumes (14 et 53). Sa répétition souligne sans doute le poids immense
des affirmations qu’il contient, et l’importance de ne les ignorer en aucun
cas, même si, en raison de leur nature, nous serions très tentés de le
faire. Cette citation contient six déclarations d’un caractère général,
étendu et complet. Quatre d’entre elles sont négatives et deux, positives.
Quatre fois nous trouvons «personne» ou «pas un» et deux fois «tous».
Acceptons l’accusation qui ne ménage personne.
Le premier chef d’accusation est le suivant:
point de juste,
non pas même un seul. Nous sommes tous compris dans cette déclaration. Elle
est comme un filet, si imprévisible qu’il prend tout le monde, si solide que
même le plus petit poisson ne peut trouver une déchirure qui lui permette de
s’échapper. Pas un seul d’entre nous n’est juste dans ses relations avec
Dieu.
Un esprit contestataire répondra peut-être: «Cela paraît exagéré. Et même si
c’était vrai, l’homme est une créature intelligente. Il suffit de lui parler
pour qu’il redresse la situation». Mais le second chef d’accusation constate
qu’il n’y a
personne qui ait de
l’intelligence
pour comprendre son état d’injustice. Les hommes sont incapables de sonder
leur état ou même une fraction de celui-ci. Cela aggrave considérablement la
situation.
«Ah! bien,» poursuit le contradicteur, «si l’intelligence de l’homme est
dévoyée, il y a ses instincts et ses sentiments. Ceux-ci sont tout à fait en
ordre et, pour autant qu’il s’y conforme, ils le conduiront certainement à
Dieu». Mais le troisième chef d’accusation nous arrête:
il
n’y a personne qui recherche Dieu.
Est-ce vraiment exact? Certainement. Que recherche l’homme alors? Nous le
savons tous, n’est-ce pas? Il cherche à se satisfaire lui-même, à se mettre
en avant, à se glorifier. Par conséquent, il poursuit l’argent, le plaisir,
le péché. Ce qu’il recherche lorsque la puissance de Dieu a touché son cœur
est une autre chose. Ici il s’agit de ce qu’il poursuit selon sa nature
déchue, et en dehors de la grâce de Dieu.
L’état
de l’homme est mauvais. Son
esprit
est mauvais. Son
cœur
est mauvais. Ce troisième point conclut le sujet et scelle la condamnation
de l’homme, montrant qu’il n’y a pas de possibilité de guérison
en
lui-même.
Les trois chefs d’accusation du verset 12 découlent de cela. Ils se sont
tous détournés. Même en se mettant ensemble, ils se sont tous rendus
inutiles; exactement comme vous pouvez ajouter par milliers les zéros aux
zéros, la somme en reste toujours égale à zéro. Enfin, toutes les œuvres de
l’homme, de même que toutes ses voies sont mauvaises. Il peut accomplir une
masse de choses qui, à première vue, paraissent très belles. Mais elles sont
toutes mauvaises parce qu’elles partent d’un motif entièrement mauvais.
Aucune œuvre n’est bonne, sinon celle qui a pour source la recherche de Dieu
et de ses intérêts. Or c’est là précisément ce que l’homme ne recherche
jamais; il s’occupe plutôt de ses propres intérêts comme nous venons de le
voir.
Il est très frappant de retrouver les mots «pas même un seul» à la fin du
premier et du dernier chef d’accusation. Ils ont été traduits par «non pas
même un seul... il n’y en a pas même un seul», ce qui est peut-être encore
plus saisissant. Eh bien, que de telles affirmations puissent parler à
chacun de nos cœurs! Nous ne voulons pas supposer que le lecteur chrétien
ait l’intention de contester l’accusation (s’il le faisait, nous douterions
aussitôt de son christianisme), mais nous sommes persuadés que beaucoup
d’entre nous ont accepté et lu ces paroles sans réaliser pleinement l’état
de ruine qu’elles révèlent, un état irrémédiable sans la grâce de Dieu. Il
est extrêmement important que nous en prenions conscience, car si nous ne
diagnostiquons pas correctement le mal, nous n’apprécierons jamais le remède
à sa juste valeur.
Mais l’objecteur a peut-être encore quelque chose à dire. Il se plaindra que
ces six affirmations sont d’une nature générale et nous rappellera que
lorsque les hommes de loi ont à traiter un cas faible, ils se livrent à une
quantité de déclarations de portée générale afin d’éviter de devoir en venir
aux détails. Une telle personne est tout de suite arrêtée par les versets 13
à 18, où les détails sont donnés. Ceux-ci se rapportent à six membres du
corps humain: le gosier, la langue, les lèvres, la bouche, les pieds et les
yeux. C’est dans le corps que l’homme pèche, et les actes accomplis dans le
corps seront jugés en un jour encore à venir. Remarquez que, parmi les
membres mentionnés, pas moins de quatre ont à faire avec ce que
nous
disons.
Un se réfère à ce que
nous faisons,
et un à ce que
nous pensons;
car l’œil est la fenêtre de l’esprit.
Quelle histoire terrible! Et quel langage! Prenez le temps de vous en
imprégner. «Un sépulcre ouvert», par exemple! Quelle expression effroyable!
Le gosier de l’homme serait-il semblable à l’entrée d’une grotte remplie
d’ossements humains, tout entière impureté et puanteur? Oui. Et on y trouve
non seulement impureté et puanteur, mais encore tromperie et venin,
malédiction et amertume. Les voies de l’homme sont violence, destruction et
misère. Il n’y a point de paix tant que Dieu et la crainte de Dieu n’ont pas
de place dans l’esprit.
Or tout cela est dit spécialement et expressément aux Juifs. Paul le leur
rappelle au verset 19. Ils constituaient le peuple sous la loi, celui auquel
la loi s’adressait à l’origine. Ils pouvaient souhaiter s’en débarrasser et
faire croire qu’elle ne s’appliquait qu’aux Gentils. C’était inadmissible.
Les lois anglaises s’adressent aux Anglais; les lois chinoises aux Chinois;
la loi de Moïse aux Juifs. Leurs propres Écritures les condamnent, leur
fermant la bouche et prononçant contre eux la sentence: coupables devant
Dieu.
Cela complète la démonstration. Les barbares et les Grecs ont été
précédemment manifestés comme coupables et inexcusables.
Tout
le monde
est coupable devant Dieu. En outre, il n’y a rien dans la loi qui puisse
nous sortir de notre culpabilité et du jugement. Son rôle est plutôt de nous
amener à la connaissance de notre péché. Elle l’a fait très efficacement
dans les versets que nous venons de considérer.
Où alors trouver de l’espoir? Uniquement dans l’évangile. La présentation de
l’évangile commence au verset 21, introduite par les mots: «Mais
maintenant..». En contraste avec cette histoire de ténèbres profondes, une
autre histoire est révélée maintenant. Dieu soit béni, éternellement béni,
de l’avoir donnée! Et elle est présentée ici dans un ordre divin, et en
paroles divinement choisies. Le mot
maintenant
est emphatique. Nous le retrouverons plusieurs fois en rapport avec
différents détails du message de l’évangile. Lisons déjà les versets
suivants, et observons l’usage de ce terme: Romains 5:9, 11; 6:22; 7:6; 8:1.
La première expression en relation avec l’évangile est «la justice de Dieu»
et non pas, comme nous nous y serions attendus, l’amour de Dieu. En fait le
péché de l’homme est un défi direct à la justice de Dieu et, par conséquent,
cette justice doit premièrement être établie. Tout le plan de l’évangile est
fondé sur la justice divine. Quelle meilleure nouvelle pourrait-il y avoir?
Elle garantit la stabilité et la durée de tout ce qui suit.
L’évangile est donc, en premier lieu, la manifestation de la justice de
Dieu, tout à fait indépendamment de la loi, bien que la loi et les prophètes
en aient rendu témoignage. Cette justice a été manifestée, non pas dans un
système légal juste, ni par l’exécution sur les transgresseurs d’un
châtiment parfaitement mérité, mais en Christ et dans la rédemption qui est
en lui. Dans la mort de Christ, il y a eu un règlement complet et final, sur
une base juste, de toutes les questions qui avaient été soulevées par le
péché de l’homme. La chose est établie au verset 25. Propitiation a été
faite. C’est-à-dire qu’une pleine satisfaction a été rendue à la justice de
Dieu; et cela non seulement pour ce qui concerne les péchés des croyants de
la période caractérisée par l’évangile, mais aussi des croyants de toutes
les économies antérieures. Les «péchés précédents» sont les péchés de ceux
qui ont vécu avant la venue de Christ — précédents, par rapport à la croix
de Christ, et non pas du point de vue de votre conversion, de la mienne ou
de qui que ce soit.
Cette justice de Dieu, qui a été manifestée et établie par la mort de
Christ, est «envers
tous», mais seulement «sur
tous ceux qui croient». Sa portée s’étend à ou envers chacun. Dans la mesure
où il s’agit de l’intention de Dieu, cette justice de Dieu est pour tous les
hommes. D’un autre côté, seuls ceux qui croient réellement en reçoivent le
bénéfice. La justice de Dieu est alors sur eux en ce qu’ils en réalisent les
effets, et ils sont en ordre avec Dieu. Dieu lui-même est celui qui justifie
quiconque croit en Jésus, quelque grande qu’ait été la culpabilité d’un tel
homme, et il est juste en le justifiant. La chose est établie au verset 26.
Cette glorieuse justification, cette libération complète est la part de tous
ceux qui croient en Jésus, qu’ils soient Juifs ou Gentils. Tous ont péché,
en sorte que, quant à la culpabilité, il n’y a pas de différence. De même,
il n’y a pas de différence en matière de justification. La foi en Christ, et
elle seule, met un homme en ordre avec Dieu. Le verset 30 le déclare.
Il est évident qu’une telle manière de bénir écarte toute vantardise de la
part des hommes. Celle-ci se trouve totalement exclue. Nous avons ici la
raison pour laquelle les orgueilleux ont en haine l’idée de la grâce de
Dieu. Nous sommes justifiés gratuitement par sa grâce. La grâce a conduit
Jésus à mourir. La grâce est le moyen choisi par Dieu pour justifier, et la
foi est la réponse que nous y apportons. Nous sommes justifiés par la foi,
sans œuvres de loi. Telle est la conclusion à laquelle nous sommes amenés
par la vérité que nous venons de considérer.
Le dernier verset de notre chapitre répond à l’objection que pourrait faire
un Juif zélé: ce message de l’évangile ne peut pas être vrai parce qu’il
falsifie la loi que Dieu avait indiscutablement donnée autrefois. «Non, dit
Paul, nous n’annulons aucunement la loi; au contraire, nous l’établissons en
la mettant à la place que Dieu a toujours voulu qu’elle occupe».
Jamais la loi n’a été aussi honorée et mieux établie que dans la mort de
Christ. L’évangile honore la loi en lui permettant d’accomplir sa propre
œuvre qui consiste à introduire la connaissance du péché. L’évangile
intervient alors et fait ce qui n’avait jamais été prévu en relation avec la
loi. Il apporte la justification complète à celui qui croit en Jésus.
Chapitre 4
Le chapitre 4 est en fait une parenthèse. Au verset 28 du chapitre 3, la
conclusion que l’homme est justifié par la foi, sans œuvres de loi, a été
tirée. Le premier verset du chapitre 5 nous ramène à ce point même, et alors
seulement, mais pas avant, l’apôtre nous entraîne plus loin et présente les
bénédictions de l’évangile. Dans le chapitre 4, il développe longuement
certains passages de l’Ancien Testament pour appuyer sa thèse selon laquelle
l’homme est justifié, devant Dieu, par la foi seule.
Au chapitre 3, lorsque l’apôtre cherchait à convaincre le Juif de sa
culpabilité, pour lui montrer qu’il était passible du jugement de Dieu
autant que le Gentil, il avait bâti son argumentation en citant la loi.
Maintenant, il s’agit de prouver que la justification est par la foi, sans
œuvres de loi; et de nouveau l’apôtre recourt à l’Ancien Testament.
Autrefois, la foi de l’évangile était anticipée, que ce soit avant le don de
la loi, comme dans le cas d’Abraham, ou après, comme dans le cas de David.
La première question concerne Abraham. Au verset 12, il est appelé «père de
circoncision», et les Juifs se glorifiaient beaucoup de lui en tant que tel.
Abraham est également «le père de tous ceux qui croient», comme l’établit le
verset 11. S’il avait été justifié par des œuvres, il aurait eu de quoi se
glorifier, mais
non pas relativement à
Dieu.
Remarquez les mots en bleu gras: ils indiquent clairement que le passage
dont nous nous occupons considère ce qui a de la valeur devant Dieu, et non
pas ce qui a de la valeur devant les hommes. C’est là une différence
essentielle entre ce chapitre et Jacques 2, où nous lisons: «Montre-moi ta
foi» (v. 18). Relevons encore le point suivant: Paul montre que les œuvres
de loi
doivent être exclues, tandis que Jacques insiste sur la nécessité des
œuvres de foi.
Nous pouvons résumer brièvement le sujet ainsi: Devant Dieu, un homme est
justifié par
la foi sans œuvres de loi;
en revanche, pour être reconnu par ses semblables comme étant justifié, cet
homme doit manifester la réalité de la foi qu’il professe par
des
œuvres de foi.
Le cas est très clair, tant pour Abraham que pour David. Il suffit de
considérer Genèse 15 d’une part et le psaume 32 d’autre part, pour voir que
la foi, sans œuvres, fut le moyen de leur justification. Dieu présenté comme
«celui qui justifie l’impie», voilà le miracle de l’évangile. La loi
n’allait pas au-delà de ce que nous trouvons en Deutéronome 25:1: «Devant la
justice... on déclarera juste le juste, et on déclarera méchant le méchant».
La justification de l’impie n’était pas envisagée. C’est pourtant ce que
Dieu fait dans l’évangile, sur la base de l’œuvre de Christ, puisque
«Christ... est mort pour des impies». La porte de la bénédiction est ainsi
ouverte à des pécheurs tels que nous.
Au verset 9, nous trouvons les mots «cette béatitude». Ils sont en relation
avec la foi «comptée à justice», ou la justice «comptée». Ces expressions et
d’autres semblables reviennent plusieurs fois dans ce chapitre. Comment
devons-nous les comprendre? Que ces termes s’appliquent à Abraham, à David
ou à nous qui croyons aujourd’hui, ils signifient que Dieu nous tient pour
justes devant lui en raison de notre foi. N’imaginons pas que toute la vertu
se trouve dans notre foi. Elle n’en a aucune. Mais la foi nous met en
contact avec l’œuvre de Christ, œuvre en laquelle réside toute l’efficace.
Dans ce sens, la foi justifie. Aussitôt ce contact établi, dès que nous nous
trouvons devant Dieu dans toute la valeur justifiante de l’œuvre de Christ,
nous sommes nécessairement justifiés. Selon la justice, il ne saurait en
être autrement. Dieu nous tient pour justes en regard de notre foi.
La question soulevée au verset 9 est la suivante: Cette béatitude est-elle
uniquement pour le Juif, ou aussi pour le Gentil qui croit? L’apôtre
n’ignorait pas la tentative acharnée du Juif fanatique de rejeter toute la
condamnation sur le Gentil et de se réserver entièrement la bénédiction. Le
cas d’Abraham, dont les Juifs se glorifiaient tant, apporte la réponse: il
prouve que la bénédiction est pour tous. Abraham a été justifié avant d’être
circoncis. Si l’ordre avait été inversé, le Juif aurait peut-être eu quelque
motif de soutenir une telle affirmation. Mais dans la réalisation des faits,
il n’en avait aucun. La circoncision n’était qu’un signe, un sceau de la foi
qui justifia Abraham.
Ainsi Abraham fut justifié tout à fait indépendamment de la loi. En fait, la
loi ne produit que la colère, comme nous le lisons au verset 15. Avant
l’introduction de la loi, il y avait abondance de péché, mais pas de
transgression. Transgresser, c’est enfreindre et franchir une limite
clairement définie et interdite. Lors du don de la loi, la frontière fut
nettement déterminée, et
le péché devint
transgression.
Mais «le péché n’est pas mis en compte quand il n’y a pas de loi» (Rom.
5:13). C’est-à-dire, tant que le mal n’avait pas été expressément défendu,
Dieu ne le mettait pas en compte à l’homme comme il le fait maintenant que
l’interdiction a été prononcée. Telle était donc l’œuvre de la loi. Mais
Abraham avait été justifié par la foi longtemps avant le don de la loi. Ne
voyons-nous pas en cela combien Dieu prend plaisir à la miséricorde? La
justification a été clairement signalée quatre cents ans avant que le don de
la loi n’en fasse ressortir le besoin urgent.
«Pour cette raison, c’est sur le principe de la foi, afin que ce soit selon
la grâce» (v. 16). Si la justification avait été par les œuvres, cela aurait
été à titre de chose due et non pas à titre de grâce, comme le dit le verset
4. Sur le principe de la foi et de la grâce, la bénédiction est «assurée à
toute la semence», à savoir la vraie semence spirituelle d’Abraham ou, en
d’autres termes, les vrais croyants. Car Abraham est «père de nous tous».
Relevons le
«nous tous»
—
tous
les vrais croyants.
Ce fait établi, dans les neuf derniers versets du chapitre 4, nous trouvons
les principes de la justification d’Abraham appliqués au croyant
d’aujourd’hui.
La foi d’Abraham présentait la particularité suivante: elle reposait en Dieu
comme celui qui pouvait faire vivre les morts. Si nous lisons Genèse 15,
nous voyons qu’Abraham crut Dieu lorsqu’il reçut la promesse concernant la
naissance d’Isaac. Il crut que Dieu susciterait un enfant vivant de parents
qui étaient morts quant à la procréation. Il crut avec espérance, alors que
la réalisation d’une telle chose était contre toute espérance selon la
nature.
Si Abraham avait été faible dans la foi, il se serait arrêté aux
circonstances, qui toutes démentaient une telle espérance. Il aurait estimé
que la promesse était trop grande et, par conséquent, il aurait chancelé. Ce
ne fut pas le cas. Abraham crut Dieu sur parole avec la simplicité d’un
petit enfant. Il crut que Dieu accomplirait ce qu’il avait promis. Et,
remarquons qu’il est dit: «il fut fortifié dans la foi». Ainsi, une foi
forte n’est pas tellement celle qui accomplit des miracles, mais c’est la
foi qui croit implicitement que Dieu fera ce qu’il a dit, quand bien même
toutes les apparences, la raison et l’expérience de la vie proclameraient le
contraire.
Or ces choses n’ont pas été écrites pour Abraham seulement, mais aussi pour
nous. Les mêmes principes s’appliquent exactement. Toutefois, il y a une
différence importante. Dans le premier cas, Abraham crut que Dieu
susciterait
la vie hors de la mort. À nous, il est demandé de croire non pas que Dieu
le fera,
mais qu’il
l’a fait,
en ressuscitant Jésus notre Seigneur d’entre les morts. Combien il est plus
simple de croire qu’il l’a fait après l’accomplissement, que de croire qu’il
le fera alors qu’il ne l’a pas encore fait. Nous souvenant de cela, il est
facile de voir que, quant à la texture ou la qualité de la foi, nous ne
pouvons espérer produire un article aussi raffiné qu’Abraham.
Pourtant, il est un point sur lequel le cas d’Abraham se trouve surpassé et
de loin: les faits glorieux qui sont présentés à notre foi, la lumière
glorieuse dans laquelle Dieu s’est révélé. Ce n’est plus maintenant le Dieu
qui ressuscitera un Isaac, mais le Dieu qui a ressuscité d’entre les morts
Jésus notre Seigneur. Christ, qui a été livré pour nos fautes et a été
ressuscité pour notre justification, est présenté comme l’objet de notre
foi. Et par lui, nous croyons en Dieu.
Évidemment, il est possible de croire en celui qui a ressuscité le Seigneur
Jésus sans réaliser du tout ce que représente ce fait merveilleux. Le
dernier verset de notre chapitre montre ce qu’il implique. Prêtons-y la plus
grande attention et assurons-nous ainsi de nous l’être approprié. Nous
trouvons deux fois dans ce passage l’adjectif possessif «nos», «notre». Il
s’applique aux croyants, aux seuls croyants.
Jésus notre Seigneur est mort. Mais il n’est pas mort pour lui-même: il est
mort pour nous. Nos fautes étaient en vue. Il a été le substitut et, prenant
sur lui toute la responsabilité qui nous incombait, il a été livré au
jugement et à la mort à cause de ces fautes.
Il a été ressuscité par Dieu. Mais il est vrai aussi que sa résurrection n’a
pas été une simple affaire personnelle, et accomplie pour lui seul. Nous le
voyons encore se tenir là pour nous, comme notre représentant. Il a été
ressuscité pour nous. Dieu l’a ressuscité, ayant en vue notre justification.
Sa résurrection fut assurément
sa propre justification
personnelle
face au jugement hostile du monde. Tout aussi certainement, elle a été notre
justification face à toutes les fautes qui, sans sa mort, étaient à notre
charge.
La mort de Christ a été l’acquittement total de la dette immense qui nous
était imputée. Sa résurrection est la quittance attestant que tout est payé,
la déclaration et la preuve divines que nous sommes complètement libérés. Eh
bien! c’est cela, la justification — une délivrance complète de tout ce qui
autrefois pesait sur nous. Ayant donc été justifiés sur le principe de la
foi, nous avons la paix avec Dieu. Nous devons enchaîner sans aucune
interruption la lecture de la fin du chapitre 4 avec le début du chapitre 5.
