Seconde
épître aux Corinthiens
F. B. Hole
Introduction
La seconde épître aux Corinthiens a manifestement été rédigée peu après la
première. Dans le dernier chapitre de cette première épître, Paul indique
qu’il écrit d’Éphèse, où une porte grande et efficace lui était ouverte par
le Seigneur, et où il y avait beaucoup d’adversaires (v. 8, 9). Dans le
premier chapitre de la seconde, il fait allusion à la grande émeute qui
avait eu lieu dans le théâtre d’Éphèse et qui avait mis fin à un service de
plus de deux ans dans cette grande ville (v. 8; cf. Act. 19:23 et suiv.).
Plus loin dans l’épître, il mentionne certains de ses déplacements qui ont
suivi ces événements. Nous allons commencer par considérer ces mentions, car
elles éclairent certaines remarques de l’apôtre.
Avant l’émeute, l’intention de l’apôtre était de traverser la Macédoine et
1’Achaïe, d’aller à Jérusalem, et ensuite de se rendre à Rome. C’est ce que
dit expressément Actes 19:21. En 1 Corinthiens 16:5, ainsi que dans les
versets 15 et 16 de notre chapitre, nous trouvons une confirmation de la
première partie de ce plan. Cependant, les projets de l’apôtre avaient dû
être modifiés. Tout d’abord, l’émeute avait précipité son départ pour la
Macédoine. Il s’était rendu jusqu’en Troade, où le Seigneur avait de nouveau
ouvert une porte devant lui (2:12, 13). Il restait pourtant trop préoccupé
par les Corinthiens et par l’effet qu’aurait pu produire sur eux la première
épître; ainsi, au lieu d’aller en Macédoine en passant par chez eux (1:16),
il y était allé directement. Arrivé là, il avait trouvé des circonstances
encore plus éprouvantes (7:5), mais il allait bientôt être réjoui par les
bonnes nouvelles de Tite au sujet des Corinthiens. Ces nouvelles lui ont
apporté un immense soulagement. Ce sont elles qui sont à l’origine de la
seconde épître, que nous allons maintenant considérer.
Chapitre 1er
Durant le séjour de Paul à Éphèse, Timothée avait été envoyé à l’avance en
Macédoine (Act. 19:22), d’où probablement l’omission de son nom au début de
la première épître. Lors de la rédaction de la seconde épître, Paul et
Timothée étaient ensemble en Macédoine, d’où la mention explicite du nom de
ce dernier.
Tout de suite après la salutation d’introduction, l’apôtre laisse déborder
la reconnaissance, la consolation et l’encouragement qui remplissaient son
cœur. Il en fait remonter toute la gloire au «Dieu et Père de notre Seigneur
Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation». La
consolation avait été versée dans son cœur, et il la rendait à Dieu sous
forme de bénédiction et d’actions de grâces.
Mais, plus que cela, elle se déversait aussi au-dehors en faveur de ceux qui
en avaient besoin. Ayant traversé de douloureuses tribulations et y ayant
goûté d’abondantes consolations de la part de Dieu, l’apôtre était capable
de réconforter à son tour ceux qui traversaient des souffrances semblables.
Sans aucun doute, nous avons ici un principe divin important. Quel que soit
le privilège spirituel que nous recevions de Dieu, que ce soit sous forme de
consolation, de joie, d’avertissement, d’instruction ou d’autre chose, nous
n’avons pas à le considérer comme s’il n’était que pour nous, mais comme une
chose qui nous est donnée pour la partager avec autrui. Ne perdons jamais de
vue l’unité des saints de Dieu. En fait, nous ne possédons jamais réellement
les choses dans leur plénitude jusqu’à ce que nous les ayons communiquées à
d’autres. Un poète chrétien a dit: Si nous voulons
garder les bénédictions d’en haut, nous devons les partager. Si nous cessons
de donner, nous cessons de posséder. Telle est la loi de l’amour.
C’est profondément vrai. Si nous ne faisons pas usage de ce que nous
possédons, nous finissons par le perdre. Le Seigneur fait souvent passer ses
serviteurs par des circonstances éprouvantes, afin qu’ils puissent apprendre
les leçons nécessaires et recevoir la grâce dont ils ont besoin. Ayant été
fortifiés par ces expériences, ils pourront être plus utiles en aidant les
autres.
Un autre principe important est mis en lumière au verset 5. Dieu adapte et
proportionne la consolation aux souffrances. Quand les souffrances sont
légères, la consolation l’est aussi. Quand les souffrances abondent, la
consolation abonde aussi. Les souffrances dont il est question ici,
remarquons-le, sont appelées celles «du Christ». Elles ne sont pas seulement
endurées pour son nom, mais elles portent le même caractère que celles qu’il
a endurées à cause de son identification absolue avec Dieu et ses intérêts.
De telles souffrances — les souffrances du Christ dans les siens — sont
toujours suivies ou accompagnées de la consolation, par l’opération de
Christ lui-même.
Dans les versets 3 à 7, les mots consolation ou
consoler ne figurent pas moins de dix fois. Il
s’agit de réconfort ou de soutien, et l’on pourrait aussi bien utiliser les
termes encouragement ou
encourager. Le Seigneur utilise un mot de la même famille lorsque,
faisant allusion au Saint Esprit, il parle du Consolateur (Jean 14-16). Dans
les mêmes versets 3 à 7 de notre chapitre, l’affliction et les souffrances
ne sont mentionnées que sept fois, si bien qu’ici aussi l’encouragement
surabonde par rapport aux souffrances. Sans aucun doute c’est ici que se
trouve la source de la force surnaturelle des martyrs. Appelés de Dieu à
connaître des souffrances hors du commun, ils étaient portés à travers elles
par une puissance d’encouragement hors du commun. Ils ont fait l’expérience
que le réconfort et le soutien ont abondé.
De nos jours, dans les pays d’Europe, il n’y a que très peu de persécution
de la part du monde contre les chrétiens. Durant les deux derniers siècles,
la tranquillité et la tolérance ont régné à l’extérieur, alors que
l’éclatement et le laxisme doctrinal se sont développés à l’intérieur. Les
souffrances qui atteignent les croyants sont souvent du genre de celles qui
sont mentionnées dans la première épître: «plusieurs sont faibles et malades
parmi vous», ou alors ce sont des afflictions en relation avec des épreuves.
Nous connaissons très peu les souffrances dont Paul parle dans ces versets.
La consolation correspondante est aussi très peu connue. On voit rarement un
croyant débordant de joie lorsqu’il est l’objet d’une persécution sévère.
Nous le disons à notre honte, et c’est une perte pour nous.
Dans
les versets 6 et 7, l’apôtre identifie les Corinthiens avec lui d’une façon
très belle. Bien que charnels et faibles à bien des égards, ils avaient part
à des souffrances semblables à celles de l’apôtre, et ce seul fait pouvait
déjà leur apporter quelque encouragement. En outre, le moment venu, ils
auraient certainement part à la consolation.
Ceci
amène Paul à évoquer la tribulation particulière qu’il avait endurée à
Éphèse, la capitale de l’Asie mineure (v. 8). En Actes 19, il est question
d’un «grand trouble», mais ce que Paul dit ici nous apprend que la situation
était encore plus critique et dangereuse que nous ne pourrions le déduire du
récit de Luc. L’apôtre s’est réellement trouvé en face de la mort. Plus loin
dans l’épître, il raconte ses expériences de serviteur du Seigneur ayant été
«dans les morts souvent». Cette circonstance en est un exemple.
La
populace déchaînée d’Éphèse avait placé sur lui la sentence de mort, et
avait fait tout ce qu’elle pouvait pour l’exécuter. L’apôtre abordait cette
situation en réalisant que la sentence de mort se trouvait en lui-même. Par
cela, toute confiance en lui-même, ou en quelque puissance se trouvant en
lui, était anéantie. Il était entièrement rejeté sur Dieu et sur sa
puissance. Le Dieu en qui il se confiait était celui qui ressuscite les
morts et qui par conséquent annulerait tout ce que la foule pourrait faire,
même s’il lui était permis de commettre le pire.
Cependant, Dieu était intervenu et avait retenu la foule. Paul et ses
compagnons avaient été délivrés ce jour-là, et continuaient à faire
l’expérience de cette délivrance. L’apôtre n’envisageait pas que le danger
disparaisse. Au contraire, il savait qu’il continuerait à l’affronter tout
au long de sa carrière. Ainsi il s’attendait à être délivré encore, et à ce
que les Corinthiens aient le privilège d’y contribuer par leurs prières.
Alors les réponses de grâce de Dieu multiplieraient les effusions de
reconnaissance. Tous ceux qui se seraient joints dans les supplications se
joindraient dans les actions de grâces (v. 11).
Ce qui
donnait à Paul une telle assurance en demandant aux Corinthiens de prier
pour lui, c’est qu’il avait une bonne conscience quant à toute sa conduite.
Il avait été marqué par la simplicité et la sincérité qui vient de Dieu,
toute sagesse charnelle étant exclue. Cela était vrai quant à son
comportement général dans le monde, mais surtout quant à sa manière d’être
parmi les croyants. Il savait qu’en se glorifiant ainsi, il ne faisait que
dire ce que les Corinthiens eux-mêmes reconnaissaient très bien. Il y avait
eu parmi eux des personnes qui avaient cherché à le diffamer et à créer des
préjugés contre lui. Mais les effets s’en étaient déjà partiellement
estompés, car il peut dire au verset 14: «Vous nous avez reconnus en
partie». Ils avaient reconnu en partie qu’il était leur sujet de gloire,
comme ils étaient aussi le sien, dans la journée du Seigneur Jésus. Il y
avait donc entre eux un heureux accord, dans une bonne mesure au moins.
C’est
de cette façon délicate que l’apôtre indique la grande amélioration qui
s’était produite dans les sentiments des Corinthiens à son égard, à la suite
de l’envoi de sa première épître. Prenons à cœur le fait qu’il fondait sa
demande de prière sur la simplicité et la sincérité de sa vie de foi. Nous
entendons assez souvent des chrétiens demander aux uns et aux autres de
prier pour eux. Et quelquefois, nous demandons que l’on prie pour nous. Mais
pouvons-nous toujours le faire sur la même base que l’apôtre? Si ce n’est
pas le cas, ce pourrait être la cause de beaucoup de prières et
d’intercessions non exaucées. Souvenons-nous que nos vies et tous les motifs
secrets qui les gouvernent sont totalement transparents aux yeux de Dieu.
Même
auparavant, lorsqu’il écrivait aux Corinthiens sa première épître, Paul
était confiant que leurs relations réciproques resteraient heureuses, bien
qu’elles aient été passagèrement mises en danger. C’est à cause de cela
qu’il s’était proposé de leur rendre visite d’abord (v. 15), même avant
d’entreprendre son voyage pour la Macédoine. Mais il devait en être
autrement, et la visite projetée n’avait pas pu se réaliser. Arrêtons-nous
ici un instant. Même un apôtre pouvait voir ses plans dérangés et renversés,
et Dieu l’a conduit à enregistrer ce fait pour nous dans l’Écriture. Ce
changement — comme nous le verrons bientôt — bien qu’il n’ait pas été
strictement ordonné de Dieu, accomplissait en fait les plans divins en vue
d’une bénédiction finale. Un croyant peut être conduit de plusieurs façons;
et même s’il lui arrive de ne pas discerner une direction claire de Dieu, il
peut voir ses erreurs tourner en bénédiction. Notre affaire est de maintenir
avec soin cette simplicité et cette sincérité dont parle le verset 12.
À
Corinthe, les opposants s’étaient même emparés de ce changement de projet
pour fonder leurs attaques. Selon eux, cela montrait que Paul était un homme
léger et superficiel dans ses intentions, de caractère peu profond, disant
une chose un jour et le contraire le lendemain. L’apôtre en était bien
conscient, et c’est pour cela qu’il pose la question du verset 17. Était-il
un homme ballotté par des impulsions charnelles, changeant facilement de
cap, disant oui un jour et non le lendemain?
Pour
répondre à cette question, il en appelle à sa prédication lors de sa
première visite parmi eux, avec Sylvain et Timothée. Il n’y avait rien eu de
vague ou de contradictoire. Quand il dit: «Notre parole que nous vous avons
adressée, n’est pas oui et non» (v. 18), il fait sans doute allusion à sa
façon de prêcher. Et dans le verset suivant, il mentionne le grand thème de
sa prédication: Jésus Christ, le Fils de Dieu. En lui tout est fermement
établi par Dieu; en lui est la stabilité éternelle.
Ayant
un tel sujet, la prédication de Paul était caractérisée par une clarté et
une certitude absolues. Ces mêmes traits devraient être le propre de toute
prédication de la Parole aujourd’hui. Les prédicateurs modernistes 1
ne peuvent, par la force des choses, que prêcher des idées qui changent
continuellement, parce qu’elles sont basées sur les dernières avancées de la
science spéculative. Leurs propos sont essentiellement caractérisés par «oui
et non». Et leurs déclarations péremptoires d’aujourd’hui seront contredites
avant beaucoup d’années, de même que leurs déclarations d’il y a peu
d’années sont remises en question aujourd’hui. Ne nous laissons pas ébranler
par ces intellectuels. Ils passeront bientôt, tout comme leurs déclarations
hésitantes. Un Christ immuable doit être prêché d’une façon immuable.
1 Modernisme:
mouvement chrétien préconisant une nouvelle interprétation des croyances et
des doctrines traditionnelles en accord avec l’exégèse moderne.
Il y a
un grand contraste entre le «oui et non» du verset 19, et «le oui et...
l’amen» du verset suivant. La première expression concerne ce qui est
vacillant et contradictoire, tandis que la seconde se rapporte à ce qui est
clairement affirmé, et sera confirmé dans les faits au temps opportun.
L’homme
est instable; avec lui, c’est souvent le oui
dans une occasion et le non dans une autre. De
plus, il a un esprit de contradiction à l’égard de Dieu et de sa volonté. De
son côté c’est encore et toujours la faillite, et par conséquent il ruine
tout ce que Dieu désire pour lui. Sa réponse à la volonté de Dieu est
invariablement «non». Or on trouve tout le contraire en Christ, car «il y a
oui en lui». Il a répondu «oui» à tous les
desseins de Dieu et à tous ses désirs.
Et ce
n’est pas seulement le oui mais aussi
l’amen que l’on trouve en lui. Il n’est pas
seulement en plein accord avec toute la volonté de Dieu exprimée dans ses
promesses, mais il opère en vue de tout accomplir et de tout amener dans un
état final de plénitude et de perfection. En lui tout se réalise et se
réalisera jusqu’à ce qu’un grand amen
puisse être prononcé sur tout ce qui est selon le plaisir de Dieu. Ainsi,
Dieu est pleinement glorifié. De plus, il s’est acquis un peuple de rachetés
qui sont ses serviteurs pour accomplir la volonté de Dieu; c’est pour cela
que les mots «par nous» peuvent être ajoutés à la fin du verset 20. Quelle
stabilité et quelle sécurité glorieuses nous trouvons ici! Quelle confiance,
quel calme peut remplir le cœur de celui qui se repose en Christ!
Le Fils
de Dieu que Paul avait prêché parmi les Corinthiens portait ce magnifique
caractère, d’où la solidité et la certitude de sa prédication. D’où aussi la
stabilité qui caractérisait Paul lui-même, et qui est véritablement le
caractère de tout vrai chrétien. Nous avons été liés à Christ, et c’est Dieu
qui a fait cela (v. 21). Ce que l’homme fait, il se peut fort bien qu’il le
défasse un peu plus tard. Mais ce que Dieu fait, il le fait pour toujours.
Ainsi
donc, par un acte de Dieu, nous sommes fermement liés à Christ, celui en qui
tout le conseil de Dieu est établi. Saisissons-en bien la portée, car cela
nous transporte à un niveau infiniment plus élevé que celui de l’homme.
C’est aussi par un acte de Dieu que nous avons reçu l’onction de l’Esprit.
Il faut
nous souvenir que «Christ» signifie «Celui qui est oint». Le verset 21 nous
montre donc que nous sommes oints en tant que ceux qui sont liés à l’Oint de
Dieu. L’onction nous atteint parce que nous sommes liés à lui. Lors de
l’onction d’Aaron, «l’huile précieuse» répandue sur sa tête «descendait sur
le bord de ses vêtements» (Ps. 133:2). Il s’agit d’un type ou d’une
allégorie: par l’onction de l’Esprit, la grâce et la puissance de notre Chef
exalté dans les cieux ont été répandues sur nous qui sommes ses membres.
C’est ainsi, et seulement ainsi, que les promesses de Dieu peuvent se
réaliser à la gloire de Dieu «par nous». C’est Christ lui-même qui amènera
le plein accomplissement des promesses de Dieu dans le jour à venir, mais il
le fera par nous. Il en accomplira tout le détail au travers de ses saints,
qui sont ses membres oints. Si nos cœurs saisissent vraiment cela, combien
nous serons élevés au-dessus de ce présent siècle mauvais!
Mais
l’Esprit de Dieu n’est pas seulement l’onction:
il est aussi le sceau et les
arrhes. Comme l’onction, c’est lui qui nous lie
à Christ. Comme le sceau, il est sur nous la marque de ceux qui
appartiennent entièrement à Dieu. Nous sommes la possession divine et
marqués comme tels, un peu comme l’éleveur qui met d’emblée sa marque sur
les moutons qu’il achète afin qu’on puisse les reconnaître comme étant les
siens. En Apocalypse 13, on voit comment les deux «bêtes» à venir feront
qu’on donne à tous une marque (v. 16). Ceux qui l’auront reçue auront
affaire au courroux de Dieu, comme on le voit dans le chapitre suivant. Le
chapitre 7 du même livre nous révèle aussi que Dieu aura anticipé l’action
inique des bêtes en mettant «le sceau du Dieu vivant» sur les siens (v. 2).
«Dieu... aussi nous a scellés», et nous pouvons bien nous réjouir de ce fait
magnifique. Mais réalisons-nous toujours ce que cela implique? Si la marque
qui a été mise sur nous est celle de Dieu, nous ne pouvons pas en porter une
seconde. Notre Dieu est un Dieu jaloux. La marque qui est sur nous est
exclusive. Si nous essayons de porter aussi la marque du monde — pour ne pas
parler de celle du diable — nous le provoquerons à jalousie, et nous
attirerons sur nous-mêmes discipline et tristesse. Jeunes chrétiens,
prenez-y bien garde, car le monde cherche toujours à mettre sa marque impie
sur vous, comme si vous lui apparteniez. Or vous ne lui appartenez pas, vous
appartenez à Dieu. Gardez-vous soigneusement de porter les marques et les
signes distinctifs que le monde désire vous donner.
Le
Saint Esprit est aussi «les arrhes» dans nos cœurs. Si, dans l’onction, nous
le voyons en relation avec Christ et, dans le sceau, plutôt en relation avec
Dieu le Père, les arrhes indiquent ce qu’il est lui-même. Bientôt, quand les
promesses de Dieu s’accompliront, nous serons portés par le flot puissant de
l’énergie de l’Esprit de Dieu. Mais aujourd’hui, il est les arrhes dans nos
cœurs de ce qu’il sera alors. Remarquez: «dans nos cœurs», pas simplement
dans nos corps ou dans nos esprits. Nos corps sont en vérité son temple. Nos
esprits peuvent être heureusement inondés de sa lumière. Mais nous avons les
arrhes dans les affections les plus profondes de nos cœurs, le gage et
l’avant-goût de la gloire à venir. Par le Saint Esprit qui nous a été donné,
nous pouvons saisir à l’avance quelque chose de la plénitude des richesses
que nous posséderons quand les promesses de Dieu trouveront leur plein
accomplissement, pour sa gloire et en notre faveur.
Les
versets 20-22 nous ont amenés à des sommets de bénédiction magnifiques. Or
l’origine de ce développement, c’est une circonstance apparemment peu
importante: l’apôtre s’est trouvé contraint de montrer qu’il n’était pas un
homme léger, promettant des choses qu’il n’avait pas vraiment l’intention de
réaliser. Cependant, il ne se contente pas de se défendre, il profite de
l’occasion pour apporter quelque chose d’utile.
Ayant
fait cela, l’apôtre retourne au sujet qui le concerne plus personnellement
(v. 23). Il y avait une autre chose qui avait sans aucun doute pesé dans sa
décision, et qui l’avait momentanément retenu d’effectuer une nouvelle
visite à Corinthe. Il ne désirait pas se trouver parmi eux en étant dans
l’obligation d’agir avec sévérité à cause du péché et des graves désordres
qui se trouvaient encore au milieu d’eux. C’est pour cette raison qu’il
avait attendu jusqu’à ce que lui parviennent des nouvelles des effets de la
première lettre qu’il leur avait écrite. Il espérait une amélioration. Il ne
voulait pas dominer sur leur foi; il ne faisait que les aider à être
délivrés, travaillant ainsi en vue de leur joie.
Le
chapitre se termine par les mots: «c’est par la foi que vous êtes debout».
Il y a là un fait que nous devrions vraiment prendre à cœur. Si, en une
chose ou une autre, l’apôtre avait exercé une domination sur la foi des
Corinthiens, leur foi à cet égard aurait cessé d’exister. Il leur aurait
simplement ordonné de faire certaines choses — sans aucun doute des choses
tout à fait justes — et ils les auraient exécutées, non comme résultat de
l’activité de leur foi, mais d’une façon mécanique. La foi aurait manqué; il
y aurait eu seulement une sorte de coquille extérieure. Et puis un jour, ils
auraient scandalisé tout le monde par un effondrement complet; tout comme
une cabane dans les tropiques qui s’effondre soudain, lorsque les termites
ont rongé l’intérieur des piliers qui la supportent.
Il y a
des chrétiens qui aimeraient beaucoup vivre leur vie par la foi de quelqu’un
d’autre. Ils aimeraient qu’on leur dise ce qu’ils doivent faire. Que
quelqu’un d’autre porte leurs exercices, résolve leurs problèmes, et décrète
ce qu’il est juste de faire! Ils seront bien obéissants et feront ce qu’on
leur dira. Mais cela conduit à des résultats désastreux. C’est par la foi
que nous sommes debout — non par la foi de quelqu’un d’autre. Par la foi de
quelqu’un d’autre, nous tombons. Et puis, pour cet autre, c’est une très
mauvaise chose. Les personnes énergiques auxquelles on tend ce piège se
mettent à aimer dominer sur la foi de leurs frères, et finissent par devenir
de petits papes. Leur fin ne peut qu’être désastreuse.
Chapitre 2 v. 1-11
L’apôtre avait décidé de reporter sa visite à plus tard, quand des
circonstances plus heureuses le permettraient. Alors qu’il rédigeait cette
seconde lettre aux Corinthiens, les sujets d’inquiétude s’estompaient et une
amélioration de la situation était en vue. La première lettre les avait
attristés — c’était bien l’effet qu’il avait escompté — et maintenant leur
tristesse le réjouissait (v. 2). Cette missive leur avait été envoyée dans
le but de rétablir la confiance entre eux et de leur permettre de se réjouir
ensemble le jour où il se retrouverait au milieu d’eux.
Dans le
verset 4, nous avons une indication très touchante et fort utile quant à la
manière et à l’esprit dans lesquels Paul écrivait ses lettres. En lisant la
première épître, on constate un style vigoureux et incisif, dont le but
délibéré est d’amener les Corinthiens à réfléchir sérieusement et à
s’humilier. Cependant nous saurions difficilement qu’il l’a écrite «dans une
grande affliction et avec serrement de cœur, avec beaucoup de larmes», s’il
ne nous le disait pas ici. Mais il en était bien ainsi. Si insensés et
charnels que ces croyants aient été, l’apôtre avait pour eux une tendre
affection. C’est ainsi que la Parole inspirée de Dieu leur parvenait par le
canal humain d’un cœur affligé et plein d’amour — et cela était bien propre
à avoir sur eux un puissant effet. Que Dieu nous accorde d’apprendre quelque
chose par l’exemple de Paul, par sa manière de faire! Notre service serait
plus efficace.
Quelle
montagne de controverses n’y a-t-il pas eu dans l’histoire de l’Église! À
combien de polémiques s’est-on livré! Et pour bien peu de résultats! Il est
permis de penser que s’il n’avait été écrit qu’un dixième de cela, mais par
des hommes de Dieu ayant réellement «une grande affliction», éprouvant «un
serrement de cœur» et versant «beaucoup de larmes» à cause de ce qui rendait
ces écrits nécessaires, un résultat dix fois plus grand aurait été produit,
pour la gloire de Dieu.