Chapitre 5
Nous pouvons employer les mots «justifiés sur le principe de la foi» dans
deux sens. Par la simple foi en Christ, et en Dieu qui l’a ressuscité d’ente
les morts, nous sommes justifiés, et cela, que nos cœurs en possèdent ou non
l’heureuse assurance. Mais, en second lieu, nous savons par la foi que nous
sommes justifiés. Non par des sentiments, des visions ou d’autres
impressions subjectives, mais par la foi en Dieu et en sa Parole.
Comme résultat de notre justification, nous avons la paix avec Dieu.
Remarquons la distinction entre cette affirmation et celle que nous trouvons
en Colossiens 1:20. Christ a fait la paix par le sang de sa croix. Il a
ainsi ôté tout élément troublant. Cette paix, il l’a faite une fois pour
toutes et, l’œuvre étant accomplie, la paix devient la part de tous ceux qui
sont justifiés par la foi. Nous y entrons individuellement. Quand Paul
connut par la foi qu’il était justifié, il jouit de la paix avec Dieu.
Lorsque j’ai su que j’étais justifié, j’ai goûté la paix. Quand vous l’avez
compris, vous avez eu la paix. Mais avant ce moment, nous n’avions pas la
paix. Au lieu de jouir de la paix avec Dieu, nous éprouvions des craintes et
des doutes, et probablement en grand nombre.
La paix occupe la première place parmi les bénédictions de l’évangile. Elle
vient en tête de la liste, mais ne l’épuise pas à elle seule. La foi ne nous
conduit pas uniquement dans la paix; elle nous donne aussi accès à la grâce
ou faveur de Dieu. Nous
sommes
dans la faveur de Dieu. Nous le savons et nous en avons la jouissance par la
foi. Le caractère de cette faveur n’est pas indiqué ici. Par Éphésiens 1:6,
nous apprenons qu’il s’agit de celle du Bien-aimé. Nulle autre ne saurait
être plus élevée et plus intime.
Cette faveur est une réalité présente. Jamais nous ne nous trouverons
davantage dans la faveur de Dieu que nous ne le sommes maintenant, mais la
jouissance que nous en aurons sera infiniment plus grande au jour où notre
espérance sera réalisée. Celle-ci n’est pas seulement la gloire, mais la
gloire
de Dieu.
Qui pourrait alors ne pas se glorifier en une telle espérance?
Quant à toute notre culpabilité passée, nous sommes justifiés et nous avons
la paix avec Dieu. Pour le présent, nous sommes dans la faveur divine. En ce
qui concerne l’avenir, nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire de
Dieu. Mais qu’en est-il des difficultés et des tribulations dont est parsemé
le chemin qui conduit à la gloire?
En elles aussi, chose merveilleuse, nous nous glorifions. Ici encore, Paul
place devant nous les effets propres et normaux de l’évangile dans le cœur
de ceux qui le reçoivent. Comment pouvons-nous nous glorifier dans ce qui,
naturellement, nous est si contraire? Le secret est la connaissance de ce
que ces épreuves sont censées opérer.
Les tribulations en elles-mêmes ne sont pas agréables, mais douloureuses.
Pourtant elles contribuent à mettre en mouvement toute une série de
caractères parmi les plus excellents et les plus bénis: la patience,
l’expérience, l’espérance, l’amour de Dieu versé dans nos cœurs par l’Esprit
Saint. Pour le croyant, les tribulations représentent un ensemble
d’exercices de gymnastique spirituelle qui favorisent grandement le
développement de son être spirituel. Au lieu d’être contre nous, ces
épreuves sont changées en une source de gain. Quel triomphe de la grâce de
Dieu!
Ne vous est-il jamais arrivé de rencontrer un de ces chers enfants de Dieu
âgé, dont le calme et la patience, la somme d’expériences acquises,
l’espérance vivante en Dieu et l’amour divin émanant de son être vous ont
immédiatement frappé? Vous n’aurez probablement pas tardé à découvrir qu’un
tel croyant avait traversé de nombreuses tribulations avec Dieu. Paul
l’avait expérimenté; aussi se glorifiait-il dans les tribulations. Si nous
considérons les choses à cette lumière — qui est la vraie lumière — nous
nous glorifierons aussi en elles.
Remarquez qu’ici pour la première fois dans cette présentation de
l’évangile, il est parlé du Saint Esprit. L’apôtre ne s’interrompt pas pour
nous dire avec précision
comment
il est reçu. Il mentionne seulement le fait que l’Esprit Saint
est
donné aux croyants et que son heureux ministère est de verser l’amour de
Dieu dans nos cœurs. Le verset 13 d’Éphésiens 1 montre clairement que le
Saint Esprit nous est donné lorsque nous avons cru à l’évangile de notre
salut; et c’est là précisément le point auquel nous avons été conduits au
début de Romains 5. Ainsi, la première mention de l’Esprit intervient ici
d’une manière très appropriée.
Nos cœurs seraient effectivement plongés dans les ténèbres si les rayons
lumineux de l’amour de Dieu n’étaient pas versés en eux par le Saint Esprit.
L’amour de Dieu étant en eux, ils sont pleins de lumière. Toutefois la
lumière qui brille dans nos cœurs a sa source en dehors d’eux. Commencer à
examiner nos propres cœurs pour y trouver l’amour est une grande erreur, une
erreur aussi grande que si nous nous mettions à scruter la face brillante de
la lune pour y découvrir le soleil. Certes, la lune reflète la lumière du
soleil — une lumière solaire incidente. Pourtant, le soleil n’est pas là. De
la même manière, toute la lumière de l’amour de Dieu qui brille dans le cœur
d’un croyant provient de la grande source qui est en dehors de lui. Et cette
source est la mort de Christ.
Ainsi, dans les versets 6 à 8, la mort de Christ est de nouveau placée
devant nous; et cette fois, comme l’expression la plus absolue et unique de
l’amour de Dieu — un amour qui s’élève bien au-delà de tout ce dont l’homme
est capable. Dieu nous a aimés quand il n’y avait rien d’aimable en nous,
alors que nous étions sans force, impies, pécheurs, et même ennemis comme
nous le rappelle le verset 10.
Cette mort nous a apporté non seulement la justification, mais aussi la
réconciliation. La culpabilité de nos péchés a été ôtée, et aussi l’inimitié
qui existait entre nous et Dieu. De ce fait, nous sommes au bénéfice d’un
double salut.
Un jour de colère approche. Il y a déjà été fait allusion à deux reprises
dans cette épître (1:18; 2:5). Nous serons sauvés de ce jour par Christ.
D’autres passages nous montrent qu’il nous en sauvera en nous retirant de
cette scène de jugement avant que la colère ne se déverse.
De plus, ayant été réconciliés, nous serons sauvés par sa vie. Voilà un
salut dont nous avons besoin en permanence, et dont nous aurons besoin tant
que nous serons dans ce monde. Christ vit en haut pour nous, les siens.
Lorsque Moïse monta sur la montagne et intercéda pour Israël, le peuple fut
délivré de ses ennemis (voir Ex. 17). De la même manière, nous sommes sauvés
par notre Seigneur qui vit pour nous dans la présence de Dieu.
Au début de l’épître, nous avons vu que l’évangile est la puissance de Dieu
en salut à quiconque croit. Nous découvrons maintenant que lorsque nous
parlons d’être sauvés, nous employons une expression de portée très vaste.
Non seulement il est vrai que nous avons été sauvés par la foi en
l’évangile, mais nous serons aussi sauvés des dangers et conflits spirituels
de ce présent siècle, et de la colère du siècle à venir.
Dans les versets 9 à 11, nous ne trouvons pas uniquement le salut, mais
aussi la justification et la réconciliation. Ce sont des mots d’une
précision plus grande et d’un sens plus restreint que le salut. L’aspect
futur ne s’y rattache pas. Il s’agit de réalités strictement présentes pour
le croyant. «Maintenant
justifiés par son sang» (v. 9). «Nous avons
maintenant
reçu la réconciliation» (v. 11). Jamais nous ne serons plus justifiés que
nous ne le sommes aujourd’hui. Jamais nous ne serons plus réconciliés que
nous ne le sommes aujourd’hui, quand bien même nous jouirons davantage de la
réconciliation opérée. En revanche, nous serons sauvés plus complètement que
nous ne le sommes aujourd’hui quand, dans le siècle à venir, nous serons
revêtus de corps glorieux comme Christ.
Croyant l’évangile, nous recevons la réconciliation aujourd’hui et, par
conséquent, nous sommes capables de trouver notre joie en Dieu. Autrefois
nous craignions Dieu et fuyions sa présence, comme Adam lorsqu’il se cacha
au milieu des arbres du jardin. Maintenant, nous nous glorifions en lui. Et
tout cela est le résultat de ce que Dieu lui-même a fait par notre Seigneur
Jésus Christ. Quel triomphe de la grâce!
Jusqu’ici l’évangile a été placé devant nous en relation avec nos péchés. Il
s’agissait de nos fautes positives, et nous avons découvert comment Dieu
peut nous justifier de ces péchés et nous amener dans sa faveur. Toutefois
notre condition déchue impliquait davantage que cela. Il y avait ce que nous
pourrions appeler la question de race.
Pour trouver notre chef de race, nous devons remonter à Adam, et à Adam dans
sa condition
déchue,
car il n’engendra des fils et des filles qu’après être tombé. Sa chute fut
provoquée par un acte de péché, mais cet acte produisit un état ou une
condition de péché qui a dès lors caractérisé son être même. De ce fait,
toute sa constitution spirituelle a été altérée d’une manière si radicale
qu’elle est passée à tous ses descendants. Les enfants qu’Adam engendra ne
pouvaient être qu’«à sa ressemblance, selon son image» (Gen. 5:3) — la
ressemblance et l’image d’un homme déchu. Une telle hérédité est un fait
terrible, attesté par l’Écriture. Dans l’évangile, Dieu propose-t-il un
remède à cette tache affreuse qui affecte toute la race humaine? Peut-il
traiter la nature dont émanent les actes de péché, la racine qui produit les
fruits hideux, de la même façon que les fruits eux-mêmes?
Il le peut. En réalité, il l’a fait. Et depuis le verset 12 de notre
chapitre, nous avons les effets de ce qu’il a accompli. Cela même que Dieu a
fait n’est pas décrit expressément, quoique nous puissions clairement le
trouver par déduction. Nous avons là une des raisons de la difficulté de ce
passage. Mais, d’un autre côté, l’aspect de la vérité qu’il présente est
beaucoup trop souvent négligé; lorsque tel a été le cas, nous nous trouvons
plongés dans des eaux peu familières et nous perdons facilement notre fond.
Remarquons d’abord que les versets 13 à 17 forment une parenthèse et sont
indiqués typographiquement comme tels dans le texte. Pour suivre la pensée,
il faut passer du verset 12 au verset 18; nous voyons alors tout de suite
l’objet principal du passage: le contraste entre un homme qui a péché,
entraînant d’autres dans les conséquences de sa transgression, et un Homme
qui a accompli une seule justice, introduisant d’autres dans les
conséquences bénies de cette justice. Tout le passage met en évidence un
immense contraste, un contraste entre Adam d’une part et Christ de l’autre.
Si Adam se trouve à la tête d’une race déchue gisant dans la mort et sous la
condamnation, Christ est le chef d’une nouvelle race établie en justice et
en vie.
Nous pouvons donc résumer ce que Dieu a fait en disant qu’il a suscité un
nouveau Chef de race dans la personne du Seigneur Jésus Christ. Avant de
prendre formellement la place de Chef, Christ a accompli une justice
parfaite en étant obéissant jusqu’à la mort. Par sa mort et sa résurrection,
les croyants ne sont plus rattachés à Adam, mais à Christ. Ils ont été, pour
ainsi dire, greffés en Christ. Ils ne sont plus en Adam, mais «en Christ».
Tel est le fait fondamental que ce passage fait ressortir, alors qu’il
développe les conséquences glorieuses qui en découlent.
Examinons encore une fois les versets 12, 18 et 19. Arrêtons-nous
particulièrement sur le verset 18. Il établit le contraste entre la «seule
faute» d’Adam dont les conséquences furent en condamnation envers tous les
hommes, et la «seule justice» de Christ, accomplie dans sa mort, dont les
conséquences sont en justification de vie envers tous les hommes.
Considérons tranquillement ce passage pendant quelques instants; nous
arriverons alors sans doute à la conclusion suivante: bien que tous les
hommes soient placés sous la condamnation, tous ne sont certainement pas
venus sous la justification. La déduction est exacte, car ce verset ne fait
qu’établir la portée générale des actes respectifs; et assurément, quant à
l’intention de Dieu en relation avec la mort de Christ, cette mort est pour
tous. Le verset suivant passe aux effets réels des actes respectifs, et
alors, il ne s’agit que de plusieurs ou, plus précisément, «les plusieurs».
Par «les plusieurs», il faut comprendre ceux qui sont sous les chefs de race
respectifs, et ceux-là seuls. Dans le cas d’Adam, l’expression «les
plusieurs» s’applique évidemment à tous les hommes, car par nature, nous
sommes tous de sa race. En ce qui concerne Christ, tous les hommes
n’appartiennent pas à sa race, mais seuls les croyants. Tous les hommes ont
été constitués pécheurs par la désobéissance d’Adam. Tous les croyants sont
constitués justes par l’obéissance de Christ jusqu’à la mort.
Ainsi, dans les trois versets que nous considérons, nous trouvons l’ordre
suivant. D’une part, un homme: Adam, une faute, tous les hommes constitués
pécheurs, tous ayant péché, en conséquence la mort et la condamnation sur
tous. D’autre part, un Homme: Christ, une justice dans l’obéissance jusqu’à
la mort, ceux qui sont placés sous lui comme chef de race constitués justes
en justification de vie.
Prenons maintenant les cinq versets placés entre parenthèses. Les deux
premiers répondent à une difficulté qui pourrait surgir dans l’esprit de
personnes très familières avec la loi. Adam a péché contre un commandement
précis, aussi son péché était-il une transgression. Ensuite, quelque 2500
ans durent s’écouler avant que la loi de Moïse soit donnée, rendant la
transgression à nouveau possible. Entre ces deux moments, il n’y eut pas de
transgression parce qu’il n’y avait pas de loi à transgresser. Pourtant le
péché existait universellement, comme le prouve le règne universel de la
mort. La différence pratique est celle-ci: le péché n’est pas mis en compte
lorsqu’il n’y a pas de loi; c’est-à-dire qu’il ne nous est pas compté de la
même manière. Seuls ceux qui ont connu la loi seront jugés par la loi, comme
nous l’avons vu au chapitre 2.
Cela posé, il demeure vrai que le péché et la mort ont régné
universellement. Adam a entraîné toute sa postérité dans sa chute. Le
contraste entre Adam et Christ est alors établi dans les versets 15 à 17.
Chacun de ces versets traite un détail différent, mais le sujet général est
énoncé au début du verset 15: le don de grâce par Christ ne reste nullement
en retrait de la faute d’Adam; au contraire, il va bien au-delà.
Nous avons relevé plus haut la double mention du mot «plusieurs» au verset
19; nous la retrouvons au verset 15. Ici aussi, il s’agit plus précisément
«des plusieurs», c’est-à-dire de ceux qui sont placés sous les chefs de race
respectifs. Adam a attiré la mort sur tous ceux qui descendent de lui,
c’est-à-dire, en fait, sur tous les hommes sans exception. Jésus Christ a
apporté la grâce de Dieu et le libre don de la grâce aux plusieurs qui sont
sous lui, savoir tous les croyants.
Le verset 16 introduit le contraste entre la condamnation et la
justification. À cet égard, le don surpasse le péché. La condamnation a été
amenée par un péché. La justification a été opérée triomphalement par la
grâce en dépit des plusieurs fautes.
Nous trouvons un autre contraste au verset 17. La condamnation et la
justification du verset précédent représentent ce que nous pouvons appeler
les effets immédiats. Tous les descendants d’Adam sont placés sans délai
sous la condamnation. Tous ceux qui viennent sous Christ connaissent une
justification immédiate. Mais quelles sont les conséquences finales? Le
résultat final du péché d’Adam fut l’établissement du règne universel de la
mort sur sa postérité. Le résultat final de l’œuvre de justice de Christ est
de donner à tous ceux qui lui appartiennent l’abondance de la grâce, et la
justice comme un don gratuit, afin qu’ils règnent en vie. Non seulement la
vie va régner, mais nous allons régner en vie. Quelle conséquence
merveilleuse! Nous ne sommes dès lors pas surpris de lire que le don de
grâce surpasse le péché.
Les versets 20 et 21 récapitulent et résument ce que nous venons de
considérer. La loi a été introduite afin que le péché de l’homme soit
pleinement manifesté. Le péché existait déjà pendant tout le temps qui a
précédé, mais lorsque la loi fut donnée, le péché devint très visible, comme
transgression positive, et la faute, mise d’une manière nette au compte de
l’homme, abonda. Après un temps déterminé, la loi fut suivie de la grâce qui
nous est parvenue en Christ. Nous pouvons donc distinguer trois étapes.
D’abord la période avant la loi, où il y avait péché, mais pas
transgression. Deuxièmement, la période de la loi pendant laquelle le péché
abonda, atteignant des sommets records. Troisièmement, l’introduction de la
grâce par Christ, une grâce qui s’est élevée pareille à un flot puissant
recouvrant les montagnes des péchés de l’homme.
Dans l’évangile, la grâce ne surabonde pas seulement, mais elle règne. Nous
qui avons cru, nous sommes venus sous la puissance bienfaisante de la grâce,
une grâce qui règne par la justice, puisque la croix fut avant tout une
œuvre de justice. La fin et le couronnement glorieux de l’histoire, c’est la
vie éternelle. Ici, la perspective illimitée de l’éternité commence à
s’ouvrir devant nous. Nous voyons le fleuve de la grâce. Nous voyons, ouvert
par l’œuvre de la croix, le canal de la justice où il coule. Nous voyons
finalement l’océan illimité de la vie éternelle dans lequel il se déverse.
Et tout cela, «par Jésus Christ notre Seigneur». Tout a été opéré par lui.
Il est le chef sous lequel nous sommes placés en tant que croyants, et, par
conséquent, la source de laquelle toutes ces bénédictions se déversent sur
nous. C’est parce que nous sommes dans Sa vie que toutes ces choses nous
appartiennent. Notre justification est une justification de vie, parce qu’en
Christ nous avons une vie établie au-delà de toute possibilité de
condamnation, une vie dans laquelle nous sommes non seulement purifiés de
toutes nos fautes, mais aussi délivrés de l’état de péché dans lequel nous
gisions autrefois en tant que liés à Adam.
Chapitre 6
Tout ce que nous avons appris jusqu’à maintenant au sujet de l’évangile dans
cette épître a été considéré selon ce que Dieu lui-même a déclaré être pour
nous, ce qu’il a opéré pour nous par la mort et la résurrection de Christ et
que nous recevons simplement par la foi. En tout cela nous avons, si nous
osons nous exprimer ainsi,
ce que Dieu a dit
à notre égard en bénédiction. Le chapitre 6 commence par la question
pertinente: «Que
dirons-nous
donc?»
Cette expression indique qu’une autre ligne de pensées va s’ouvrir
maintenant devant nous. Rien ne peut surpasser la grandeur de ce que Dieu a
opéré pour nous, mais alors qu’allons-nous être pour lui? Quelle réponse le
croyant donnera-t-il à la grâce merveilleuse qui a été manifestée à son
égard? L’évangile va-t-il lui apporter une puissance qui le rendra capable
de répondre d’une manière digne de Dieu? Nous allons aborder ces questions
avec le chapitre 6, et découvrir comment l’évangile nous affranchit pour
mener une vie de justice et de sainteté pratiques.
Si l’homme acquiert une simple connaissance intellectuelle de la grâce de
Dieu, et que son cœur reste insensible, il en viendra facilement à tourner
la grâce en dissolution et à dire: «Eh bien, si la grâce de Dieu abonde plus
que notre péché, continuons à pécher afin que la grâce continue à abonder!»
L’évangile cautionne-t-il en quelque manière de tels sentiments? Absolument
pas. Bien au contraire. Il dit clairement que nous sommes morts au péché.
Comment alors pouvons-nous encore vivre dans le péché? Nous vivions
autrefois entièrement dans le péché. Nous poursuivions avec ardeur tout ce
qui avait affaire avec notre propre volonté inique — en d’autres termes,
avec tout ce qui nous plaisait — et nous demeurions complètement morts à
Dieu et à ce qui le concerne. Un changement complet a eu lieu maintenant, et
nous sommes morts au péché pour lequel nous vivions autrefois, et vivants
aux choses pour lesquelles nous étions morts précédemment.
Ignorions-nous ces choses, ou n’en avions-nous que faiblement conscience? Il
n’aurait pas dû en être ainsi, car le fait est clairement établi dans le
baptême chrétien, un rite qui est à la base de tout. Savons-nous ou ne
savons-nous pas ce que signifie notre baptême?
Commençons peut-être par une autre question, à savoir: êtes-vous baptisé?
Nous le demandons parce qu’il semble y avoir, dans quelques milieux, une
certaine indifférence au sujet du baptême, qui fait suite sans doute à la
trop grande importance qu’on lui accordait autrefois. Si nous négligeons le
baptême, nous le faisons à notre plus grand détriment. Dans le baptême, nous
sommes ensevelis avec Christ, comme l’établit le verset 4. Or, ne pas avoir
été ensevelis avec lui est un désastre. De plus, si nous ne comptons pas
parmi les «nous tous qui avons été baptisés», l’argument développé par
l’apôtre dans les versets 4 et 5 perd sa force en ce qui nous concerne.
Que signifie donc le baptême? Il est le signe de l’identification avec
Christ dans sa mort. Il rappelle que nous sommes ensevelis avec Christ, et
que nous sommes placés sous l’obligation de marcher en nouveauté de vie,
comme aussi Christ a été ressuscité dans un nouvel ordre de choses. Telle
est la signification du baptême, telle l’obligation qu’il impose; et nous
perdons beaucoup en l’ignorant. Nous craignons fort que les terribles
controverses quant au genre de baptême, à la façon de l’administrer et à
ceux qui doivent en faire l’objet aient conduit de nombreuses personnes à
perdre complètement de vue sa
signification.
Les polémiques au sujet du baptême ont été menées d’une manière qui est en
contradiction totale avec le sens de l’acte, et les antagonistes n’ont
certainement pas manifesté qu’ils étaient «morts au péché».
Il n’en reste pas moins que le baptême est un rite, un signe extérieur. Il
n’accomplit rien de vital et hélas! des millions de baptisés vont au-devant
d’une perdition éternelle. Mais il dirige nos regards vers ce qui est vital
dans le sens le plus complet, à savoir la croix, comme nous allons le voir.
Relevons les derniers mots du verset 4: «en nouveauté de vie», car ils
donnent une réponse concise à la question du premier verset. Au lieu de
demeurer dans le péché, c’est-à-dire de continuer à vivre l’ancienne vie,
nous devons marcher dans une vie qui est nouvelle. Au cours du chapitre,
nous découvrirons quel est le caractère de cette vie nouvelle.
Lorsque nous avons été baptisés, nous avons été ensevelis avec Christ — en
figure. Notre baptême a été «la ressemblance de sa mort», et en lui nous
avons été identifiés avec Christ. Nous nous sommes soumis au baptême dans
l’assurance que nous serons identifiés avec Christ dans sa vie de
résurrection. La «nouveauté de vie» dans laquelle nous avons à marcher est
en fait liée à la vie de résurrection qui est celle de Christ aujourd’hui.
Au verset 3, nous aurions dû connaître la signification de notre baptême;
maintenant, au verset 6, nous sommes appelés à découvrir la signification de
la croix en relation avec «notre vieil homme» et «le corps du péché». La
croix se profile derrière le baptême: sans elle, le baptême perdrait son
sens.
Nous avons déjà considéré la mort de Christ en relation avec nos péchés et
leur pardon. Ici, nous trouvons son application à notre nature pécheresse,
source de tous les péchés que nous avons commis.
Il n’est peut-être pas facile de comprendre ce que signifie l’expression
«notre vieil homme». Nous pouvons l’expliquer en disant que l’apôtre
personnifie ici tout ce que nous sommes en tant qu’enfants naturels d’Adam.
Essayez d’imaginer une personne concentrant en elle tous les traits
horribles qui aient jamais été manifestés dans l’ensemble des membres de la
race adamique, eh bien! cette personne pourrait être décrite comme «notre
vieil homme».
Tout ce que nous étions comme enfants d’Adam déchu a été crucifié avec
Christ, et nous devons en être conscients. Nous n’avons pas là une simple
notion, c’est une réalité. Il s’agit d’un acte de Dieu, opéré dans la croix
de Christ, un acte de Dieu aussi certain et réel que l’expiation de nos
péchés accomplie au même moment. Nous devons nous l’approprier par la foi,
tout comme nous croyons que nos péchés sont pardonnés. Lorsque nous le
recevons par la foi, d’autres résultats s’ensuivent. Mais nous commençons en
le réalisant simplement par la foi.
Ce que Dieu avait en vue dans la crucifixion de notre vieil homme, c’était
que «le corps du péché» soit «annulé», pour que désormais nous ne servions
plus le péché. Voilà encore une affirmation difficile à comprendre. Nous
devons nous souvenir qu’autrefois le péché dominait dans nos corps qui, par
conséquent, étaient des corps du péché dans le sens le plus affreux. Or ce
qui a été annulé, ce ne sont pas nos corps physiques, mais c’est le péché
qui dominait complètement nos corps, et ainsi, nous sommes délivrés de sa
puissance. Il a été annulé par la crucifixion de notre vieil homme, résultat
de notre identification avec Christ dans sa mort, de sorte que la mort de
Christ a été la nôtre aussi.
Remarquez les derniers mots du verset 6. Ils indiquent très clairement
l’angle sous lequel le péché est considéré dans ce chapitre. Le péché est un
maître, un propriétaire d’esclaves, et nous étions tombés sous son pouvoir.
Le point traité ici n’est pas la présence du péché
en
nous,
mais la puissance du péché
sur nous.
Nous avons reçu la quittance du péché. Nous sommes justifiés du péché, comme
nous le lisons au verset 7.
Notre justification a été opérée par la mort de Christ. Mais il est très
important de maintenir le lien entre sa mort et sa résurrection. Nous
l’avons vu en relation avec le dernier verset du chapitre 4 et nous le
retrouvons ici. Si nous sommes
morts
avec Christ, c’est afin que nous
vivions
avec lui, dans une vie et une sphère de résurrection.
Au verset 9, nous trouvons encore une fois le mot «savoir». Nous devrions
savoir la signification du baptême. Nous devrions savoir quelle est la
portée de la mort de Christ en relation avec notre vieil homme. Enfin, nous
devrions savoir quelle est la portée de la résurrection de Christ. Sa
résurrection ne fut pas un simple retour à la vie. Elle n’a pas été comme la
résurrection de Lazare — un retour à la vie dans ce monde pour un certain
nombre d’années à la fin desquelles la mort survient à nouveau. Lorsque
Christ ressuscita, il laissa la mort derrière lui pour toujours, entrant
dans un nouvel ordre de choses que, pour simplifier, nous appelons le monde
de la résurrection. Pendant un court moment la mort a dominé sur lui, et
cela uniquement parce que lui-même s’y était soumis. Maintenant, il est
au-delà de la mort pour toujours.
Il est mort une fois pour toutes au péché. Remarquez qu’ici il est question
du péché, non pas des péchés: du principe fondamental qui avait pénétré
notre nature et nous avait asservis, et non pas des fautes positives qu’il a
produites. De plus, il ne s’agit pas de la mort
pour
les péchés, mais
au
péché. Le péché n’eut jamais à faire avec lui dans Sa nature, comme il a eu
affaire avec nous. Mais Christ eut affaire avec le péché lorsque, par son
sacrifice, il se chargea de toute la question du péché, parce que le péché
portait atteinte à la gloire de Dieu dans sa création ruinée, et qu’il
s’opposait à notre bénédiction, comme une puissante barrière. Ayant eu
affaire avec le péché, portant le jugement du péché, il est mort au péché et
maintenant, il vit à Dieu.
Arrêtons-nous ici et demandons-nous où nous en sommes quant à nous-mêmes
relativement à ces choses. Les connaissons-nous vraiment? Comprenons-nous
vraiment la mort et la résurrection de Christ à cette lumière?
Réalisons-nous comment notre Seigneur est mort à cet ancien ordre de choses
dominé par le péché, ordre de choses dans lequel il était venu une fois en
grâce pour accomplir la rédemption; et combien pleinement il vit à Dieu dans
ce monde nouveau où il est entré? Il est important que nous comprenions tout
cela, parce que le verset 11 va nous montrer que nous devrions nous tenir
nous-mêmes pour ce que nous nous
savons
être.
Si nous n’avons pas une connaissance juste de ces choses, nous ne pouvons
pas nous tenir pour tels correctement. Un commerçant ne tiendra pas bien ses
comptes s’il ne connaît pas la table des multiplications. Un capitaine ne
pourra pas évaluer exactement la position de son navire s’il ignore les
principes de la navigation. De même, un croyant ne pourra pas connaître
justement sa position et son attitude, soit à l’égard du péché soit envers
Dieu, s’il ne réalise pas la portée de la mort et de la résurrection de
Christ pour lui-même.
Une fois que nous
savons,
l’injonction de «nous tenir nous-mêmes pour» donnée au verset 11 devient
parfaitement claire. Notre cas est déterminé par celui de Christ, car nous
sommes identifiés à lui. Est-il mort au péché? Eh bien, nous sommes morts au
péché et nous nous tenons pour tels! Vit-il maintenant à Dieu? Eh bien, nous
vivons maintenant à Dieu et nous nous tenons pour tels! Il ne s’agit pas là
de faire semblant. Ce n’est pas que nous essayons de nous tenir pour ce
qu’en fait nous ne sommes pas. Bien au contraire. Nous sommes morts au péché
et vivants à Dieu par ses propres actes, accomplis dans la mort et la
résurrection de Christ (celles-ci devant être rendues efficaces en nous par
son Esprit, comme nous le verrons plus loin), et dès lors, nous devons
l’accepter et régler nos pensées d’après cela. Ce sont des faits, et nous
devons nous les approprier.
Avant notre conversion, nous étions morts à Dieu et vivants au péché. Nous
n’avions aucun intérêt pour les choses qui concernaient Dieu. Nous ne les
comprenions pas; elles nous laissaient froids et insensibles. En revanche,
lorsqu’il s’agissait de ce qui faisait appel à nos désirs naturels, de ce
qui nourrissait notre vanité et notre amour de nous-mêmes, nous manifestions
un intérêt très vivant. Maintenant, par la grâce de Dieu, la situation est
complètement changée, parce que nous sommes dans le Christ Jésus.
Nous appliquer à nous tenir pour morts au péché et pour vivants à Dieu,
selon la connaissance que nous avons de la mort et de la résurrection de
Christ, n’est pas tout; il reste encore un pas à faire. Nous devons nous
livrer
nous-mêmes à Dieu, afin que sa volonté puisse être réalisée pratiquement
dans tous les détails de nos vies. Vous remarquerez que le mot «livrer»
revient cinq fois dans la dernière partie de notre chapitre.
Étant morts au péché, il est bien évident que nous avons l’obligation de
refuser au péché d’exercer des droits sur nous. Autrefois, le péché régnait
dans nos corps mortels et nous lui obéissions continuellement, dans ses
différentes convoitises. Il ne doit plus en être ainsi, nous dit le verset
12. Nous sommes morts au péché, l’ancien maître, et ses droits sur nous ont
pris fin. Étant vivants d’entre les morts, nous appartenons à Dieu et nous
reconnaissons avec bonheur ses droits sur nous. Nous nous livrons à lui.
Le verset 13 montre clairement que cet abandon de soi-même à Dieu est
quelque chose de très pratique. Il touche tous les membres de notre corps.
Autrefois chaque membre était d’une manière ou d’une autre engagé au service
du péché et devenait ainsi un instrument d’iniquité. N’est-il pas
merveilleux que chaque membre puisse maintenant être employé au service de
Dieu? Nos pieds peuvent courir porter son message. Nos mains peuvent
accomplir son œuvre. Notre langue peut proclamer ses louanges. Pour qu’il en
soit ainsi, nous devons nous livrer nous-mêmes à Dieu.
Le mot «livrer» se trouve deux fois dans ce verset, mais le verbe est
utilisé, dans l’original, à des temps différents. On a commenté cette
particularité de la manière suivante: Dans le premier cas, le verbe est au
présent continu. «Ne livrez pas vos membres». Cela ne doit jamais se
produire. Dans le second cas, un autre temps est employé. «Livrez-vous
vous-mêmes à Dieu». Faites en sorte qu’il s’agisse d’un acte accompli une
fois pour toutes.
Posons-nous chacun solennellement la question de savoir si nous l’avons
vraiment fait une fois pour toutes. Nous sommes-nous ainsi livrés nous-mêmes
à Dieu et lui avons-nous livré nos membres définitivement, pour faire sa
volonté? Si tel est le cas, prenons garde à ne jamais oublier notre
soumission et à ne pas tomber dans le piège de livrer nos membres à
l’injustice, ne serait-ce qu’un seul instant, car le fruit en est le péché.
Ainsi, le péché ne doit pas dominer sur nous, pour la bonne raison que nous
ne sommes pas sous la loi, mais sous la grâce. Certains prétendent que dire
aux gens qu’ils ne sont plus sous le régime de la loi les fait s’enfoncer
inévitablement dans le péché. Nous avons ici la réponse divine à cette
affirmation. En fait, rien ne soumet davantage le cœur et n’encourage autant
la sainteté que la grâce de Dieu.
Le verset 15 montre qu’il y a toujours eu des personnes estimant que le seul
moyen de parvenir à la sainteté est de se tenir sous l’esclavage sévère de
la loi. Il en existait au temps de Paul. L’apôtre anticipe leur objection
par la répétition en d’autres termes de la question par laquelle il avait
commencé le chapitre. Il y répond en exposant à nouveau, d’une manière plus
étendue, la position chrétienne. Les versets 16 à 23 sont une extension et
un développement de ce qu’il vient de présenter dans les versets 12 à 14.
L’apôtre fait appel à la connaissance pratique commune à chacun de nous.
Nous savons tous que si nous consentons à obéir à quelqu’un, bien que nous
ne soyons pas nommément son esclave, nous le
sommes
pratiquement. Tel est aussi le cas dans le domaine spirituel, qu’il s’agisse
de servir le péché ou Dieu. Sous cet aspect, nous étions autrefois sans
aucun doute esclaves du péché. Mais quand «la forme de doctrine» de
l’Évangile nous est parvenue, nous lui avons obéi, grâces à Dieu! En
conséquence, nous avons été affranchis de l’esclavage du péché, et sommes
devenus esclaves de Dieu et de la justice. Or donc, étant maintenant
esclaves de la justice, nous devons livrer chacun de nos membres à Dieu,
afin qu’il puisse nous diriger comme il lui plaît.
Cet abandon de soi est par conséquent une question extrêmement importante.
C’est à cela que nous conduisent notre connaissance et le fait de nous tenir
nous-mêmes pour ce que nous sommes. Ces deux choses deviennent inutiles si
nous nous refusons à nous livrer nous-mêmes. Nous trouvons là sans doute la
raison de tant de faiblesses et d’insuffisance chez des chrétiens bien
fondés quant à la doctrine. Ils ne se livrent pas eux-mêmes ni ne livrent
leurs membres à Dieu. Oh! si jusqu’à maintenant nous ne l’avons pas encore
fait, comme un acte accompli une fois pour toutes, veillons à le faire sans
plus tarder! Lorsque nous l’aurons fait, nous aurons besoin de la grâce, et
nous trouverons la grâce, pour livrer continuellement nos membres au service
de Dieu.
Tout ceci sous-entend que l’ancien maître, le péché, est encore en nous,
n’attendant que les occasions de s’affirmer. Le triomphe de la grâce en sort
grandi. Et pour nous, la valeur des leçons apprises en est augmentée. Nous
apprenons comment livrer nos membres comme esclaves à la justice pour la
sainteté, alors même que le péché est aux aguets en nous, impatient de
s’affirmer de nouveau. En servant la justice, nous servons Dieu, car faire
la volonté de Dieu est le premier trait caractéristique de la justice. Et la
justice dans toute notre conduite mène à la sainteté de vie et de caractère.
Au lieu donc de demeurer dans le péché, soumis à son esclavage, nous sommes
affranchis en étant placés sous la domination de Dieu. Nous trouvons à deux
reprises les mots «ayant été affranchis du péché» (v. 18 et 22).
Précédemment, nous étions «libres à l’égard de la justice». Nous avons
échappé à l’ancien pouvoir et sommes venus sous le nouveau. Tel est le
chemin de la sainteté et de la vie.
La vie éternelle est considérée ici comme l’aboutissement de la merveilleuse
histoire. Dans les écrits de l’apôtre Jean, nous la trouvons présentée comme
la possession présente du croyant. Ces deux vues ne sont pas en conflit. Ce
qui nous appartient maintenant quant à son essence sera notre part dans
toute son étendue lorsque nous serons dans l’éternité.
Le dernier verset de notre chapitre — un verset bien connu — nous donne un
résumé concis du sujet. Nous ne pouvons pas servir le péché sans en recevoir
les gages qui sont la mort. La mort est un mot dont la signification est
vaste. Dans un sens, la mort est venue sur l’homme lorsque, par le péché, il
a été complètement séparé de Dieu. La mort physique survient quand le corps
est séparé de la partie spirituelle de l’homme. La seconde mort est la
séparation définitive de l’homme perdu d’avec Dieu. Les gages complets du
péché incluent la mort dans ces trois sens.
En relation avec Dieu, il n’est pas parlé de gages. Tout est don. La vie
même dans laquelle nous pouvons le servir est un don de Dieu par Jésus
Christ notre Seigneur. Ainsi la fin du chapitre nous ramène à la pensée
exprimée à la fin du chapitre précédent. Nous pouvons bien nous glorifier
dans la vie éternelle qui nous a été librement donnée par Dieu, et nous
approprier avec reconnaissance toutes les conséquences auxquelles elle
conduit.
Chapitre 7
Les premiers mots du chapitre 7 nous ramènent aux versets 14 et 15 du
chapitre précédent, où l’apôtre avait clairement établi que le croyant n’est
pas sous la loi mais sous la grâce. Ce point avait suscité une terrible
controverse, comme en témoigne le livre des Actes, particulièrement le
chapitre 15.
La question avait été réglée avec autorité à Jérusalem pour ce qui
concernait les croyants d’entre les Gentils. Ils ne devaient pas être mis
sous la loi. Mais qu’en était-il lorsqu’il s’agissait de croyants d’entre
les Juifs?
Il paraît bien que les croyants d’entre les Juifs n’étaient eux-mêmes pas du
tout au clair à ce sujet. Actes 21:20 le prouve. Par conséquent, il était
impératif que Paul établisse les choses d’une manière nette et précise;
c’est la raison pour laquelle il revient sur cette question au début de
notre chapitre. La parenthèse du verset 1 montre que l’apôtre s’adresse
maintenant spécialement à ses frères d’entre les Juifs. Eux seuls
connaissaient
la loi au sens propre du terme. Les Gentils pouvaient en savoir quelque
chose en tant que témoins extérieurs: les Israélites la connaissaient de
l’intérieur, puisqu’ils lui avaient été soumis. Cette remarque de Paul nous
fournit une clé importante pour la compréhension de ce chapitre: elle
indique à quel point de vue les choses sont considérées.
Les six premiers versets du chapitre sont de nature doctrinale; ils montrent
de quelle manière le croyant est délivré de l’esclavage de la loi et amené
en relation avec Christ. À partir du verset 7, nous avons un passage
hautement expérimental. Les effets de la loi sur le cœur et la conscience de
celui qui craint Dieu y sont énumérés. Ces versets donnent un aperçu de ce
que la loi opère pratiquement, pour préparer finalement le croyant à la
réalisation de la délivrance trouvée en Christ et dans l’Esprit de Dieu. Il
est remarquable que tout au long du chapitre 7 nous ne rencontrions pas une
seule mention du Saint Esprit, alors que, dans le chapitre 8, il s’en trouve
probablement davantage que dans tout autre chapitre de la Bible.
L’apôtre part du fait bien connu que la loi exerce son pouvoir sur l’homme
tant qu’il vit. La mort, et la mort seule, met fin à cette domination. Cela
apparaît très clairement en relation avec la loi divine du mariage, comme
l’établissent les versets 2 et 3.
Le verset 4 montre que le même principe est valable dans les choses
spirituelles, bien qu’il ne s’applique pas exactement de la même manière. La
loi occupe la position du mari et nous qui croyons, celle de la femme.
Toutefois, la mort n’est pas intervenue pour la loi, mais pour
nous.
Le verset 4 est tout à fait clair à ce sujet. Rendant incorrectement le
verset 6, certains traducteurs lui font dire que la loi est morte. Or, il
faut lire non pas «ce en quoi nous étions tenus étant mort», mais «étant
morts dans ce en quoi nous étions tenus». Ces deux versets s’accordent
parfaitement.
Nous avons été mis à mort à la loi «par le corps du Christ». À première vue,
cette affirmation paraît quelque peu obscure. Paul fait allusion, nous
semble-t-il, à ce qui était impliqué dans le fait que notre Seigneur prit le
corps préparé pour lui et devint ainsi homme. Il prit ce corps afin de
souffrir la mort,
et, par conséquent, l’expression «le corps de Christ» est employée ici comme
signifiant Sa mort. Nous retrouvons une tournure semblable en Colossiens
1:22, où il est dit que nous avons été réconciliés «dans le corps de sa
chair,
par la mort».
Nous sommes morts, échappant à la domination de la loi, dans la mort de
Christ. En ce sens, notre relation avec le premier mari a cessé. Mais tout
est en vue de notre introduction dans une nouvelle relation avec le Christ
ressuscité. Les Juifs trouvaient l’ancien mari — la loi — très dur et
inflexible, de fait, un batteur de femme; ils devaient pourtant admettre
qu’ils méritaient amplement tout ce qu’ils recevaient. Nous, les Gentils,
avons de la peine à nous imaginer l’immense soulagement du Juif converti
lorsqu’il découvrait qu’il était désormais sous Christ et non sous la loi.