En fin
de compte, l’amour est le fondement absolu de tout. Le moyen divin de
bénédiction, ce n’est pas l’intelligence, l’habileté, les sarcasmes ou la
colère, c’est l’amour.
Cela
pouvait paraître dur de la part de Paul d’appeler «méchant» l’homme qui
était tombé dans un mal grave à Corinthe, et de donner des instructions pour
qu’il soit ôté du milieu de l’assemblée. Mais tandis qu’il écrivait ces
mots, son cœur aimant le menait aux larmes. Les paroles et les larmes de
Paul avaient eu tout leur effet, et comme l’indique le verset 6, la punition
avait été infligée, non par Paul seulement, ou par quelques-unes des
personnes les plus spirituelles de Corinthe, mais par «le grand nombre»,
c’est-à-dire l’ensemble des croyants. C’est ainsi que cet homme a été amené
à réaliser qu’ils avaient tous en abomination son péché et qu’ils s’en
désolidarisaient. Sa conscience a été touchée, et il a été amené à la
repentance.
Ceci
est évidemment le but que tout acte de discipline cherche à atteindre. La
discipline exercée envers des croyants qui se sont égarés n’est pas
simplement une punition, mais elle a lieu pour qu’ils soient amenés à la
repentance, et qu’ainsi ils soient restaurés quant à leur âme et quant à
leur position de communion au milieu du peuple de Dieu. C’est cette fin
heureuse qui avait été atteinte avec l’homme de Corinthe qui avait dû être
exclu.
Hélas!
ce n’est pas toujours le cas aujourd’hui! Il arrive que la mise à l’écart
soit faite avec dureté et dans un esprit de jugement. Le serrement de cœur
et les larmes sont absents, et cela conduit celui qui a péché à voir le
traitement dur qui lui est infligé par ses frères plus que ses propres
manquements. Et ainsi le moment de sa repentance est retardé, à son
détriment et à celui de ses frères.
Les
mesures prises à Corinthe avaient été telles que l’homme avait été amené à
une grande affliction et à un réel brisement de cœur. Le danger était
maintenant que, dans son zèle contre le péché, l’assemblée ne tienne pas
compte de sa tristesse, et ne lui pardonne pas
administrativement en lui redonnant sa place au milieu d’elle. C’est
pour cela que Paul doit les presser de le faire, et de ratifier ainsi leur
amour envers lui. Sinon, cet homme aurait pu être accablé par une tristesse
excessive. La tristesse à cause du péché est une bonne chose, mais il arrive
un moment où elle peut devenir excessive et faire du mal. Il y a un moment
où la tristesse doit cesser et la joie du pardon être goûtée. C’est la joie
du Seigneur qui est notre force, et non la tristesse à cause du péché.
Le
verset 10 montre que si l’assemblée à Corinthe accordait son pardon à
l’homme, alors Paul lui pardonnait aussi. De même, si Paul pardonnait à
quelqu’un en raison de son autorité apostolique, il le faisait à cause d’eux
et en agissant de la part de Christ. Le pardon que mentionne ce verset peut
être appelé le pardon administratif.
C’est celui dont parle le Seigneur dans des passages tels que Matthieu
16:19, où il a le caractère de pardon apostolique, Matthieu 18:18, où il est
délégué à l’assemblée, et Jean 20:23, où il est confirmé à la compagnie des
apôtres par le Seigneur ressuscité. En 1 Corinthiens 5, nous avons un cas où
le pouvoir de «lier» ou de «retenir» est exercé. Dans notre chapitre nous
avons un exemple de ce que signifie «délier» ou «remettre».
Paul
n’écrivait donc pas simplement pour le bien du frère attristé, mais pour le
bien de tous, de crainte que Satan ne prenne occasion de cela pour leur
faire du tort à tous. Remarquez bien ceci! Le diable lui-même aime parfois
voir les croyants commettre des excès de justice, si c’est au détriment de
«la douceur et la débonnaireté du Christ». Et l’apôtre ajoute: «car nous
n’ignorons pas ses desseins». Hélas, souvent nous ne pourrions pas dire ceci
en vérité! Nous ignorons les desseins de Satan et, malgré nos bonnes
intentions, nous tombons dans les pièges qu’il nous tend.
De
quelle sagesse nous avons besoin pour garder un sain équilibre, dans la
pratique, entre les exigences de la justice et celles de l’amour!
Souvenons-nous que toute discipline est appliquée en justice, que ce soit
par Dieu lui-même ou par les hommes, afin qu’il puisse y avoir repentance.
Et quand cette repentance est produite, les droits de l’amour doivent être
reconnus. Ne continuons pas à frapper en discipline une âme repentante;
autrement, nous nous exposons nous-mêmes à la discipline de Dieu.
Une
caractéristique remarquable de cette épître est la manière selon laquelle
les détails historiques des déplacements et des expériences de Paul
constituent une sorte de trame de fond. Sur celle-ci se place le
développement de beaucoup de vérités importantes, introduites plutôt sous
forme de digressions, souvent longues. L’épître a débuté en nous montrant
les souffrances de l’apôtre lors des troubles survenus en Asie et les
changements de plans dont ils ont été la cause. C’est cela qui a conduit à
la digression importante des versets 19 à 22 du chapitre 1. Ensuite Paul
reprend le fil de ses voyages ultérieurs pour s’arrêter de nouveau, au
chapitre 2, sur le pardon à accorder au pécheur repentant.
Au
verset 12, il revient à ses déplacements. Cette courte visite en Troade est
à distinguer de celle qui est rapportée en Actes 20 (v. 6). Elle se situe
apparemment entre son départ d’Éphèse et son arrivée en Macédoine indiqués
au début de ce chapitre. Malgré la porte ouverte que le Seigneur avait
placée devant lui, il était incapable d’en tirer parti, si grande était son
anxiété dans l’attente de nouvelles des Corinthiens. Dans ce cas, sa
sollicitude de pasteur prévalait sur sa ferveur d’évangéliste. Si le
serviteur n’est pas tranquille dans son esprit, il ne peut pas efficacement
servir le Seigneur.
L’apôtre était bien conscient qu’il y avait là une faiblesse de sa part.
Pourtant, en regardant en arrière, il était tout aussi conscient que Dieu
avait fait tourner les choses à la gloire de Christ; et ceci l’amenait à
éclater en actions de grâces à Dieu. Cela le conduit une fois de plus à
s’éloigner de la description de ses expériences, pour ne plus y revenir
avant le verset 5 du chapitre 7. La longue digression qui commence ici au
verset 14 contient les enseignements principaux de l’épître.
Pour ce
qui concernait son service, une chose était sûre: il manifestait Christ,
réellement et en vérité. Nombreux étaient ceux qui se permettaient de
manipuler la parole de Dieu pour servir leurs propres intérêts. Lui, par
contre, parlait en toute sincérité comme de la part de Dieu, comme étant
sous les yeux de Dieu et comme représentant Christ. De plus, Christ était
son grand thème. C’est pourquoi Dieu le menait «toujours en triomphe dans le
Christ».
Le
langage utilisé par l’apôtre semble se référer à la coutume qui consistait à
célébrer le triomphe d’un général victorieux dans l’ambiance de parfums que
l’on brûlait, et où certains des prisonniers étaient voués à la mort,
d’autres à la vie. Le triomphe était celui de Christ, mais Paul y avait sa
part en répandant la bonne odeur de Christ où qu’il aille — une odeur
infiniment agréable à Dieu. Il en était ainsi qu’il soit en Troade ou en
Macédoine.
Il
prêchait un Christ mort et ressuscité. Les hommes pouvaient croire en lui et
être sauvés, ou ne pas croire et périr. S’ils ne croyaient pas, alors le
message de la mort de Christ
signifiait la mort pour eux. Jésus
était mort pour les péchés; s’ils le
refusaient, ils mourraient certainement dans
leurs péchés. Si d’autres croyaient, alors le message de la
vie de Christ ressuscité leur apportait
l’odeur de vie. Parce qu’il vivait,
ils vivraient aussi.
Combien
solennel est l’effet d’une vraie prédication de Christ! Des destinées
éternelles en dépendent. Il en est ainsi, que le message provienne des
lèvres de Paul dans le premier siècle, ou des nôtres aujourd’hui. Il n’est
pas surprenant que la question soit posée: «Et qui est suffisant pour ces
choses?» (v. 16). Cette question est posée, mais la réponse n’y est pas
donnée immédiatement. Elle se trouve cependant au verset 5 du chapitre
suivant. Toute chose venant de Dieu, il n’y a aucune capacité si ce n’est
celle que Dieu donne. Que tout serviteur de Dieu garde toujours ceci en
mémoire! S’il en était ainsi, quel profond sérieux cela produirait en nous,
quelle dépendance de la puissance de Dieu! Prenons bien garde à ne pas
altérer le message divin, à ne pas accomplir notre tâche à notre idée, selon
ce que nous estimons être le mieux, mais à servir Dieu conformément à sa
Parole.
Chapitre 3
Paul
vient d’évoquer la manière dont il prêche la Parole, mais cela ne signifie
pas qu’il cherche à se recommander lui-même auprès des Corinthiens, ou qu’il
ait besoin que d’autres le fassent. En fait, ils étaient eux-mêmes sa
«lettre de recommandation», étant manifestement, malgré leurs tristes
manquements, le fruit d’un réel travail de Dieu par son moyen. Il parle
d’eux comme étant une lettre de deux façons. D’abord, ils étaient écrits
dans son propre cœur. S’il parle ainsi, c’est sans doute pour qu’ils se
rendent compte à quel point ils étaient gravés dans ses affections. Ils
n’avaient qu’une faible idée de l’intensité de son amour pour eux en Christ.
Cependant, ils étaient la lettre de Christ d’un point de vue plus objectif,
et c’est ce que présente le verset 3.
L’expression «la lettre de Christ» a un sens double. D’une part, ce qui est
écrit se résume en un mot: Christ. Et d’autre part, c’est Christ lui-même
qui est effectivement le grand Écrivain. Il est vrai qu’il écrit par la main
de son serviteur, et c’est pour cela que nous trouvons les mots: «dressée
par notre ministère». Paul n’était que le serviteur, ou le ministre, mais
cela était bien suffisant pour le recommander.
Ensuite
nous sommes placés devant un double contraste. Cette «lettre de Christ»
dressée par le ministère de l’apôtre n’était pas de celles qui s’écrivent
avec de l’encre. Elle n’était pas non plus gravée sur des tables de pierre,
comme la loi que Dieu avait donnée par le ministère de Moïse, mais «sur les
tables de chair du cœur». C’était une lettre vivante, écrite sur les tables
vivantes du cœur, par l’Esprit du Dieu vivant. L’évangile était vraiment
pour les Corinthiens «une odeur de vie pour la vie».
Dans ce
verset, le travail de Dieu dans le cœur des Corinthiens est vu comme le
fruit de l’opération de Christ aussi bien que celle de l’Esprit du Dieu
vivant. Christ et l’Esprit sont très intimement liés, dans tout ce passage
remarquable, comme nous allons le voir.
L’œuvre
de Christ et de l’Esprit avait été accomplie par Paul, qui en avait été le
ministre. Chaque serviteur de Dieu qui prêche l’évangile se trouve dans
cette position. Mais Paul occupait cette place d’une façon toute
particulière. Quant à lui-même, il n’était pas plus suffisant que nous ne le
sommes, mais, de façon très distincte, il avait été rendu propre à être
ministre de la nouvelle alliance, dont la base et le fondement sont la mort
et la résurrection de Christ. La nouvelle alliance — annoncée
prophétiquement par Jérémie —doit bien sûr être établie, dans un temps à
venir, en faveur de la maison d’Israël et de Juda. Mais son fondement a déjà
été posé, et l’évangile qui est prêché aujourd’hui est déjà d’un nouvel
ordre. On y trouve les bénédictions promises dans le cadre de la nouvelle
alliance, de même que des bénédictions qui la dépassent de beaucoup.
Dans le
verset 6, le caractère vivant du ministère de l’évangile est à nouveau
souligné, alors que la loi amène la mort. On y trouve deux fois l’expression
«la lettre», et ce terme est repris au verset 7. Il désigne manifestement la
loi. La lettre (ou la loi) tue. Son ministère est pour la mort, mais
l’Esprit vivifie.
Le
point que nous venons de toucher mérite que nous nous y arrêtions un peu.
Certains ont pensé pouvoir déduire de ce passage que la lettre de l’Écriture
tue. Si on admet cela, on peut se sentir libre de ne pas tenir compte de la
lettre de l’Écriture, et mettre en avant ce qu’on veut comme étant son
esprit. Ce que l’Écriture dit peut
alors être balayé pour être remplacé par ce qu’elle est
censée signifier. Et si d’autres
passages viennent contredire la signification imaginée, on peut les mettre
de côté comme étant aussi la lettre qui tue. Et ainsi, en affirmant que la
lettre tue, on tue la lettre. Prenons garde! Une pareille interprétation de
ce verset est bien loin de la vérité.
Nous
avons attiré l’attention sur les digressions de cette épître. On peut
remarquer maintenant qu’il y a une grande parenthèse, comportant les versets
7 à 16, au milieu de la longue digression qui nous occupe. Le contraste
saisissant entre le ministère de la loi et celui de la nouvelle alliance y
est développé. Il est aussi clairement établi que la gloire associée à la
nouvelle alliance dépasse de beaucoup celle qui caractérise la loi.
D’abord, la loi était un ministère de mort, tandis que l’évangile est un
ministère de l’Esprit qui vivifie. Il y avait cependant une gloire en
relation avec la loi, une gloire telle que les fils d’Israël ne pouvaient
pas la contempler, ni même supporter d’en voir le reflet sur le visage de
Moïse. Cette gloire devait prendre fin: elle n’a pas toujours été visible
sur la face de Moïse, et les signes de la présence divine ont disparu de la
montagne de Sinaï. Comme le dit le verset 7, le système de la loi «a été
introduit avec gloire». Il a été introduit ainsi, mais cela n’a été que pour
un temps. Suit alors l’exclamation: «combien plus le ministère de l’Esprit
ne subsistera-t-il pas en gloire!». La gloire de la loi a été vue au début,
mais son éclat s’est bientôt terni alors que la loi se révélait ministère de
mort pour tous ceux qui étaient sous son autorité. Par contre, quand le
ministère de l’Esprit vivifiant est introduit, il demeure en gloire.
Ensuite, la loi était un ministère de condamnation, tandis que l’évangile
est un ministère de justice (v. 9). La loi exigeait une justice de l’homme,
et, comme il n’en possédait aucune, elle le condamnait inexorablement.
L’évangile apporte la justice et la donne à l’homme moyennant la foi. Il ne
fait aucun doute qu’un ministère qui confère la justice, et permet ainsi à
l’homme pécheur de se tenir dans la présence de Dieu, surpasse
incomparablement en gloire un ministère qui se limite à exiger la justice là
où elle n’existe pas, et qui par conséquent ne peut que condamner.
Il y a
un autre contraste au verset 11. Le système légal et sa gloire devaient
«prendre fin» en Christ, alors que la gloire que celui-ci introduit
subsiste. Le Seigneur Jésus a introduit quelque chose qui demeure pour
l’éternité et dont la gloire est si élevée qu’elle éclipse toute gloire qui
a pu exister autrefois en relation avec la loi (v. 10).
Voici
donc le magnifique caractère du ministère confié à l’apôtre Paul, et qui
imprègne tout son exposé. Tout ce que le ministère de l’évangile présente
n’est pas encore pleinement manifesté, mais le sera en son temps. C’est
pourquoi l’apôtre peut parler ici d’une
espérance, en fait d’une telle
espérance, et en faire part à d’autres en usant «d’une grande
liberté». Il peut en parler sans aucune réserve, tout à fait ouvertement. Il
devait y avoir de la réserve en relation avec la loi, car les hommes ne
pouvaient pas se tenir dans la présence de sa gloire.
Moïse
avait dû mettre un voile sur sa face quand il était descendu de la montagne,
afin de cacher la gloire divine de devant les fils d’Israël. La loi, qui
devait prendre fin, avait un but qu’ils ne pouvaient voir. Le terme
«consommation» évoque ici le propos de Dieu dans la loi, ce propos qui est
Christ (cf. Rom. 10:4). La loi offrait à l’homme un chemin plein d’épines,
mais elle conduisait à Christ, de même que tout autre chemin disposé par
Dieu conduit à Christ. La gloire qui brillait sur la face de Moïse était en
réalité un faible reflet de celle de Christ, mais les fils d’Israël ne
pouvaient pas la voir. S’ils l’avaient vue, ils se seraient condamnés
eux-mêmes et auraient ardemment désiré l’avènement de Christ, le Libérateur.
Cependant, «jusqu’à aujourd’hui», dit l’apôtre, «ce même voile demeure sans
être levé» (v. 14). Les Israélites étaient encore, hélas! aveuglés. Ils se
servaient de la loi comme d’une sorte d’objet de prestige leur donnant une
place prééminente parmi les nations. Et c’est comme si le voile placé
autrefois sur la face de Moïse était maintenant sur leurs esprits et sur
leurs cœurs. Il y a sans doute aujourd’hui des Israélites qui sont les
objets de l’élection de la grâce, mais de façon générale, ce peuple a
toujours un voile sur le cœur lorsqu’il lit l’Ancien Testament.
Mais le
jour vient où ce voile sera ôté. Le verset 16 fait allusion à Exode
34:33-35. Moïse voilait sa face quand il parlait avec le peuple, mais quand
il se tournait vers l’Éternel et avait affaire avec lui, il ôtait le voile.
On a ici une sorte d’allégorie de ce qui va arriver à Israël. Quand
finalement ce peuple se tournera vers le Seigneur avec sincérité et
repentance, le voile sera ôté de son entendement et la gloire de Christ
qu’il a autrefois crucifié brillera sur lui.
Le
verset 16 termine la parenthèse ouverte au verset 7. Le verset 17 reprend le
fil du verset 6, où il nous est dit que l’Esprit vivifie. Ici nous trouvons
le Seigneur et l’Esprit remarquablement identifiés: l’Esprit est l’Esprit du
Seigneur, comme aussi il est l’Esprit de Dieu. Nous sommes tellement
habitués à distinguer les personnes
de la déité, que nous pouvons facilement commettre l’erreur de les
séparer les unes des autres.
Gardons-nous en, car l’Écriture nous enseigne aussi la vérité de l’unité de
la déité. Ne perdons jamais de vue cette unité essentielle.
Le
Seigneur est l’Esprit vivifiant de la nouvelle alliance, et «là où est
l’Esprit du Seigneur, il y a la liberté». La
vie et la liberté vont de
pair, tout comme la loi et l’esclavage. La vie divine ne doit pas être
embarrassée par des contraintes légales. Celles-ci sont superflues. Des
contraintes légales sont nécessaires et à leur place quand il s’agit de la
chair ou du monde. Mais elles ne sont pas efficaces, car la chair et le
monde les outrepassent et les transgressent. C’est d’une autre manière que
la loi est efficace: elle maudit le transgresseur et amène la mort sur lui.
Mais tout change là où l’Esprit a donné la vie. Alors la liberté peut sans
danger être accordée, car l’Esprit du Seigneur est là avec sa puissance.
Le
verset 18 introduit une troisième chose merveilleuse. En plus de la vie et
de la liberté, il y a une transformation.
L’expression «à face découverte» est un peu ambiguë et pourrait
s’interpréter comme s’appliquant à nous. Il est clair que nous n’avons pas
de voile sur nous comme Israël, mais il semble plutôt qu’ici, ce qui n’est
pas voilé, c’est la gloire du Seigneur que nous contemplons. Il n’y a pas de
voile sur la face de notre Seigneur, comme il y en avait un sur la face de
Moïse. De plus, la gloire qui brille en lui n’a pas pour effet de repousser,
comme celle qui brillait sur la face de Moïse. Au contraire elle attire; et
plus que cela, elle transforme. Plus Christ glorifié est présent à nos yeux,
plus nous devenons comme lui.
Cette
transformation est un processus progressif; elle n’est pas atteinte en une
fois. Nous sommes transformés «de gloire en gloire», c’est-à-dire d’un degré
de gloire à un autre. C’est une œuvre divine, «comme par le Seigneur en
Esprit». Ici à nouveau, le choix des mots est remarquable. En grec,
l’article défini est absent devant Seigneur et Esprit. Les mots nous
manquent devant cette expression d’une profondeur insondable. Mais nous
pouvons au moins y voir que le Seigneur et l’Esprit travaillent ensemble à
cette transformation, le Seigneur étant l’objet placé devant les yeux de la
foi, et l’Esprit la puissance qui opère en nous.
Que
Dieu nous accorde de garder les yeux fixés sur Christ, en lui étant fidèles
comme l’aiguille de la boussole l’est au pôle!
Chapitre 4
Le
ministère de la nouvelle alliance confié à l’apôtre Paul a été placé devant
nous au chapitre précédent. Au début de celui-ci, nos pensées sont dirigées
vers ce qui caractérisait Paul comme ministre de cette alliance. Il y a tout
d’abord sa persévérance. En lui confiant son ministère, Dieu lui avait
accordé aussi la «miséricorde» qui lui était adaptée. Ainsi, quelles que
soient l’opposition ou les difficultés, l’apôtre ne se lassait pas. Il en
est de même pour nous: le Seigneur ne nous appelle jamais à un service sans
nous donner en même temps la miséricorde nécessaire. Le
ministère, c’est le
service: c’est la tâche qui peut être
confiée à chacun de nous, bien que ce terme ait un sens large et recouvre
des choses que la plupart d’entre nous peuvent ne pas être appelés à
accomplir.
Le
deuxième verset met en évidence l’honnêteté et la transparence qui
caractérisaient Paul dans son service. Il ne s’abaissait à aucun des
artifices habituels de la propagande du monde. Beaucoup de ceux qui se
démènent pour convaincre, que ce soit dans le domaine religieux ou
politique, utilisent abondamment la ruse et la falsification. La fin
justifie les moyens — estiment-ils. Paul était bien conscient qu’il
proclamait «la parole de Dieu», et qu’elle ne devait pas être falsifiée,
mais énoncée dans toute sa vérité. L’entière probité de l’apôtre dans sa
manière de traiter la vérité était ainsi rendue manifeste à toute conscience
droite.
Son
attitude avait d’ailleurs un autre résultat. Elle rendait claire la
situation de ceux qui ne recevaient pas son message. «Si aussi notre
évangile est voilé, il est voilé en ceux qui périssent» (v. 3). Comme à la
fin du chapitre précédent, il est question de voile. Or il n’y avait pas de
voile sur l’évangile; Paul le présentait dans toute sa pureté et sa clarté.
Mais il y avait un voile sur les cœurs et les entendements de ceux qui ne
croyaient pas et qui périssaient — un voile jeté sur leurs esprits par le
dieu de ce siècle. Si Paul avait prêché la Parole de façon partielle ou
trompeuse, le résultat n’aurait pas été aussi clair.
Quel
enseignement pour ceux d’entre nous qui prêchons l’évangile! Sommes-nous
pénétrés par la solennelle responsabilité de prêcher la parole de Dieu?
Avons-nous renoncé à toutes les choses «qui se font en secret», qu’il
s’agisse de malhonnêteté, d’artifices, de tromperie ou de quelque autre
procédé indigne? Rendons-nous manifeste la vérité, et rien que la vérité?
Voilà des questions de toute importance. Si nous ne sommes pas soigneux à
cet égard, l’incrédulité de nos auditeurs pourrait bien être attribuée plus
à notre infidélité qu’à leur aveuglement.
Cependant, même quand l’évangile est prêché comme il doit l’être, il y en a
qui ne croient pas. La raison en est que le diable a aveuglé leurs yeux. Le
soleil dans les cieux n’a pas diminué sa clarté, mais un rideau épais est
tiré devant la fenêtre de leur chambre. La lumière de l’évangile de la
gloire du Christ resplendit, mais elle ne resplendit pas jusqu’en eux. Le
dieu de ce siècle utilisera n’importe quel moyen pour occulter l’évangile —
quelquefois des choses matérielles, mais souvent des théories et des
enseignements d’hommes. Depuis le milieu du XIXe siècle, l’ennemi a très
efficacement aveuglé les foules par la relance d’une spéculation du monde
païen avant Christ, la théorie de l’évolution. Là où le rideau de
l’évolutionnisme a été bien tiré, la lumière de l’évangile de la gloire du
Christ ne pénètre pas. L’âme aveuglée qui cultive les idées misérables de
l’homme ne peut pas connaître Christ comme étant «l’image de Dieu», bien que
l’on puisse parler du Christ issu de sa propre imagination. Il y a beaucoup
de Christ imaginaires, de Christ tels que l’homme voudrait qu’il soit. Il
n’y a qu’un seul vrai Christ, «l’image de Dieu», le Christ tel qu’il a été
et qu’il est, le Christ de la Bible.