«Marié» à Christ ressuscité d’entre les morts, le modèle proposé était plus
élevé qu’il ne l’avait jamais été sous la loi, mais maintenant les
ressources illimitées de la grâce et de la puissance dont nous avions besoin
découlaient de lui, et ainsi il devenait possible de porter du fruit pour
Dieu. Comme mari, Christ est la source de toute nourriture, direction,
consolation et force.
Quel contraste frappant présente le verset 5! À vrai dire, le verset
lui-même est très frappant, car il énumère quatre choses qui vont ensemble:
la chair, la loi, les péchés et la mort. Autrefois, la loi était imposée à
un peuple «dans la chair». En fait, elle ne faisait que stimuler le péché
toujours latent dans la chair. Par conséquent, les «mouvements» ou
«passions» des péchés étaient éveillés et la mort s’ensuivait comme jugement
de Dieu sur tout. «La chair» ici se rapporte non pas à nos corps, mais à la
nature déchue qui a son siège dans nos corps mortels. Tous les inconvertis
sont «dans la chair», c’est-à-dire que la chair les domine et caractérise
leur état. Mais vous remarquerez que pour les croyants, cet état n’existe
plus. L’apôtre dit:
«Quand nous étions
dans la chair».
Au verset 6, nous sommes placés devant un autre contraste.
«Quand nous étions... mais maintenant».
Étant morts avec Christ, nous sommes non seulement morts au péché comme le
chapitre 6 l’établit, mais également morts à la loi et, par conséquent,
délivrés de la loi. Ainsi nous pouvons maintenant servir Dieu d’une manière
entièrement nouvelle. Non seulement nous faisons des choses nouvelles, mais
nous les faisons dans un esprit nouveau. Au chapitre précédent, nous avons
trouvé l’expression «nouveauté de vie» (v. 4). Ici il est parlé de
«nouveauté d’esprit».
Dans l’Ancien Testament, nous lisons l’histoire d’hommes qui se sont
détournés d’une vie d’insouciance et de péché pour vivre dans la crainte de
Dieu — par exemple, Manassé, roi de Juda, comme cela nous est rapporté en 2
Chroniques 33:11-19. On pourrait peut-être dire de lui qu’il marcha en
nouveauté de vie durant les dernières années de son règne. Toutefois, il ne
pouvait servir Dieu que selon les principes et les manières d’agir prévus
par le système légal sous lequel il se trouvait. Il était impossible que la
nouveauté
d’esprit
le caractérise. Pour voir un service en nouveauté d’esprit, nous devons nous
tourner vers un Juif converti de l’économie actuelle de la grâce. Un tel
comme homme peut s’être efforcé de servir Dieu dans l’esprit d’une stricte
observation de la loi. Il découvre maintenant qu’il est fils et héritier de
Dieu dans le Christ Jésus, et il sert dans l’esprit d’un fils à l’égard de
son père — un esprit tout à fait nouveau.
Un employeur peut assigner un certain travail à deux hommes, l’un d’eux
étant son propre fils. Si le jeune homme réalise quelque peu la relation qui
est la sienne, il accomplira sa tâche dans un esprit complètement différent
de celui d’un serviteur à gages. Notre illustration aurait peut-être été
encore plus exacte si nous avions supposé le cas d’une épouse travaillant
aux intérêts de son mari. Délivrés de la loi par la mort, la mort de Christ,
nous sommes unis au Christ ressuscité afin de servir Dieu dans un esprit qui
est nouveau.
Il est absolument incontestable qu’un tel enseignement donne toute la place
à Christ et pousse la loi dans l’ombre. Est-ce là dénigrer la loi d’une
manière ou d’une autre? Est-ce que cela laisse même sous-entendre
qu’elle
présentait quelque imperfection? Ce point est abordé dans les versets 7 à
13, où il apparaît tout à fait clairement que la loi était parfaite quant à
elle-même. Le problème venait non pas de la loi, mais du péché qui se
dressait contre la loi, trouvant en elle ce qui l’excitait et aussi ce qui
le condamnait.
Le verset 7 nous dit comment la loi donnait la connaissance du péché et le
condamnait. Avant l’introduction de la loi, nous péchions mais ne réalisions
pas notre état de pécheurs. Dès que la loi a été donnée, nous avons pris
conscience de la situation réelle. De même qu’un fil à plomb révèle
l’inclinaison d’un mur chancelant, la loi nous dénonçait.
Néanmoins, comme nous le lisons au verset 8, c’était le péché qui produisait
le mal et non pas la loi, même s’il se dissimulait quelque peu, ne se
manifestant que lorsqu’il se trouvait placé face à l’interdiction formelle
de la loi. Le fait même qu’il nous soit dit de ne pas faire une chose nous
incite à la faire!
Ainsi donc, la loi nous touchait de deux manières. D’abord, elle stimulait
le péché. Elle traçait une ligne et nous interdisait de la franchir. Le
péché nous poussait aussitôt à transgresser l’interdiction en franchissant
la ligne. Puis, en présence de cette transgression, la loi prononçait
solennellement la sentence de mort sur nous. Certes, la loi plaçait la vie
devant nous; elle dit: «Fais ceci et tu vivras». Mais en réalité, la seule
chose qu’elle ait jamais faite à notre égard était de nous condamner
à
mort,
à cause de notre incapacité complète d’accomplir ce qu’elle commandait. Ces
deux conséquences de la loi sont établies nettement à la fin du verset 9:
«Le péché a repris vie, et moi je mourus».
Les choses étant telles, nul blâme d’aucune espèce n’est imputable à la loi:
elle est «sainte, et juste, et bonne». Le coupable, c’est le péché, non pas
la loi. Le péché a causé la mort, bien que ce soit par la loi que la
sentence de mort a été prononcée. En fait, le péché opérait avant même le
don de la loi, mais dès que la loi fut donnée, le péché n’eut plus d’excuse
et ses défis devinrent des outrages. Par le commandement, le péché devint
excessivement pécheur,
nous dit le verset 13.
Nous arrivons maintenant à une partie du chapitre où l’apôtre s’exprime à la
première personne du singulier. Dans les versets 5 et 6, c’était: «nous...
nous... nous…». Après la question posée au début du verset 7, nous trouvons
partout «Je... je... moi... je…». Le changement s’explique par le fait que
Paul parle maintenant d’expérience pratique, et lorsqu’il s’agit
d’expérience, chacun doit parler pour lui-même.
Les premiers mots du verset 14 peuvent paraître constituer une exception à
ce que nous venons de dire, mais tel n’est pas le cas. La loi est
spirituelle: c’est
un fait,
et non pas une simple affaire d’expérience — et la chose est établie comme
un fait que nous savons. En contraste, nous trouvons ce que «je suis», et
cela nous devons l’apprendre en en faisant la triste expérience: «charnel,
vendu au péché».
Comment apprenons-nous ce que nous sommes? Eh bien! en nous efforçant
sincèrement de nous conformer aux exigences spirituelles de la loi. Plus
nous y mettrons d’empressement, plus la leçon se gravera profondément dans
nos âmes. Nous découvrons notre état de péché en essayant d’être bons!
Récapitulons ce que nous avons appris dans le chapitre 6, car c’est là que
le chemin à suivre nous a été indiqué. Réalisant par la foi que nous sommes
identifiés avec Christ dans sa mort, nous comprenons que nous devons nous
tenir pour morts au péché et vivants à Dieu et, par conséquent, nous livrer
à Dieu, nous-mêmes et nos membres, à cause de sa volonté et pour lui plaire.
Nos âmes y consentent pleinement, estimant cette voie juste et bonne, et,
pleins d’enthousiasme peut-être, nous nous disons: «Parfait! c’est ce que je
vais faire».
Nous essayons et, hélas! nous éprouvons un choc très désagréable. Nos
intentions sont excellentes, mais d’une manière ou d’une autre, nous nous
trouvons sans force pour les mettre en pratique. Nous voyons le bien et
l’approuvons dans notre esprit, mais nous ne pouvons pas l’accomplir. Nous
reconnaissons le mal, le désapprouvons, et pourtant nous sommes pris à son
piège. Cette situation très pénible et humiliante est énoncée au verset 19.
Dans les versets 14 à 23, nous ne trouvons pas moins de 21 fois «je». «Moi»
revient 10 fois. Celui qui parle décrit évidemment une expérience durant
laquelle il était occupé uniquement de lui-même. Toutes ses pensées étaient
centrées sur sa propre personne. Ce n’est pas surprenant, car tel est
précisément l’effet normal de la loi sur une âme réveillée et délicate.
L’examen de ces versets nous montre que les exercices mentionnés conduisent
à des découvertes importantes.
1. L’homme en question a découvert par expérience le caractère bon et saint
de la loi. Elle
est
bonne, selon l’affirmation du verset 12; mais maintenant, il doit dire: «Je
reconnais
que la loi
est bonne».
2. Il a constaté par expérience son propre état déchu: il est non seulement
«charnel», mais «vendu au péché». Devoir confesser qu’on est dominé au point
d’être contraint de se détourner de ce qu’on désire et de pratiquer ce qu’on
hait, et se trouver ainsi dans la position humiliante de désavouer
continuellement ses propres actions (v. 15), c’est être réellement
asservi.
Nous sommes comme des esclaves vendus sur le marché à un maître tyrannique:
vendus au péché.
3. Cet homme apprend pourtant à distinguer entre ce qui a été produit en lui
par Dieu — ce que nous appelons «la nouvelle nature» — et la chair qui est
la vieille nature. Le verset 17 le montre. Celui qui parle reconnaît
l’existence de son vrai «je» en relation avec la nouvelle nature, et d’un
«je» ou «moi» qu’il doit répudier, comme étant la vieille nature.
4. Il apprend par expérience le véritable caractère de cette vieille nature.
Lorsqu’il est question de «moi», il s’agit de «la chair» (vous le voyez ici,
c’est le vieux «moi» qu’il doit répudier) en laquelle il n’habite point de
bien, comme le verset 18 nous le dit. Le
bien
ne se trouve simplement
pas là.
Aussi est-ce inutile de le chercher. Certains d’entre nous n’ont-ils pas
passé des mois épuisants, ou même des années, à chercher du bien dans un
endroit où il n’existe pas?
5. Il apprend encore que quand bien même il possède maintenant une nouvelle
nature, un «homme intérieur» (v. 22), cela ne lui confère
en
soi-même
aucune force. L’homme intérieur peut trouver plaisir à la sainte loi de
Dieu; son esprit peut reconnaître que la loi est bonne, mais malgré tout, il
existe une force plus puissante agissant dans ses membres qui l’asservit.
Quelle triste situation! Certains d’entre nous en ont fait l’amère
expérience. D’autres la font maintenant. Et si quelques-uns n’ont pas encore
connu de tels exercices, ils ont bien lieu de s’en alarmer, car une question
se pose immédiatement:
possèdent-ils la nouvelle
nature?
S’ils n’ont en eux rien que la vieille nature, les luttes et les exercices
de cette nature doivent obligatoirement leur être inconnus.
De tels exercices sont très précieux parce qu’ils préparent l’âme à la
jouissance d’une
délivrance opérée
divinement.
Avant d’aborder la fin du chapitre 7, il est important de relever qu’au long
de ce passage le mot loi est employé dans deux sens. Dans la grande majorité
des occasions, il se réfère naturellement à la loi de Dieu formulée par
Moïse. Toutefois, nous trouvons «la loi» d’un mari (v. 2 et 3); «une loi»
(v. 21); «une autre loi», «la loi de mon entendement» et «la loi du péché»
(v. 23 et 25). Dans ces cas, la signification du mot est bien évidemment une
puissance ou une force agissant uniformément dans une direction donnée: le
sens même que nous lui attribuons quand nous parlons des «lois de la
nature».
Si donc nous relisons les versets en question en remplaçant le mot «loi» par
l’expression «force dirigeante», nous comprendrons peut-être un peu plus
clairement ce que l’apôtre dit. Prenons le verset 23. Pour chacun d’entre
nous, la force dirigeante devrait être l’entendement, nos corps étant tenus
dans la soumission. Il devrait en être ainsi d’une manière toute spéciale de
ceux dont l’entendement a été renouvelé par la puissance de Dieu. Mais il
faut compter avec le péché qui exerce sa puissance dirigeante dans nos
membres. Nous devons reconnaître et nous avons appris par expérience la
terrible réalité que, si nous sommes laissés à nous-mêmes, le péché se
manifeste comme la force dominante, il prend le contrôle et nous tient
asservis.
Il n’est pas surprenant que, se souvenant de cela, l’apôtre pousse ce cri
d’angoisse: «Misérable homme que je suis!» Nous connaissons certainement
nous aussi quelque chose de cette misère. Ne nous sommes-nous jamais sentis
pareils à une pauvre mouette souillée de la tête à la queue par l’huile sale
que les canots à moteur déversent sur leur passage? La loi de son
entendement, la loi de l’air tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de ses
plumes est totalement dominée par l’horrible loi de l’huile gluante!
L’oiseau n’a aucune puissance en lui-même. À moins de n’être capturé et
nettoyé, il mourra.
Outre le cri d’angoisse, le verset 24 contient une question importante: «Qui
me délivrera?» La forme de la question est importante. Plus haut dans le
chapitre, lorsque celui qui parle traversait les expériences détaillées dans
les versets 14 à 19 par exemple, il aurait dit: «Comment vais-je me
délivrer?» Il cherchait encore
au-dedans
de lui quelque chose qui puisse opérer la délivrance, mais en vain.
Maintenant, il commence à chercher un libérateur en dehors de lui-même.
Lorsque notre confiance et notre espoir en nous-mêmes sont brisés, nous
avons franchi un grand pas. Nous commençons alors inévitablement à regarder
en dehors de nous. Nous ne cherchons peut-être d’abord que du
secours,
et, par conséquent, nous regardons dans de fausses directions. Mais tôt ou
tard, nous découvrons que nous avons besoin non pas d’aide, mais plutôt
d’une
délivrance
positive par une puissance qui ne peut absolument pas venir de nous. Et
alors, très vite, nous trouvons la réponse à notre cri. Grâces à Dieu! la
délivrance est à nous par Jésus Christ notre Seigneur. Il peut nous délivrer
aussi bien de l’esclavage du péché que de la culpabilité de nos péchés.
Chapitre 8
Mais comment cette délivrance s’opère-t-elle?
Comment est-elle accomplie? Nous trouvons une réponse à ces questions au
début de notre chapitre. À la fin du chapitre 7, la loi du péché et de la
mort s’est montrée beaucoup plus puissante que la loi de l’entendement
renouvelé. Dans les premiers versets du chapitre 8, la loi de l’Esprit,
donnée maintenant au croyant, s’avère beaucoup plus puissante que la loi du
péché et de la mort. L’apôtre peut dire triomphalement: elle «m’a
affranchi».
Non seulement nous avons la vie dans le Christ Jésus, mais l’Esprit de cette
vie nous a été donné. Par là une force nouvelle pénètre nos vies. Amenés
sous le contrôle et la puissance de l’Esprit de Dieu, nous sommes affranchis
de la domination du péché et de la mort. La loi la plus grande prend le pas
sur la moindre.
De nombreux phénomènes de la nature qui nous entoure peuvent servir à
illustrer ce point. Prenons par exemple un morceau de fer. Il gît inerte par
terre, maintenu au sol par la loi de la gravitation. Placez un aimant
électrique au-dessus de la pièce de métal, branchez le courant, et aussitôt
le morceau de fer s’envole, comme si soudain des ailes lui avaient poussé.
Une nouvelle puissance dirigeante est entrée en scène; sous certaines
conditions et dans une sphère limitée, elle s’est montrée plus puissante que
la force de la gravitation.
Le Saint Esprit nous a été donné afin de nous diriger, non pas pour que nous
le dirigions. Comment exerce-t-il son influence? Il opère dans le croyant,
mais relativement à un Objet d’attraction extérieur: le Christ Jésus notre
Seigneur. Le Saint Esprit n’est pas ici pour parler de lui-même ou se
glorifier lui-même, mais afin de glorifier Christ. Il n’habite pas en nous
pour entretenir la vieille vie, celle du premier Adam; il est l’Esprit de la
vie de Christ, le dernier Adam. Nous sommes «dans le Christ Jésus», comme le
montre le premier verset, et cela sans aucune réserve.
Il n’y a rien à condamner dans le Christ Jésus, et rien à condamner pour
ceux qui sont dans le Christ Jésus. Deux raisons sont avancées. Commençant
l’un et l’autre par un «car», les versets 2 et 3 en fournissent chacun une.
Le verset 2 donne la raison pratique ou expérimentale. Le croyant sous le
contrôle de l’Esprit est libéré de l’influence qui précédemment amenait la
condamnation. Comme il s’agit de l’affirmation d’une liberté qui doit être
réalisée pratiquement, l’apôtre parle encore d’une manière personnelle et
individuelle: «m’a
affranchi».
Au contraire, le verset 3 est l’énoncé de ce qui a été accompli
judiciairement par Dieu à la croix de Christ. La loi avait été manifestée
faible par la chair, bien qu’étant sainte, juste et bonne en elle-même. Elle
était pareille à un habile sculpteur occupé à la taille d’un monument
durable — une œuvre d’art destinée à réjouir la vue pour toujours — dans un
grand amas de boue sale. Une tâche désespérante et inutile, non pas à cause
d’une faiblesse quelconque de l’artiste, mais en raison de la matière
totalement défectueuse à laquelle il avait affaire. La loi pouvait condamner
le pécheur, mais elle ne pouvait pas condamner le péché dans la chair de
telle sorte que les hommes puissent être affranchis de la servitude du péché
et, marchant selon l’Esprit, être trouvés accomplissant ce que la loi avait
justement exigé.
Mais ce que la loi ne pouvait pas faire, Dieu l’a fait. Il a envoyé son
propre Fils, venu
en ressemblance de
chair de péché — en ressemblance seulement, remarquons-le, car bien que
parfaitement homme, il était un Homme parfait, sans la moindre tache de
péché. Dieu l’a envoyé «pour le péché», c’est-à-dire, comme sacrifice pour
le péché, afin que dans sa mort le péché dans la chair soit condamné. Le
péché est la racine de tout mal dans l’homme; et la chair constitue ce qui,
dans l’homme, offre au péché un moyen par lequel il agit, tout comme
l’électricité produite dans une centrale trouve dans les lignes à haute
tension un moyen de transport et d’action.
Nous savons que le péché a eu son origine première dans le ciel. Il a
commencé chez Satan et les anges déchus; toutefois Christ n’est pas venu
mourir pour les anges et, par conséquent, ce n’est pas le péché dans la
nature des anges qui a été condamné. Christ est mort pour les hommes, et
c’est le péché dans la chair qui a été
condamné.
Remarquons qu’il a été condamné, non pas pardonné. Dieu pardonne certes les
péchés, qui se manifestent comme les fruits du péché dans la chair; mais le
péché — la racine —, et la chair — la nature dans laquelle le péché opère —,
ne sont pas pardonnés, ils sont condamnés impitoyablement. Dieu a condamné
le péché à la croix de Christ. Nous devons apprendre à le condamner dans
notre vie pratique.
Nous devons juger comme Dieu juge. Nous devons voir les choses comme il les
voit. Si Dieu condamne le péché et la chair, eh bien, nous avons à les
condamner! Le péché et la chair étant jugés à la croix, le Saint Esprit nous
a été donné afin qu’il stimule la vie nouvelle que nous possédons. Si nous
marchons par l’Esprit, toutes nos activités, tant intellectuelles que
physiques, seront sous son contrôle et, en conséquence, nous ferons
naturellement ce que la loi exige.
Nous avons là évidemment une chose merveilleuse. Lorsque nous étions sous la
loi et dans la chair, nous luttions pour accomplir les exigences de la loi
et n’y parvenions jamais. Maintenant que nous sommes affranchis de la loi,
maintenant que nous sommes dans le Christ Jésus et que l’Esprit de Dieu
habite en nous, il y a une puissance qui peut nous rendre capables
d’accomplir la loi. Et parce que nous marchons dans l’Esprit et non dans la
chair, et selon la mesure où nous marchons ainsi, nous accomplissons
effectivement ce que la loi exigeait si justement de nous. C’est un grand
triomphe de la grâce de Dieu. Pourtant, en fait, le triomphe peut être
encore plus grand, car le chrétien a été rendu capable de «marcher comme lui
[Christ] a marché» (1 Jean 2:6). Et la «marche» de Christ dépassait de loin
tout ce que la loi demandait.
En résumé, le chrétien — selon les pensées de Dieu — est non seulement
pardonné, justifié, réconcilié, ayant l’Esprit qui verse dans son cœur
l’amour de Dieu; mais encore il voit la condamnation divine du péché et de
la chair dans la croix, il découvre que ses liens vitaux devant Dieu ne sont
pas avec Adam déchu, mais avec Christ ressuscité. Par conséquent, il est
dans le Christ Jésus; l’Esprit habite en lui, le contrôle et le remplit de
Christ, plaçant Christ devant ses yeux comme un Objet éclatant et désirable,
afin qu’il puisse marcher heureux, affranchi de la puissance du péché, et
accomplir joyeusement la volonté de Dieu.