Dans la
prédication de l’apôtre, le Christ Jésus était le grand thème, et sa
position de Seigneur était mise en relief. Il veillait à ne pas être
lui-même en vue, ne voulant être que l’esclave des autres. En prêchant
Christ comme Seigneur, il le présentait dans sa gloire actuelle à la droite
de Dieu. Ainsi, il pouvait parler de son message comme étant «l’évangile de
la gloire du Christ» (v. 4). En Actes 20:24, il l’appelle «l’évangile de la
grâce de Dieu». Il est bien clair qu’il n’y a pas deux évangiles. L’unique
évangile de Dieu a aussi bien la grâce de Dieu que la gloire du Christ comme
traits essentiels, de sorte que l’un ou l’autre peut être mentionné comme le
caractérisant. Ici c’est la gloire du Christ qui est le trait dominant, en
contraste avec la gloire passagère de l’ancienne alliance qui avait brillé
un jour sur la face de Moïse et dont l’apôtre a parlé au chapitre précédent.
Nous pouvons proclamer que la gloire de Dieu resplendit maintenant, et
resplendira à toujours, dans la face de Jésus Christ.
Le
verset 6 est très frappant. Il fait d’abord clairement allusion à l’action
de Dieu lors de la création, puis à son intervention dans la conversion de
Paul lui-même, et enfin au ministère auquel celui-ci était appelé. Dieu
avait dit: «Que la lumière soit!» et la lumière avait resplendi du sein des
ténèbres. Il s’agissait alors de la création matérielle. Mais maintenant,
l’œuvre d’une nouvelle création est en cours et quelque chose de semblable a
lieu. La lumière divine, la lumière de la gloire de Dieu dans la face de
Christ, reluit dans des cœurs remplis de ténèbres, comme ce fut
remarquablement le cas pour Paul sur le chemin de Damas, avec des effets
merveilleux. Elle brille au-dedans afin de pouvoir briller au-dehors — «pour
faire luire la connaissance de la gloire de Dieu». C’est ainsi que le
croyant devient lumière lui-même. Il se met à luire, comme la lune à la
lumière du soleil, sauf bien sûr que la lune est un corps mort dont la
surface ne fait que réfléchir la lumière sans qu’elle en soit affectée
elle-même.
Ce que
nous avons ici explique le caractère admirable du ministère de Paul. Il
n’était pas un simple prédicateur, un évangéliste professionnel se déployant
dans une abondance de prédications chaque semaine. Il prêchait en effet plus
que d’autres, mais sa prédication était le resplendissement de la lumière
qui brillait au-dedans de lui, la proclamation de choses qui imprégnaient
chaque fibre de son être. Personne ne savait mieux que lui que toute
excellence divine brille en Jésus, et que celui-ci demeure dans une lumière
bien plus élevée que celle du soleil. Cette lumière, Paul l’avait vue sur la
route de Damas. Ce qu’il connaissait était comme un trésor précieux déposé
en lui.
Nous
n’avons certes pas vu Christ dans sa gloire comme Paul l’a vu, mais nous le
voyons là par la foi. Ainsi, nous pouvons aussi parler du trésor que nous
possédons. Et comme Paul, nous pouvons dire que «nous avons ce trésor dans
des vases de terre». Il y a ici une allusion à nos corps mortels, car pour
ce qui est du corps, «Dieu forma l’homme, poussière du sol» (Gen. 2:7). Dans
sa création originelle, le corps humain était parfait, entièrement adapté à
son environnement et à sa place dans l’arrangement de la création. Par la
chute, le corps a été gâté, et ainsi les vases de terre où se trouve le
trésor sont pauvres et faibles. Mais cela ne fait que rendre plus manifeste
le fait que la puissance qui y agit est de Dieu et non de l’homme.
Dans ce
passage, et jusqu’aux premiers versets du chapitre 5, on trouve plusieurs
allusions au corps. Elles envisagent celui-ci de différentes manières. Le
verset 10 mentionne clairement: «notre corps», sans utiliser de langage
symbolique. Ensuite on trouve: «notre chair mortelle» (v. 11), «notre homme
extérieur» (v. 16), «notre maison terrestre qui n’est qu’une tente» (5:1) et
«cette tente» (5:2). Le passage complet nous instruit sur la manière d’agir
de Dieu avec Paul en ce qui concerne son corps, et il jette une grande
lumière sur plus d’un fait de notre propre histoire.
Tout ce
que Dieu fait envers nous en ce qui concerne le vase de terre qu’est notre
corps a pour objet un resplendissement meilleur et plus adéquat du trésor
qu’il y a placé. Il y a une «excellence» de puissance liée à ce trésor, qui
était particulièrement manifeste dans le cas de Paul. Par l’effet de
celle-ci, il n’était pas seulement soutenu au milieu d’afflictions sans
pareilles, mais la vie travaillait en ceux envers lesquels son ministère
s’exerçait (v. 12). Comme nous le savons, il y a réellement une excellence
de puissance dans la vie naturelle, quelque chose qui nous dépasse
entièrement. Des graines peuvent être enterrées sous de lourdes dalles de
pierre, et voici qu’un jour de jeunes pousses vertes
pleines de vie démontrent une énergie
inattendue, suffisante pour soulever la pierre et la déplacer. La vie
d’ordre spirituel démontre une puissance encore plus surprenante.
Or
cette puissance opérait d’une façon particulièrement remarquable dans un
homme d’apparence frêle tel que Paul. S’il avait été envoyé dans le monde
pour y exercer son service revêtu d’un splendide corps de gloire, on
l’aurait considéré comme une sorte de surhomme, auquel on aurait attribué
l’essentiel de la puissance. Mais étant donné ce qu’il était, l’excellence
de la puissance qui opérait en lui et à travers lui était évidemment de
Dieu.
En ce
qui nous concerne, une difficulté réside bien souvent dans notre désir de
disposer de la puissance comme si elle était liée à nous-mêmes. Nous ne nous
satisfaisons pas d’être des vases de terre remplis d’une puissance qui ne
vient manifestement pas de nous. De là vient la très faible puissance, ou
même l’absence totale de puissance, qui nous caractérise. Voilà la tendance
invétérée de nos pauvres cœurs humains!
Et
c’était aussi la tendance du cœur de Paul, un homme qui avait les mêmes
passions que nous. Les versets 8 à 11 le montrent très clairement. Il était
continuellement en butte à d’immenses difficultés. Mais d’autre part, il
était continuellement soutenu et porté à travers elles, de sorte qu’il
pouvait être en bénédiction à d’autres par la puissance de Dieu.
En
examinant ces versets d’un peu plus près, on voit que ce qu’il devait
rencontrer lui arrivait de trois manières. Il y avait d’abord les
circonstances adverses, telles qu’elles sont évoquées dans les versets 8 et
9: tribulation, perplexité, persécution, abattement... Paul avait connu tout
cela. Il était un homme, et par conséquent n’était pas au-dessus de ces
choses. Il savait ce que c’était que la perplexité et l’abattement, comme
chacun de nous.
En
deuxième lieu, il y avait l’exercice spirituel et l’expérience exprimés par
les mots: «portant toujours partout dans le corps la mort de Jésus» (v. 10).
La mort du Seigneur Jésus était gravée de façon constante dans l’esprit de
l’apôtre, de sorte que cette pensée l’occupait continuellement. Mais ce
qu’il dit ici semble avoir une signification plus profonde: la mort de Jésus
mettait son sceau, pour ainsi dire, sur chaque faculté et sur chaque membre
de son corps, contrôlant tous ses faits et gestes. Par exemple, elle avait
un effet sur sa langue, réprimant toute parole qui en aurait été indigne.
Bien sûr, il ne réalisait pas cela en perfection, mais c’est ce qui le
caractérisait habituellement, malgré des écarts et des manquements
occasionnels.
En
troisième lieu, il y avait l’action de Dieu en discipline décrite par
l’expression: «nous sommes toujours livrés à la mort pour l’amour de Jésus»
(v. 11). Dans ses expériences parmi des hommes violemment opposés à
l’évangile, Dieu avait permis que beaucoup de choses lui arrivent dans
lesquelles il était comme voué à la mort. C’est ce qui avait eu lieu lors de
l’épisode d’Éphèse, qu’il qualifie dans le premier chapitre de «si grande
mort». Ainsi, l’expérience spirituelle intérieure du verset 10 était
complétée par des expériences extérieures envoyées par Dieu pour lui fournir
une aide supplémentaire dans son service. C’est par ces choses qu’il vivait,
et sa lumière n’en était que plus brillante.
Cependant, il y a un autre aspect des choses, c’est celui des résultats.
C’est la manière selon laquelle l’excellente grandeur de la puissance de
Dieu était manifestée dans et par le moyen de ces épreuves. Malgré les
circonstances constamment adverses, l’apôtre n’était «pas réduit à
l’étroit», «pas sans ressource», «pas abandonné», «ne périssant pas». De
toute évidence, une puissance travaillait en lui, le soutenait et
contrecarrait tout ce qui se liguait contre lui. Il était comme l’un de ces
canots de sauvetage qui est toujours maintenu à l’endroit, même lorsque la
mer en fureur semble vouloir le retourner, parce qu’il refait surface et se
redresse après le passage des lames les plus fracassantes. C’était
incontestablement la puissance de la vie divine en Paul qui accomplissait
cela.
Qu’il
s’agisse de l’action de la foi et de l’amour dans l’expérience de Paul — ce
qui le conduisait à porter partout dans son corps la mort de Jésus — ou
qu’il s’agisse des actions disciplinaires de Dieu en harmonie avec cette
expérience, un même but était atteint. Et c’était un but merveilleux. La vie
de Jésus était manifestée dans sa chair mortelle, dans son corps. Au verset
2, se référant à son service, il avait parlé de la
manifestation de la vérité. Au verset
6, encore en rapport avec son service, il avait dit que sa mission était de
faire luire la connaissance de la
gloire de Dieu dans la face de Christ. Ici nous avons quelque chose de plus,
car la manifestation de la vie de
Jésus n’est pas simplement un service. C’est un caractère du chrétien. Avant
sa conversion, Saul de Tarse se manifestait
lui-même dans sa chair mortelle — un homme caractérisé par son
énergie indomptable et sa propre volonté. Maintenant tout avait changé. La
mort de Jésus avait un tel impact sur lui que le personnage Saul était
effectivement tenu dans la mort et que la vie
de Jésus était manifestée.
Il ne
faut rien de moins que cela pour un vrai témoignage chrétien. Derrière toute
prédication et tout service se trouve la vie. La gloire de Christ doit être
clairement manifestée dans la prédication,
mais cette manifestation n’aura son plein effet et sa pleine puissance que
si Christ est manifesté dans la vie.
Ceci est autant valable pour nous aujourd’hui que pour l’apôtre Paul
autrefois. On trouve sans doute ici l’une des raisons principales du peu
d’efficacité de tant de prédications d’aujourd’hui, même si l’enseignement
lui-même est fondé et correct.
Les
versets 10 et 11 nous montrent donc ceci: le résultat de la mort qui
travaillait en Paul, c’était que la vie opérait en lui et qu’il vivait la
vie de Jésus. Le verset 12 montre encore un autre résultat: la vie opérait
aussi en ceux qu’il servait, en particulier les Corinthiens. Quelques années
auparavant, la vie avait opéré en vue de leur conversion. Maintenant,
l’apôtre était rempli de joie de voir de nouvelles preuves de la vie dans
leur repentance sincère quant à leurs égarements, et dans leur affection
pour lui malgré la répréhension qu’il leur avait adressée. Finalement, ses
yeux se portaient sur le jour de la résurrection, où ils seraient tous
ensemble présentés devant Dieu (v. 14).
Les
mots: «J’ai cru, c’est pourquoi j’ai parlé» sont tirés du psaume 116. En
étudiant ce psaume, on verra que les circonstances du psalmiste étaient très
semblables à celles de Paul. Il avait été placé en face de la mort, de la
détresse et de la défaillance, mais en avait été délivré. Il avait confiance
qu’il marcherait «devant l’Éternel dans la terre des vivants», c’est-à-dire
que la résurrection était devant ses yeux. Dans cette foi, il pouvait ouvrir
sa bouche pour en témoigner. Paul avait «le même esprit de foi». La
résurrection occupait totalement son champ de vision.
En
est-il ainsi de nous? Notre Sauveur «a fait luire la vie et
l’incorruptibilité par l’évangile» (cf. 2 Tim. 1:10). Ce que le psalmiste ne
connaissait qu’en partie peut être connu maintenant en plénitude. Ce n’est
qu’en vivant à la lumière de la résurrection que nous pouvons être
satisfaits de porter partout dans nos corps la mort de Jésus. Et c’est
seulement si nous le faisons que la vie de Jésus est manifestée dans nos
corps et que la vie opère en ceux que nous pouvons servir.
Le
ministère de Paul est encore devant nous au verset 15. L’expression «toutes
choses» se réfère au trésor qui lui avait été confié, à la grâce qui le
portait en triomphe à travers persécutions et discipline, et à la
résurrection tout à la fin. Toutes ces choses n’étaient pas pour Paul
seulement, mais, à travers lui, elles étaient pour le bien de toute l’église
de Dieu. Ainsi les Corinthiens y étaient intéressés, y participaient, et
pouvaient joindre leurs actions de grâce à celles de l’apôtre, pour la
gloire de Dieu. Nous pouvons aussi le faire, près de vingt siècles plus
tard. En effet, quelles immenses bénédictions nous ont été apportées par le
moyen de ces épîtres inspirées, alimentées par les expériences personnelles
de l’apôtre, et écrites pour nous aussi bien que pour les Corinthiens! Nous
serons aussi présentés avec Paul et les Corinthiens, dans la résurrection.
Il n’y
a rien de tel que d’avoir la résurrection devant les yeux; c’est le meilleur
antidote contre les défaillances. Cette espérance glorieuse soutenait
l’apôtre et nous soutiendra aussi. On voit par le dernier verset de 1
Corinthiens 15 comment elle est à la base de l’activité dans l’œuvre du
Seigneur. Ici nous découvrons combien elle soutient et encourage dans les
épreuves les plus intenses, même celles qui pourraient amener le
dépérissement de l’homme extérieur jusqu’à la mort.
Et il
n’y a pas seulement la résurrection dans le futur; il y a une œuvre de
renouvellement dans le présent. «Notre homme extérieur», c’est le corps
matériel dont nous sommes revêtus. «L’homme intérieur» n’est pas matériel,
mais spirituel; c’est cette entité spirituelle que chacun de nous possède
(depuis que nous sommes croyants) et qui est devenue l’objet de l’œuvre de
Dieu en nouvelle création.
L’homme
extérieur est sujet à toute sorte d’accidents et à l’usure. Par la grâce de
Dieu, il peut recevoir quelque
renouvellement, mais cela ne fait que repousser pour un temps l’échéance
ultime de la mort. Par contre, l’homme intérieur
est renouvelé de jour en jour, et ce
renouvellement est produit par le ministère de grâce de l’Esprit de Dieu qui
habite en nous.
Quelle
image extraordinaire et stimulante ce passage place devant nos yeux!
L’apôtre a derrière lui des années de labeur exténuant et périlleux. Il est
continuellement soumis aux outrages, aux persécutions et aux coups que lui
infligent les hommes. Encore et toujours il est «livré à la mort», dans les
voies providentielles de Dieu. Cependant il poursuit sa course avec un
courage sans faille, ayant devant les yeux la lumière de la gloire future de
la résurrection. Malgré l’usure de son corps et les signes de déclin qui
apparaissent, il est renouvelé journellement dans son esprit, de sorte qu’il
va de l’avant sans faiblir, et même avec une vigueur spirituelle croissante.
Il pressent toute la tribulation qui va l’atteindre, mais la met de côté
comme étant «légère».
La
tribulation n’est pas seulement «légère», elle n’est aussi que «d’un
moment». Pour Paul, elle datait des jours qui avaient suivi sa conversion,
quand les Juifs de Damas avaient comploté de le tuer, et elle allait
s’achever par son martyre — une période de trente ans ou davantage. Mais ce
temps n’est qu’un moment pour lui,
car son esprit est fixé sur l’éternité de gloire qui est devant lui. Quel
contraste extraordinaire nous avons ici! La gloire à venir a du «poids»,
elle n’est pas «légère»; elle est pour l’éternité et non seulement pour un
moment; et c’est «en mesure surabondante». Il aurait pu paraître suffisant
de dire «en mesure abondante», mais l’apôtre emploie les mots les plus
expressifs possibles. Il savait de quoi il parlait: quatorze ans auparavant,
il avait été enlevé jusqu’au troisième ciel, et avait pu y jeter quelques
regards. Il désire que nous connaissions aussi cela.
On
trouve le secret de la merveilleuse carrière de l’apôtre dans le dernier
verset de ce chapitre. Les «regards» dont il parle sont, bien sûr, les
regards de la foi. Paul traversait les scènes et les circonstances de cette
terre en les voyant bien, mais il ne fixait pas son regard sur elles. Il
regardait vers les choses éternelles, celles qui sont invisibles à nos yeux
de mortels. On trouve certainement ici une raison de notre faiblesse. Notre
foi est faible comme celle de Pierre quand il marchait sur les eaux pour
aller vers Jésus. Quand il s’est mis à regarder aux vagues furieuses
tellement visibles, il a commencé à sombrer. Si, comme Paul, nous avions les
yeux fixés sur Christ, sur la résurrection, sur la gloire, nous serions
portés par la puissance divine et renouvelés intérieurement de jour en jour.
Chapitre 5
Il n’y
a pas de réelle coupure entre les chapitres 4 et 5. L’apôtre enchaîne en
montrant que si notre homme extérieur dépérit effectivement, et que notre
maison terrestre qui n’est qu’une tente est détruite, nous recevrons une
maison d’un autre ordre, qui sera éternelle. La pensée de ce qui est éternel
relie la fin du chapitre 4 au début du 5. Les choses éternelles sont amenées
devant les yeux de notre foi. Un poids éternel de gloire nous attend. Et
nous aurons besoin d’un corps de résurrection éternel pour pouvoir soutenir
ce poids éternel de gloire sans en être écrasés. L’apôtre dit: «nous
savons»; c’est un fait absolument certain que nous aurons un tel corps de
résurrection. Il l’avait exposé dans le chapitre 15 de la première épître;
donc les Corinthiens le savaient bien.
Nos
corps sont considérés ici comme des maisons dans lesquelles nous habitons.
Nos corps actuels ne sont que des «tentes», des structures fragiles et
facilement jetées par terre. Nos corps de résurrection seront d’un ordre
bien différent (cf. 1 Cor. 15:35-50). Nous apprenons ici qu’ils seront «une
maison qui n’est pas faite de main», c’est-à-dire qu’ils seront spirituels
et non terrestres ou d’origine humaine. Ils seront éternels, car c’est en
eux que nous entrerons dans des scènes éternelles, et ils seront célestes.
Nos corps actuels sont naturels et terrestres, et ne durent qu’un temps.
Dans
ces premiers versets du chapitre 5, il est question d’être «vêtus» et
«dépouillés», d’avoir «revêtu» quelque chose et d’être «nus». Nous habitons
maintenant dans une tente terrestre, vêtus de corps d’humiliation. Bientôt
nous serons vêtus de corps glorifiés, d’un ordre spirituel, éternel et
céleste. Tous les morts seront ressuscités; même les méchants apparaîtront
devant leur Juge vêtus de corps. Mais bien que vêtus, ils seront trouvés
spirituellement nus devant le grand trône blanc. Si nous sommes de vrais
croyants, nous ne serons jamais trouvés nus ainsi, bien que nous puissions
être dépouillés, ce terme décrivant l’état des saints qui, dans la présence
du Seigneur, sont «absents du corps» (v. 8). Paul lui-même, et des myriades
avec lui, sont aujourd’hui dépouillés, mais cet état de dépouillement, si
heureux soit-il, n’est pas le grand objet de nos désirs. Ce que nous
désirons ardemment, tandis que nous gémissons dans la faiblesse qui nous
caractérise actuellement, c’est d’avoir revêtu notre domicile qui est du
ciel.
Tous
ceux qui seront ressuscités seront «vêtus», mais seuls les saints seront
«revêtus», car le passage se réfère à ce qui arrivera au retour du Seigneur.
Ce terme est peut-être particulièrement bien approprié pour ceux qui seront
encore vivants lors de son retour. Ils seront tous transformés et entreront
dans l’état de résurrection. En un clin d’œil, ils échangeront leur corps
mortel contre un corps glorifié et seront ainsi revêtus de leur maison
céleste. Ainsi ce qui est mortel, c’est-à-dire ce qui se rattache à notre
corps actuel, sera en un instant absorbé par la vie.
Il ne
faut pas nous représenter nos corps glorifiés à venir comme de nouveaux
habits déjà préparés quelque part dans les cieux et qui nous seront donnés à
la venue du Seigneur. Cette pensée serait en contradiction avec 1
Corinthiens 15:42-44, où l’on voit qu’il subsiste une certaine identité
entre le corps d’humiliation qui est déposé dans la terre et le corps de
gloire qui est ressuscité. Ces derniers sont «dans les cieux» ou «du ciel»
(v. 1, 2): il s’agit de nature plus que d’emplacement. Le ciel est notre
destinée et nous y entrerons dans des corps qui sont célestes dans leur
origine et leur nature.
Nous
avons l’heureuse assurance de ces choses et pouvons affirmer: «nous savons»,
car Dieu a parlé et nous les a révélées. De plus il a agi en accord avec ce
qu’il a révélé. Il nous a déjà «formés à cela même» (v. 5). Ceci fait
allusion au travail spirituel effectué en nous et avec nous par le Saint
Esprit. Par son Esprit, Dieu a été le potier et nous avons été l’argile.
L’acte par lequel nous sommes «revêtus» est décrit en Romains 8 comme la
vivification de nos corps mortels (v. 11). Ceux-ci seront vivifiés un jour,
mais Dieu a déjà effectué une œuvre de vivification en ce qui concerne nos
âmes, comme anticipation du travail qui doit être encore accompli pour nos
corps. De plus, il nous a déjà donné son Esprit comme arrhes de ce qui est à
venir.
Ce que
Dieu a opéré par son Esprit doit être distingué de l’Esprit lui-même, qui
est donné à ceux en qui son œuvre a été faite. Le verset 5 indique en
premier lieu l’œuvre de l’Esprit, et en second lieu l’habitation de
l’Esprit, comme arrhes. La première chose prépare la seconde.
Ainsi
l’apôtre peut dire: «Nous avons donc toujours confiance» (v. 6). Comment
pourrait-il en être autrement? Nous avons la révélation parfaite de Dieu à
ce sujet. Nous avons l’œuvre de Dieu en accord avec elle. Nous avons le don
de Dieu — en la personne du Saint Esprit — comme gage et prémices. Une chose
pourrait-elle être plus certaine et plus sûre? Les difficultés peuvent
s’accumuler autour de nous, comme elles le faisaient autour de Paul. Nous
aussi pouvons gémir, étant chargés dans nos corps mortels. Mais ce qui est
devant nous dans la résurrection est parfaitement clair et sûr. Nous aussi
pouvons avoir toujours confiance, dans les jours où des nuages d’orage
s’amoncellent à l’horizon comme dans les jours où le ciel est d’azur.
Pour
l’instant, nous sommes chez nous dans notre corps et ainsi absents du
Seigneur. Nous sommes laissés ici-bas pour marcher non par la vue, mais par
la foi. La confiance de Paul était telle qu’il désirait — plus précisément:
qu’il aimait mieux — être absent du
corps et présent avec le Seigneur. C’est sa part aujourd’hui, ainsi que la
part de tous ceux qui sont morts dans la foi en Christ. Ils sont absents de
leur corps qui a été déposé dans la tombe, attendant le moment où ils seront
vêtus de leur corps de gloire. Mais déjà maintenant ils sont présents avec
le Seigneur dans la bénédiction consciente de sa présence, comme les versets
du début du chapitre 12 en témoignent.