L’évangile ne propose rien moins que cela! Qu’en pensons-nous? Nous nous
écrions que c’est magnifique. Nous déclarons que tout ce plan est digne des
pensées et du cœur de Dieu. Puis nos consciences se mettent à nous
reprendre, nous rappelant combien peu ces merveilleuses possibilités ont
trouvé leur application dans notre expérience pratique.
Remarquez que, après avoir écrit le verset 4, l’apôtre Paul n’a pas posé sa
plume et ne s’est pas tourné vers un autre sujet. Il reste encore des choses
à dire, qui nous aideront à saisir d’une manière réelle et expérimentale
cette délivrance bénie, afin que nous vivions la vie de Christ dans
l’énergie de l’Esprit de Dieu. Les versets 5 à 13 traitent encore cette
question d’un point de vue très pratique.
Deux classes de personnes sont considérées: celles qui sont selon la chair
et celles qui sont selon l’Esprit. Les premières sont occupées des choses de
la chair, les secondes, des choses de l’Esprit. La pensée de la chair est la
mort, la pensée de l’Esprit, vie et paix. Les deux classes sont totalement
opposées, que ce soit par leur nature, leur caractère ou leur but. Elles se
meuvent dans deux sphères complètement distinctes. Il est évident que
l’apôtre parle d’une manière abstraite. Il considère la position globale
selon le caractère intrinsèque des choses, et ne pense pas à des individus
en particulier ou à leurs expériences diverses.
À très juste titre, nous pouvons soulever la question de nos propres
expériences. Qu’avons-nous alors à dire? Nous devons confesser que, quand
bien même nous ne sommes pas selon la chair, nous avons cependant encore la
chair en nous. Ainsi il nous arrive de détourner nos pensées des choses de
l’Esprit pour nous occuper des choses de la chair. Et, dans la mesure où
nous le faisons, nous entrons en contact avec la mort plutôt qu’avec la vie
et la paix. Ne nous abusons pas: si nous poursuivons les choses de la chair,
nous recherchons des choses complètement anormales et inconvenantes, et non
pas ce qui est proprement caractéristique du chrétien.
Les choses de la chair font appel à la pensée de la chair, et
celle-ci
est inimitié absolue contre Dieu. Cette affirmation faite au verset 7 peut
paraître sévère, mais elle est vraie, car la chair est entièrement inique.
Non seulement elle n’est pas soumise, mais elle ne peut pas l’être. En
sommes-nous convaincus? Que la chair soit éduquée, raffinée, religieuse;
qu’elle soit privée de nourriture, battue, réprimée, elle demeure la chair.
La seule chose à faire à son égard est de la condamner et de la mettre de
côté, et voilà précisément ce que Dieu a fait, comme l’établit le verset 3.
Qu’il nous soit accordé la sagesse et la grâce de le faire aussi.
Il est clair que puisque la pensée de la chair est inimitié absolue contre
Dieu, ceux qui sont «dans la chair» ne peuvent pas lui plaire. Si nous
désirons trouver l’opposé, prenons le verset 9 de 1 Jean 3. Nous y lisons
que celui qui est né de Dieu «ne peut pas pécher». Tous ceux qui ne sont pas
nés de Dieu sont dans la chair; c’est-à-dire que leur état est caractérisé
par la chair, et rien d’autre. Ils n’ont pas la nouvelle nature et, par
conséquent, la chair est la source de toutes leurs pensées, de toutes leurs
actions, et il n’y a rien qui plaise à Dieu. L’homme qui est né de Dieu
participe de la nature de celui de qui il est né.
Mais le croyant n’est pas seulement né de Dieu; il a aussi l’Esprit de Dieu
demeurant en lui, qui le scelle comme étant de Christ. Cette grande réalité
change complètement son état. Désormais il n’est plus dans la chair, mais
dans l’Esprit; c’est-à-dire, son état est caractérisé par la présence et la
puissance de l’Esprit de Dieu, appelé aussi, au verset 9, l’Esprit de
Christ. Il n’y a qu’un seul et même Esprit, toutefois le changement de titre
est significatif. Christ est celui de qui nous tirons notre origine
spirituellement, celui à qui nous appartenons. Si nous sommes véritablement
à lui, son Esprit demeure en nous et, par conséquent, nous devrions être
semblables à Christ dans notre esprit, l’être si réellement que tout le
monde puisse voir Christ en nous.
Selon le verset 10, Christ
est
en nous si son Esprit habite en nous, et dès lors nous ne devons pas nous
laisser diriger par nos corps. Ceux-ci doivent être tenus pour morts, car,
s’ils agissent, ils conduisent seulement à pécher. L’Esprit doit être le
moteur de nos vies et alors le résultat sera la justice. Faire la volonté de
Dieu, c’est la justice pratique.
Nos corps sont appelés des «corps mortels» au verset 11. Ils sont assujettis
à la mort; en fait, les germes de la mort sont en eux dès le début. À la
venue du Seigneur, ils seront vivifiés. Le Dieu qui a ressuscité le Christ
d’entre les morts les vivifiera par son Esprit. En relation avec cela, nous
avons une nouvelle description du Saint Esprit. Il est «l’Esprit de celui
qui a ressuscité Jésus d’entre les morts». Habitant en nous dans ce
caractère, il est le gage de la vivification à venir, qu’elle se traduise
pour nous par la résurrection du corps ou par la transformation qui sera
opérée dans le corps des saints vivants et qui demeurent jusqu’à la venue du
Seigneur.
La conclusion que nous pouvons tirer de ce qui précède est que la chair n’a
aucun droit sur nous. Elle a été jugée à la croix. Elle est opposée à Dieu,
irréconciliablement, et nous ne sommes pas «dans la chair». L’Esprit de Dieu
habite en nous, et nous sommes «dans l’Esprit». Nous ne sommes ainsi
nullement débiteurs à la chair pour vivre selon la chair, car la vie selon
la chair a pour seule fin la mort. L’Esprit est en nous afin que nous
vivions selon lui. Cela implique de faire mourir les actions du corps, de
refuser pratiquement leurs manifestations et leurs désirs. Telle est la voie
qui mène à une vie réellement selon Dieu.
Quelle grande importance revêt dès lors l’habitation de l’Esprit de Dieu en
nous! L’Esprit engendre une condition ou un état entièrement nouveau dans le
croyant, et imprime son caractère à l’état qu’il produit. Il est la
puissance de la vie chrétienne dans le croyant, l’énergie qui brise la
puissance du péché et nous affranchit. Mais l’Esprit est plus que cela, car
il est une Personne réelle qui habite en nous, et nous prend ainsi en
charge.
Dans la dispensation précédente, le Juif était sous la loi, comparée à un
maître d’école ou un tuteur. Comme s’il était un enfant en bas âge, elle le
prenait par la main et le conduisait, jusqu’à ce que Christ soit venu.
Maintenant, Christ étant venu, nous ne sommes plus sous l’autorité du maître
d’école, mais nous sommes comme des fils majeurs dans la maison de notre
père. Non seulement nous sommes fils, mais nous possédons l’Esprit du Fils
de Dieu. Nous trouvons tout cela dans les chapitres 3 et 4 de l’épître aux
Galates. Le verset 14 de notre chapitre fait allusion à cette vérité.
Ceux qui occupaient la position d’enfants mineurs étaient placés sous la loi
comme maître d’école et étaient conduits par elle. Nous qui avons reçu
l’Esprit de Dieu et qui sommes conduits par lui, nous sommes fils de Dieu.
Christ est le chef de notre salut, élevé dans le ciel. L’Esprit habite en
nous ici-bas sur la terre, il est notre conducteur sur le chemin qui mène à
la gloire. Dieu en soit loué! Nos cœurs devraient déborder d’une louange
éternelle.
Nous trouvons dans notre chapitre un merveilleux développement de la vérité
concernant l’Esprit de Dieu. Nous l’avons vu, au verset 2, comme la nouvelle
loi de la vie du croyant. Le verset 10 nous le présente comme vie, dans un
sens expérimental. Au verset 14, il est le conducteur: nous avons été placés
sous sa protection pendant notre pèlerinage vers la gloire.
Selon le verset 16, l’Esprit porte encore le caractère de témoin. Étant
devenus fils de Dieu, nous avons reçu l’Esprit d’adoption, et deux
conséquences en découlent. Premièrement, nous pouvons répondre à la relation
établie, nous adressant à Dieu par le cri «Abba, Père». Secondement,
l’Esprit nous donne de jouir consciemment de cette relation. Nous savons
dans notre propre esprit que quelque chose s’est produit: nous avons été
transportés des ténèbres dans la lumière. L’Esprit le confirme, rendant
témoignage de ce qui s’est passé, à savoir que nous sommes maintenant
enfants de Dieu.
Le témoignage va même plus loin, car si nous sommes enfants, nous sommes
aussi héritiers, cohéritiers de Christ; car par l’Esprit nous sommes unis à
Christ (ce point n’est toutefois pas développé dans notre épître). Quelle
vérité étonnante! Que de fois nous passons à côté de l’importance de ces
expressions, tant elles nous sont devenues familières! Prenons le temps de
méditer ces choses afin que la vérité puisse pénétrer dans nos cœurs.
Au début du chapitre, nous avons vu que nous sommes en Christ si nous sommes
de vrais croyants. Puis nous avons découvert que, ayant l’Esprit de Christ,
nous avons Christ en nous. Maintenant nous apprenons que nous sommes
identifiés avec Christ tant dans les souffrances présentes que pour la
gloire à venir. Ici, il ne s’agit pas de nos souffrances pour Christ dans le
chemin du témoignage, et de la gloire comme notre récompense à la fin: cela,
nous le trouvons ailleurs. Le sujet est plutôt que, étant en lui et lui en
nous, nous avons part à sa vie et à ce qui le concerne, que ce soit ici-bas
en souffrant ou là-haut dans la gloire.
Cela conduit l’apôtre à considérer le contraste entre les souffrances
présentes et la gloire à venir. Ce contraste fait l’objet des versets 18 à
30, bien qu’il soit d’emblée établi dans des termes très forts que les
souffrances ne sont pas dignes d’être comparées avec la gloire.
Le même contraste est présenté en 2 Corinthiens 4:17, dans un langage encore
plus expressif: «En mesure surabondante, un poids éternel de gloire». Dans
notre passage, le sujet est traité avec beaucoup plus de détails. Le
paragraphe peut se diviser en trois sections. Premièrement, le caractère de
la gloire à venir. Deuxièmement, la consolation et l’encouragement du
croyant au milieu des souffrances. Troisièmement, le propos de Dieu, qui
garantit la gloire.
Ainsi, la gloire est d’abord liée à la révélation des fils de Dieu. Les fils
seront révélés lorsque le Fils, qui est le Premier-né et l’héritier, sera
manifesté dans sa gloire. Puis la création sera affranchie de la servitude
de la corruption et jouira de «la liberté de la gloire des enfants de Dieu».
On a remarqué à juste titre que la création ne participe pas à la liberté de
la grâce dont nous jouissons même au milieu des souffrances, mais elle aura
part à la liberté de la gloire. La création n’a pas été assujettie à la
vanité par sa propre volonté, mais elle l’a été plutôt comme conséquence du
péché de celui à qui elle était assujettie, à savoir Adam. Et la création
est présentée dans une vive attente de la délivrance qu’elle connaîtra à la
manifestation de la gloire. Lorsque les fils seront glorifiés publiquement,
l’année de relâche et de jubilé sera arrivée pour toute la création. Quelle
gloire! Que sont les souffrances présentes à la lumière d’une telle gloire?
Pourtant, ces souffrances sont bien réelles tant pour la création tout
entière que pour nous individuellement. Le verset 22 parle de celles de la
création, les versets 23 et 26, des nôtres. Nous connaissons des infirmités,
et aussi les soupirs qui sont le fruit de la souffrance, qu’elle soit
physique ou morale. Dans le second cas, de quoi disposons-nous alors pour
nous soutenir?
La réponse est encore: nous avons l’Esprit. Et il nous est présenté comme
revêtant trois nouveaux caractères. Il est les prémices (v. 23), celui qui
aide, et celui qui intercède (v. 26).
Nous sommes déjà fils de Dieu. Toutefois, nous attendons «l’adoption»,
c’est-à-dire la pleine réalité et la gloire de la position qui sera notre
part lorsque nos corps seront délivrés à la venue du Seigneur. Nous avons
été sauvés
en
espérance et nous sommes placés, par conséquent, dans la position d’attente
patiente de la gloire promise. Nous sommes sauvés dans l’attente de choses
glorieuses à venir, toutefois nous avons les prémices dans l’Esprit qui nous
a été donné. En Israël, les prémices étaient offertes comme gage et
anticipation de la moisson à venir (voir Lév. 23:10, 17, 20); de même, dans
les prémices de l’Esprit nous avons le gage et l’anticipation de la
rédemption du corps et de la gloire qui nous attend.
L’Esprit nous est en aide dans notre infirmité aussi. Cette affirmation
établit clairement la distinction entre les infirmités et les péchés, car
jamais l’Esprit ne nous est en aide dans nos péchés. L’infirmité, c’est la
faiblesse et l’insuffisance, tant morales que physiques; si donc nous étions
sans aide, nous nous laisserions très facilement prendre au piège, victimes
du péché. Le secours de l’Esprit se manifeste pour nous fortifier et nous
délivrer.
De plus, notre faiblesse et notre insuffisance sont telles que, très
souvent, nous connaissons des circonstances dans lesquelles nous ne savons
simplement pas ce que nous devons demander. L’Esprit qui habite en nous
prend alors le rôle d’intercesseur et s’exprime même au travers de nos
soupirs, rendant toutes paroles inutiles. Dieu qui sonde les cœurs sait
quelles sont la pensée et les demandes de l’Esprit, car toutes les demandes
et les intercessions de l’Esprit sont en parfait accord avec la pensée de
Dieu, quelles que soient nos propres demandes. Dieu répond selon les
demandes de l’Esprit, non pas selon les nôtres, et nous pouvons en être très
reconnaissants.
Remarquons le lien entre les versets 26 et 28. «Nous
ne
savons
pas
ce qu’il faut demander comme il convient... mais nous
savons
que toutes choses travaillent ensemble pour le bien de ceux qui aiment
Dieu». Telle chose et telle autre peuvent paraître produire le mal, mais
ensemble elles travaillent pour notre bien spirituel. Il doit en être ainsi
puisque l’Esprit habite en nous, nous étant en aide dans notre faiblesse et
intercédant lorsque nous sommes perplexes; et aussi du fait que Dieu nous a
appelés selon son propos que rien ne saurait changer.
Cela nous amène au troisième point: le propos de Dieu, qui garantit la
gloire. Toute l’affirmation tient en deux versets; son extrême brièveté
contribue à en faire ressortir la force.
La chaîne d’or du propos divin compte cinq anneaux. Le premier est la
préconnaissance qui a sa source dans l’omniscience de Dieu, donc dans
l’éternité. Puis vient la prédestination: un acte des conseils de Dieu, par
lequel, longtemps avant leur existence dans le temps, Dieu a destiné ceux
qu’il a préconnus à une place glorieuse. D’autres passages nous montrent que
cette prédestination a et lieu avant la fondation du monde.
Mais la prédestination a été suivie de l’appel effectif qui nous est parvenu
par l’évangile. Nous touchons là au temps, au moment où, dans notre propre
histoire, nous avons cru. Le pas suivant coïncide pratiquement avec celui-ci
quant à l’époque; car quand nous avons cru, nous avons été justifiés, et non
pas seulement appelés. Enfin, «ceux qu’il a justifiés, il les a aussi
glorifiés». Ici, notre chaîne d’or, qui de l’éternité est entrée dans le
temps, se perd de nouveau dans l’éternité.
Pourtant, comme vous pouvez le remarquer, il est dit: «il les a...
glorifiés» — au passé et non au futur. Parce que, quand nous considérons les
choses selon le propos divin, nous sommes détachés de toutes les questions
de temps et devons apprendre à voir les choses comme Dieu les voit. Il
«appelle les choses qui ne sont point comme si elles étaient» (Rom. 4:17).
Il choisit «les choses... qui ne sont pas» (1 Cor. 1:28). Les choses qui
pour nous ne sont pas existent pour lui. Dans le propos de Dieu, nous sommes
glorifiés. Pratiquement la chose est réalisée, car nulle puissance adverse
ne peut s’opposer au propos de Dieu.
Considérez le point auquel nous sommes parvenus. Dans l’évangile, Dieu s’est
manifesté comme étant pour nous selon les merveilles de sa grâce qui
justifie. Cela nous a été présenté à la fin du chapitre 5. Puis la question
suivante a été examinée: quelle devrait être notre réponse à une telle
grâce? Et nous avons découvert que, quand bien même nous n’avons aucune
puissance en nous-mêmes pour donner une réponse qui convienne, la puissance
pour le faire existe, puisque nous sommes établis en Christ et que l’Esprit
de Dieu habite en nous. Nous sommes affranchis de notre ancienne condition
d’esclave pour accomplir la volonté de Dieu. De plus, nous avons vu les
multiples caractères que revêt l’Esprit qui habite en nous. Il est «loi»,
«vie», «conducteur», «témoin», «prémices», «aide», «intercesseur». Et enfin,
nous sommes les objets du propos de Dieu, qui culmine dans la gloire — un
propos auquel rien ne peut s’opposer.
Il n’est pas surprenant que, face à toutes ces choses, l’apôtre répète: Que
dirons-nous?
Qu’exprimer sinon des paroles respirant un esprit de victoire? La question
est posée au verset 31 et la réponse, développée à partir de là et jusqu’à
la fin du chapitre; elle consiste en une série de questions et de réponses
qui se succèdent avec une rapidité qui témoigne d’un cœur fervent et
triomphant. Ces versets se prêtent davantage à la méditation qu’à un exposé.
Nous nous bornerons à relever quelques-uns des points les plus saillants.
Dieu est pour nous! Instinctivement, l’homme déchu considère Dieu comme
étant contre lui. La réalité est bien différente, comme le montre
l’évangile. Dieu a son cœur tourné
vers
tous les hommes, et il s’emploie activement et éternellement
en
faveur de
tous ceux qui croient. Cela réduit au silence les ennemis. Aucun d’entre eux
ne peut être efficacement contre nous, quand bien même ils le voudraient de
toutes leurs forces.
Le don du Fils implique tout don inférieur que nous pouvons avoir avec Lui.
Remarquez, au verset 32, les mots «librement» et «avec lui». Désirons-nous
quelque chose que nous ne pouvons pas avoir avec lui? Dans notre folie ou
notre impatience, cela peut nous arriver. Mais après mûre réflexion, nous ne
voudrions pas avoir, ne serait-ce qu’un moment, ce qui entraînerait une
séparation d’avec lui.
C’est Dieu qui nous justifie, non pas l’homme. De ce fait, personne ne
pourra mettre quoi que ce soit à notre charge. Même parmi les hommes, le
fait d’accuser un prisonnier que le juge vient d’acquitter équivaut
pratiquement à une diffamation.
Si aucune accusation ne peut être portée, il n’y a pas lieu de craindre une
condamnation. Toutefois si, en quelque manière, un doute pouvait subsister,
nous avons une réponse parfaite en Christ qui est mort, mais qui est
maintenant ressuscité, et est assis à la droite du trône de Dieu comme
intercesseur pour nous. Remarquez que ce chapitre présente une double
intercession: Christ à la droite de Dieu, et l’Esprit dans les saints
ici-bas (v. 26, 34).
Pourrions-nous avoir une expression plus parfaite d’amour, de l’amour
personnel de Christ, que celle qui nous a été donnée? Impossible. Pourtant
la question peut se présenter, tant nos cœurs sont craintifs et incrédules.
Se pourrait-il qu’un événement survienne, qu’une force surgisse, et nous
sépare de cet amour? Eh bien, cherchons et regardons! Explorons mentalement
l’univers.
Dans ce monde que nous connaissons si bien, il y a une quantité de
puissances adverses. Certaines d’entre elles sont exercées directement par
des hommes méchants: la persécution et l’épée par exemple. D’autres, tels
les détresses, la famine, la nudité, les périls, sont plutôt les
conséquences indirectes du péché dans le gouvernement de Dieu. Une seule de
ces choses, vue et ressentie, nous séparera-t-elle de l’amour de Christ? Pas
même pour un seul instant! Combien de fois des croyants faibles n’ont-ils
pas été assaillis brutalement par des hommes qui leur ont dit: «nous allons
extirper
ces notions de vous». Combien de fois l’effet de ces persécutions n’a-t-il
pas été
d’enraciner
profondément la vérité en eux. Le croyant n’a pas seulement gagné le combat,
mais il en est sorti en grand triomphateur, et par conséquent, il est plus
que vainqueur. Par ces choses mêmes, il a été enraciné dans l’amour de
Christ.
Mais il existe un monde invisible, tout un domaine dont nous n’avons qu’une
connaissance très limitée. Les maladies qui nous sont inconnues revêtent
toujours un aspect plus terrifiant que celles que nous connaissons et
comprenons. Il y a les mystères de la mort aussi bien que ceux de la vie. Il
y a des puissances de nature angélique ou spirituelle. Il y a des
circonstances que nous serons peut-être appelés à traverser une fois ou
l’autre, ou encore des créatures dont nous ignorions l’existence jusqu’ici.