Certaines personnes pensent que l’assurance et la confiance quant à l’avenir
ne peuvent avoir qu’un effet désastreux sur le comportement. Le verset 9
montre le contraire. Il n’est pas écrit: Nous avons de la confiance... c’est
pourquoi aussi nous prenons nos aises, nous sommes indifférents et
insouciants, mais: «nous nous appliquons avec
ardeur à lui être agréables». L’expression est très forte. Cette
confiance même que nous avons nous incite à un vrai zèle, afin que, quoi
qu’il arrive, vie ou mort, nous lui soyons «agréables». Nous avons été
«rendus agréables dans le Bien-aimé» (Éph. 1:6), et maintenant nous désirons
lui être agréables, lui plaire.
Ce
désir de plaire au Seigneur est certainement instinctif dans tout cœur qui
l’aime, mais trop souvent il n’est pas ardent comme il le devrait. C’est
pourquoi l’apôtre introduit un autre motif pour stimuler ce désir. Quand
Christ viendra, il dressera son trône de jugement. Il ne s’agit pas ici
d’une cour pénale — ce qui est réservé pour le jour où il s’assiéra sur le
grand trône blanc (Apoc. 20). Mais ce sera une séance d’évaluation de nos
vies, dans laquelle le juge décernera les récompenses.
Nous
devrons tous comparaître devant ce tribunal, c’est-à-dire que nous devrons
tous être «manifestés». Tout doit être mis en lumière dans la présence de
notre Seigneur. Souhaiterions-nous qu’il en soit autrement? S’il devait
rester des événements de nos vies, notamment des manquements et des sujets
de honte, pour lesquels le Seigneur n’aurait jamais rien pu nous dire, n’y
aurait-il pas une certaine réserve dans notre relation avec lui? La
brillante éternité qui est devant nous ne serait-elle pas quelque peu
assombrie par le sentiment qu’un jour ces choses pourraient être amenées à
la lumière? Quelque solennel que ce tribunal puisse être, c’est plutôt un
sujet de réjouissance qu’il soit placé au seuil même de l’éternité de gloire
qui nous attend. Nous devrons y être manifestés, et ainsi tout ce que nous
aurons été ou aurons fait sera examiné en détail par notre Seigneur. Nous
verrons tout comme à travers ses yeux et accepterons sans peine son verdict.
Tous les épisodes mystérieux qui auront marqué notre chemin seront élucidés;
les pourquoi et les comment d’innombrables expériences éprouvantes seront
levés; nous aurons une pleine compréhension de la grâce ineffable de Dieu et
nous réaliserons l’efficacité de la sacrificature et de l’intercession de
Christ.
Il y
aura aussi des «récompenses» et des «pertes», selon ce qui aura été accompli
«dans le corps», c’est-à-dire durant toute notre vie d’hommes responsables.
C’est ce que nous voyons aussi en 1 Corinthiens 3:14, 15. Mais là, il est
question de façon distincte du caractère de notre ouvrage comme serviteurs
du Seigneur. Ici c’est plus général et plus complet; il s’agit de l’ensemble
de nos actions et de nos voies.
La
pensée de ce tribunal amène naturellement l’apôtre à réaliser qu’un jour
tous les hommes se tiendront devant le Seigneur Jésus, qu’ils soient sauvés
ou non. Et en considérant les hommes de cette dernière catégorie et la
terreur qui sera leur part alors, il était poussé à les avertir et les
persuader. Il était aussi poussé dans une direction plus personnelle, qui
concernait également les Corinthiens; il désirait vivre d’une manière telle
qu’il soit déjà manifesté à Dieu, comme aussi dans les consciences de ses
frères.
Le
terme «manifestés» apparaît trois fois dans ces deux versets 10 et 11. Si
nous marchons dans la pleine conscience que nous serons manifestés devant le
tribunal de Christ, nous veillerons déjà maintenant à ce que nos rapports
avec Dieu soient ouverts, honnêtes et dans la lumière. Si nous péchons, nous
nous humilierons immédiatement devant lui en lui confessant nos fautes, sans
tenter d’en cacher ou d’en minimiser quoi que ce soit. De plus, en suivant
l’exemple de Paul, nous n’essayerons pas de paraître autres que nous sommes
aux yeux de nos frères et sœurs. Nous serons ouverts et transparents dans
nos rapports avec eux, et ne désirerons pas acquérir à bon marché une
réputation de dévouement et de sainteté qui ne correspond pas à la réalité.
Il y en avait à l’époque de Paul qui essayaient de faire cela (v. 12).
Vivons-nous à la lumière du tribunal de Christ? C’est une question
importante. Que chacun y réponde dans sa conscience devant Dieu! S’il en est
ainsi, nos vies seront caractérisées par le dévouement, l’absence de
mondanité et le zèle. Nous serons transparents devant Dieu et devant les
hommes. Nous saisirons toutes les occasions de persuader les hommes, comme
Paul le faisait. Nous rechercherons ardemment le salut des âmes, pour la
gloire de Dieu.
L’apôtre Paul était marqué par un zèle hors du commun. Cela produisait en
lui un profond désir d’être agréable au Seigneur, d’être ouvert et
transparent avec ses frères, et de persuader les hommes en vue du jugement à
venir. Son zèle était tel qu’il le mettait parfois «hors de lui-même», de
sorte que les hommes le traitaient de fanatique. C’est ce que nous voyons en
Actes 26:24, lorsque Festus lui dit: «Tu es hors de sens, Paul». Mais Paul
n’était pas un fanatique, car quand il était ainsi hors de lui-même, c’était
«pour Dieu». C’est-à-dire que Dieu était l’objet qui captait toute son
attention. Il était hors de lui-même, parce que Dieu était pleinement en lui
— «Celui qui demeure dans l’amour, demeure en Dieu et Dieu en lui» (1 Jean
4:16).
Ce que
signifie l’expression «hors de nous-mêmes» peut nous paraître difficile à
comprendre, et encore plus à expliquer. Peut-être est-ce parce que cette
expérience nous est presque, si ce n’est entièrement, inconnue. Nous vivons
peut-être dans un environnement où un zèle tel que celui de Paul serait
considéré, d’un point de vue spirituel, comme de l’énergie charnelle; et
dans la société, ce serait très mal vu. Quelle perte pour nous!
Mais
Paul n’était pas toujours dans un état d’extase devant Dieu. Il savait aussi
très bien veiller aux intérêts de son Seigneur avec une attention sobre et
sage. Il vouait alors ses soins au peuple de Dieu de façon soigneusement
mesurée. C’est en particulier de cette façon qu’il avait agi avec les
Corinthiens. Et lorsqu’il en était ainsi, tout comme lorsqu’il était «hors
de sens», l’amour de Christ était la puissance qui l’étreignait et opérait
en lui. Cet amour de Christ avait été exprimé dans sa mort, et il stimulait
Paul dans ses affections envers Dieu et envers les siens. C’est aussi lui
qui formait son jugement. Sous l’étreinte de l’amour, il était capable
d’évaluer de façon juste la signification de cette mort dans laquelle
l’amour s’était exprimé.
Christ
«est mort pour tous». Nous avons ici sa mort dans son sens le plus large. Il
n’est pas mort seulement pour le Juif, ni pour un cercle plus restreint que
«tous». C’est un fait dont nous pouvons nous réjouir, mais qu’implique-t-il?
Il implique que tous étaient dans un état de mort spirituelle: tous
n’étaient rien d’autre que des hommes morts devant Dieu.
Mais
quel était le but de cette mort? C’était d’ouvrir le chemin de la vie, pour
quelques-uns au moins, et pour ceux-là, pour «ceux qui vivent», de
transformer entièrement le caractère de leur vie.
On peut
remarquer que le verset 15 commence avec la mort de Christ et se termine
avec sa résurrection. Le milieu du verset présente le plan divin qui est en
relation avec ces deux grands faits. Il faut que ceux qui ont été vivifiés
trouvent dans le Christ ressuscité l’objet et le but de leur nouvelle vie.
Avant d’être converti, chacun de nous n’avait que soi-même comme objet et
but de sa vie. Tout était centré sur le moi et devait contribuer à son
intérêt. Mais maintenant, il doit en être autrement. Tout, dans notre vie,
doit être centré sur les intérêts et la gloire de Christ et y contribuer.
C’est, du moins, le but et l’intention de Dieu à notre égard.
Le
verset 16 en indique la conséquence directe, comme le montrent les premiers
mots: «en sorte que». Par le fait que Christ ne se trouve plus
corporellement au milieu de nous, et que nous vivons maintenant en relation
avec lui, un nouvel ordre de choses a été établi. Christ lui-même est connu
d’une façon nouvelle. Paul n’avait pas été de ceux qui avaient «connu Christ
selon la chair» — dans les jours de sa chair. Et même s’il l’avait été, il
ne le connaîtrait plus ainsi. Mais en outre, nous ne connaissons personne
selon la chair. Et ce n’est pas parce que les hommes ne sont plus dans leur
ancienne condition selon la chair, car la plupart d’entre d’eux le sont
encore. C’est à cause d’un changement opéré en nous-mêmes. Le chrétien
apprend à considérer les hommes d’une manière nouvelle, non à cause de ce
qui les concerne, mais à cause de ce qui a été opéré en lui-même.
Ce qui
a été opéré est précisé au verset 17: il s’agit d’une œuvre de nouvelle
création en Christ. Ayant été nouvellement créés ainsi, nous nous trouvons
dans un monde nouveau. Nous n’y sommes pas encore en ce qui concerne nos
corps; il nous faut attendre pour cela la venue du Seigneur. Mais nous y
sommes en ce qui concerne nos entendements et nos esprits. Déjà aujourd’hui,
nos esprits s’occupent de choses totalement nouvelles, de choses qui nous
étaient entièrement inconnues alors que nous étions inconvertis. Et même,
les vieilles choses de la création actuelle, parmi lesquelles nous évoluons,
sont perçues d’une façon nouvelle.
Cette
vérité doit être profondément assimilée par chacun de nous. Combien de
difficultés surgissent parmi les chrétiens parce qu’ils se connaissent et
ont entre eux des rapports «selon la chair», c’est-à-dire sur l’ancienne
base et à la manière du monde. Alors, c’est la chose la plus facile et la
plus naturelle de constituer des partis et des clans en fonction de nos
préférences. Nous sommes très aimables avec tel ou tel ami chrétien jusqu’à
ce qu’un désaccord éclate, et que naisse un antagonisme tout aussi grand que
l’amitié passée. Même l’amitié, l’amabilité et la concorde peuvent être
établies sur un fondement faux: «selon la chair», et non selon «la nouvelle
création» et selon l’Esprit de Dieu. Si tous les croyants se connaissaient
selon le nouveau fondement, combien l’aspect que présente aujourd’hui
l’Église de Dieu serait différent!
Un
élément supplémentaire apparaît au verset 18. Nous sommes réconciliés avec
Dieu par Christ, aussi bien que nous sommes une nouvelle création en Christ.
La réconciliation ôte tout ce qui, en nous et en ce qui nous concerne, est
une offense à Dieu, y compris l’inimitié de notre cœur qui nous maintenait
éloignés de lui. En vertu de cette réconciliation, Dieu peut nous considérer
avec joie et avec satisfaction, et nous pouvons regarder à lui avec
confiance, en l’aimant en retour.
Quand
Christ était ici-bas, Dieu était en lui, en vue de la réconciliation du
monde entier. Christ est venu pour amener les hommes à Dieu, et non pour les
inculper devant Dieu en les chargeant de leurs péchés. On en trouve un
exemple frappant en Jean 8:2-11. Mais les offres que Dieu a faites aux
hommes par Christ, et dont le but était la réconciliation, ont été rejetées
et il a été mis à mort. C’est une des merveilles de l’évangile qu’en dépit
de cela, sa mort soit devenue le fondement de la réconciliation qui est
annoncée aujourd’hui.
Quant à
nous, croyants, nous sommes maintenant réconciliés avec Dieu; et étant tels,
nous avons une part dans le ministère de la réconciliation. Quand l’apôtre
écrivait: «nous sommes ambassadeurs pour Christ», il pensait probablement à
lui-même, à ses collaborateurs et aux autres apôtres; ils étaient d’une
façon particulière chargés du message de l’évangile. Mais ces paroles
peuvent néanmoins s’appliquer à tout croyant. L’Église de Dieu est comme une
ambassade divine dans un monde hostile. Nous devons nous souvenir que nous
sommes membres de cette ambassade, et que notre attitude envers les hommes
doit être en accord avec la parole de réconciliation que nous apportons. À
la fin du verset 20, nous avons un condensé de cette parole de la
réconciliation: «Dieu, pour ainsi dire, exhortant par notre moyen; nous
supplions pour Christ: Soyez réconciliés avec Dieu!»
Et si,
alors que nous supplions les hommes, ils nous demandent sur quel fondement
une telle réconciliation est possible, nous pouvons répondre par les paroles
du dernier verset. Ce fondement est l’œuvre de Dieu lui-même, accomplie par
la mort de Christ.
La
profondeur de ce verset 21 défie nos faibles tentatives d’explication. Que
Dieu ait fait de Christ un sacrifice pour le péché, cela correspond à ce que
nous apprend l’Ancien Testament au sujet de tels sacrifices, qui sont des
types de celui de Christ. Mais que Dieu l’ait «fait péché» pour nous, lui
qui n’avait «pas connu le péché», est au-delà de toute explication possible.
De même nous pouvons comprendre en quelque mesure comment nous sommes
justifiés, comment la justice est imputée à ceux qui croient. Mais le fait
que nous «devenions justice de Dieu en Lui» nous dépasse totalement. Le
péché nous caractérisait entièrement, et lorsque Christ mourut sur la croix,
il a été fait tout ce que nous étions. La justice caractérise Dieu
pleinement, et nous sommes faits en Christ ce qu’il est lui-même.
D’un
côté, tout ce que nous étions a été ôté, et tout ce que Dieu est a été
établi, et nous en lui. Ici nous trouvons certainement le fondement parfait
— et qui ne peut être remis en question — de la réconciliation dont nous
jouissons et que nous avons le privilège de proclamer à d’autres.
Arrêtons-nous ici pour observer comment l’apôtre a été conduit tout au long
d’une digression importante. Commençant au verset 7 du chapitre 4, elle part
de la mention des circonstances qui le pressaient comme ministre de la
nouvelle alliance et comme vase faisant resplendir la lumière. La digression
se termine à la fin du chapitre 5, et nous y voyons de nouveau l’apôtre
comme ministre, mais cette fois de la parole de la réconciliation (v. 18,
19). La parole de la réconciliation va sans aucun doute au-delà de ce
qu’apporte la nouvelle alliance, et il est utile de distinguer ces deux
ministères. Mais nous ne devons pas les séparer comme s’il s’agissait de
deux évangiles. L’unique évangile de Dieu est si grand et si complet qu’on
peut le considérer sous ces angles variés.
Chapitre 6
Au
début de ce chapitre, Paul applique ce qu’il vient de dire à ce qui le
concerne personnellement et fait un appel aux Corinthiens à ce sujet. Paul
et ses compagnons travaillaient à une même œuvre dans le ministère et
avaient fidèlement apporté la parole aux Corinthiens, que ce soit celle de
la grâce de la nouvelle alliance ou celle du ministère de la réconciliation.
Maintenant, l’exhortation était que la grâce de l’évangile n’ait pas été
reçue en vain. La grâce est reçue en vain si elle ne peut pas opérer en vue
de l’effet qu’elle doit accomplir. Nous trouvons dans l’épître à Tite que la
grâce nous enseigne à vivre sobrement, justement et pieusement. Or les
Corinthiens manquaient gravement à cet égard et ils avaient besoin de cette
exhortation. Nous en avons certes également besoin.
Le
verset 2 constitue une parenthèse. Sa première partie est une citation
d’Ésaïe 49, passage qui s’adresse prophétiquement au Messie. Celui-ci devait
être rejeté, mais deviendrait une lumière pour les nations et le salut de
Dieu jusqu’au bout de la terre. Malgré son rejet, il allait être exaucé et
secouru de l’Éternel. Le jour où cela arriverait serait le temps agréé et le
jour du salut. La seconde partie du verset indique que nous vivons
précisément ce temps-là. Le Messie a été exaucé en ce qu’il a été
ressuscité; et, avec sa résurrection, le jour du salut a commencé. Il
subsistera jusqu’à l’arrivée du jour du jugement. C’est ainsi que la grâce
nous a tous visités. Que ce ne soit pas en vain!
L’apôtre n’ajoute pas d’autres exhortations pour le moment (il le fera à
partir du verset 11), et il se remet à parler des traits moraux qui les
avaient caractérisés, lui et ses compagnons. Il s’était déjà passablement
arrêté sur ce sujet au chapitre 4, et on pourrait se demander pourquoi il
est conduit à y revenir ici. C’est, nous en sommes convaincus, parce que le
caractère, le comportement et l’état d’esprit des ministres de Dieu sont
d’une importance capitale. Ces choses ont sur le ministère un effet
incalculable. Lorsque nous lisons le livre des Actes, nous constatons la
puissance exceptionnelle qui caractérisait le ministère de Paul. Soit ce
ministère déclenchait l’opposition la plus acharnée, soit il apportait avec
lui une immense bénédiction; il ne pouvait être ignoré. La puissance de Dieu
était avec l’apôtre; voilà l’explication. Mais pourquoi la puissance de Dieu
était-elle avec lui d’une façon si exceptionnelle? Parce qu’il était
caractérisé par les traits mentionnés dans les versets 3 à 10 de notre
chapitre.
Tout
d’abord, il prenait grand soin d’éviter tout ce qui pouvait être des motifs
de scandale, car il savait bien que tout manquement aperçu dans le serviteur
serait enregistré comme un point noir sur son service. Le grand adversaire
déclenche continuellement ses attaques contre l’œuvre de Dieu, d’abord en
incitant les serviteurs à des choses qui sont des motifs de scandale, et
ensuite en donnant à celles-ci une grande publicité de façon à discréditer
leur travail. Parfois, chose triste à dire, les croyants font son affaire en
agissant comme ses agents publicitaires. Ils répandent sans retenue les
manquements de leurs frères, ce qui amène du déshonneur sur le ministère de
l’évangile.
Cependant il n’est pas suffisant d’éviter les scandales. Il faut que le
service se recommande lui-même par ses traits positifs. C’est ce qu’on
pouvait voir abondamment réalisé chez l’apôtre. Une grande patience le
caractérisait alors qu’il vivait de nombreuses circonstances adverses et
éprouvantes. Il les résume ici en neuf points. La plupart de ces situations
sont racontées en clair dans le livre des Actes, notamment les tribulations,
les coups, les prisons, les troubles, les travaux. Quant aux autres, on peut
les lire entre les lignes. L’apôtre traversait toutes ces épreuves avec
patience, poursuivant son ministère de grâce.
De
plus, il était lui-même caractérisé par la grâce. Il était ainsi en harmonie
avec le message qu’il proclamait. C’est ce que nous disent les versets 6 et
7. À nouveau ceci est résumé en neuf points, commençant par «la pureté» et
se terminant par «les armes de justice de la main droite et de la main
gauche». La pureté et la justice sont postées comme des sentinelles, l’une à
droite, l’autre à gauche — l’une devant, l’autre derrière. Protégées ainsi,
les autres vertus — la connaissance, la longanimité, la bonté, l’amour, la
vérité — sont soutenues par l’énergie de l’Esprit et par la puissance de
Dieu. Quel bel assemblage des grâces spirituelles nous avons ici. Le
serviteur de Dieu, armé de justice et cependant rempli de patience, de bonté
et d’amour véritable, est alors comme une épée bien polie dans la main de
l’Esprit Saint.
Nous
avons donc, dans ces versets, tout d’abord une qualité négative: l’absence
de motifs de scandale. Ensuite, il y a la recommandation positive que
constitue la patience face à toute sorte de forces contraires. En troisième
lieu, nous trouvons les qualités positives qui sont liées à la justice et à
l’amour. Et finalement, depuis le verset 8, nous avons la situation
paradoxale résultant de la contradiction entre ce que l’apôtre était quant à
son apparence extérieure, et ce qu’il était quant à la réalité intérieure.
Et une fois encore, cela est présenté en neuf points.
Pour
quelqu’un qui aurait considéré les choses superficiellement et d’un point de
vue mondain, ce qui aurait immédiatement frappé était qu’il n’y avait là
rien de brillant. Voici un homme qui avait rejeté toutes ses perspectives
intéressantes. Des rumeurs malveillantes circulaient en permanence à son
sujet. Il avait la réputation d’être un séducteur, un inconnu nullement
reconnu par les éminences religieuses. Sa vie semblait être celle d’un mort
vivant. Même Dieu semblait le châtier. Les sujets de tristesse surgissaient
de toute part autour de lui. Il était pauvre et ne possédait pratiquement
rien. Quel destin!
Cependant, il y avait un autre aspect des choses. Dans cette vie, il y avait
la gloire et la bonne renommée de la part de Dieu. Parfois, il pouvait y
avoir une bonne renommée de la part de ceux qui avaient été convertis par
son moyen. Paul était un homme vrai, et bien connu dans les cieux. Il
saisissait ce qui est vraiment la vie. Intérieurement, il était toujours
joyeux. Son service contribuait à enrichir de nombreuses personnes. Il se
mouvait dans les richesses spirituelles, car il possédait toutes choses. De
nouveau, nous pouvons dire: quel destin! Mais cette fois, sur un autre ton.
Ce
serviteur de Dieu remarquable était le conducteur du petit groupe dont on
disait: «Ces gens... ont bouleversé la terre habitée» (Actes 17:6). Et ce
n’est pas surprenant! On trouve, dans les versets que nous venons de
considérer, la source de la puissance spirituelle qui animait l’apôtre.
Puisons abondamment à la même source. Il en résultera une bénédiction pour
nous, en ces jours d’abondance de mal dans le monde, de faible foi et de
rare dévouement dans le peuple de Dieu.
L’apôtre a déjà parlé à deux reprises de son ministère d’exhortation (5:20;
6:1). Ces exhortations avaient un caractère assez général, mais au verset
11, Paul en vient à une exhortation de caractère très personnel, en
s’adressant aux Corinthiens de façon directe. Il est évident qu’à ce moment
sa bouche pouvait s’ouvrir envers eux et que son cœur était libre de les
mettre clairement en face de la faute qui était à la racine de tant de
choses répréhensibles au milieu d’eux. Ils n’avaient jusque-là pas compris
que s’ils restaient liés par un même joug avec des incroyants, ils seraient
nécessairement entraînés dans leurs mauvais chemins.
Paul
n’avait pas brusquement repris les Corinthiens à ce sujet dès le début de la
première épître. Mais d’où provenait la tendance à se diviser en partis et
en écoles de pensée? D’où provenait l’immoralité, l’amour des litiges,
l’insouciance quant à l’idolâtrie, le désordre dans les réunions, les
fausses doctrines quant à la résurrection? De la chair sans doute, mais
aussi du monde environnant. Corinthe était remplie de choses de cette
espèce. Nous pouvons apprendre une leçon salutaire de la manière sage dont
Paul s’y prend. Dans sa première épître, il s’était borné à s’occuper des
erreurs visibles à la surface, et avait attendu que la lettre produise son
effet pour exposer les causes profondes du mal. Mais maintenant, une
atmosphère spirituelle convenable s’établissait. Paul avait pu diriger les
pensées des Corinthiens vers le ministère de la réconciliation. Et puisqu’il
y a l’opposition la plus complète entre Dieu et le monde, la
réconciliation de l’homme avec Dieu
implique la séparation du monde. Le
moment opportun pour parler clairement de ce sujet était arrivé.
L’apôtre Paul était un homme au cœur large, tandis que les Corinthiens
étaient des croyants aux affections étroites. (Les «entrailles» évoquent les
affections). Les hommes de ce monde jugeraient les choses d’une façon
totalement différente de celle que nous avons ici, et bien des croyants
seraient d’accord avec eux. Ils qualifieraient d’étroit d’esprit le croyant
séparé, et d’homme au cœur large celui qui se laisse aller et qui est du
type mondain. Mais en fait, celui qui a le cœur large, c’est le croyant
séparé pour lequel Christ est tout, et qui entre ainsi dans le vaste domaine
des intérêts de son Seigneur. Le croyant mondain limite sa vue à ce petit
monde et se rétrécit à ses propres intérêts égoïstes. Paul exhortait les
Corinthiens à s’élargir en se
séparant du monde.
Le
verset 14 fait allusion à Deutéronome 22:10. Une liaison entre un croyant et
un incroyant ne peut que constituer un joug mal assorti, à cause de la
grande différence qui existe dans leur nature même. L’un, né de Dieu, est un
enfant de lumière; l’autre, encore dans la nature héritée d’Adam, est un
enfant de ténèbres. Si deux personnes aussi différentes sont placées sous le
même joug, le résultat ne peut être que désastreux.
Il est
important de bien voir ce qu’évoque un joug. Le croyant est laissé dans le
monde et entre nécessairement en contact avec toute sorte de gens (cf. 1
Cor. 5:9, 10). Mais, bien qu’il soit mêlé à eux par ses activités, il doit
éviter soigneusement de se placer sous un «joug» avec aucun d’entre eux. Le
joug du mariage est certainement le plus intime et le plus permanent de
tous. Si un croyant se met sous un joug avec un incrédule pour les affaires,
il s’expose à devoir partager la responsabilité de choses mauvaises
accomplies par son partenaire inconverti. Tant qu’il ne s’est pas libéré de
ce joug, il peut souffrir une grande perte spirituelle et déshonorer le nom
du Seigneur. Mais au moins, il peut s’extraire de cette situation, même si
cela implique une perte financière. En revanche, il est impossible de sortir
du joug du mariage, si ce n’est par sa propre mort ou celle de son conjoint.
Il existe de nombreux autres jougs; ils sont tous à éviter, même s’ils ne
sont pas aussi forts et durables que celui du mariage ou des affaires.
Ce qui
est du côté du croyant, c’est la justice, la lumière, Christ, le temple de
Dieu. Ce qui est du côté de l’incroyant, c’est l’iniquité, les ténèbres,
Béliar, les idoles. Quelle participation, quelle communion, quel accord
peut-il y avoir entre ces deux catégories? Absolument aucun! Alors pourquoi
se mettre dans une position qui implique une tentative de mettre ensemble
des choses aussi diamétralement opposées? L’incrédule ne peut s’accorder
avec les choses qui sont la vie même du croyant.
Il ne possède pas la vie qui lui permettrait de le
faire. Le croyant peut s’empêtrer dans les choses mauvaises qui
sont la vie de l’incroyant et en subir le dommage. Car, bien qu’il soit né
de Dieu, il a toujours la chair en lui.
Si l’on place deux êtres si différents sous le même joug, quel sera le
résultat?
Il n’y
a pas besoin d’être très perspicace pour répondre à la question. L’un ne
peut marcher que dans une direction,
l’autre peut aller dans les deux
directions. Le chemin de l’incroyant prend le dessus, même si le croyant est
entraîné bien malgré lui et s’efforce d’agir comme un frein.
L’exhortation qui résulte de tout cela est une pressante invitation à sortir
du milieu des incroyants pour être séparés, ne touchant pas même ce qui est
impur (v. 17). Le croyant ne sera jamais trop prudent pour éviter toute
sorte de liaison et de complicité avec le mal. Et ceci en raison de son
caractère individuel comme enfant de lumière, et en raison de ce qu’il
constitue collectivement avec d’autres croyants: «le temple du Dieu vivant».
Non seulement le Dieu vivant habite au milieu de son peuple, mais il y
marche en observant toutes ses actions. La sainteté sied à sa maison, à
toujours (Ps. 93:5).
Quelqu’un dira peut-être: D’accord, mais si j’obéis à cette injonction et
que je rompe tel et tel de ces liens, je subirai une perte importante et me
trouverai dans une situation très difficile. C’est tout à fait possible,
mais cette éventualité est prévue. Le monde peut vous rejeter, mais Dieu
vous recevra et vous sera pour Père. Le
dernier verset du chapitre ne se réfère pas à la relation chrétienne
fondamentale qui est établie en Christ et que l’apôtre expose en Galates
3:26 à 4:7, mais de cette activité paternelle de Dieu envers le croyant, des
soins dont celui-ci a besoin lorsqu’il souffre de la part du monde. Dieu
lui-même agit envers nous comme étant un Père. Ainsi nous sommes appelés
ses fils et ses filles. Quand il s’agit
de la relation chrétienne fondamentale, nous sommes tous
ses fils, que nous soyons des hommes ou
des femmes.
Remarquons encore ceci: Celui qui s’engage à jouer le rôle de Père est le
Seigneur, le Tout-Puissant. On trouve ici ensemble ses trois grands noms: le
Père, l’Éternel 1 et le Tout-Puissant. Il est l’Éternel,
celui qui ne change pas et qui est fidèle à sa Parole. De plus, il détient
toute puissance. Tout ce qui est exprimé par ces deux noms, il l’introduit
dans ses soins de Père. Ainsi nous n’avons pas besoin d’avoir peur de rompre
nos liens avec le monde, quoi qu’il puisse en coûter.
On peut
souligner un contraste intéressant et encourageant entre ce verset et
Éphésiens 6:12. Il est question là des «dominateurs
de ces ténèbres»; ce sont sans aucun doute les autorités et puissances
sataniques qui dominent sur ce monde de ténèbres. Nous pourrions bien en
avoir peur si nous n’étions pas sous la protection du Seigneur
Tout-Puissant. Ce dernier nom se traduit littéralement,
Tout-dominant. Les dominateurs du monde
peuvent être grands, mais ils ne sont rien en présence de Celui qui domine
sur tout. De même, ce monde qui est grand à nos yeux est très petit en
comparaison de l’immense univers de Dieu.
1 Rappelons
que le nom «Seigneur», dans le Nouveau Testament, est souvent la
transcription du nom «Éternel» de l’Ancien Testament.
Chapitre 7
Le
premier verset nous reporte aux promesses frappantes qui sont mentionnées
dans les deux derniers versets du chapitre 6, et qui viennent de la bouche
même de Dieu. Si nous sommes séparés du monde et qu’il en résulte pour nous
quelque perte, nous ferons l’expérience que Dieu agit envers nous comme un
Père, et nous goûterons la valeur et la douceur de la relation dans laquelle
nous avons été placés. Ayant de telles promesses, nous sommes exhortés à
nous purifier nous-mêmes et par conséquent à «achever la sainteté dans la
crainte de Dieu». Remarquons qu’il est écrit: «de
toute souillure de chair et d’esprit».
L’expression est très forte. Elle ne laisse rien de côté. Notre attention
vient d’être attirée sur la nécessité d’une purification de toute communion
avec le monde dans les choses extérieures. Cependant, si nous nous
contentons de ne pratiquer la séparation que dans ces choses, nous devenons
simplement des pharisiens. C’est l’opposé de ce que Dieu veut pour nous. La
séparation que Dieu attend de nous va jusqu’au fond de notre être. Toute
souillure de la chair doit être évitée, mais aussi toute souillure de
l’esprit.
C’est
bien à ces deux aspects de la séparation que nous sommes appelés, celle qui
est intérieure et celle qui est extérieure. La séparation extérieure sans
l’intérieure n’est rien d’autre que de l’hypocrisie. Et la séparation
intérieure sans l’extérieure ne vaut pas cher. Elle est illustrée par la
condition fort critique de Lot à Sodome, qui ne s’était pas abaissé jusqu’au
niveau moral dégradant de cette ville. Abraham se trouvait dans l’heureux
chemin de la volonté de Dieu, séparé du mal quant au lieu où il se trouvait
et quant à son être intérieur. Nous sommes exposés à la pollution du monde,
à celle de la chair et à celle de l’esprit. Cette dernière est la plus
pernicieuse de toutes, car c’est la forme de péché la plus raffinée. Que
Dieu éveille en nous une grande prudence à cet égard! Une «sainteté achevée»
englobe ces trois domaines. Et c’est notre devoir de tendre à cela déjà
maintenant. Que Dieu nous vienne en aide!
L’apôtre avait ainsi déchargé son cœur envers les Corinthiens. Il était
conscient que la brèche qui avait menacé de se créer entre lui et eux avait
été évitée par la grâce de Dieu. Les personnes extérieures qui avaient amené
du trouble et cherché à ruiner sa réputation avaient perdu de leur crédit.
Par l’influence de ces hommes, les Corinthiens avaient été incités à tourner
le dos à Paul. Mais maintenant les choses avaient changé, et il peut
simplement leur dire: «Recevez-nous». Ils connaissaient l’intégrité qui
l’avait toujours caractérisé, ainsi que l’amour fervent qu’il y avait dans
son cœur à leur égard. Il s’identifiait à eux dans ses affections, que ce
soit pour la vie ou pour la mort. De plus, confiant maintenant quant à leur
affection pour lui, il était pleinement encouragé et heureux. Il peut alors
leur faire part de l’immense joie qu’il avait éprouvée lorsqu’il avait reçu
les nouvelles de l’effet qu’avait produit sur eux la première épître.
Le
verset 5 reprend le fil des événements rapportés au chapitre 2, verset 13.
On pourrait passer de l’un de ces versets à l’autre comme si rien n’existait
entre deux. Paul avait quitté la Troade, malgré la porte pour l’évangile que
le Seigneur lui avait ouverte dans cette contrée. Très inquiet au sujet des
Corinthiens, il n’était pas tranquille dans son esprit. Cependant, quand il
était arrivé en Macédoine, cela avait été pire: il y avait non seulement des
craintes au-dedans, mais aussi des combats au-dehors. On peut essayer de
s’imaginer ce qu’il ressentait, étant toujours plus accablé par les soucis
et les sujets d’affliction. Mais soudain, Tite était apparu, porteur de
bonnes nouvelles quant à l’effet de la première épître. Quel immense
réconfort cela lui avait procuré! Il était réjoui par la compagnie de Tite
et par la certitude que Dieu, dans ses compassions, était intervenu à
Corinthe.
La
première épître avait eu deux effets: premièrement une repentance complète
quant aux diverses formes de mal que l’apôtre avait dénoncées, deuxièmement
un renouveau dans leur affection envers lui. Il y avait bien sûr une
relation étroite entre ces deux effets. Tandis qu’ils se rendaient compte de
l’erreur de leurs voies, ils pouvaient découvrir que ses reproches directs
et fidèles avaient été motivés par son amour pour eux. En retour, leur amour
pour lui était ravivé dans leurs cœurs. À un moment ou l’autre, il avait
presque regretté d’avoir écrit cette lettre, mais maintenant que son effet
positif était manifesté, il ne pouvait que s’en réjouir.
Ce
passage nous montre clairement ce qu’est une vraie repentance. Il ne s’agit
pas simplement d’une tristesse à cause du péché, bien qu’une tristesse selon
Dieu en fasse partie. Le verset 11 montre ce que la repentance impliquait
pour eux, et avec quel zèle et quelle crainte ils s’étaient purifiés. Une
vraie repentance est une «repentance à salut», c’est-à-dire qu’elle implique
la délivrance de la chose dont on se repent. Une simple tristesse à cause du
péché, ressentie à cause de ses conséquences, est ce dont le monde est
capable. Cela ne conduit qu’à la mort et non au salut. Judas Iscariote en
est un triste exemple.
Un beau
résultat de tout ce qui s’était passé à Corinthe et de l’envoi de la
première épître, c’est l’expression mutuelle d’affection entre Paul et les
croyants de cette ville. On trouve aux versets 7 et 12 les expressions:
«votre affection ardente envers moi» et «le zèle que nous avons pour vous».
Ce n’était pas une petite chose que de tout remettre d’aplomb entre celui
qui avait fait le tort et celui à qui on avait fait tort, mais c’en était
encore une plus grande que de manifester cette affection qui est le fruit de
la nature divine dans les croyants.
Un
trait saisissant de ce chapitre, dès le verset 5, est la façon dont on voit
la main de Dieu dans toutes ces circonstances. Après avoir envoyé sa
première épître, Paul était agité et inquiet au point de regretter de
l’avoir écrite — bien que, comme nous le savons, ce soit une lettre inspirée
de Dieu. Mais finalement, quand la situation était la plus angoissante, Tite
était arrivé avec de bonnes nouvelles quant à l’effet de cette lettre sur
les Corinthiens. Les compassions de Dieu étaient intervenues pour
réconforter l’apôtre abattu, comme elles étaient intervenues pour produire
une repentance selon Dieu dans les cœurs des Corinthiens. L’expression
«selon Dieu» apparaît ici à trois reprises (v. 9, 10, 11). Dieu était
intervenu; voilà ce qui était le fondement de la consolation et de la joie
de Paul.
De
plus, Tite était revenu de Corinthe entièrement récréé et réjoui, ce qui
dépassait certainement de beaucoup les espoirs de Paul. La première épître
montre que l’apôtre avait été très anxieux à l’égard des Corinthiens, et
qu’il avait dû les blâmer sur de nombreux points. Et maintenant, la façon
dont ils avaient reçu Tite le comblait au-delà de son attente. Il est vrai
qu’il s’était glorifié d’eux auprès de Tite, qu’il avait parlé d’eux avec
une affection chaleureuse, étant assuré de la réalité de leurs sentiments.
Et voilà que tout s’était trouvé comme il l’avait dit. Ainsi, l’angoisse de
l’apôtre se transformait en joie débordante et en profonde reconnaissance.
Dans
tout ceci, nous voyons comment Dieu trouve son plaisir à relever et à
encourager ses serviteurs éprouvés. Celui qui agissait de cette manière avec
Paul est encore le même aujourd’hui. Pourquoi ne sommes-nous pas remplis
d’une confiance plus entière en lui?
Les
Corinthiens avaient reçu Tite «avec crainte et tremblement». Ils avaient été
caractérisés par «l’obéissance». La lettre de Paul leur était parvenue avec
une autorité divine. Dans celle-ci, il les invitait à reconnaître que les
choses qu’il leur écrivait étaient «le commandement du Seigneur» (1 Cor.
14:37). Étant la parole inspirée de Dieu, cette lettre s’était imposée comme
telle à leurs consciences et avait demandé leur obéissance. De nos jours,
certains hommes prétendent que nous n’avons pas de raison logique d’accepter
un texte comme étant la parole de Dieu, à moins qu’il ne soit authentifié
par une autorité ecclésiastique. Rien ne pourrait être plus éloigné de la
vérité! Il n’en était pas ainsi au commencement, et il ne doit pas en être
ainsi aujourd’hui. La parole de Dieu s’authentifie d’elle-même dans les
cœurs et les consciences de ceux qui sont nés de lui.
L’obéissance des Corinthiens à la parole du Seigneur donnait pleine
confiance à l’apôtre à leur égard; il pouvait dire avec joie: «en toutes
choses, j’ai de la confiance à votre égard». Était-ce une surestimation
quelque peu exubérante de sa part, le fruit des sentiments contrastés qu’il
venait d’éprouver? Pas du tout! C’était l’expression d’un sobre jugement.
Les croyants peuvent montrer de sérieux manquements et être blâmables à
plusieurs titres, mais s’ils reconnaissent la voix de Dieu dans sa Parole et
se soumettent à ses instructions, il n’y a rien à craindre à leur sujet.
Tout ira bien.
Ce
n’est pas que les Corinthiens tremblaient devant Tite, ou que la crainte de
Paul pesait sur leurs esprits, en raison de ses lettres «graves et fortes».
La réalité, c’est que malgré toutes leurs erreurs, ils tremblaient devant la
parole de Dieu.
Qu’en
est-il de nous? Notre temps est particulièrement marqué par une absence de
respect de la parole de Dieu. Dans beaucoup de milieux de la profession
chrétienne, la Bible est considérée comme un document qui doit être soumis à
la critique. Prenons garde à ne pas être contaminés par ce mode de pensée!
Paul pourrait-il avoir en toutes choses de la confiance à notre égard?
Sommes-nous caractérisés par la soumission et l’obéissance à la Parole de
Dieu?
Chapitre 8
Paul
avait ouvert son cœur aux Corinthiens. Il leur avait parlé de ses propres
expériences, comme aussi de la nécessité de se séparer du monde des
incroyants. Il leur avait exprimé sa joie de les voir obéir à la parole de
Dieu et la confiance que cela lui donnait à leur égard. Dès lors, l’apôtre
se sentait à l’aise pour leur écrire avec plus de détails au sujet de la
collecte qui se faisait parmi les assemblées des nations en faveur des
croyants pauvres de Jérusalem. Il y avait fait brièvement allusion dans le
dernier chapitre de la première épître, et il y consacre maintenant
l’ensemble des chapitres 8 et 9. En encourageant les Corinthiens à pratiquer
la libéralité, il place devant nous des instructions très importantes.
Une
manifestation remarquable de la grâce de Dieu avait eu lieu dans les
assemblées de Macédoine. Elle a été consignée pour toujours dans les
Écritures afin que non seulement les Corinthiens, mais nous aussi, nous
soyons stimulés par elle. D’aucuns pourraient se demander si le récit du
dévouement de certaines personnes, dans le but de secouer des croyants
assoupis, n’est pas un appel à des motifs plutôt bas et un procédé peu
recommandable. Pourtant, nous voyons ici que l’Esprit conduit l’apôtre à
agir précisément de cette manière. Nous n’avons donc jamais à craindre de
faire savoir comment la grâce de Dieu a opéré chez d’autres personnes. De
tels récits nous révèlent la grâce de Dieu comme quelque chose de réel et
pratique, et ils nous amènent à réaliser notre propre insuffisance — deux
résultats bien désirables.
La
manière dont les croyants Macédoniens avaient donné était remarquable. Paul
lui-même pouvait rendre témoignage qu’ils avaient donné «selon leur
pouvoir». C’était en soi une chose importante. Cela signifiait qu’après
avoir correctement réglé toutes les dépenses de leur vie courante, ils
avaient donné jusqu’aux limites de leurs possibilités. Cependant, ils
avaient fait encore plus: ils avaient donné «au-delà de leur pouvoir». Ils
s’étaient privés de ce que l’on pourrait considérer comme les dépenses
normales de la vie, afin de pouvoir donner au Seigneur et aux siens. Et
cela, ils l’avaient fait d’une façon totalement spontanée, demandant à Paul
d’accepter l’argent et de prendre la responsabilité de sa distribution aux
croyants. Ils avaient montré le même état d’esprit que les fils d’Israël
lors de la construction du tabernacle, lorsqu’on avait rapporté à Moïse: «Le
peuple apporte beaucoup plus qu’il ne faut pour le service de l’œuvre que
l’Éternel a commandé de faire» (Ex. 36:5).
Cependant ils avaient dépassé l’attente de Paul sur un autre plan. Ils
avaient commencé leurs dons de la bonne manière: ils s’étaient «donnés
premièrement eux-mêmes au Seigneur». En se livrant ainsi eux-mêmes au
Seigneur, ils lui livraient nécessairement tout ce qu’ils avaient. Ainsi,
ils considéraient leurs biens comme étant ceux du Seigneur, pour être
utilisés selon que lui le trouverait bon. Par conséquent, ils
accomplissaient la volonté de Dieu en se mettant eux-mêmes, ainsi que leurs
biens, entre les mains de Paul.
C’est,
sans conteste, la seule vraie façon de donner. Dieu ne nous demande pas
seulement notre superflu, mais tout ce que nous
avons, car c’est nous-mêmes
qu’il veut. En réfléchissant à cela, nous découvrons combien notre
conception de la libéralité est pauvre en comparaison de celle des
Macédoniens. La libéralité qui les caractérisait était rehaussée par leur
profonde pauvreté, et par le fait qu’ils vivaient un temps de grande
tribulation. Ce qui les poussait à la libéralité était l’abondance de leur
joie dans le Seigneur. Par la foi, ils saisissaient les choses d’en haut
avec une telle réalité et une telle joie, qu’ils pouvaient être généreux
avec les choses de la terre.
La
libéralité est-elle une des caractéristiques de la vie chrétienne actuelle?
Il est à craindre que l’on doive répondre négativement. À quels artifices
n’a-t-on pas recours, parfois, lorsqu’il s’agit de récolter des fonds! Que
d’appels et de publicité! Et on assiste à bien des événements lamentables
résultant du manque de fonds. Il est vrai que beaucoup de problèmes de ce
genre peuvent provenir de personnes qui se lancent dans des entreprises
auxquelles elles n’ont pas vraiment été appelées par Dieu. On peut craindre
que bien des croyants retiennent pour eux-mêmes plus que nécessaire, ce qui
mène à la pauvreté spirituelle — et pour eux-mêmes et pour d’autres. Il y a
heureusement des exceptions. Il y a ceux qui reconnaissent qu’ils ne sont
que des administrateurs et qui donnent largement selon leurs moyens. Et il y
a ceux qui — Dieu en soit béni — donnent avec une libéralité étonnante.
Nous
ressemblons plus aux Corinthiens qu’aux Macédoniens et nous avons besoin,
nous aussi, d’être secoués par ce brillant exemple. Paul avait exhorté Tite
à veiller à l’achèvement de cette affaire lors de sa visite. Remarquons que
la libéralité est appelée une «grâce», et il en est bien ainsi, lorsqu’elle
est considérée dans son vrai caractère et exécutée correctement. Elle est un
moyen puissant pour exprimer l’œuvre de grâce de Dieu en bénédiction. Si nos
cœurs sont remplis à déborder de la bénédiction qui vient de Dieu, nous ne
pouvons que déborder nous-mêmes en donnant aux autres.
Le
verset 7 est un reproche doux et plein de tact. Il n’est sans doute pas
seulement pour les Corinthiens, mais pour nous aussi. Qu’il puisse être dit
de nous que nous abondons «en foi» et «en toute diligence», ce n’est pas
sûr; nous abondons plutôt «en parole» et «en connaissance». Nous sommes
exposés au danger de connaître intellectuellement et de savoir formuler de
nos lèvres beaucoup plus que ce que nous exprimons par une vraie libéralité
de cœur.
L’apôtre souhaitait ne pas être compris comme donnant un commandement à ce
sujet (v. 8). Si nous donnons seulement parce que nous avons reçu de Dieu le
commandement de le faire, cela ne peut plus être appelé une grâce; C’est la
contrainte d’une loi. L’engagement et le zèle des Macédoniens devaient être
un stimulant pour les Corinthiens. La libéralité que l’apôtre souhaitait de
leur part devait être l’expression de la sincérité et de l’authenticité de
leur amour. L’amour se réjouit toujours quand il peut donner.
L’opération de la grâce de Dieu chez d’autres croyants peut être un
stimulant pour nous. Cependant, il ne faut rien de moins que l’opération
suprême de la grâce de Dieu en Christ pour produire en nous l’énergie et la
motivation nécessaires, afin que nous soyons caractérisés par la grâce d’une
vraie générosité. C’est ce que nous présente le verset 9.
Combien
de trésors de la parole de Dieu ne sont-ils pas enchassés, tels des joyaux
étincelants, dans des sujets qui semblent tout ordinaires! Ce verset 9 en
est un exemple. Les Corinthiens s’étaient montrés bien disposés concernant
cette collecte. Ils s’étaient volontiers ralliés à cette idée, plus d’une
année auparavant, mais jusqu’à présent, ils n’avaient pas encore réussi à la
mettre à exécution et à donner effectivement l’argent. Qu’est-ce qui pouvait
les y amener? Rien, sinon un sentiment renouvelé de la grâce du Seigneur
Jésus?
Ce
merveilleux verset 9 est un condensé du Nouveau Testament. «Comment, étant
riche...» nous reporte aux profondeurs de la gloire divine de Jésus avant
son incarnation, cette gloire qui est révélée dans les premiers versets de
l’évangile de Jean et ailleurs. «Il a vécu dans la pauvreté pour vous...»
nous place devant les merveilleux récits de sa vie, de ses souffrances et de
sa mort, tels qu’ils sont enregistrés dans les quatre évangiles. «Afin que
par sa pauvreté vous fussiez enrichis» nous rappelle la plénitude de
bénédiction et de gloire dans laquelle nous avons été introduits par lui et
en lui, ainsi que nous le dévoilent les épîtres et l’Apocalypse. Toute sa
vie est l’expression suprême de la grâce.
C’est l’amour divin s’abaissant pour répondre aux besoins des hommes, et le
faisant non seulement selon la mesure des besoins rencontrés, mais selon la
mesure de l’amour qui les rencontre.
Après
avoir présenté cette grâce comme un puissant levier pour toucher et élever
les cœurs des Corinthiens, l’apôtre énonce quelques principes importants qui
devraient conduire le croyant lorsqu’il fait part de ses biens. D’abord, il
faut que nous donnions en prenant sur ce que
nous avons, non selon ce que nous avions précédemment, ou ce que
nous espérons avoir plus tard. Il faut que nous vivions et agissions au
présent, en nous confiant en Dieu pour ce qui concerne l’avenir.