Qu’en est-il de toutes ces choses-là?
La réponse est catégorique: rien de tout cela ne nous séparera jamais de
l’amour de Dieu. Cet amour repose sur nous dans le Christ Jésus notre
Seigneur. Il est l’Objet digne et glorieux de cet amour, et nous sommes dans
cet amour parce que unis au Christ Jésus. L’amour nous est parvenu en lui,
et, étant maintenant en lui, nous demeurons constamment dans cet amour. Si
Christ peut être sorti de l’étreinte de cet amour, alors nous aussi. S’il ne
le peut pas, nous non plus. Ayant saisi ce grand fait, la conviction de Paul
devient la nôtre. Rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu; à lui soit
la louange éternelle!
Ainsi notre chapitre qui a commencé par
aucune condamnation
se termine par
aucune séparation.
Et entre deux, nous découvrons que nous sommes pris en main selon le propos
de Dieu, lequel ne peut connaître
aucune atteinte.
Chapitre 9
Avec le chapitre 9 s’ouvre une nouvelle section de l’épître, une partie très
clairement délimitée. Dans les huit premiers chapitres, l’apôtre avait
présenté son évangile, et montré que celui-ci ne connaît pas de distinction
entre Juifs et Gentils. Paul savait cependant que son enseignement pourrait
amener de nombreuses personnes à déduire qu’il n’éprouvait aucun amour pour
sa nation et aucune considération pour la promesse de Dieu à l’égard de son
peuple. Aussi avons-nous maintenant trois chapitres dispensationnels au
cours desquels le mystère des voies de Dieu concernant Israël va nous être
expliqué.
Dans les trois premiers versets du chapitre 9, Paul déclare son amour
profond pour son peuple. Son affection pour les Israélites était semblable à
celle de Moïse qui demanda: «Efface-moi, je te prie, de ton livre» (Ex.
32:32). Puis l’apôtre énumère les grands privilèges qui avaient été accordés
aux Juifs (v. 4 et 5). Le dernier nommé n’est pas le moindre: d’eux est issu
le Christ, dont il établit clairement la déité.
Que s’était-il donc passé pour qu’Israël se trouve dans une si triste
condition? Dieu avait-il manqué à sa parole? Absolument pas; et le premier
grand fait avancé pour expliquer la situation est celui de la
souveraineté
de Dieu.
Or les Israélites étaient le dernier peuple au monde qui puisse se permettre
de contester la souveraineté divine, car celle-ci s’était exercée à maintes
reprises en leur faveur. Ce point est placé très clairement devant nous
jusqu’au verset 16. Dieu avait fait un choix souverain à l’égard des fils
d’Abraham et d’Isaac. Il avait choisi Isaac et Jacob, et mis de côté Ismaël
et Ésaü. S’ils voulaient refuser à Dieu le droit de choisir, les Israélites
seraient tenus d’effacer toute distinction entre eux-mêmes d’une part, les
Ismaélites et les Édomites d’autre part. Cela n’entrait absolument pas en
ligne de compte pour eux. Eh bien! Dieu ne faisait que continuer à agir
comme il l’avait déjà fait et, par conséquent, tous ceux qui étaient issus
d’Israël par descendance naturelle n’étaient pas le vrai Israël de Dieu.
De plus, si la loi avait suivi son cours, les Israélites auraient été
exterminés par le jugement lorsqu’ils firent le veau d’or dans le désert. Au
contraire, Dieu recourut à sa grâce souveraine, selon les paroles d’Exode
33:19 citées au verset 15 de notre chapitre. Dans ce troisième cas
également, Dieu usa de sa souveraineté en leur faveur, alors que le verset
17 nous fournit un exemple de la souveraineté de Dieu exercée contre le
Pharaon.
Les faits sont les suivants: 1° Dieu a une volonté. 2° Il l’exerce selon son
bon plaisir. 3° Personne ne peut lui résister avec succès. 4° Si elle est
mise en cause, la justesse de la volonté divine est toujours démontrée à la
fin. Dieu est comparé au potier et l’homme, à l’argile.
Que de fois la volonté de Dieu est contestée! Que de raisonnements les faits
établis dans notre chapitre n’ont-ils pas suscités! Combien nous sommes
lents à admettre que Dieu a le droit de faire ce qui lui plaît, qu’en
réalité il est le seul à avoir un tel droit, parce que lui seul est parfait
en préconnaissance, en sagesse, en justice et en amour. Les choses nous
paraissent peut-être souvent inexplicables, mais cela tient alors à notre
imperfection.
Le verset 13 a causé des difficultés. Mais la déclaration est tirée du livre
de Malachie; ces paroles ont été écrites longtemps après que les deux hommes
eurent pleinement manifesté ce qui était en eux, tandis que le verset 12
rapporte ce qui a été dit avant leur naissance. D’aucuns se sont achoppé aux
paroles adressées par Dieu au Pharaon, telles qu’elles sont citées au verset
17. La réponse à de telles objections est donnée par les versets 21 à 23.
Les hommes s’opposent à Dieu, endurcissant leur cœur contre lui; Dieu fait
alors d’eux un exemple solennel. Il a le droit d’agir de la sorte; tandis
que d’autres deviennent des vases de miséricorde qu’il prépare à l’avance
pour la gloire.
Par conséquent, si quelqu’un conteste ce que Dieu opère aujourd’hui en
appelant par l’évangile un peuple élu tiré tant d’entre les Juifs que
d’entre les Gentils, la réponse est simple: Dieu répète seulement de nos
jours ce qu’il a fait dans le passé. De plus, les prophètes avaient anticipé
qu’il en serait ainsi. Tant Moïse qu’Ésaïe avaient annoncé que seul un
résidu d’Israël serait sauvé, et qu’un peuple qui autrefois n’était pas
bien-aimé trouverait grâce. C’est ce que nous lisons dans les versets 25 à
29.
Le sujet est brièvement résumé pour nous dans les derniers versets. Israël a
heurté contre la pierre d’achoppement qui était Christ. En outre, les
Israélites ont fait un mauvais usage de la loi, la prenant comme une échelle
qui leur permettrait d’atteindre la justice plutôt que comme un fil à plomb
afin de pouvoir y mesurer toute leur prétendue justice. Israël n’était
pas parvenu à
la justice par la loi, et les Gentils avaient
trouvé
la justice par la
foi.
Chapitre 10
Au début du chapitre 10, l’apôtre est alors amené à montrer le contraste
entre la justice de la loi et celle de la foi; et de nouveau, il exprime son
amour ardent et son souhait à l’égard de son peuple. Sa prière pour ses
frères concernait leur salut: une preuve très claire qu’ils n’étaient pas
sauvés. Ils étaient religieux, ils avaient du zèle, ils possédaient la loi,
mais ils n’étaient pas sauvés. Supposant à tort qu’ils devaient établir leur
propre justice par l’observation de la loi, ils s’y appliquaient, et
échouaient misérablement. Et le zèle même qu’ils y mettaient les empêchait
de voir que Christ était la fin de la loi, et que la justice de Dieu était à
leur disposition
en Lui.
Il vaut infiniment mieux posséder la justice de Dieu que notre propre
justice, car cette dernière ne serait, dans le meilleur des cas, qu’une
justice humaine. Celui qui croit a Christ pour justice, nous dit le verset
4. Et Christ est «la fin de la loi». Ici comme en 2 Corinthiens 3:13, le mot
fin
est utilisé, nous semble-t-il, dans le sens de
objet en vue.
La loi a réellement été donnée en vue de Christ. Elle a préparé le chemin
pour lui. Si seulement les Israélites avaient pu considérer attentivement la
fin de la loi, ils auraient vu Christ. Il est naturellement tout à fait vrai
que, Christ étant venu, la pensée d’atteindre la justice par la loi perdait
sa raison d’être. Mais telle n’est pas la signification première du verset
4.
Ensuite, nous trouvons une différence frappante établie entre la justice de
la loi et la justice de la foi. La première demande des œuvres qui soient en
accord avec ses exigences et ses interdictions. Les paroles ne suffisent
pas, il faut des œuvres. Par celles-ci, pour autant qu’elles soient
accomplies, l’homme vivra. S’il n’en produit pas et qu’il persiste à ne pas
en produire, l’homme mourra.
Au contraire, la justice qui est sur le principe de la foi n’exige aucune
œuvre. Elle ne demande pas que nous montions au ciel pour en faire descendre
Christ, car Christ est venu. Elle ne demande pas non plus que nous
descendions, comme pour faire monter Christ d’entre les morts, puisqu’il est
ressuscité d’entre les morts. En écrivant ces mots, l’apôtre pensait
évidemment aux paroles de Moïse, rapportées en Deutéronome 30:11 à 14. Lisez
ce passage. Vous remarquerez que le verset 8 de notre chapitre, quant à sa
forme, est inspiré de Deutéronome 30:14. La parole de l’évangile nous est
envoyée par Dieu. Reçue par la foi, elle devient pour nous la parole de la
foi, entrant dans nos cœurs et confessée de nos bouches.
Autrefois, Dieu avait amené son commandement très près des Israélites afin
qu’ils l’accomplissent. En Christ, il a amené sa Parole encore plus près de
nous. Maintenant il ne s’agit pas d’une parole pour nous dire ce que nous
devons faire, mais qui proclame ce que Christ a fait et ce que Dieu lui-même
a fait en ressuscitant Christ d’entre les morts. Quant à nous, la parole
nous demande uniquement de croire dans notre cœur que Dieu a ressuscité
Christ d’entre les morts, et de confesser de nos bouches qu’il est Seigneur.
Lorsque le cœur et la bouche sont ainsi en harmonie, il y a naturellement de
la réalité. La soumission réelle à Jésus comme Sauveur a pour conséquence le
salut.
Remarquons la distinction établie au verset 10 entre la justice et le salut.
La foi du cœur en Christ introduit l’homme dans des relations justes avec
Dieu — la foi du
cœur,
notons-le bien, en contraste avec la foi de la
tête,
ou une simple compréhension intellectuelle. Une vraie conviction de péché
produit un sentiment profond de nos besoins et, par conséquent, une
confiance réelle en Christ. Dieu voit cette foi du cœur, et il tient l’homme
pour justifié devant lui. L’homme fait alors un pas de plus, et confesse
publiquement, ou au moins ouvertement, Christ comme son Seigneur. Cela le
place aussitôt hors du système du monde d’où le Seigneur est rejeté. Ses
liens avec le monde étant ainsi coupés, il entre dans la bénédiction du
salut.
Le mot salut a un sens très vaste, comme nous l’avons vu plus haut. Si nous
le limitons, dans nos pensées, à la délivrance de l’enfer que nos péchés
nous avaient mérité, nous perdons une bonne partie de sa signification. Dès
le moment où nous croyons, nous sommes justes devant Dieu; mais nous ne
sommes pas affranchis de l’esclavage du monde, et nous ne pouvons pas nous
attendre à expérimenter toute l’autorité et la puissance de Christ en notre
faveur, aussi longtemps que nous ne nous sommes pas placés résolument sous
la seigneurie de Christ en le confessant personnellement comme Seigneur.
Connaissons-nous, chacun individuellement, quelque chose de cette vie
d’heureuse liberté dans la soumission au Seigneur et en étant occupés de ses
intérêts?
Naturellement, il n’est pas envisagé un seul instant que nous puissions
croire en Jésus et
ne pas
le confesser de nos bouches comme Seigneur. C’est impossible si notre foi
est la foi du cœur, car de l’abondance du cœur la bouche parle. Le verset 11
de notre chapitre établit très clairement ce point. Le croyant
n’est
pas
confus. Ce passage est tiré d’Ésaïe 28:16. Le même verset est cité à la fin
du chapitre précédent, et encore en 1 Pierre 2:6. Le «se hâter» d’Ésaïe
devient «être confus» en Romains et 1 Pierre. Nous avons là une bonne
illustration de la manière dont les citations dans le Nouveau Testament
élargissent le sens des prophéties de l’Ancien Testament. Celui qui croyait
la parole d’Ésaïe n’aurait jamais à fuir pris de panique et à la hâte devant
le jugement vengeur. Nous non plus. Mais nous avons aussi dans la personne
du Seigneur, celui qui nous remplit de confiance et en qui nous nous
glorifions. Qui parmi ceux qui le connaissent vraiment serait confus de le
confesser?
Notre salut consiste donc à invoquer le nom du Seigneur, comme l’exposent si
clairement les versets 12 et 13. Il y a en lui une abondance de ressources
et de puissance, et tout est à la disposition de celui qui l’invoque, sans
aucune distinction. Nous trouvons ici le «pas de différence» de la grâce,
comme au chapitre 3, nous avions le «pas de différence» de la culpabilité.
Jésus est «Seigneur de tous», qu’ils l’invoquent ou non. Mais les richesses
de sa puissance à salut sont à la seule disposition de ceux qui l’invoquent.
L’invoquons-nous? Sans aucun doute, nous l’avons invoqué à l’heure de notre
conversion, et nous avons reçu le salut. Mais nos cœurs ont-ils l’habitude
de l’invoquer en toute circonstance difficile? Nous avons besoin chaque jour
d’être délivrés et chaque jour la délivrance est là pour nous si nous
invoquons le Seigneur — une délivrance de tous les dangers spirituels. Le
Seigneur ne délivre pas toujours les siens des dangers physiques dont menace
le monde à l’extérieur: il permet parfois qu’ils aient à traverser des
épreuves douloureuses, comme dans le cas d’Etienne par exemple. Mais
considérez la grandeur de la délivrance spirituelle qu’Etienne a goûtée
alors même que ses persécuteurs le lapidaient. Ce martyr nous offre la
meilleure illustration possible d’un salut spirituel de la part du Seigneur
qui est au-dessus de tout.
Dès lors, quelle importance revêt l’évangile qui le présente comme Seigneur
auquel la foi se soumet! Les versets 14 et 15 soulignent ce point. Pour que
les hommes soient sauvés, il faut qu’ils entendent l’évangile et que Dieu
l’envoie. Tout commence par Dieu. Il envoie le prédicateur. Le prédicateur
délivre le message. Les hommes entendent parler de Christ et croient en lui.
Ensuite ils invoquent le Seigneur et sont sauvés.
Mais tout commence par Dieu. Le vrai prédicateur est envoyé par lui, et
combien beaux sont les pieds de ceux qui s’en vont ainsi. Paul cite un
verset d’Ésaïe 53; le prophète y parle des jours à venir, lorsque enfin la
nouvelle de la délivrance parviendra à Sion par la venue du Seigneur dans sa
gloire. Mais combien beaux sont aussi les pieds de ceux qui proclament la
nouvelle de sa venue en grâce et dans l’humiliation, et de tout ce qui a été
accompli par cette venue pour notre salut.
Le problème réside en ce que tous n’ont pas obéi à l’évangile, comme
l’annonçait aussi Ésaïe. L’obéissance est par la foi. Le verbe «entendre»
revient trois fois dans ce passage; au verset 17, nous lisons: «Ainsi la foi
est de ce qu’on entend, et ce qu’on entend par la parole de Dieu». Lorsque
ce qui est annoncé parvient à nos oreilles, appuyé par l’autorité de la
parole de Dieu, nous le croyons. Et alors, comme la reine de Sheba, nous
pouvons déclarer: «Ce que j’ai entendu dire... était la vérité».
L’évangile a donc été annoncé. Il avait été proclamé même dans les premiers
jours, quand Paul écrivait cette épître. Mais la bénédiction dépendait de
l’obéissance de la foi. Or en tant que nation, Israël était demeuré
incrédule, et les paroles d’avertissement des prophètes allaient
s’accomplir. Au premier verset de notre chapitre, le souhait ardent et la
prière de l’apôtre étaient que les Juifs soient sauvés. Dans les derniers
versets, il présente la triste réalité de leur situation. Ils étaient un
peuple désobéissant et contredisant. Ils disaient continuellement «non» à
tout ce que Dieu proposait et niaient tout ce qu’il affirmait.
Dieu les avait supportés avec une longue patience, étendant ses mains comme
pour les supplier. Le moment d’un changement dans ses voies était maintenant
arrivé. Israël s’était heurté à Christ comme à une pierre d’achoppement et
pour un temps le peuple était mis de côté.
Chapitre 11
Bien que, comme nation, Israël ait été mis de côté pour un temps, le peuple
n’a pas été rejeté pour toujours. Aujourd’hui comme au temps où l’apôtre
écrivait, nombreux sont ceux qui pensent que le rejet d’Israël est
définitif. Mais «qu’ainsi n’advienne»! Car les Juifs sont le peuple que Dieu
a préconnu pour un but particulier et, s’ils devaient être rejetés pour
toujours, le but de Dieu ne serait pas atteint. L’apôtre avance aussitôt son
propre cas comme preuve. Miséricorde lui avait été faite, à lui un
Israélite, un
échantillon
de ce résidu que Dieu appelait alors, et un
gage
de la restauration finale de sa nation. Dieu appelle aujourd’hui encore un
résidu, de même qu’il s’en était réservé un aux jours d’Élie.
Au temps d’Achab, lorsque Israël vivait pratiquement dans l’apostasie, Dieu
s’était réservé plus de sept mille hommes qui lui étaient fidèles de cœur,
même si Élie était le seul à rendre en public un témoignage éminent. C’était
là le fruit de la grâce de Dieu et la même grâce opère encore. Il y a ainsi
«un résidu selon l’élection de la grâce» (v. 5). En tant que nation, les
Israélites avaient méprisé la grâce et recherché la justice par
l’observation de la loi; ils ne l’avaient pas obtenue et avaient été
endurcis (v. 7). Touché par la grâce, le résidu avait été sauvé.
Les versets 8 à 10 nous montrent comment la chute d’Israël et
l’endurcissement qui s’en est suivi avaient été anticipés par les prophètes
de l’Ancien Testament. Le verset 11 indique une conséquence importante qui
découle de cette situation: par là le salut avait été présenté aux nations.
Les versets 12 à 15 traitent de la restauration nationale finale des Juifs,
et ses effets contrastent d’une manière frappante avec les conséquences de
leur mise de côté.
Suite à leur chute, l’évangile de la grâce a été envoyé parmi les nations et
le monde des Gentils s’est trouvé grandement enrichi. Il en est résulté «la
réconciliation du monde»; c’est-à-dire que le monde, laissé de côté et dans
les ténèbres quand Dieu faisait converger toutes ses voies sur Israël, se
trouve maintenant dans une position privilégiée, à la lumière de l’évangile.
La réconciliation dont il est question ici n’est pas, comme au chapitre 5,
quelque chose de vital et d’éternel, conséquence de la mort de Christ; elle
est provisionnelle et dispensationnelle, conséquence de la chute d’Israël.
Aujourd’hui, Israël est déchu, abaissé, brisé, et tout ceci a opéré en
faveur des Gentils. Quel sera alors le résultat de «leur réception», de
«leur plénitude»? — c’est-à-dire de la faveur retrouvée des Juifs devant
Dieu? Un nouvel accroissement de bénédiction sur la terre, si grand qu’il
est comparé à «la vie d’entre les morts». Cependant, le sujet principal de
ce passage est qu’Israël a perdu la place privilégiée qui était la sienne
autrefois, les Gentils sont maintenant visités en bénédiction, tandis que
parallèlement Dieu préserve encore un résidu tiré d’Israël selon l’élection
de sa grâce.
Dans les versets 16 à 24, la pensée est confirmée et développée par une
image concernant un olivier et une greffe. Sans doute, le choix de l’olivier
est particulièrement approprié pour cette illustration: étant la source de
l’huile, cet arbre parle en figure d’abondance, ou de bénédiction,
spirituelle. Autrefois, les Israélites occupaient cette place de bénédiction
sur la terre en relation avec Abraham, leur ancêtre. Comme nous l’avons vu,
ils l’ont perdue, et maintenant les Gentils y ont été introduits; nous
lisons en effet: «Afin que la bénédiction d’Abraham parvînt aux nations dans
le Christ Jésus» (Gal. 3:14).
Ce transfert est illustré par l’arrachage de quelques-unes des branches
naturelles de l’olivier et la greffe de branches d’un olivier sauvage; ces
branches, autrefois sauvages, participent ainsi maintenant de l’abondance du
bon olivier, en puisant leur nourriture de ses racines. Le procédé de la
greffe suggéré est «contre nature», comme l’indique le verset 24. Toutefois
la découverte que les opérations de la grâce vont dans le sens contraire des
processus de la nature n’a rien de nouveau.
Pour nous les Gentils, il est important de prendre conscience de ce qui
s’est passé, et de la manière dont cela a eu lieu. Israël a perdu son
ancienne position à cause de son incrédulité, et nous sommes dans notre
nouvelle position par la foi. Aussi prenons garde! Si les Gentils ne
persévèrent pas dans la foi, que peuvent-ils attendre sinon d’être arrachés
à leur tour? Les branches greffées de l’ancien olivier sauvage ne doivent
pas compter être traitées mieux que les branches naturelles de l’arbre.
Encore une fois, souvenons-nous qu’ici il ne s’agit pas de la bénédiction
spirituelle des croyants individuellement, mais du changement de
dispensation dans les voies de Dieu, changement par lequel le peuple rebelle
d’Israël est placé sous le déplaisir de Dieu en gouvernement, et les Gentils
sont introduits dans une position de faveur en relation avec l’évangile.