Ensuite, l’apôtre ne voyait pas les Corinthiens comme étant toujours, et en
toute chose, ceux qui donnent. Le temps viendrait où ils seraient ceux qui
reçoivent, et où le flot des dons irait dans leur direction plutôt qu’en
sens inverse. En Romains 15:25-27, on voit que Corinthe avait déjà beaucoup
profité des biens spirituels qui étaient venus de Jérusalem. Maintenant, il
fallait que Jérusalem profite de biens matériels venant de Corinthe. Selon
la pensée de Dieu, il ne devrait jamais y avoir de vide parmi les siens,
mais un flot de ressources se déplaçant selon les besoins.
Le
verset 15 cite Exode 16:18 pour l’appuyer. En lisant l’Exode, on pourrait
penser que ce verset signifie simplement que chacun de ceux qui
recueillaient la manne savait bien estimer son appétit et recueillir en
conséquence. La manière dont il est cité ici montre cependant qu’il va plus
loin, puisqu’il est utilisé pour appuyer le principe du partage avec
d’autres de ce que Dieu peut nous avoir confié.
Les
versets 16 à 24 traitent de détails concernant l’administration des fonds
récoltés, tâche que devaient assumer Tite et deux autres frères. Bien que
les circonstances d’aujourd’hui ne soient pas celles d’alors, ne manquons
pas de remarquer plusieurs points dont l’intérêt est de tous les temps. Paul
avait exhorté Tite à accepter ce service, et celui-ci l’avait fait
spontanément et avec promptitude. Il ne considérait pas un tel service comme
trop bas pour lui. Il en était de même du frère non nommé du verset 18 — un
évangéliste doué, semble-t-il — et de celui du verset 22, dont le zèle avait
été plusieurs fois mis à l’épreuve — même s’il n’avait peut-être pas reçu un
don particulier dans l’évangile ni, comme Tite, une délégation apostolique.
Manifestement, ces trois frères reconnaissaient qu’acheminer et administrer
des fonds qui avaient été donnés comme expression de l’amour divin opérant
dans les cœurs des saints n’était pas un service banal.
Le
verset 19 montre de façon claire que les assemblées qui donnaient l’argent
avaient choisi le frère qui aurait à administrer les fonds de leur part.
C’est en accord avec ce que nous avons en Actes 6, où sept hommes ayant un
bon témoignage sont choisis pour «servir aux tables». Ceux qui fournissent
les moyens ont aussi compétence pour choisir ceux qui vont administrer leurs
dons. En contraste avec cela, nous ne voyons pas dans l’Écriture que les
croyants aient à choisir ceux qui accompliront la fonction d’ancien ou de
surveillant. Ceux-ci sont appelés à remplir leurs tâches spirituelles de la
part de Dieu, non de la part des hommes, et ainsi, c’est Dieu et non l’homme
qui doit les choisir. Il nous est parlé de ceux que l’Esprit Saint a établis
pour être surveillants (Act. 20:28). Tout ce que l’homme peut faire, c’est
de reconnaître ceux que l’Esprit Saint a établis.
De
plus, tout devait être fait honnêtement devant Dieu et devant les hommes. Il
n’est pas suffisant qu’une affaire soit traitée correctement devant le Dieu
qui connaît toutes choses. Elle doit aussi être manifestement droite aux
yeux d’hommes qui ne voient qu’une petite partie des choses, mais qui se
montrent souvent très critiques à l’égard de ce qu’ils voient. C’est ce que
nous montrent les versets 20 et 21. Ainsi, les hommes qui avaient été
choisis étaient caractérisés par le soin que tout soit administré pour la
gloire du Seigneur. Ils devaient aussi se souvenir qu’ils étaient les
envoyés des assemblées, «la gloire de Christ». Rappelons-nous que c’est le
caractère propre de chaque vraie assemblée. Si nous nous en souvenons
vraiment, nous ne serons pas légers à cet égard.
Chapitre 9
Dans
les cinq premiers versets, Paul renouvelle son plaidoyer auprès des
Corinthiens. Ils s’étaient si clairement engagés, une année auparavant,
quand la collecte en faveur des croyants de Judée avait été mise en route,
que Paul s’était même glorifié d’eux auprès des Macédoniens. Or ceux-ci les
dépassaient maintenant au niveau de la réalisation pratique. Il fallait donc
que les Corinthiens agissent concrètement et tout de suite, afin que leur
contribution puisse être considérée comme venant du cœur et non comme
quelque chose d’extorqué. Ce nouvel appel est suivi de quelques
considérations qui l’appuient. Ainsi sont mis en lumière d’autres principes
importants concernant la libéralité.
Par
exemple, donner c’est semer, et les règles régissant les semailles et les
moissons s’appliquent aux dons. Si la semence est répandue pauvrement, la
moisson est maigre; si elle est répandue libéralement, la moisson est
abondante. Il ne peut en être autrement, que ce soit dans les choses de la
nature ou dans celles de Dieu. En donnant à autrui, nous semons la
grâce; et c’est ainsi que l’apôtre
rappelle: «Dieu est puissant pour faire abonder
toute grâce envers vous» (v. 8). Les versets 10 et 11 parlent
aussi de cette moisson de bénédiction qui sera recueillie dans le domaine
spirituel.
Mais
pour vraiment plaire à Dieu en donnant, il faut le faire
joyeusement. Donner à regret ou par
contrainte n’a pas grande valeur aux yeux de Dieu. Que chacun se propose
dans son cœur ce qu’il veut donner, selon son état. Si nos cœurs sont droits
et au large parce qu’ils demeurent dans l’amour de Dieu, nous ne donnerons
pas seulement libéralement mais aussi joyeusement. Nous donnerons à la
manière de Dieu lui-même, et Dieu aime ceux qui portent ses caractères.
En
donnant, nous ne semons pas seulement la grâce, mais aussi la
justice. Dans le Psaume 112, dont le
verset 9 est cité ici, on trouve la description d’un homme «juste», «droit»
et «qui craint l’Éternel». Un tel homme répand ses biens et donne à ceux qui
sont dans le besoin. Or sa bienveillante générosité n’est pas considérée là
comme une grâce, mais comme une justice qui demeure éternellement.
Sommes-nous accoutumés à considérer les dons dans cette lumière? Nous avons
tellement reçu de la part de Dieu qu’il n’est que juste que nous nous
trouvions à notre tour à la place de ceux qui donnent, si Dieu nous a confié
des biens matériels ou spirituels. Si nous ne donnons pas, mais nous
contentons d’accumuler ce qui nous est donné ou de l’utiliser pour
satisfaire nos plaisirs, nous sommes franchement injustes. Considérons et
assimilons bien ceci, et mettons-le en pratique dans nos vies.
De
plus, une libéralité généreuse et joyeuse a des résultats magnifiques. Il y
a d’abord le fait que «les besoins des saints» sont comblés, ce qui en soi
est une très bonne chose. Qui pourrait en douter, après avoir vu le
réconfort et la joie éprouvés par un croyant démuni qui vient d’être soulagé
par la libéralité de ses frères et sœurs. Mais il y a plus cependant: Dieu
est glorifié. Ce service «abonde par beaucoup d’actions de grâces rendues à
Dieu» (v. 12). Le croyant qui a été aidé et soulagé rend grâces à Dieu de
façon répétée pour le don reçu et pour ceux qui en sont les auteurs.
Ensuite, ceux qui ont donné s’en trouvent tellement bénis et agrandis par
Dieu qu’ils se mettent à rendre grâce d’avoir eu le privilège de donner. Le
principe: «il est plus heureux de donner que de recevoir» a la meilleure
autorité qui puisse être — c’est une parole de Jésus (cf. Act. 20:35). Et
finalement, les croyants démunis, n’ayant rien à donner en retour, répondent
à ce qui leur a été donné en rendant une ardente affection et d’instantes
prières. Ceux qui donnent récoltent la bénédiction qui découle de l’amour et
des prières de ceux qu’ils ont aidés.
Quelle
merveilleuse succession d’heureux résultats de la libéralité! Il n’est pas
étonnant qu’elle soit mentionnée parmi les «dons» de Romains 12, et
qu’ailleurs nous lisions «N’oubliez pas la bienfaisance, et de faire part de
vos biens» (Héb. 13:16). Que d’élargissement spirituel en découle! Et à
l’opposé, combien souvent la pauvreté spirituelle résulte directement de la
négligence à cet égard! Si les croyants se montrent avares dans leur
administration des choses matérielles, le gouvernement de Dieu les laissera
pauvres et démunis dans les choses spirituelles.
Tout
don fait par un croyant provient de ce qui lui a été donné de Dieu. C’est
pourquoi l’apôtre ne peut clore son exhortation sur ce sujet sans conduire
nos pensées vers le don suprême de Dieu, duquel découle tout ce que nous
pouvons donner. C’est un don si grand qu’il dépasse tout ce que nous sommes
capables de dire ou de décrire. Nous ne pouvons qu’exprimer des actions de
grâces pour cela!
«Dieu... a donné son Fils unique». Il y a «l’Esprit Saint que Dieu a donné à
ceux qui lui obéissent». «Le don de grâce de Dieu, c’est la vie éternelle».
On pourrait citer plusieurs autres versets sur ce thème. Nous croyons qu’au
verset 15, dans la pensée de l’Esprit, tous ces grands dons sont traités
comme un seul don, qui requiert de notre part des actions de grâce
éternelles.
En
ajoutant du fond du cœur notre «Amen» à cette action de grâces, désirons
avoir une appréciation si vivante de la grandeur de ce don qu’elle nous
conduise à mettre nous-mêmes en pratique la grâce de la libéralité.
Chapitre 10
Les
quatre derniers chapitres de l’épître traitent principalement de sujets de
caractère plus personnel, concernant les relations entre Paul et les
Corinthiens. Qu’il s’étende aussi longuement sur de tels sujets pourrait
paraître surprenant. Paul lui-même parle de cela comme étant une «folie» de
sa part (11:1). Néanmoins ce qu’il écrit là est inspiré aussi bien que le
reste de l’épître, et tout aussi profitable pour nous. Ces chapitres
contiennent beaucoup de choses qui sont d’une grande importance pour tous
les croyants, et dans tous les temps. C’est un gain immense pour nous
qu’elles soient présentées non d’un point de vue théorique, mais comme un
sujet concret et pratique, à propos des relations entre Paul et quelques-uns
de ses frères dans la foi.
Durant
l’absence de l’apôtre, les Corinthiens avaient été influencés, et hélas!
égarés, par d’autres ouvriers qui les avaient visités. Quelques-uns de
ceux-ci peuvent avoir été de vrais croyants mal instruits, de tendance
judaïsante; mais d’autres n’étaient que des «ouvriers trompeurs» (11:13), de
vrais agents de Satan. Quoi qu’il en soit, ils avaient travaillé à
discréditer Paul, portant contre lui toutes sortes d’accusations et
d’insinuations. Ils disaient, par exemple, que s’il était capable d’écrire
des lettres «graves et fortes», en revanche, lorsqu’il était présent en
personne, il était faible et insignifiant, et son discours méprisable. Ils
déduisaient de cela qu’il ne possédait aucune autorité particulière, et que
ses instructions pouvaient être mises de côté. C’est cette insinuation-là
que Paul a en vue au début du chapitre 10, et à laquelle il répond.
Il
accepte le reproche, avec la plus grande objectivité: oui, il est «chétif»
quant à l’apparence extérieure. À le voir, il n’y avait rien en lui de
particulièrement distingué; depuis sa conversion, il avait le nom de «Paul»,
ce qui signifie «Petit». Maintenant qu’il était loin d’eux, il usait de
hardiesse envers eux. Cependant il avait l’intention de les visiter
prochainement; et il les supplie de se comporter de telle manière qu’il
n’ait pas besoin d’exercer envers eux une discipline énergique et hardie qui
pourrait être à leur déconvenue. Et il leur adresse cette supplication «par
la douceur et la débonnaireté du Christ» — un levier à la fois délicat et
puissant.
La
douceur et la débonnaireté ne sont ni la faiblesse ni cette souplesse
versatile qui se laisse tourner dans toutes les directions. Ces vertus font
contraste avec l’autoritarisme et la dureté. Le Seigneur Jésus a dit: «Je
suis débonnaire et humble de cœur»
(Matt. 11:29). La douceur et la bienveillance devraient marquer tout à la
fois notre caractère et notre comportement. La douceur et la débonnaireté
suprêmes ont été réalisées en Christ, et pourtant personne n’était plus
hardi que lui quand il s’agissait d’affirmer ce qui est juste ou de
s’opposer au mal. Dans une grande mesure, l’apôtre suivait les traces de
Jésus; c’est pourquoi on pouvait voir en lui la hardiesse aussi bien que la
douceur et la débonnaireté.
Fidèle
à ce caractère, l’apôtre supplie les Corinthiens, au lieu de leur donner des
commandements péremptoires. Cependant il y avait parmi eux des hommes qui
pensaient qu’il marchait selon la chair. Cela le conduit à nous donner
l’enseignement important qui suit, quant au caractère de sa marche et de son
combat. Le verset 3 est particulièrement instructif en ce qu’il place
ensemble devant nous les deux sens du mot «chair». Nous marchons
dans la chair, c’est-à-dire dans les
corps de chair venant d’Adam. Mais nous ne combattons pas
selon la chair, c’est-à-dire selon la
nature adamique qui est liée à nos corps.
En
parlant ainsi, Paul pensait bien sûr à lui-même et à ses collaborateurs.
Simultanément, il exprimait ce qui devrait normalement être vrai de tout
croyant. Qu’en est-il de nous? Reconnaissons-nous le vrai caractère de la
chair — c’est-à-dire de notre nature adamique — et traitons-nous celle-ci
comme une chose condamnée? Ce qui est normal pour un chrétien, c’est qu’il
marche selon l’Esprit (Rom. 8:4). Cela n’est pas exprimé ici, mais
sous-entendu.
Cependant, ce qui est en vue ici, ce n’est pas précisément notre marche;
c’est notre guerre. Le croyant est-il donc appelé à la guerre? Oui, et à une
guerre énergique. Mais ses armes, comme sa guerre elle-même, ne sont pas
charnelles. Elles sont spirituelles.
Chaque
serviteur de Christ est engagé dans le combat. Tout travail évangélique a ce
caractère, parce que l’évangile est prêché dans le but d’abattre l’orgueil
de l’homme et d’amener celui-ci aux pieds de Christ. Tout l’enseignement
donné dans l’assemblée doit mettre à néant les pensées purement humaines.
Or, les enseignements erronés ayant envahi la profession chrétienne, il doit
nécessairement y avoir une lutte pour la foi, une lutte qui porte le
caractère d’un combat. Mais tout combat nous met à l’épreuve, car nous nous
laissons facilement aller à utiliser des armes purement naturelles et
charnelles. Le politicien expérimenté qui veut amener les gens à sa cause ne
manque pas d’armes dans son arsenal: l’argumentation, l’ironie,
l’exagération manifeste, etc. Seulement, il n’est en lutte qu’avec d’autres
êtres humains, sur un pied d’égalité.
Mais
notre guerre est entièrement différente. Nous avons des «forteresses» à
détruire. Qui possède ces forteresses? Le grand adversaire lui-même. C’est
lui qui se tient retranché dans des cœurs humains, et qui les amène à être
pleins de «raisonnements», à s’élever avec orgueil contre la connaissance de
Dieu, et à être caractérisés par la propre volonté. Toutes ces pensées qui
s’élèvent doivent être abaissées et amenées captives à Christ, de sorte que
la propre volonté soit remplacée par l’obéissance à Christ. Y a-t-il des
armes suffisamment puissantes pour produire un tel résultat?
Les
armes simplement humaines sont parfaitement vaines. Les armes charnelles ne
peuvent pas davantage vaincre la chair, que Satan chasser Satan. Les armes
spirituelles seules peuvent remporter la victoire. Et pour être efficaces,
il faut qu’elles soient utilisées d’une manière qui soit selon Dieu.
Quelles
sont les armes spirituelles qui sont à notre disposition? Dans ce passage,
l’apôtre ne s’arrête pas pour le spécifier, bien que les versets qui suivent
semblent indiquer qu’il pensait spécialement à l’autorité qu’il possédait
comme apôtre pour exercer la discipline — autorité qui lui était propre. Il
y a cependant des armes spirituelles que tous peuvent utiliser, par exemple
celles qui sont mentionnées par les apôtres à Jérusalem quand ils disent:
«Et, pour nous, nous persévérerons dans la prière et dans le service de la
parole» (Act. 6:4). Chaque croyant peut prier, et chaque croyant peut, d’une
manière ou d’une autre, proclamer la Parole.
Les
apôtres reconnaissaient l’immense valeur de chacune de ces deux armes, et
refusaient de permettre à quoi que ce soit — même à une chose bonne en
elle-même — de les distraire de leur utilisation. Maintes fois, les
serviteurs de Dieu se sont trouvés en face de quelque forteresse humaine
d’orgueil et d’incrédulité, comme Israël devant Jéricho. Et pourtant,
lorsque celle-ci a été encerclée par les prières de la foi, le moment est
venu où la parole de Dieu a pu résonner comme une trompette: les murailles
de l’incrédulité ont alors croulé, et la forteresse a été détruite. Le
Seigneur lui-même a indiqué une autre arme spirituelle lorsqu’il a parlé
d’une espèce de démons qui ne peuvent être chassés que par la prière et par
le jeûne. Le jeûne est une arme qui n’est que très peu utilisée aujourd’hui.
Dieu
veuille que nous soyons tous attentifs à ces choses! Dans la prédication de
l’évangile, par exemple, sommes-nous conscients que l’œuvre implique des
conflits de cet ordre? Si nous l’étions vraiment, nous serions zélés, à la
réunion de prière, pour intercéder en faveur de ceux qui prêchent — pour
autant que nous ayons la gloire de Dieu à cœur et qu’il y ait en nous
l’amour pour les âmes qui périssent.
L’apôtre fait une application très directe de ces principes aux Corinthiens.
La discipline qu’il avait l’autorité d’exercer était une arme spirituelle,
comme nous l’avons déjà dit, et il se pouvait qu’ils en éprouvent peu après
le tranchant. Si la puissance de Dieu est là pour la destruction des
forteresses de l’incrédulité (v. 4), la même puissance peut opérer le
jugement des chrétiens charnels et désobéissants (v. 8). Mais l’usage normal
et naturel de cette puissance est l’édification des saints.
L’apôtre possédait une autorité que le Seigneur lui avait donnée, et une
puissance correspondant à cette autorité. Les Corinthiens, n’étant pas très
spirituels, avaient tendance à s’occuper beaucoup de l’apparence extérieure
(cf. v. 1). Paul pouvait leur paraître sans attrait aucun, mais qu’ils
veuillent bien se souvenir qu’il était «à Christ» (v. 7), et cela au moins
tout autant que ceux qui étaient ses opposants et ses détracteurs! Et il
possédait une autorité qu’eux n’avaient pas. Qu’ils sachent aussi que
lorsqu’il serait présent au milieu d’eux, ils le trouveraient être
exactement tel que le révélaient ses lettres — qu’ils disaient «graves et
fortes». Nous avons ici une indication, insérée incidemment, de l’effet que
ses écrits inspirés avaient sur les gens de son époque. Ils étaient la
parole de Dieu, et ils s’imposaient eux-mêmes comme étant tels dans les
cœurs de ceux qui avaient quelque sensibilité spirituelle. C’est ce qu’ils
font aussi aujourd’hui. Nous les reconnaissons comme étant beaucoup trop
grands et puissants pour n’être qu’une simple parole d’homme.
En
parlant de son autorité, Paul était bien loin de se livrer à une espèce de
compétition avec ceux qui s’opposaient à lui. Ils étaient soucieux de se
recommander eux-mêmes, et de s’affirmer auprès des Corinthiens. Ainsi un
esprit de compétition se développait parmi eux, et ils se mettaient à «se
mesurer eux-mêmes par eux-mêmes» et à «se comparer eux-mêmes à eux-mêmes» —
ce qui était une façon de faire vraiment inintelligente. En faisant ainsi
ils ne s’élevaient pas plus haut qu’eux-mêmes. Il n’y avait que le «moi» qui
comptait. Un homme peut se distinguer par telle caractéristique, et un autre
homme par telle autre. Mais en se comparant les uns aux autres, ils ne
s’élevaient jamais jusqu’à Dieu et à la mesure que lui a fixée.
Au
verset 13, Paul continue à utiliser le mot «mesure», mais dans un sens un
peu différent, en le liant au mot «règle», qui apparaît encore dans les
versets 15 et 16. On pourrait penser qu’il fait allusion à l’œuvre de Dieu
en création, comme elle est décrite en Job. Là, Dieu lui-même demande, en
parlant de la terre: «Qui lui a établi sa mesure, — si tu le sais? Ou qui a
étendu le cordeau sur elle?» (38:5). Notre Dieu opère avec mesure et avec
ordre, que ce soit dans la création ou dans l’administration qui se lie à sa
grâce. Or Dieu avait réparti les choses et fixé une règle relativement au
service apostolique de Paul.
Par
d’autres passages nous apprenons quelle était la mesure et la règle du
service de Paul. Il pouvait dire: «J’ai été établi prédicateur et apôtre...
docteur des nations dans la foi et dans la vérité» (1 Tim. 2:7). Le champ de
travail qui lui était assigné était extrêmement étendu. Tout le monde des
Gentils se trouvait à l’intérieur de ce qui constituait sa mesure. Il ne
s’était certes pas étendu au-delà de sa mesure en venant jusqu’aux
Corinthiens. Sa mesure allait bien jusqu’à eux. Ils étaient sans conteste
inclus dans le domaine de sa mission apostolique.
De
fait, le zèle évangélique de Paul voyait, au-delà de Corinthe, des régions
plus éloignées dans lesquelles il se sentait pressé d’aller prêcher la bonne
nouvelle. Dans l’épître aux Romains, il rapporte qu’il a «pleinement annoncé
l’évangile du Christ» «depuis Jérusalem, et tout alentour, jusqu’en Illyrie»
— c’est-à-dire la région que nous connaissons sous le nom d’Albanie, sur les
rives de l’Adriatique (15:19). Et finalement il est allé jusqu’à Rome. Le
vrai évangéliste porte toujours son regard sur «les lieux qui sont au-delà».
Ne
manquons pas de remarquer la petite clause du verset 15: «votre foi
s’accroissant». Il y avait un lien entre l’accroissement de la foi des
Corinthiens et l’élargissement du service de Paul, en tout cas en ce qui
concerne l’étendue géographique. Aussi longtemps que leur foi serait faible,
tout leur état spirituel serait faible, et cela aurait des conséquences sur
les activités et sur le service de Paul. Mais s’il les voyait forts dans la
foi, il serait plus libre d’aller de chez eux jusque dans des régions plus
éloignées. Voilà comment l’état spirituel des croyants affecte l’activité
des serviteurs de Dieu. Nous sommes membres les uns des autres; et un apôtre
même ne peut être insensible à l’état des autres. Cela est entièrement vrai
pour nous aujourd’hui, bien sûr. Que Dieu nous aide à rechercher
consciencieusement en sa présence si notre état contribue à élargir ou à
restreindre le champ de travail de ses serviteurs. C’est nécessairement l’un
ou l’autre.
Plusieurs des remarques que l’apôtre fait dans ces versets ont pour but de
montrer que les hommes qui s’opposaient à lui, et cherchaient à détourner de
lui les Corinthiens, travaillaient d’une manière très différente. Ils se
glorifiaient de choses qui étaient au-delà de leur mesure. Ils n’avaient pas
reçu leur mission du Seigneur ressuscité, comme Paul l’avait reçue. Ils ne
cherchaient pas à étendre leur activité à des régions plus éloignées, et
n’étaient pas prêts à souffrir les privations et les persécutions
qu’impliquaient un tel travail. Ils se glorifiaient «dans les travaux
d’autrui», s’ingérant dans son travail (v. 15). Comme le dit le verset 16,
ils se glorifiaient «dans la règle d’autrui, des choses déjà toutes
préparées».
Mais
l’apôtre ne se glorifiait ni dans l’homme, ni même dans l’œuvre. Comme dans
la première épître, il déclare ici: «Que celui qui se glorifie, se glorifie
dans le Seigneur!» (v. 17; cf. 1 Cor. 1:31). Si c’est le Seigneur qui donne
la mesure et la règle, tout va bien. Si c’est lui qui fait prospérer l’œuvre
de sorte que des hommes sont amenés à la foi en Christ, et qu’en temps utile
leur foi augmente, c’est très bien. Mais même lorsqu’il en est ainsi, il ne
faut se glorifier que dans le Seigneur, dont nous sommes les serviteurs.
D’un
autre côté, la recommandation qui vient du Seigneur est la seule qui ait
quelque valeur. Les hommes peuvent se mettre en avant et se glorifier
eux-mêmes, comme le faisaient les opposants de Paul, mais tout cela n’a
aucune valeur. Il est très naturel pour les hommes de recevoir «de la gloire
l’un de l’autre» et de ne pas rechercher «la gloire qui vient de Dieu seul»
(cf. Jean 5:44), mais cela conduit à la ruine. Avoir l’approbation du
Seigneur lors du grand jour du tribunal de Christ, c’est cela qui compte.
Que nos vies montrent que nos yeux sont fixés sur ce jour-là!
Chapitre 11
À la
lumière du jour à venir où le Seigneur recommandera ses serviteurs, se
recommander soi-même auprès de ses frères n’est qu’une folie. C’est ce que
Paul relève dans le premier verset de ce chapitre, dans lequel il continue à
parler de lui-même — plus encore que dans le chapitre précédent. Mais c’est
toujours en vue de convaincre les Corinthiens de la réalité de sa mission
apostolique. Il reconnaît ouvertement que c’est une folie d’agir ainsi et
leur demande de le supporter.
Qu’est-ce qui conduisait l’apôtre à agir ainsi? Dans leurs accusations et
leurs insinuations contre lui, ses détracteurs n’en voulaient pas seulement
à sa personne; ils avaient un motif caché. En rabaissant Paul, ils visaient
à saper, dans les esprits des Corinthiens, la vérité qu’il leur avait
apportée. Démolir leur confiance en Paul était une première étape vers le
renversement de l’évangile qu’il prêchait. Cela fait, Christ perdrait la
première place qu’il devait occuper dans leurs cœurs.
Or
cette pensée remuait très profondément le cœur de l’apôtre. Élie, à son
époque, avait été très jaloux pour l’Éternel, le Dieu des armées; et ici
nous trouvons Paul jaloux d’une jalousie de Dieu quant à Christ. Lorsqu’ils
avaient pleinement accepté l’évangile qu’il leur avait prêché, leurs cœurs
de nouveaux convertis avaient été entièrement conquis à Christ, de sorte que
l’apôtre peut leur dire: «Je vous ai fiancés à un seul mari, pour vous
présenter au Christ comme une vierge chaste» (v. 2). C’est un langage imagé,
mais sa signification est bien claire. Paul prêchait — et nous devrions
faire comme lui — de façon que les cœurs de ceux qui croient soient
totalement engagés pour Christ. Mais ceci n’est qu’un premier point.
À
l’exemple de Paul, notre but devrait aussi être que chaque croyant puisse
garder ce dévouement entier à Christ durant toute sa vie, jusqu’au moment de
sa présentation à Christ dans la gloire. Chaque cœur de croyant devrait
porter ce caractère de «vierge chaste», non corrompu et détourné par quelque
autre affection ou passion. Hélas, combien peu nous portons ce caractère!
Nos pensées se laissent facilement détourner de Christ, et nous risquons de
consacrer beaucoup d’énergie à poursuivre d’autres objets qui ont pris
possession de nos cœurs. On peut se détourner de lui pour s’attacher à des
choses qui sont franchement opposées à lui; mais si c’est pour s’attacher à
des choses qui ont quelque rapport avec lui, et qui sont bonnes en
elles-mêmes, le piège est encore plus grand. Que Dieu nous aide et nous
garde de cela!
Le
verset 3 est très important; il nous montre comment le grand adversaire
place des pièges devant nous. Le chapitre 4 nous a parlé de ses méthodes
pour aveugler les esprits de ceux qui ne croient pas. Ici nous apprenons
qu’à l’égard de ceux qui ont cru, et pour lesquels ses tactiques
d’aveuglement ont échoué, il pratique inlassablement la séduction. C’est ce
qu’il a fait avec Ève. Or quand il agit avec ruse comme le serpent, il est
bien plus dangereux que lorsqu’il attaque comme un lion rugissant.
Sous
les traits du serpent, le diable a séduit Ève d’une façon très subtile et
astucieuse. De manière progressive, il a corrompu ses pensées quant à Dieu,
et l’a conduite à agir séparément et indépendamment de son mari. Ses
méthodes d’aujourd’hui sont très semblables. Il cherche à nous détourner de
la simplicité et de la vraie soumission à Christ.
L’expression «détournés de la simplicité quant au Christ» est très
suggestive et mérite d’être méditée soigneusement. Dans ce monde, les choses
vont du simple au complexe. Les premières machines à imprimer, par exemple,
étaient fort simples; mais à travers les siècles, elles ont acquis un haut
degré de complexité. Ainsi, d’ordinaire, dans les affaires de ce monde, nous
voyons les choses se développer et se perfectionner à partir de leur
simplicité originelle. Mais ici nous nous occupons de choses extraordinaires
et en dehors des affaires de ce monde. Les pensées de Dieu ne sont pas nos
pensées, et ses voies ne sont pas nos voies. Il est important que ceci soit
fermement ancré dans nos âmes.
Les
œuvres et les voies de Dieu sont caractérisées par la simplicité, une
simplicité parfaite. Nous ne pouvons y apporter aucune amélioration. Si nous
essayons d’y toucher, nous ne pouvons que les corrompre. L’évangile est
l’essence même de la simplicité. Il nous présente Christ comme Celui qui est
l’expression de tout ce que Dieu a à nous dire, comme aussi il est Celui qui
a opéré l’œuvre nécessaire de la rédemption, et en qui nous nous tenons
maintenant devant Dieu. Ceci nous amène devant lui dans une position de
complète sujétion. Mais Satan est passé maître dans les artifices et la
subtilité. En manipulant les hommes qui étaient les opposants de Paul, il ne
niait pas entièrement le Christ que Paul prêchait (v. 4).
Au lieu
de nier Christ, ils avaient la prétention de lui ajouter quelque chose. Une
idée plus précise de leur position nous est fournie par l’épître aux
Galates, où nous voyons ces hommes ajouter la loi à Christ, et enseigner
que, bien que nous soyons justifiés par lui, nous sommes placés sous la loi
en vue de réaliser la sainteté. Ils étaient prêts à admettre que Christ ait
été fait notre justice, mais qu’il ait aussi été fait notre sainteté leur
paraissait beaucoup trop simple (cf. 1 Cor. 1:30).
La
tendance à rechercher ce qui est élaboré, compliqué, difficile à comprendre,
voire tiré par les cheveux, nous guette en permanence. L’intellectuel de ce
monde trouve l’évangile beaucoup trop simple et s’y achoppe. Le malheur,
c’est que les croyants très doués intellectuellement sont toujours en danger
de s’égarer dans la même direction, s’ils ne marchent pas dans un esprit de
jugement de soi-même quant à l’intellectualisme. S’ils ne cultivent pas cet
esprit de jugement, leurs constructions intellectuelles, leurs pensées
profondes et difficiles à saisir, n’auront d’autre résultat que de corrompre
la simplicité quant à Christ.
L’esprit est une partie très importante de l’homme, et il est la cible des
séductions les plus habiles de Satan. L’esprit n’est de loin pas la totalité
de l’être: les affections et la conscience occupent en lui une très grande
place. Le problème, pour un intellectuel croyant, c’est qu’il a facilement
tendance à accorder à son esprit une place beaucoup plus grande que celle
que l’Écriture lui accorde, et d’oublier que Dieu nous révèle sa vérité non
pour notre jouissance intellectuelle, mais pour qu’elle ait autorité sur nos
cœurs, qu’elle fasse travailler nos consciences et qu’elle gouverne nos
vies. Si nous en sommes bien conscients, nous trouverons largement de quoi
occuper notre énergie spirituelle dans la simplicité profonde de la vérité.
Et ainsi s’évanouiront nos envies de choses compliquées, nouvelles et
obscures.
«La
simplicité quant au Christ!» — c’est bien ce dont nous avons besoin. Le
connaître, l’aimer, étant unis à lui par le cœur, l’adorer, le servir... Si
nos esprits sont arrêtés sur lui dans une simplicité pure, tout le reste
nous sera donné par-dessus, et nous serons maintenus dans la ferveur du
«premier amour». C’est au niveau de ce point précis que le déclin s’est
installé dans la chrétienté, comme on le voit en Apocalypse 2:4. Il en est
de même ici: Paul savait bien que si Satan parvenait à séduire à cet égard,
il réussirait sur toute la ligne.
Ainsi
en défendant une fois de plus son évangile de l’attaque subtile de Satan par
des hommes qui le servaient inconsciemment, l’apôtre est contraint de
montrer clairement la réalité et la puissance de son apostolat, en contraste
avec ce qui caractérisait ces hommes. Il était en effet un apôtre, et
n’était en rien inférieur aux plus excellents parmi les douze.
En
lisant les versets 6 à 9, nous comprenons que l’apôtre avait été sous-estimé
non seulement à cause de son langage peu éloquent, mais parce qu’il n’avait
reçu aucune aide financière de la part des Corinthiens lors de son séjour
parmi eux. En touchant ce sujet, ses propos se teintent d’ironie. Il s’était
abaissé lui-même pour les élever. Était-ce une faute, un péché? Il avait
accepté de l’aide d’autres assemblées, en particulier celles de Macédoine,
et dit même les avoir dépouillées — façon de parler, bien sûr. Il avait été
entièrement au service des Corinthiens sans que cela leur ait coûté quoi que
ce soit. Et il s’en glorifie, non pas pour s’élever lui-même, comme s’il ne
les aimait pas, mais justement parce qu’il les aime et qu’il désire les
délivrer de la fascination que ses opposants exercent sur eux par la
vantardise qu’ils se permettent avec tant de liberté.
Ceci
conduit l’apôtre à parler sans ambages de ses opposants. C’étaient «de faux
apôtres», car ils n’avaient jamais été envoyés par le Seigneur comme
l’étaient les vrais apôtres. C’étaient bien des «ouvriers», mais
«trompeurs», vu qu’ils se faisaient passer pour ce qu’ils n’étaient pas. En
ceci, ils participaient du caractère de celui qu’ils servaient, et leur fin
serait selon leurs œuvres.
Il est
important de nous souvenir que Satan se transforme souvent en ange de
lumière, et ses ministres en ministres de justice. Ainsi, nous devons nous
attendre à voir le péché et l’erreur se présenter sous un jour plaisant et
agréable. En de nombreuses occasions, les défenseurs de l’erreur ont été des
gens très bien. Mais il est dangereux d’accepter un message parce que celui
qui l’apporte semble bon, charmant, éloquent... ou même qu’il semble avoir
le resplendissement d’un ange de lumière. Le seul test valable est celui-ci:
apporte-t-il la doctrine de Christ, le vrai évangile? S’il en est ainsi,
recevons-le entièrement, même s’il est un peu maladroit, s’il n’est pas un
brillant orateur ou s’il n’est guère attirant. Celui qui charme d’emblée ses
auditeurs n’est que trop souvent un ministre de Satan déguisé.
Tel
était donc le caractère de certains, si ce n’est de tous ceux qui
s’opposaient à Paul. Jusqu’ici il n’a pas beaucoup parlé d’eux, mais le
moment est venu pour lui de s’élever contre eux et de les exposer au grand
jour. Ces gens se vantaient continuellement, dans le but de s’élever
eux-mêmes. L’esprit dont ils étaient animés était totalement opposé à celui
de Paul. Celui-ci s’abaissait lui-même afin d’élever ceux dont il
recherchait la bénédiction (v. 7). Eux, par contre, s’élevaient eux-mêmes et
ne se faisaient aucun scrupule d’exploiter ceux qu’ils prétendaient servir.
Ils les asservissaient, ils les dévoraient en prenant leur bien, ils les
frappaient même au visage. Cette dernière expression doit probablement être
comprise au sens figuré: ils traitaient les croyants de façon grossière et
hautaine, ou pratiquaient l’intimidation. Les Corinthiens, étant charnels,
avaient manifestement été subjugués par leurs manières dominatrices. S’ils
avaient été plus spirituels, ils auraient discerné ce que cela cachait.
Puisque
ces hommes agissaient de cette manière, Paul sentait qu’il devait relever le
défi. S’ils tenaient à se livrer à une sorte de compétition pour savoir qui
avait les plus hautes références, il mettrait un peu plus en avant les
siennes. Toute cette vantardise n’était qu’une folie, mais puisqu’ils en
avaient pris l’initiative, il poursuivrait. Au verset 19, il pratique à
nouveau l’ironie. Les Corinthiens, qui avaient été enrichis en toute
connaissance, prenaient la place d’hommes sages et semblaient supporter
allègrement les insensés qui se vantaient abondamment. En effet, leur
dit-il, vous paraissez supporter que ces vantards vous rudoient et vous
tyrannisent comme ils l’ont fait.
Il
semble que les prétentions de ces hommes étaient centrées sur deux points:
premièrement leur ascendance hébraïque et israélite — la semence d’Abraham
selon la chair — et deuxièmement, leur dignité de ministres de Christ — ce
qu’ils prétendaient être. Sur le premier point, quelque valeur qu’il ait pu
avoir, Paul ne leur était nullement inférieur. Il peut dire sans l’ombre
d’une hésitation: «Moi aussi».
Mais
quand il s’agit du deuxième point, il ne dit pas: «Moi aussi», mais: «Moi
outre mesure», car il les surpasse entièrement, sans comparaison possible.
Et l’apôtre poursuit, non en énumérant ses propres triomphes, mais en
évoquant les souffrances qu’il a endurées.
Pesons
bien ceci. Si nous avions été à la place de Paul, peut-être que nous aurions
parlé de l’immense puissance de Dieu manifestée dans notre service. Nous
aurions eu beaucoup à dire: des manifestations de puissance et de miracles,
des conversions remarquables, de merveilleuses transformations de vie et de
caractère. Aurions-nous eu l’idée de mentionner les coups, les difficultés,
les souffrances endurées? Probablement pas. Et s’il s’agissait vraiment de
nous, aurions-nous beaucoup de choses de cet ordre à dire?
Nous ne
disons pas que le serviteur de Christ ne doive jamais parler de ce que le
Seigneur a opéré en bénédiction par son moyen. Il y a des occasions où il
est tout à fait à sa place de le faire, comme nous le voyons en Actes 14:27
et 15:12. Ce que nous voulons dire, c’est que lorsqu’il est question des
bonnes références qui peuvent être au crédit de quelqu’un, lorsqu’il s’agit
de rappeler des faits qui prouvent de façon certaine qu’il est un vrai
serviteur de Christ, alors c’est la mention des souffrances qui est la plus
significative. Des signes et des miracles peuvent être produits par une
puissance autre que celle de l’Esprit de Dieu. Mais rien d’autre qu’un
dévouement absolu au Seigneur ne permet de servir avec patience et
persévérance durant des années de labeur et de souffrance.
En
fait, Paul était plus qu’un «ministre de Christ» (v. 23). Il était un apôtre
de Christ, et il était activement engagé dans la tâche qu’il décrit dans
l’épître aux Colossiens: «J’accomplis dans ma chair ce qui reste encore à
souffrir des afflictions du Christ» (1:24). D’après ce que les Écritures
nous rapportent, nous pouvons dire qu’en ce qui concerne les souffrances, il
occupe une place unique dans l’ensemble des hommes de Dieu. Abraham, Moïse,
David, Daniel, ont tous eu leurs caractéristiques distinctives par
lesquelles ils ont plu à Dieu; mais en ce qui concerne les souffrances,
aucun n’arrive à la cheville de Paul. Travaux, coups, prisons, morts,
voyages, périls de toute sorte, peine, labeur, veilles, faim, soif, jeûnes,
froid, nudité, sollicitude — quelle liste! Elle couvre à peu près l’ensemble
des souffrances humaines, dans le corps ou l’esprit.
Le
livre des Actes nous relate certaines des expériences dont il parle ici.
«Une fois j’ai été lapidé» se rapporte à Actes 14:19. «Dans les morts
souvent» peut se référer à l’émeute dans le théâtre d’Éphèse (Actes
19:23-41), car il parle d’une «si grande mort» dans le premier chapitre de
notre épître. Et quand il écrivait ces lignes, ses expériences n’étaient pas
terminées. Il avait déjà fait naufrage trois fois, passant même un jour et
une nuit dans les profondeurs de la mer. Et le naufrage mentionné en Actes
27 n’avait pas encore eu lieu.
Il est
permis de penser que les souffrances les plus épuisantes de toutes ont été
celles qui sont mentionnées en dernier: «la sollicitude pour toutes les
assemblées». Porter la faiblesse des âmes fragiles, écouter les plaintes
continuelles des offensés, corriger les égarements des croyants, engager des
combats contre de faux frères pour défendre la vérité — tout ceci a dû être
ce qu’il y avait de plus éprouvant. Et pourtant, c’est ce que l’apôtre a
fidèlement accompli.
L’incident auquel il fait allusion pour clore ce chapitre semble être un
symbole de la direction générale de sa vie de service. Il a été dévalé de la
muraille dans une corbeille. Cette circonstance n’a rien de glorieux. Mais
ce sont justement les événements humiliants et les souffrances qu’ils
impliquent qui ont inscrit sur son corps les marques du Seigneur Jésus (cf.
Gal. 6:17), et qui l’ont distingué, d’une façon exceptionnelle, comme un
serviteur de Christ.
Chapitre 12
La
remarque par laquelle l’apôtre commence le chapitre 12 montre de nouveau
qu’il lui répugne de parler de lui-même, même s’il se voit contraint de le
faire. «Il est vrai qu’il est sans profit pour moi de me glorifier», dit-il.
Ce qu’il avait à dire de lui-même ne lui procurerait aucun profit, aucun
crédit. Coups, périls, faim, soif, nudité, infirmités — toutes ces choses
qu’il venait de mentionner — ne sont pas des expériences considérées comme
profitables selon les valeurs du monde. Et dans les choses dont il va parler
maintenant, dans ce qu’il a reçu du Seigneur en fait de visions et de
révélations, il n’y a non plus aucun crédit pour lui. Car ce n’est pas en
tant qu’apôtre qu’il les a reçues, et encore moins en tant qu’homme dans la
chair, mais comme étant «un homme en Christ».
Nous
n’allons pas trop loin en faisant cette distinction. C’est Paul lui-même qui
la fait et il y accorde beaucoup d’importance. Remarquez comment les versets
2 à 5 développent la pensée: «un homme en Christ», «un tel homme», «un tel
homme»... Des révélations célestes avaient été confiées à
un homme tel que celui-là. Qui est
donc, et quel est cet homme en Christ?
Paul
fait ici allusion à une expérience merveilleuse de sa propre histoire.
Cependant il prend soin d’en éliminer l’élément personnel afin de nous
montrer que cette expérience n’était possible que parce qu’il était «un tel
homme», «un homme en Christ». En parlant ainsi de façon impersonnelle, il
pouvait garder dans sa pensée, de façon abstraite, ce que Dieu avait fait de
lui en tant que «nouvelle création». Il écrit ailleurs: «Nous sommes son
ouvrage, ayant été créés dans le Christ Jésus pour les bonnes œuvres...» (Éph.
2:10), et: «Si quelqu’un est en Christ, c’est une nouvelle création» (2 Cor.
5:17). Toute personne qui croit véritablement au Seigneur Jésus est «un
homme en Christ». Chacun d’entre nous devrait désirer ardemment comprendre
le sens profond de ce fait.
Par
notre naissance naturelle, nous sommes des hommes en Adam, c’est-à-dire que
nous recevons sa vie, nous sommes de sa race et de son ordre, héritant ainsi
de son caractère de pécheur — bien que ces traits apparaissent dans les
individus de façon et à des degrés divers. Par la grâce de Dieu, dans la
nouvelle création, le croyant reçoit la vie du Christ ressuscité; ainsi il
est de sa race et de son ordre. La nouvelle vie qu’il a reçue a ses propres
caractéristiques; ce sont celles qui ont été vues en Christ lui-même dans
toute leur beauté. Il est vrai que, dans les croyants individuellement, ces
qualités ne sont vues que de façon et à des degrés divers, et, dans le
meilleur des cas, de façon partielle.
Il en
est ainsi parce que chaque croyant a encore la chair en lui tant qu’il
demeure dans ce monde, et qu’elle obscurcit et contredit les traits de la
vie de Christ chaque fois qu’il lui est permis d’opérer. Cependant, nos
nombreux manquements ne doivent pas nous cacher le fait que chacun de nous
est «un homme en Christ»; c’est le résultat de l’œuvre de Dieu.
Quand
le Seigneur viendra et que nous aurons «revêtu notre domicile qui est du
ciel», le dernier lien que nous avons avec le premier Adam aura disparu. Nos
corps mêmes appartiendront à une création d’un nouvel ordre. Il n’y aura
rien en nous qui ne soit pas de la nouvelle création, et ainsi la difficulté
que nous avons actuellement de comprendre ce que nous sommes aura disparu.
Nous n’aurons plus besoin de faire des distinctions difficiles et de parler
d’un «tel homme», car il ne sera plus question d’aucun autre. Quelle
perspective glorieuse!
Pour ce
qui est du présent, nous devrions toujours parler comme Paul le fait ici. Et
quelle merveille de découvrir qu’un homme en Christ puisse être ravi dans le
paradis, dans le troisième ciel, qu’il puisse s’y sentir à la maison et y
recevoir de la part de Dieu des communications dont le caractère dépasse
tout ce qui peut être connu dans ce monde! Quel contraste pour l’apôtre
entre une telle expérience et toutes celles qu’il a connues dans sa vie de
service, et dont il a parlé plus haut! Dans les unes, il a été abaissé de la
façon la plus humiliante; dans l’autre, il a été élevé jusque dans le
paradis. Cette expérience a certainement été pour lui une immense récompense
de ses souffrances, et ce n’était qu’un avant-goût des choses plus grandes
et éternelles qui sont à venir. Il n’est pas étonnant qu’il nous parle au
chapitre 4 de la «mesure surabondante» et du «poids éternel» de la gloire
qui nous attend.
Cette
gloire nous attend jusqu’au moment où nous aussi nous serons enlevés à la
rencontre du Seigneur (cf. 1 Thess. 4:17). Quand tous les saints seront
ainsi enlevés — l’apôtre Paul étant du nombre — ils seront revêtus de corps
de gloire. Il n’y pas l’ombre d’un doute à ce sujet. Toutefois il y avait
quelque incertitude quant à l’expérience que Paul rapporte ici, et il le
mentionne à deux reprises. S’agissait-il d’une expérience surnaturelle, du
genre d’une vision, qu’il aurait eue alors qu’il était encore dans le corps,
c’est-à-dire dans la condition d’un homme vivant sur la terre? Ou était-il
hors du corps, son esprit était-il entré dans la présence du Seigneur, comme
quelqu’un qui passe par la mort et est ensuite ramené à la vie? La précision
qu’il donne quant à la date de cet événement rend plausible l’hypothèse
qu’il ait pu connaître cette expérience lors de la lapidation rapportée en
Actes 14, où, alors que tous le tenaient pour mort, son corps apparemment
sans vie avait été traîné hors de la ville.
C’est
bien lui-même qui avait vécu cette expérience merveilleuse, bien qu’il soit
incertain quant à la condition exacte dans laquelle il se trouvait alors.
D’ailleurs, ceci montre que lorsqu’un croyant «s’endort», cela ne signifie
pas que son âme s’endorme. Si le décès d’un croyant impliquait une
inconscience totale jusqu’au retour du Seigneur, alors l’apôtre n’aurait pas
été dans cet état d’incertitude. Il aurait dit: Je dois avoir été dans le
corps, car j’étais conscient: si j’avais été hors du corps, je n’aurais pas
été conscient du tout.
Cet
homme en Christ avait été ravi jusqu’au troisième ciel, c’est-à-dire dans la
présence immédiate de Dieu, dont le lieu très saint du tabernacle est le
type. Nous avons une pleine liberté pour entrer dans les lieux saints par le
sang de Jésus; et Paul a expérimenté que, comme homme en Christ, il avait
libre accès au troisième ciel, qu’il identifie au «paradis» dans lequel le
brigand est entré pour être avec Christ. Durant le moment qu’il a passé là,
il a été mis en contact avec des choses d’un ordre entièrement en dehors de
tout ce qui est connu dans ce monde. Il a entendu «des paroles ineffables
qu’il n’est pas permis à l’homme d’exprimer» (v. 4).