Les voies de Dieu à cet égard illustrent les deux côtés de son caractère:
bonté et sévérité, comme l’indique clairement le verset 22. La sévérité de
Dieu est considérablement dépréciée, sinon niée, dans de nombreux cercles
religieux aujourd’hui. Pourtant, elle existe, et ceux qui la rabaissent ou
la nient devront en connaître la réalité le moment venu. Les branches
naturelles — Israël dans la misère et la dispersion — seront entées à
nouveau et les branches orgueilleuses d’entre les Gentils arrachées. Les
temps des Gentils touchent à leur fin.
Avec le verset 25, nous quittons la figure de l’olivier et reprenons le
sujet principal du chapitre. L’apôtre annonce très clairement que
l’endurcissement d’Israël ne durerait que jusqu’à ce que la plénitude des
nations soit entrée. Les yeux des Juifs seront alors ouverts, et Israël
comme un tout sera sauvé. Cela se produira lorsque le Seigneur Jésus
reviendra. L’endurcissement n’est que «partiel» puisque tout au long de
cette période Dieu a suscité un résidu d’entre les Juifs. Lorsque Jésus
viendra, «tout Israël» sera sauvé, c’est-à-dire Israël comme un tout ou en
tant que nation. Cela ne signifie pas que chaque Israélite individuellement
sera sauvé, car les Écritures montrent que beaucoup d’entre eux adoreront
l’Antichrist et périront.
«La plénitude des nations» fait allusion à l’œuvre actuelle de Dieu, qui
consiste à appeler un résidu d’entre les nations gentiles aussi. Lorsque
cette œuvre sera achevée et que toute la «plénitude» sera atteinte, ce sera
la fin. Les conseils de grâce de Dieu envers les nations seront achevés et
alors il assurera l’accomplissement de ses conseils à l’égard d’Israël; car
jamais Dieu ne se repent ou ne change d’avis concernant ses dons ou son
appel. Seulement il accomplira ces conseils non pas sur le terrain du mérite
de l’homme, mais sur celui de Sa grâce.
Nous lisons au verset 31: «De même ceux-ci aussi ont été maintenant
désobéissants à votre miséricorde, afin qu’eux aussi deviennent des objets
de miséricorde». Les Juifs comme nation ont rejeté l’évangile uniquement
parce qu’il impliquait la miséricorde, une miséricorde envoyée spécialement
aux Gentils (Actes 22:21, 22 en donne un exemple), et finalement, ils seront
profondément humiliés et recevront la bénédiction sur le même terrain que
les Gentils si méprisés.
En achevant son tableau général des voies dispensationnelles de Dieu, en
voyant la miséricorde se déverser à la fin même sur ses propres concitoyens
autrefois si endurcis et sûrs d’eux, Paul a l’âme remplie d’adoration. Il la
laisse éclater dans la doxologie qui termine le chapitre. Nous pouvons
l’appeler la doxologie de la
sagesse
de Dieu, tout comme à la fin d’Éphésiens 3, nous trouvons la doxologie de
son
amour
et en 1 Timothée 1, celle de sa
grâce.
L’apôtre glorifie cette sagesse qui caractérise toutes les voies de Dieu,
amenant finalement toutes choses à un accomplissement glorieux qui répond à
la fois à la gloire de Dieu et à la bénédiction de ses créatures.
Chapitre 12
Ainsi le chapitre 11 se termine presque de la même manière que le chapitre
8. Dans l’un comme dans l’autre, nous trouvons le propos de Dieu et sa grâce
manifestée dans l’élection. Il n’est donc pas étonnant que le chapitre 12
commence par un appel fondé sur les compassions de Dieu. Nous abordons ainsi
la partie pratique de l’épître. Il n’y a qu’une chose à faire en réponse aux
riches compassions que l’évangile nous a apportées: présenter nos corps en
sacrifice vivant, agréable à Dieu. Tel est notre service raisonnable ou
intelligent, et acceptable devant Dieu.
Au verset 13 du chapitre 6, l’apôtre avait indiqué que, pour être délivrés
de l’esclavage du péché, nous devions nous livrer nous-mêmes à Dieu, et
livrer nos membres à Dieu, comme instruments de justice. Nous devions le
faire, une fois pour toutes, comme une question réglée. L’exhortation que
nous trouvons ici est très semblable. Avons-nous tous connu un moment dans
notre vie où, conscients de la grâce infinie de Dieu, submergés peut-être
par une telle grâce, nous avons présenté résolument notre corps comme un
sacrifice vivant consacré à Dieu? Autrefois chacun de nous considérait son
corps comme le moyen d’exprimer sa propre volonté. En fait, chacun de nous
disait alors: «Je suis le maître de mon corps: il servira mes plaisirs».
Est-ce que maintenant nous avons livré ce corps à Dieu, afin qu’il
accomplisse Sa volonté et qu’il soit employé à Son service et à Sa gloire?
Nous ne remplirons aucun service réellement intelligent avant de l’avoir
fait. Nous ne pouvons pas être intelligents dans l’évangile sans voir qu’un
tel pas est la seule réponse qui convienne.
Évidemment, cela entraîne ce qui nous est enjoint au verset 2. La
non-conformité à ce monde — ou à ce siècle — nous caractérisera vu que nous
serons nécessairement rendus conformes à la volonté de Dieu. Mais Dieu a sa
propre manière de produire cela. Nous voyons parfois des chrétiens qui se
sont
conformés
— nous le disons avec tristesse — à ce siècle, leur corps rendant
continuellement témoignage à cette conformité. Parfois aussi nous
rencontrons des chrétiens
réformés,
qui cherchent par beaucoup d’efforts laborieux à imiter Christ et à agir
comme il le ferait. Ce qui est placé devant nous ici, c’est le chrétien
transformé,
la transformation commençant par l’entendement pour aboutir au corps, de
l’intérieur vers l’extérieur.
Notre verset ne parle pas de ce que Dieu a fait, ou fait actuellement, pour
nous. Il nous dit ce que nous devons faire. La responsabilité repose sur
nous. Nous ne devons pas être formés selon ce siècle, nous devons être
transformés. Ces deux choses, l’une négative, l’autre positive, ont à être
opérées jour après jour. Le renouvellement de notre entendement et la
transformation qui s’ensuit ne sont pas produits en un instant, une fois
pour toutes; ils doivent être entretenus et croître tout au long de la vie.
Puisque nous devons être transformés par le renouvellement de notre
entendement, selon les instructions divines qui nous sont adressées, nous
pouvons bien demander comment avoir notre entendement renouvelé. La réponse
est celle-ci: en le laissant se former selon les pensées de Dieu et en
faisant abandon de nos pensées. Et comment cela se produira-t-il? En
nourrissant nos âmes de la parole de Dieu qui nous communique les pensées de
Dieu. Si nous lisons et étudions la parole de Dieu avec prière et dans la
dépendance de l’Esprit de Dieu, nos facultés intellectuelles, comme aussi
notre manière de penser, sont renouvelées.
Le vrai chemin de la sainteté chrétienne nous est ainsi révélé ici. Nous ne
sommes pas appelés à suivre laborieusement un code de morale ou même à
imiter la vie de Christ. Nous sommes mis en contact avec ce qui change toute
notre manière de
penser,
et qui transforme par conséquent toute notre manière de
vivre.
C’est ainsi que nous pouvons discerner la volonté de Dieu pour nous-mêmes et
trouver qu’elle est bonne, agréable et parfaite. Ce qui est bon devant Dieu
sera bon pour nous puisque notre entendement aura été rendu conforme au
sien.
Le tout premier point où sera manifestée notre conformité aux pensées de
Dieu — et donc notre non-conformité aux pensées du monde — est en relation
avec l’estime de soi-même. Chacun d’entre nous a naturellement une très
haute opinion de lui-même, car nous n’avons pas appris à prendre notre vraie
mesure devant Dieu. Plus notre entendement est renouvelé, plus nous nous
voyons comme Dieu nous voit et apprenons que pour lui c’est la mesure de
notre
foi
qui compte. La foi introduit Dieu dans notre vie, et ainsi la mesure de foi
détermine notre niveau spirituel. Nous avons entendu une fois un chrétien
remarquer avec gravité et une certaine tristesse à l’égard d’un autre
croyant: «Eh bien, si nous pouvions acheter ce cher frère au prix
auquel nous l’estimons,
et le revendre au prix
auquel il s’estime
lui-même,
nous ferions
un beau bénéfice!»
Que Dieu nous aide et nous apprenne à avoir des pensées très sobres
quant à nous-mêmes, conscients que la foi constitue l’élément déterminant,
et non pas l’intelligence, le statut social, les ressources financières ou
les dons naturels.
En fait, le plus grand et le plus important d’entre nous n’est qu’une infime
partie d’un tout infiniment plus grand. Tel est l’objet des versets 4 et 5;
dans ce passage, pour la première fois en ce qui concerne cette épître, il
est mentionné que nous ne sommes pas appelés à rester isolés, même si nous
avons été sauvés individuellement: nous sommes introduits dans l’unité de
l’assemblée de Dieu. Nous sommes un corps en Christ, et chacun un membre de
ce seul corps. Le résultat pratique est que nous avons chacun une fonction
différente, exactement comme les membres de nos corps naturels, et aucun de
nous ne peut les concentrer toutes en lui seul.
Les versets 6 à 15 exposent le fonctionnement sur le plan pratique de ce qui
précède. Chacun a son propre don selon la grâce qui lui a été donnée, et est
ainsi appelé à reconnaître le rôle qu’il doit jouer dans l’ensemble. Chacun
doit aussi veiller à agir de la bonne manière et dans le bon esprit. Par
exemple, celui qui prophétise ne doit le faire que selon la proportion de sa
foi. Sa connaissance peut aller au-delà de sa foi, mais qu’il prenne garde
de ne pas parler au-delà de sa foi. Si nous y veillions tous, cela éviterait
une quantité de discours sans profit dans les rassemblements des enfants de
Dieu. De même, celui qui donne est appelé à le faire en simplicité. Celui
qui exerce la miséricorde, qu’il le fasse joyeusement, afin de ne pas
accomplir une bonne action d’une mauvaise manière. Et ainsi de suite. Les
détails de ces versets n’appellent pas de remarques, sauf peut-être: «Quant
à l’activité, pas paresseux». Il ne s’agit pas ici de l’ardeur avec laquelle
nous nous acquittons de notre travail journalier.
Les derniers versets du chapitre donnent des instructions plus générales
quant à ce qui convient pour nous selon la pensée de Dieu. L’humilité
d’esprit, la franchise et l’honnêteté, un esprit de paix, l’absence de
l’esprit presque universel de revanche et de vengeance, l’amour, un amour
actif au point de répondre au mal par la bonté et de surmonter ainsi le mal
par le bien. Toutes ces choses sont agréables à Dieu, et nous sont agréables
dans la mesure où notre entendement est transformé et rendu conforme au
sien. «Entasser des charbons de feu» sur la tête de son ennemi est une
illustration suggérée sans doute par le psaume 140:10. Le psalmiste a
prononcé cette prière en accord avec l’économie dans laquelle il vivait,
celle de la loi. Notre verset indique la manière chrétienne de le faire.
Nous pouvons donc dire que ce chapitre 12 nous présente, dans beaucoup de
ses détails, la volonté de Dieu pour nous, bonne et agréable et parfaite. La
plupart des caractères mentionnés ne sont nullement appréciés par les gens
du monde. Ils en estiment certains, mais dans la mesure où ils peuvent en
tirer profit; par exemple, ils sauront très bien reconnaître l’honnêteté qui
conduit le chrétien à s’acquitter rapidement de ce qu’il doit, ainsi que
l’absence de vengeance s’ils réussissent à profiter injustement de lui. Seul
le croyant dont l’entendement a été renouvelé peut voir la beauté de
tous
ces caractères.
Et seul le croyant dont la vie est transformée par l’opération de son esprit
renouvelé commencera à les mettre réellement en pratique.
Chapitre 13
Les premières exhortations du chapitre 12 concernaient notre conduite dans
le cercle chrétien. Puis, à partir du verset 14, nous avons appris quel
comportement il nous convient d’adopter vis-à-vis des gens du monde; à cet
égard, il est clairement souligné que nous rencontrerons beaucoup
d’hostilité. Au début du chapitre 13, nous trouvons des instructions
relatives à notre manière d’agir envers les gouvernements et les autorités
de ce monde. Ce point était très important pour les premiers chrétiens qui
subissaient fréquemment la persécution de la part des autorités; il l’est
encore pour nous qui vivons à une époque où l’autorité est considérée avec
bien peu de respect.
L’attitude du chrétien peut être résumée en un mot: la soumission. Nous
devons éviter de «résister à l’autorité», c’est-à-dire de nous y opposer. Le
motif invoqué doit être pesé avec soin: les «autorités» sont une institution
divine, et nous y opposer, c’est nous opposer au Dieu qu’elles sont censées
représenter, et nous attirer le jugement. Dans ce passage (v. 1-7), les
autorités sont considérées dans leur caractère propre selon la pensée
divine, plutôt que telles qu’elles se manifestent souvent dans la pratique.
Nous pourrions ainsi d’emblée nous récrier et évoquer la lamentable parodie
d’autorité que l’on rencontre si fréquemment. Mais souvenons-nous que, lors
de la rédaction de ces versets, Néron venait de monter sur le trône impérial
à Rome, et que l’homme qui écrivait ces paroles allait bientôt connaître de
cruelles souffrances de la part des autorités religieuses à Jérusalem.
Lisons Actes 23:5 et 26:25 et, dans ces exemples, relevons combien Paul
mettait réellement en pratique ce qu’il nous enseigne dans ce passage. Une
seule chose nous dispense de la soumission demandée ici: les occasions où la
soumission aux autorités nous entraînerait à désobéir à Dieu. Nous devons
alors obéir à l’Autorité suprême. Comme Pierre a dit: «Il faut obéir à Dieu
plutôt qu’aux hommes» (Actes 5:29).
Si nos pensées se limitent au gouvernement tel qu’il existe dans le monde
aujourd’hui, nous ne manquerons pas d’être troublés. De tous côtés, nous
assistons à des renversements, le pouvoir passant en d’autres mains. Sous la
devise de la «Liberté», des actes tyranniques et des atrocités pires que
celles des despotes d’autrefois sont commis. Mais si nous tournons nos
regards vers Dieu et sa Parole, tout devient simple. Nous ne sommes pas
placés dans le monde pour former ou pour changer des gouvernements, mais
pour chercher les intérêts de notre Seigneur, rendant aux autorités, quelles
qu’elles puissent être, tout l’honneur et toute la soumission qui leur sont
dus. Les instructions s’appliquent entre autres au tribut et au péage, comme
l’indique le verset 7. Nous devons payer tout ce qui est dû, tel que les
taxes, les droits, l’impôt sur le revenu. Ce que les autorités font de notre
argent lorsqu’elles l’ont reçu n’est plus notre affaire, mais la leur. Dans
la grâce de Dieu, nous sommes déchargés de cette lourde responsabilité.
Au verset 8, la pensée de rendre ce qui est dû ne se limite pas aux
gouvernements, elle s’étend à tous les hommes. Le chrétien ne doit
contracter aucune dette, sauf celle de l’amour. Jamais il ne pourra
s’acquitter pleinement de
celle-ci.
Aimé d’un amour infini, il est appelé à manifester l’amour dans un monde
malveillant. Par là, il accomplit la loi, sans lui être assujetti, comme
nous l’avons vu si clairement au chapitre 6.
Tout ce qui précède est confirmé et renforcé par ce que nous trouvons dans
les derniers versets de ce chapitre. Cette soumission et cet amour devraient
nous caractériser parce que nous sommes laissés dans le monde pendant qu’il
est encore dans la nuit, afin de manifester les grâces du Seigneur Jésus
Christ en attendant le jour. Il est très facile pour nous de l’oublier, de
devenir insensibles et de nous assoupir comme le monde. D’où cet appel à
nous réveiller. L’heure de notre salut final approche!
Nous sommes réellement dans les ténèbres. Ne le sentons-nous pas? Mais nous
sommes exhortés à rejeter les œuvres des ténèbres, comme de vieux linges
sales, et à revêtir «les armes de la lumière». Étant du jour, nous devons
être baignés de la lumière du jour. Le croyant doit briller et rayonner au
milieu des ténèbres, et la lumière même dont nous sommes revêtus apparaîtra
comme une
armure.
Le chrétien qui brille est protégé par sa lumière. En un mot, nous sommes
appelés à revêtir le caractère du Seigneur lui-même, plutôt que de
satisfaire les convoitises de la chair.
Avec quelle puissance ces paroles devraient s’imposer à nos cœurs! Et avec
quelle urgence! Si la nuit était fort avancée, et le jour approché lorsque
Paul écrivait, combien plus en est-il ainsi aujourd’hui. Il est
effectivement grand temps de nous réveiller du sommeil et de revêtir les
armes de la lumière. Seulement, souvenons-nous toujours que, tant au verset
12 qu’au verset 14, se revêtir ne signifie pas prendre sur soi quelque chose
de totalement extérieur à nous-mêmes, mais plutôt mettre quelque chose qui
vient de l’intérieur, un peu comme un oiseau se revêt de ses plumes. Nous
avons vu le principe lorsque nous avons considéré le verset 2 du chapitre
12.
Chapitre 14
Le chapitre 14 est tout entier consacré à un sujet qui suscitait de très
gros problèmes les premières années de l’histoire de l’église. Les croyants
d’entre les Juifs amenaient tout naturellement avec eux leurs vues et leurs
pensées relativement au manger et au boire, à l’observation de jours, de
coutumes et d’autres choses semblables. Leurs pensées étaient fondées en
partie sur la loi de Dieu, et en partie sur la tradition des anciens, mais
quoi qu’il en soit, leurs sentiments étaient très forts. Les croyants
d’entre les Gentils n’avaient pas les mêmes pensées et étaient portés à
considérer tout cela comme de l’obstination et de la stupidité de la part de
leurs frères juifs. C’était une source de frictions perpétuelles. Toute la
question est soulevée ici, et réglée avec l’admirable simplicité qui
caractérise la sagesse divine.
Arrivés à ce point, veillons à ce que notre attention ne se relâche pas. Ne
disons pas: «Aujourd’hui ces problèmes n’existent plus. Ils n’ont qu’un
intérêt théorique. Nous pouvons les laisser de côté».
Non. Au contraire, l’importance du sujet et son actualité sont très grandes.
Même si les points précis qui troublaient et divisaient les chrétiens du 1er
siècle ont peut-être en partie disparu, ils ont été remplacés par de
nombreuses autres questions de nature semblable, et aujourd’hui
l’inobservation des instructions de ce chapitre entraîne beaucoup de
détresse et de dégâts. Nous ne prendrons pas les versets un à un, mais
résumerons le passage en faisant remarquer que trois principes y sont
établis et trois exhortations données, chacune d’entre elles étant
rattachées à l’un de ces principes.
Le premier est énoncé au verset 4. Nous pouvons l’appeler
le
principe de la liberté chrétienne.
Dans les questions qui se rapportent à la conduite personnelle et au service
pour le Seigneur, nous sommes placés sous la souveraineté de Christ et par
là même dégagés de l’autorité de nos frères. Que notre jugement soit juste
ou faux, il est primordial que nous fassions chacun, avec un œil simple, ce
que nous croyons être agréable à notre Maître. L’exhortation donnée en
relation avec ce principe est: «Que chacun soit pleinement persuadé dans son
propre esprit».
Dieu veut que nous soyons exercés, chacun pour soi, à l’égard de tels
sujets. Lorsque l’Écriture donne un commandement précis, l’exercice n’a pas
de raison d’être. La simple obéissance s’impose alors comme la seule
attitude agréable devant Dieu. Mais il y a toutes ces innombrables
questions. Puis-je aller ici ou là? Puis-je participer à ceci ou à cela?
Est-ce que je peux m’offrir ce divertissement ou non? Faut-il accomplir ce
service ou cette ordonnance de cette manière-ci ou de celle-là? Que de
controverses amères et stériles ont été déclenchées par de telles questions!
Et la réponse est si simple. Arrêtez les disputes! Que chacun se mette sur
ses genoux dans la présence de son propre Maître afin de recevoir, pour
lui-même, la connaissance de la volonté de son Maître.
Ayant discerné dans la présence du Maître ce que nous pensons être sa
volonté à notre égard, accomplissons-le dans la simplicité de la foi.
Seulement, il faut que la
foi
soit en exercice, et non pas la volonté propre. Et n’allons pas au-delà de
notre mesure de foi, mais ne restons pas non plus en deçà. Ce serait être
condamné dans notre conscience, comme nous l’indiquent les deux derniers
versets du chapitre.
On dira: «Mais ce principe de liberté entraînera certainement des abus».
Sans doute; mais remarquez la mise en garde que nous lisons dans les versets
10 à 12. L’accent est mis sur
le principe de la
responsabilité individuelle envers Dieu.
Je ne peux pas être le maître de mon frère, et si j’essaie de le faire, il
n’est pas tenu de me prêter grande attention; mais qu’il se souvienne du
tribunal du Christ. Christ est mort et a revécu afin d’établir ses droits
dans les deux domaines, celui des morts et celui des vivants. Ainsi tout ce
que nous faisons, que nous mourions ou que nous vivions, doit être accompli
ayant égard à lui. Mais en rendant compte à Christ, nous rendrons compte à
Dieu. C’est un fait solennel, propre à toucher chacun de nos cœurs et à nous
amener à être très soigneux quant à ce que nous faisons ou nous permettons.