Ceci ne
signifie pas qu’il ait entendu des propos mystérieux et incompréhensibles
pour lui, mais que les choses qu’il a entendues, et sans aucun doute
comprises jusqu’à un certain point, étaient si élevées qu’elles sont au-delà
de notre entendement dans notre condition présente. Les paroles dites dans
le troisième ciel ne peuvent pas nous être communiquées. Il n’existe pas de
langage pour les exprimer. Et s’il était possible de nous faire part d’un
petit peu de ce «poids éternel de gloire», cela ne ferait que nous écraser
dans notre actuelle condition de faiblesse. Donc il n’était pas permis à
Paul de transmettre les choses qu’il avait entendues, même s’il avait pu
trouver les mots appropriés pour exprimer ce qui lui avait été révélé. Cette
vision et cette révélation du Seigneur étaient un privilège particulier qui
lui avait été accordé pour l’éclairer et le fortifier.
Dans
tout ceci, il n’y avait rien dont Paul puisse se glorifier, comme il le dit
au verset 5. Les circonstances que Dieu avait permises l’avaient placé dans
une position où il était contraint de parler de cette expérience
merveilleuse, sur laquelle il avait gardé le silence durant quatorze ans. Et
ainsi, bien qu’il ait pu mentionner beaucoup d’autres choses tout en s’en
tenant à la stricte vérité (ce que ses opposants ne faisaient pas toujours),
il se bornait à parler de ses infirmités.
Ceci
l’amène à nous révéler que lorsqu’il a repris son service actif dans le
monde, Dieu l’a fait passer par une discipline particulière, de manière à le
préserver des dangers qui le menaçaient. La chair de Paul n’avait pas été
changée, quant à ses mauvais penchants, par une telle expérience. Facilement
il aurait pu s’élever avec fierté et orgueil, et s’exposer à une chute
malheureuse. Alors, une écharde dans la chair lui avait été donnée comme une
sorte de contrepoids. D’un côté il y avait eu le paradis et les paroles
inexprimables, d’un autre il y avait l’écharde et les soufflets.
En quoi
consistait cette écharde, nous ne le savons pas. C’est probablement laissé
dans le flou afin que notre attention se porte sur le fait que toute
affliction, même la plus pénible qui soit, peut devenir pour nous une
occasion de bénédiction, et une protection.
Quelle
qu’en soit la nature, cette écharde affectait le corps de Paul pour le bien
de son âme. Elle venait de la part de Satan, puisqu’il la présente comme un
ange de Satan pour le souffleter. C’est sa stratégie d’attaque quand il
s’agit d’un croyant fidèle et dévoué. Le diable aveugle les esprits des
incrédules (chap. 4). Il s’efforce de corrompre les simples et les mal
affermis (chap. 11). Mais pour Paul, pour celui qui avait été ravi dans le
troisième ciel, il fallait autre chose. Et Satan faisait tomber ses coups
les plus lourds sur le corps de Paul.
Il
faudrait plutôt dire que le diable avait la permission de lui donner de tels
coups; car tout ce qui arrivait était sous le contrôle de la main de Dieu.
Qu’il s’agisse de Paul ici ou de Job longtemps auparavant, on peut discerner
trois niveaux dans l’origine des événements. Au niveau inférieur, il y avait
le feu du ciel, le grand vent et des hommes méchants dans le cas de Job, et
l’écharde pour la chair dans le cas de Paul. Derrière chacune de ces choses,
il y avait la puissance et l’hostilité de Satan. Mais au-dessus de tout
cela, il y avait la main de Dieu, la cause première de tout. Ce qui a été le
salut et la bénédiction de Job, c’est qu’il n’a pas regardé les causes
d’ordre inférieur — ni les causes visibles, ni même l’action de Satan — mais
qu’il a tout reçu comme venant de la main de Dieu. Il en est de même pour
Paul.
Tout
naturellement, Paul s’est tourné vers le Seigneur par la prière. Il lui a
adressé d’instantes prières. Il n’a pas seulement prié, mais «supplié» le
Seigneur, et cela par «trois fois». Et pourtant, sa demande n’a pas été
accordée. Au lieu d’enlever l’écharde, le Seigneur lui a donné l’assurance
de son abondante grâce, une grâce telle que l’écharde allait devenir un
actif plutôt qu’un passif, un moyen de bénédiction plutôt qu’un obstacle. Le
Seigneur a répondu à sa prière, mais pas comme il s’y attendait. Il lui a
donné ce qui était le meilleur pour lui. Et la grâce qu’il lui a accordée
était bien davantage qu’une compensation de l’écharde.
Le
Seigneur répond à Paul: «Ma grâce te suffit». Portons toute notre attention
sur ce petit mot «Ma». L’écharde était un ange de Satan, mais la grâce était
celle de Christ. Le Seigneur et sa grâce sont infinis, suffisants pour des
myriades de myriades de croyants — donc largement suffisants pour Paul, ou
pour chacun de nous, quelles que puissent être nos circonstances. Puis le
Seigneur ajoute: «Ma puissance s’accomplit dans l’infirmité». Si l’écharde
servait à augmenter et à souligner la faiblesse de Paul, par la même
occasion elle ouvrait la voie à une manifestation plus complète et plus
parfaite de la grâce du Seigneur.
Sans
aucun doute, tout ceci va totalement à l’encontre de nos pensées naturelles.
Nous associons volontiers l’idée de la puissance et de la force à celle d’un
esprit et d’un corps en bonne santé. Nous aurions tendance à dire: Je me
glorifierai de mon bon état, afin que la puissance du Christ demeure sur
moi; et quand je suis parfaitement au point, alors je suis fort. Mais nous
nous tromperions grandement. La pensée de Dieu est toute différente, et elle
seule est juste. Nous aimerions peut-être nous présenter au Seigneur pour un
service en disant: «Tel que je suis, jeune, fort, libre». Paul a dû
apprendre à dire: «Tel que je suis, vieux, infirme, faible». Et il est
certain que le Seigneur a accompli beaucoup plus par Paul qu’il n’accomplira
jamais par l’un de nous.
L’écharde pour la chair avait donc deux effets bénéfiques. Premièrement,
elle tenait en échec la tendance à l’orgueil qui, autrement, aurait pu
s’emparer de Paul et le faire tomber. Secondement, elle l’amenait à se
rejeter tellement sur le Seigneur qu’elle devenait un moyen par lequel
d’abondantes provisions de grâce lui étaient accordées.
Ainsi
l’apôtre avait appris à se réjouir dans l’adversité sous ses diverses
formes. En Romains 5, il nous dit comment il se glorifie dans les
tribulations: il sait ce qu’elles sont destinées à produire dans le cœur du
chrétien. Ici, il prend plaisir dans les infirmités: il a appris qu’elles
sont le moyen par lequel la puissance de Christ peut opérer en lui dans son
service. La faiblesse qui le caractérise fait de lui un instrument bien
adapté au déploiement de cette puissance.
En ceci
comme en bien d’autres choses, Paul est pour nous un exemple. Les principes
divins qui étaient en vigueur au début de cette dispensation sont encore
valables à la fin. Les modes, les coutumes, tout ce qui concerne la surface
des choses peut varier beaucoup, mais les faits et les principes
sous-jacents ne varient pas. Il n’y pas d’autre moyen pour nous de
bénéficier de la puissance divine. C’est probablement là une importante
raison du manque de puissance si tristement évident, et si souvent déploré
aujourd’hui.
Nous
ayant introduits dans le secret de ses révélations de la part du Seigneur et
de la discipline par laquelle celui-ci le faisait passer, l’apôtre entame
son plaidoyer final. Normalement, il aurait dû être recommandé par les
Corinthiens, puisqu’ils avaient été convertis par son moyen. Au lieu de
cela, il était contraint de défendre son apostolat devant eux. Bien que
n’étant rien en lui-même, il n’était nullement inférieur aux plus excellents
apôtres. À ce sujet, il pouvait s’en référer à toute sa carrière, et plus
particulièrement à sa vie et à son service au milieu d’eux.
L’estimation que Paul avait de lui-même était: Je ne suis rien (v. 11).
Tirons-en une leçon pour nous. En fait, nous ne réalisons jamais aussi
clairement notre néant que lorsque nous sommes remplis de l’amour divin.
Dans le passage qui nous occupe, la confession «Je ne suis rien» suit la
mise en lumière de la grâce pleinement suffisante de Christ.
Pourtant, cet homme qui n’était rien
avait été appelé à un service d’apôtre à un degré extraordinaire, et les
signes en avaient été évidents. Ils l’avaient été non seulement par des
miracles et des actes puissants, mais aussi et avant tout par sa patience —
une patience qu’il montrait maintenant de façon abondante dans ses relations
avec les Corinthiens. Quand il s’était trouvé au milieu d’eux, il s’était
soigneusement abstenu de leur être à charge en quelque manière que ce soit,
et avait même accepté le soutien financier d’autres assemblées. Il parle à
nouveau avec une pointe d’ironie lorsqu’il leur dit: «Pardonnez-moi ce
tort». Et son intention est de continuer ainsi. Comme il est leur père
spirituel, c’est lui qui doit suppléer à leurs besoins, et non eux aux
siens.
Le
verset 15 est très touchant. Paul est réellement un père en Christ. Son cœur
déborde de l’amour divin; et il peut, comme Dieu lui-même le fait, aimer
ceux qui ne l’aiment pas. La tendance naturelle de nos cœurs est exactement
à l’opposé de cela. Nous avons peut-être eu de bonnes dispositions à l’égard
de certaines personnes auxquelles nous avons prodigué diverses faveurs.
Elles les ont reçues, mais sont restées froides et ingrates. Alors, irrités,
nous décidons de ne plus rien avoir à faire avec elles! Paul n’agissait pas
de cette manière. Même si les choses devaient se développer défavorablement,
même si les sentiments des Corinthiens à l’égard de Paul devaient se
refroidir tandis que son amour à lui augmentait, il continuerait à le leur
exprimer de la façon la plus pratique qui soit. Il dépenserait et serait
entièrement dépensé pour eux. On trouve quelque chose de ce bel état
d’esprit en 1 Samuel 12:23, mais dans le passage qui nous occupe, c’est
encore plus remarquable. La manifestation suprême de cela se trouve en Dieu
lui-même, tel qu’il s’est révélé en Jésus Christ.
On
trouvait les mêmes dispositions d’esprit en ceux qui étaient associés à
l’apôtre dans son service, Tite et ,d’autres. Cependant, cet esprit d’amour
ne signifie pas l’indifférence quant au mal, et l’approbation de choses qui
ne sont pas justes. L’apôtre s’exprime d’une façon très claire quant au
péché qu’il craignait de trouver encore parmi eux, et qui appellerait un
jugement sévère de sa part lors d’une nouvelle visite.
Le
péché se manifeste de différentes façons, mais il y en avait deux formes
très présentes à Corinthe (v. 20, 21). D’abord, il y avait tous ces
comportements générateurs de trouble qui résultent de la mise en avant de
soi-même, de l’envie et de la jalousie. Ensuite, il y avait la satisfaction
de la chair et l’immoralité qui en découle, sous des formes variées.
L’apôtre craignait que toutes ces choses soient encore présentes à Corinthe
et que la repentance nécessaire n’ait pas eu lieu. Il craignait que si sa
troisième visite parmi eux se réalisait, il ne soit profondément affligé en
voyant leur état et obligé d’exercer le jugement. Remarquons qu’il parle
d’abord de son humiliation et de son affliction (v. 21), avant de parler de
son autorité et du jugement (cf. 13:2).
Chapitre 13
L’apostolat de Paul lui conférait une autorité particulière en ce qui
concerne le jugement. Depuis que les apôtres ont disparu de la scène, c’est
à l’Église, aux saints collectivement, qu’il appartient d’exercer la
discipline. Bien souvent, aujourd’hui, cette discipline apparaît réalisée
avec beaucoup de faiblesse, et cela pour plusieurs raisons. Parfois, son
application, détournée de son vrai but pour servir des fins personnelles ou
un esprit de parti, a jeté du discrédit sur elle. Ou alors, même si elle
était exercée à bon escient, elle l’a été avec un esprit de dureté
judiciaire plutôt que dans l’esprit d’humiliation et de tristesse qui
caractérise l’apôtre ici. Elle est alors devenue la discipline froide et
sans cœur de la justice humaine, plutôt que la discipline chaleureuse et
affectueuse du cercle familial.
Et
pourtant, la discipline est nécessaire: celle qui s’exerce dans la maison de
Dieu, sans préjugés, non excessive mais fondée sur des faits clairement
établis. Ainsi, quand Paul viendrait à Corinthe, il faudrait que toute
parole soit établie par la bouche de deux ou de trois témoins. Tout devrait
passer au crible de l’impartialité, afin que si certains bruits n’étaient
pas basés sur des faits, leur fausseté soit mise en lumière, et que la
charge en retombe sur les accusateurs. Certaines personnes pouvaient être
coupables d’immoralité, comme Paul le craignait; mais d’autres pouvaient
être coupables de médisance et d’avoir répandu de fausses accusations, en
raison de l’envie qui remplissait leurs cœurs. Tout serait établi et jugé,
comme l’indiquent les premiers versets du chapitre. Il est permis de penser
que s’il y avait aujourd’hui autant de zèle à discipliner ceux qui
critiquent et qui répandent de faux bruits que ceux qui tombent dans
l’immoralité, ce serait pour la santé et le bien-être spirituel de l’Église
de Dieu.
L’autorité apostolique de Paul avait pourtant été mise en doute, et les
Corinthiens avaient malheureusement prêté l’oreille à de telles
insinuations. Ils auraient dû être les derniers à penser ainsi ou à avoir un
doute quant au fait que Christ avait parlé par lui. Mais puisqu’ils avaient
entretenu de telles pensées, une réponse était nécessaire, sous une forme ou
une autre. Paul pouvait en formuler une particulièrement incisive:
«Examinez-vous vous-mêmes, et voyez si vous êtes dans la foi» (v. 5). Comme
ils avaient été convertis par le moyen de Paul, qu’ils étaient le fruit de
son labeur, ils étaient eux-mêmes la preuve de l’authenticité de son
ministère — à moins qu’ils ne soient des réprouvés, de vils imposteurs.
S’ils n’étaient que cela, alors il se pouvait que Christ n’ait pas parlé en
Paul. Mais s’ils étaient de vrais chrétiens, il était évident que Christ
avait parlé en Paul.
Le
verset 5 a parfois été sorti de son contexte et compris comme une invitation
à une inspection continuelle de soi-même, allant jusqu’à mettre en question
son propre salut. On peut commettre cette erreur si l’on omet de considérer
la parenthèse commençant au milieu du verset 3 et se terminant à la fin du
verset 4. Par contre, si l’on relie le début du verset 3 au verset 5, le
sens du passage est parfaitement clair. Il y a de nouveau une pointe
d’ironie dans les propos de Paul, car les doutes que les Corinthiens avaient
follement émis concernant la source de son ministère rebondissaient sur
leurs propres têtes. Si en effet Christ n’avait pas parlé
en Paul, puisqu’ils avaient professé
leur conversion à la suite de sa prédication, Christ ne serait pas
en eux. Mais si Christ était vraiment
en eux, c’était bien la preuve que
Christ avait parlé en lui.
Il est
bien possible qu’en parlant ainsi, l’apôtre voulait leur faire comprendre
qu’il n’était pas trop sûr de la sincérité de certaines personnes parmi eux,
et que par ce moyen, il désirait les secouer et exercer leurs consciences.
Par ailleurs, il était tout à fait confiant quant à la plupart des croyants
de Corinthe.
Ceci
est évident si l’on considère le début de la parenthèse. Il nous est dit là
que Christ n’avait pas été «faible» envers eux, mais «puissant» au milieu
d’eux. En repensant à l’œuvre qui avait été opérée quand il s’était trouvé
pour la première fois au milieu d’eux, Paul était pleinement convaincu que
la puissance de Christ s’y était déployée. Tout le chemin de Christ sur la
terre avait été caractérisé par «l’infirmité»; et celle-ci avait culminé à
sa crucifixion. Néanmoins, Christ vit en résurrection par la puissance de
Dieu. Or ce qui avait marqué le chemin du grand Maître marquait aussi le
chemin du serviteur, qui le suivait dans sa vie et dans sa manière d’être.
L’infirmité caractérisait ainsi la vie extérieure et le service de l’apôtre,
mais sous cette apparence, la puissance de Dieu était en activité en lui.
Les
mots qui terminent le verset 4 sont remarquables: «par la puissance de Dieu
envers vous». Ce qui occupe ici l’esprit de l’apôtre n’est pas la
perspective prochaine de vivre en résurrection, mais le désir qu’étant
associé à un Christ vivant, il montre, dans le temps présent, la puissance
de cette vie envers les Corinthiens. Le christianisme est marqué par la
puissance d’une vie nouvelle qui opère en bénédiction. Ni credo, ni
cérémonie, ni œuvres ne peuvent atteindre ce résultat.
Tout ce
passage montre une fois encore que Dieu désire la réalité et la puissance.
Il souligne aussi que, pour ce qui concerne l’apparence extérieure,
l’infirmité a marqué les vrais croyants et les serviteurs de Dieu dès le
début, même quand l’évangile remportait ses premiers grands triomphes. Par
conséquent, nous n’avons pas à être surpris si l’infirmité nous caractérise
aujourd’hui. Ce qui doit nous préoccuper, par contre, c’est de juger et de
refuser tout ce qui pourrait compromettre cette puissance.
L’abnégation de l’apôtre est de nouveau mise en lumière de manière frappante
au verset 7. Il priait que les Corinthiens ne fassent aucun mal, et
qu’ainsi, ils soient manifestement approuvés — et non réprouvés. Et cela,
non afin que son travail au milieu d’eux soit approuvé et qu’il en résulte
de la gloire pour lui, mais afin qu’ils puissent faire ce qui est bon et
qu’ils prouvent ainsi de façon irréfutable qu’ils n’étaient pas des
réprouvés. Si ce résultat était atteint, l’apôtre serait satisfait, même
s’il devait lui-même apparaître comme un réprouvé. Il savait très bien qu’il
n’était pas un réprouvé, et il espérait qu’eux le sauraient aussi (v. 6).
Nous
voyons encore son abnégation au verset 9. Il n’était pas seulement satisfait
mais heureux d’être faible, si cela pouvait conduire à un affermissement
spirituel de ceux qu’il servait, car le grand but qui était devant lui était
le perfectionnement des saints. Il languissait de les voir arriver à cet
état d’êtres accomplis, parvenus à une pleine maturité en Christ. Quant à
lui, il savait que toute la puissance dans laquelle il servait était
d’origine divine et qu’elle n’était à sa disposition que s’il travaillait
pour et dans la vérité. S’il avait travaillé contre la vérité, il aurait
immédiatement été privé de cette puissance. Il y a des puissances qui
s’opposent à la vérité, mais à la longue elles ne peuvent pas prévaloir.
C’est pourquoi il ne pouvait rien contre la vérité, tandis que pour elle il
était rempli de puissance.
Dans
tout ce qu’il a dit jusqu’ici, l’apôtre a utilisé des propos assez
tranchants et sévères. La raison nous en est donnée au verset 10.
Entrevoyant le moment où il se trouverait parmi les Corinthiens pour la
troisième fois, il désirait détruire le mal et le faire disparaître par le
moyen de cette lettre, afin de pouvoir se concentrer sur le travail
réjouissant de l’édification lors de sa visite. L’autorité que le Seigneur
lui avait conférée était d’abord pour l’édification. Il peut être nécessaire
de détruire, comme nous l’avons vu au début du chapitre 10, mais seulement
dans le but final d’édifier. C’est là le désir du Seigneur pour son peuple.
Le
verset 11 nous présente les vœux finaux.
«Réjouissez-vous; perfectionnez-vous; soyez consolés; ayez un même
sentiment; vivez en paix.» Il est facile de voir que ces choses étaient
grandement nécessaires aux Corinthiens. Mais elles nous le sont tout autant.
Toute l’Église de Dieu aujourd’hui est dans une condition très semblable à
celle de Corinthe. Manque de maturité, découragement, désunion, querelles,
abondent partout. Et de telles choses semblent bien découler les unes des
autres. Ce qui peut y faire face et les vaincre, c’est un ministère comme
celui de Paul, un ministère qui contribue à la maturité, à l’encouragement,
à l’unité et à la paix. Qu’il en soit ainsi pour nous, et nous goûterons
alors la présence du Dieu d’amour et de paix!
Les
versets 12 et 13 nous présentent les
salutations finales. Le verset 11 étant réalisé, il n’y aurait
plus de difficultés entre les croyants de Corinthe. Plus de jalousies, de
querelles ou de médisances qui les retiendraient de se saluer les uns les
autres en sainteté. L’esprit de parti, la tendance à se glorifier d’être de
Paul, de Pierre ou d’Apollos auraient disparu. Par ailleurs, «tous les
saints» les saluaient, leurs affections pour eux n’ayant pas été entamées
par leur état répréhensible et leur manque de spiritualité. Les croyants des
autres localités n’avaient pas formé de parti contre eux, ni, ce qui aurait
été encore pire, ne s’étaient divisés en partis après avoir entendu parler
des schismes de Corinthe. Tous les saints
les saluaient malgré leurs manquements.
La fin
du verset 13 nous présente la bénédiction
finale. Nous avons ici les trois grandes choses qui sont propres
à produire les effets mentionnés au verset 11: la grâce, l’amour et la
communion, découlant respectivement des trois personnes de la déité.
Remarquons en passant que le Seigneur Jésus, que nous appelons souvent la
deuxième personne de la déité, est mentionné à la première place ici — de
même que le Saint Esprit est mentionné en premier en 1 Corinthiens 12. Ceci
nous montre que les qualificatifs de première, deuxième ou troisième
personne de la déité devraient être utilisés avec retenue.
La
grâce du Seigneur Jésus était connue
des Corinthiens, comme l’apôtre l’avait dit au chapitre 8 (v. 9). C’est une
chose plus profonde qu’elle soit avec nous tous.
Car alors nous serons tous pénétrés par son influence bénie. Il en est ainsi
de l’amour de Dieu, comme aussi de la communion du Saint Esprit. Dans cette
bénédiction, la grâce est mentionnée en premier, car si elle manque en nous,
tout se gâtera.
Le ciel
sera rempli de l’amour de Dieu et de la communion du Saint Esprit, mais nous
n’aurons pas besoin de grâce, du moins pas comme nous en avons besoin ici.
C’est pendant que l’Église est sur la terre que toutes sortes de difficultés
et d’épreuves apparaissent. C’est ici-bas que nous sommes confrontés à des
hommes pervers et à des frères qui nous éprouvent, et qu’en même temps nous
avons affaire à nos propres cœurs rebelles. Il n’y a rien d’autre que la
grâce du Seigneur Jésus Christ qui puisse nous maintenir dans une attitude
qui plaise à Dieu. Mais la grâce du Seigneur
peut le faire.
Et si
la grâce du Seigneur nous garde effectivement, alors l’amour de Dieu et la
communion du Saint Esprit peuvent avoir libre cours et être avec nous tous.
L’Esprit est saint et la communion qui en découle doit être sainte. Nous
serons maintenus dans une communion et un partage heureux de toutes les
choses qu’il nous révèle, même les choses profondes de Dieu.
L’amour
de Dieu brille sur nous parce que
nous sommes ses enfants, même quand notre condition pratique n’est pas ce
qu’elle devrait être. Mais quand cet amour est
avec nous tous, sa bénédiction est ressentie dans l’ensemble de
tous les saints. Et même elle déborde de ce grand cercle et affecte le monde
qui se trouve au-delà. Nous avons donc ici une magnifique image de ce que
l’Église est selon la pensée de Dieu: un ensemble gouverné par la grâce,
débordant d’amour, et rempli d’une sainte communion concernant les choses de
Dieu.
Nous ne
pouvons pas dire que l’Église soit cela d’une façon pratique, mais elle
pourrait et devrait l’être. Et si nous approchons de cela, même dans une
faible mesure, alors nous serons grandement bénis, et en bénédiction à
d’autres.
Qu’il
en soit donc ainsi de nous tous!