Au verset 13, nous trouvons l’exhortation liée à ce principe. D’abord son
aspect négatif: «Ne nous jugeons donc plus l’un l’autre;» puis le côté
positif: «mais jugez plutôt ceci, de ne pas mettre une pierre d’achoppement
ou une occasion de chute devant votre frère». Quant à nous-mêmes, nous
devons garder nos regards tournés vers le tribunal, et pour ce qui concerne
nos frères, veiller à ne pas être une occasion de chute pour eux. Plus loin
dans le chapitre, la chose est présentée d’une manière toute pratique. Par
exemple, dans les versets 15:20 et 21. Des termes très forts sont utilisés.
L’apôtre parle de la destruction de «celui pour lequel Christ est mort». Il
dit: «Ne détruis pas l’œuvre de Dieu».
L’œuvre souveraine de Dieu ne peut être détruite, et les vraies brebis de
Christ ne périront jamais; mais l’une et les autres peuvent en pratique être
ruinées. Le cas envisagé ici est celui d’un chrétien d’entre les Gentils:
solide spirituellement et sans préjugés, il affiche sa liberté devant les
yeux de son frère juif, faible dans la foi de l’évangile bien que fort
encore quant à la loi. De ce fait, le frère faible est tenté de faire des
choses qu’il se reprochera amèrement par la suite, et il connaîtra une
éclipse spirituelle qui se prolongera peut-être jusqu’à ses derniers jours.
Il pourrait nous arriver, à vous comme à moi, de causer un tel dommage si
nous ne veillons pas. Aussi soyons sur nos gardes, et ne perdons pas de vue
le tribunal.
En disant cela, nous avons pratiquement anticipé le troisième grand principe
de ce chapitre: celui de la
fraternité chrétienne,
pourrions-nous dire. Le verset 15 l’établit clairement. «Ton frère... celui
pour lequel Christ est mort». Si Christ est mort pour ce frère faible —
parfois pénible et gênant — c’est qu’il doit être très cher à Christ. Ne le
sera-t-il pas pour nous aussi? Et n’oublions pas que nous-mêmes aussi
pouvons être quelquefois pénibles et gênants à ses yeux. Que Dieu veuille
alors accorder
à ce frère,
comme à nous précédemment, la grâce de
nous
voir comme ceux pour les quels Christ est mort.
L’exhortation du verset 19 est fondée sur ce principe. Étant frères, nous
sommes appelés à poursuivre les choses qui tendent à la paix et à
l’édification. Mettons notre ardeur à construire, non pas à détruire.
Poursuivons la paix, non les disputes. Si nous sommes tentés de pécher,
posons-nous cette question exprimée par Moïse: «Vous êtes frères; pourquoi
vous faites-vous tort l’un à l’autre?»
Il peut nous arriver de nous égarer au point de dire, en voyant un frère
faible: «Voilà un être mal affermi! Poussons-le et regardons s’il va
tomber». Le malheureux tombe, et nous déclarons alors: «Nous savions bien
qu’il tomberait. Vous voyez maintenant qu’il ne vaut rien, nous sommes
débarrassés de lui». Et lorsque nous paraîtrons devant le tribunal de
Christ, qui est mort pour ce frère, que nous sera-t-il dit à
nous?
Si nous pouvions l’entendre maintenant, nos oreilles tinteraient. À ce
tribunal, il n’y aura pas seulement des récompenses, mais des pertes seront
aussi éprouvées!
Soulignons encore une fois que toutes ces instructions se rapportent à des
aspects de la vie, de la conduite et du service individuels, et qu’elles ne
doivent pas être étendues à la vérité fondamentale de Dieu de manière à
excuser l’indifférence à son égard. Le verset 17 élève nos pensées à un
niveau supérieur. Dieu a établi son autorité et sa domination dans les cœurs
de ses saints, non pour ce qui touche aux détails quant au manger et au
boire, mais relativement aux caractères moraux et spirituels qui lui sont
agréables. Puissions-nous vivre une vie de justice pratique, de paix et de
joie sainte, dans la puissance de l’Esprit de Dieu. Ce sera à sa gloire.
Nous sommes placés sous son autorité, et son Esprit nous est donné pour
cela.
Liberté,
Responsabilité,
Fraternité (la responsabilité étant
envers Dieu),
tels sont, comme nous l’avons vu, les principes qui doivent avoir cours
parmi nous lorsque nous sommes introduits dans ce royaume. À la fin du 17e
siècle, en France, ce grand cri s’éleva: «Liberté,
Égalité,
Fraternité» (l’égalité étant
entre les hommes).
Quelles tragédies en furent la conséquence! Très rapidement se développa un
état de choses qui était la négation totale de ces trois termes! Veillons à
respecter nos trois principes, qui opèrent pour la justice, la paix et la
joie.
Chapitre 15
Le premier paragraphe du chapitre 15 récapitule et complète ce sujet.
L’enseignement est résumé de la manière suivante: les saints qui sont forts
dans la foi doivent porter les infirmités de leurs frères plus faibles. Ils
sont invités à rechercher ce qui sera pour le bien spirituel de leur
prochain, plutôt que de se plaire à eux-mêmes. La disposition d’esprit qui
conduit à dire: «J’ai le droit de faire ceci et je le ferai, peu importe ce
que les autres pensent!» n’est pas selon Christ. C’est précisément ce que
Christ n’a pas fait!
«Christ n’a point cherché à plaire à lui-même». Le prophète l’atteste et les
évangiles en témoignent. Il était le seul homme sur la terre à avoir le
droit absolu de se plaire à lui-même, mais il a vécu entièrement au service
de Dieu et un avec lui; d’une façon si complète que ceux qui voulaient
s’opposer à Dieu accumulaient naturellement leurs outrages sur la tête de
Jésus. Il est notre grand Modèle. Considérons-le tel qu’il nous est révélé
dans les Écritures, et alors, si nous sommes appelés à le suivre, la
patience et la consolation nécessaires nous seront données.
Ainsi donc nous sommes invités à manifester la grâce de Christ dans nos
relations les uns avec les autres, à avoir «un même sentiment selon le
Christ Jésus». À cet effet, nous avons besoin non seulement des Écritures
pour nous conduire, mais de la puissance de Dieu lui-même qui est le Dieu de
patience et de consolation. Ainsi fortifiés, nous pourrons le glorifier
ensemble. L’esprit et la bouche du faible ne seraient alors plus remplis de
critiques à l’égard d’un fort, et l’esprit et la bouche du fort ne feraient
plus jaillir du mépris pour un faible (voir 14:2, 3), mais tous auront
l’esprit et la bouche remplis de la louange de Dieu, le Père de notre
Seigneur Jésus Christ. Quel magnifique tableau nous avons ici, n’est-ce pas?
Par conséquent, en dépit de toutes les différences qui peuvent exister, nous
devons nous recevoir les uns les autres dans l’heureuse jouissance de la
communion chrétienne, afin que ce beau tableau soit une réalité à la gloire
de Dieu.
Après s’être occupé de ce qui touche à la vie et la conduite pratiques,
l’apôtre nous donne, à partir du verset 8, un court résumé de l’enseignement
qu’il a présenté plus haut concernant les relations du Seigneur Jésus tant
avec les Juifs qu’avec les Gentils. Il
est réellement venu
comme le serviteur de tous les propos de Dieu à l’égard de son peuple
terrestre, de sorte que les promesses faites autrefois aux pères ont été
confirmées, quand même elles n’ont pas encore toutes été accomplies. Puis,
relativement aux Gentils, il est venu comme messager de Dieu pour leur
annoncer la miséricorde, afin que finalement eux aussi glorifient Dieu.
Cette manifestation de miséricorde envers des Gentils, bien que peut-être
tout à fait inattendue pour les Juifs, n’était pas une pensée nouvelle du
côté de Dieu, car elle avait été annoncée dans les écritures de l’Ancien
Testament. Moïse, David, Ésaïe en avaient rendu témoignage, comme nous le
montrent les versets 9 à 12.
Les croyants à Rome étaient principalement d’entre les Gentils, aussi le
désir de l’apôtre au verset 13 revêt-il une force particulière. Ils étaient
autrefois sans Dieu et sans espérance dans le monde — comme cela est rappelé
aux croyants d’entre les Gentils à Éphèse — et maintenant Dieu, qui est le
Dieu d’espérance, va les remplir de toute joie et paix pour qu’ils abondent
en espérance. Un tel résultat, parmi les plus désirables et les plus
glorieux, est atteint comme le fruit de la foi dans l’évangile; car il est
«en croyant» et aussi «par la puissance de l’Esprit Saint». Celui qui croit
l’évangile reçoit le Saint Esprit, et la paix, l’espérance et la joie
suivent, comme nous l’a enseigné le cinquième chapitre de notre épître.
De nombreuses personnes désirent ardemment la paix et la joie, et pensent y
parvenir par les œuvres, les bonnes résolutions, les prières ou les
sentiments, mais rien de tout cela ne mène au but désiré. C’est uniquement
«en croyant».
La foi, et la foi seule, met l’âme en contact avec Dieu. Seul l’Esprit peut
remplir nos cœurs de toute joie et paix et espérance, qui sont les fruits
caractéristiques de l’évangile. Il est tout à fait à propos que l’apôtre
désire ces choses pour ceux auxquels il écrit, vu que cette épître présente
l’évangile qui les produit.
Au verset 14, Paul exprime sa confiance dans les croyants à Rome et, à
partir de là, il va s’occuper de questions plus personnelles, tant en ce qui
les concerne eux que relativement à lui-même.
Il mentionne d’abord son propre service pour le Seigneur et leur ouvre son
cœur sur ses intentions, non sans évoquer aussi ce qu’il avait déjà
accompli. Ce sujet occupe toute la fin de notre chapitre 15.
Le ministère de Paul se rapporte spécialement aux Gentils et, au verset 16,
l’apôtre en parle d’une manière très remarquable. Il annonçait l’évangile
parmi eux comme exerçant un office de sacrificateur; il considérait ainsi
ceux qui se convertissaient comme une offrande agréable à Dieu, étant
sanctifiée par le Saint Esprit qu’ils avaient reçu après avoir cru. Paul
fait peut-être ici allusion à la sanctification des Lévites telle qu’elle
est présentée en Nombres 8:1 à 19. Il est dit expressément dans ce passage:
«Et Aaron offrira les Lévites en offrande tournoyée devant l’Éternel, de la
part des fils d’Israël, et ils seront employés au service de l’Éternel».
Nous voyons là l’esprit dans lequel l’apôtre accomplissait son service
évangélique. L’apôtre Pierre parle des chrétiens comme d’une sacrificature
royale pour annoncer les vertus de celui qui les a appelés; et ce que nous
trouvons dans nos versets s’accorde avec cette pensée. L’œuvre de Paul
revêtait un caractère sacerdotal même dans son service pour l’évangile, et
le fruit de son labeur était vu dans les convertis d’entre les Gentils,
offerts à Dieu pour son service comme une troupe de Lévites spirituels. Par
conséquent, il pouvait se glorifier en tout cela, mais il le faisait «par
Jésus Christ» ou «dans le Christ Jésus»; car tout venait de lui, le
Serviteur par excellence.
Ces pensées nous amènent à considérer brièvement le travail déjà accompli
par l’apôtre. D’abord, quant à sa portée et son étendue, «depuis Jérusalem,
et tout alentour, jusqu’en Illyrie». L’Illyrie est située au nord-ouest de
la Macédoine; nous pouvons ainsi nous représenter l’immensité de la région
qu’il avait complètement parcourue, malgré les difficultés de transport à
son époque. Ensuite, quant à son caractère particulier: une évangélisation
pure et sans falsification. Paul était le pionnier de l’évangile au sens le
plus élevé du terme. Il s’adressait aux Gentils comme aucun autre apôtre ne
l’avait fait, et il allait dans des villes étrangères que nul autre n’avait
visitées. En cela il contribuait à l’accomplissement de l’Écriture, comme
l’indique le verset 21.
C’est précisément en raison de ce caractère particulier de son service que
l’apôtre avait été empêché de se rendre à Rome. Métropole du monde de
l’époque, cette ville avait déjà attiré des chrétiens, et ainsi l’évangile y
était déjà parvenu. Toutefois nous pouvons voir le cœur missionnaire de Paul
qui se portait au-delà de Rome jusqu’à la lointaine Espagne; l’apôtre
envisage d’y aller un jour, et de s’arrêter à Rome sur le chemin. Pour le
moment présent, il avait devant lui une visite à Jérusalem afin d’y apporter
la contribution des croyants de la Macédoine et de l’Achaïe pour les pauvres
d’entre les saints.
Nous trouvons une allusion à cette collecte pour les saints en 1 Corinthiens
16:1 à 4, et de nouveau, avec beaucoup plus de détails, en 2 Corinthiens 8
et 9. La lecture de ces passages montrera tout de suite pourquoi l’apôtre
place ici la Macédoine avant l’Achaïe. Comparés aux Corinthiens, les
Philippiens étaient pauvres, mais ils étaient beaucoup plus libéraux. Ils
parlaient moins et donnaient davantage. Nous trouvons dans les Actes des
apôtres une double explication à l’origine de ce besoin. Il y avait une
famine en ces jours (Actes 11:27-30), et on peut aussi penser que les
croyants à Jérusalem avaient été appauvris d’une manière particulière par le
«communisme chrétien» qu’ils pratiquaient au commencement (Actes 2:44, 45).
Toutefois, leur appauvrissement avait été l’occasion de cimenter les liens
pratiques de la communion chrétienne entre Gentils et Juifs.
À cette époque, Juifs et Gentils étaient fortement enclins à maintenir la
séparation entre eux, et cette tendance était renforcée par les intrigues de
docteurs judaïsants de Jérusalem. Ainsi, Paul considérait évidemment cette
collecte comme une affaire très importante et insistait pour porter lui-même
une telle libéralité. Il était parfaitement conscient du danger qu’il
courait, et les versets 30 et 31 de notre chapitre montrent qu’il avait
quelque pressentiment des afflictions qui l’attendaient. La question de
savoir si Paul avait vraiment raison d’aller à Jérusalem a été très
discutée. N’essayons pas de la résoudre ici, mais remarquons que sa prière,
à laquelle il demandait aux saints à Rome de se joindre, a été exaucée, bien
que cela n’ait pas été exactement de la manière qu’il espérait. Paul a été
délivré, mais non pas en homme libre. Il fut délivré de ses persécuteurs en
étant livré entre les mains des représentants de César qui l’emprisonnèrent.
C’est ainsi que finalement il arriva au milieu des chrétiens à Rome avec
joie, étant rafraîchi parmi eux, comme en témoigne le verset 15 d’Actes 28.
Une preuve de plus de la manière dont Dieu répond à nos prières, mais selon
sa volonté, et non pas d’après nos pensées et nos désirs. Nous pouvons aussi
être assurés que Paul vint au milieu d’eux dans une plénitude de
bénédiction. Philippiens 1:12, 13 en est une confirmation, Philémon 10
également. L’apôtre désirait la paix, une paix dans laquelle tant les saints
de Dieu que l’œuvre de Dieu puissent prospérer; aussi le chapitre se
termine-t-il par le souhait que le Dieu de paix soit avec eux tous.
Remarquons encore les trois titres attribués à Dieu dans ce chapitre. «Le
Dieu de patience et de consolation» au verset 5. «Le Dieu d’espérance» au
verset 13. «Le Dieu de paix» au verset 33. Et prenons le temps de les
méditer. Ce que Dieu est à un moment donné, il l’est toujours, et ce qu’il
est pour l’un des siens, il l’est pour tous et pour chacun. Par conséquent,
Dieu est tout cela pour vous et pour moi.
Chapitre 16
Au chapitre 16, nous trouvons les salutations finales. Il semble que
l’épître ait été portée par Phœbé, et Paul recommande cette sœur de manière
que les saints à Rome la reçoivent librement et sans hésitation. Dans
l’exercice de son service à Cenchrée, elle avait été en aide à de nombreuses
personnes et même à Paul. La transcription du mot grec pour «servante» est
«diaconesse».
Les versets 3 à 15 présentent une longue énumération de croyants à Rome
auxquels des salutations étaient envoyées. Nous trouvons d’abord deux noms
qui nous sont familiers, Prisca et Aquilas. Il est évident que leur mention
en tête de liste est voulue; en effet, il n’est parlé de personne d’autre en
termes aussi chaleureux. Ils avaient exposé leur cou pour Paul, mais Dieu,
dans sa miséricorde, leur avait conservé la vie. Il s’agit du summum de
l’amour humain, selon les paroles du Seigneur en Jean 15:13. C’est également
ce que tout chrétien
devrait
faire si l’occasion s’en présente, d’après 1 Jean 3:16; car nous sommes ici
non seulement pour manifester une bonté humaine, mais l’amour divin, en tant
que participants de la nature divine.
Les salutations de l’apôtre témoignent d’un discernement remarquable. Un tel
est un parent, tel autre, un aide, le troisième, un élu dans le Seigneur. Et
encore, ceux-ci sont des bien-aimés, et ceux-là, distingués parmi les
apôtres. Certains ont travaillé et d’autres ont beaucoup travaillé. Dans la
grandeur de ses affections spirituelles, l’apôtre avait un lien particulier
avec chacun. Mais évidemment, Prisca et Aquilas les surpassaient tous par la
manifestation pratique d’un amour selon Dieu, qui leur valait la première
place, avant de nombreux autres plus doués qu’eux-mêmes.
Un tel amour, de nature divine, se donnant lui-même jusqu’à la mort est
unique quant à sa valeur. Nous en trouvons un exemple aux jours de David —
voir 2 Samuel 23:13 à 17. Les paroles solennelles du Seigneur, rapportées en
Apocalypse 2:4, le soulignent. Nous ne doutons pas que cet amour sera
manifesté dans sa plénitude au jour où nous comparaîtrons tous devant le
tribunal de Christ. Prenons-le donc à cœur maintenant déjà.
Les versets qui suivent (17-20) présentent un tableau bien différent. Dans
les premiers jours, comme aujourd’hui encore, il y avait des gens qui
servaient non pas le Seigneur, mais leurs propres désirs égoïstes. De telles
personnes produisent des divisions et doivent être évitées. Leurs paroles
sont peut-être très belles — plus lisses que du beurre — mais elles sont
contraires à la doctrine. C’est là le test. La question n’est pas: «Est-ce
que ces hommes savent dire des choses agréables?» mais «parlent-ils selon ce
que nous avons reçu de Dieu?» L’instigateur de toute erreur, c’est Satan; et
la paix sera réellement établie, lorsqu’il sera brisé sous les pieds des
saints par le Dieu de paix.
Nous avons ensuite les salutations des serviteurs qui étaient avec Paul
lorsqu’il écrivait; et de nouveau au verset 24, comme précédemment au verset
20, et à la fin du chapitre 15, l’apôtre paraît terminer sa lettre. Une fois
encore pourtant, il ajoute quelques mots. Il semble qu’arrivé à ce point,
Paul, selon son habitude, ait pris la plume des mains de son secrétaire pour
écrire de sa propre main. Ses dernières paroles sont de toute importance.
Comme il le révèle en Colossiens 1:23 à 29, l’apôtre Paul avait un double
ministère. Dans les versets 25 à 27 de notre chapitre, il y fait une brève
allusion. Tout au long de cette épître, il avait développé d’une manière
très complète l’évangile, qu’il appelle «mon évangile». Le «mystère», il ne
l’avait pas du tout mentionné, bien qu’il lui ait été révélé, comme il l’a
aussi été à d’autres prophètes, et qu’il ait été donné à connaître dans des
écrits prophétiques. S’il était important que les croyants à Rome soient
affermis selon l’évangile qu’il venait de leur révéler, Paul voulait qu’ils
sachent l’importance tout aussi grande pour eux d’être affermis selon le
mystère au sujet duquel il n’avait pas l’intention d’écrire à ce moment-là.
Si la chose était importante pour les Romains, elle l’est donc pour nous
aussi. Dieu a la puissance de nous fortifier dans l’évangile et dans le
mystère. Nous sentons-nous concernés par l’un et par l’autre? Si tel n’est
pas le cas, nous devrions être exercés. Ce n’est pas parce que l’église, en
tant que corps professant, extérieur, visible, se trouve dans un état de
ruine, que nous sommes dispensés de nous intéresser au mystère; au
contraire, il est d’autant plus nécessaire d’y prêter attention. Le mystère
concerne les Gentils, aussi est-il donné à connaître à toutes les nations,
et cela pour l’obéissance de la foi: donné à connaître non pas simplement
pour être compris, mais pour être
obéi.
Jamais pour les chrétiens le besoin d’être réellement affermis n’a été plus
pressant qu’aujourd’hui. Dieu seul peut nous affermir, et nous ne serons
pleinement affermis que si nous le sommes selon l’évangile et selon le
mystère. Un homme ne sera jamais stable s’il se tient sur une seule jambe.
L’évangile et le mystère sont semblables à deux jambes sur lesquelles nous
pouvons nous appuyer sûrement. Appliquons-nous à nous tenir sur nos
deux
jambes.