Les
Psaumes
Conclusion des Psaumes
Les
Psaumes dépeignent les sentiments de Jésus
Après avoir, dans notre mesure,
considéré ce que l’Esprit de Dieu exprime dans le livre des Psaumes, nous
pouvons nous poser la question: qu’est-ce que nous y avons trouvé? ou peut-être
même, qu’est-ce que nous n’y avons pas trouvé? En effet, combien de sentiments
de l’esprit renouvelé, combien d’actes de la discipline divine et d’expériences
qui y correspondent dans le croyant, l’Esprit de Dieu n’a-t-il pas anticipé dans
ce livre? Avec quelle ampleur il a dépeint les sentiments de Jésus! Ses cris,
ses larmes, ses louanges, ses heures de solitude, ses épreuves de la part des
hommes, ses consolations en Dieu, tout ce qu’il traversa est ressenti là dans
toute sa profondeur et dans toute sa force. Nous voyons dans ce livre
merveilleux ce qui se passait dans son âme lorsqu’Il se tenait, muet, devant
l’homme, conduit comme un agneau à la boucherie; nous y écoutons ce que ne
pouvaient entendre ceux qui l’entouraient alors. Nous comprenons là ses pensées
au sujet des hommes, l’adoration qu’il a rendue à Dieu avec tout l’encens de ses
affections multiples et parfaites. Le Nouveau Testament nous dit qu’il a prié et
chanté, mais le livre des Psaumes nous permet d’écouter ses prières et ses
cantiques eux-mêmes.
En outre le mystère tout entier de
Jésus s’y découvre, depuis la crèche jusqu’au trône de gloire, avec toutes ses
joies et ses tristesses. Nous l’y trouvons en remontant aussi loin que le
«rouleau du livre», où nous lisons qu’Il s’est livré lui-même dès avant la
fondation du monde (Ps. 40). Le profond silence de l’éternité est rompu par ces
mots: «Voici, je viens pour faire ta volonté». Et de là nous le suivons dans le
chemin qui le conduit jusqu’à l’éternité à venir. Nous le voyons prenant notre
nature; petit enfant dans les bras de sa mère; dans la honte, la douleur et la
pauvreté; nous voyons ses dernières souffrances, la trahison de ses compagnons,
le mensonge des faux témoins, la moquerie de ses ennemis, la lance, les clous et
le vinaigre, et par-dessus tout l’abandon de Dieu. Tout cela passe devant nos
yeux et devant nos cœurs dans ce livre. Puis nous le suivons dans les joies et
les cantiques de sa résurrection, nous assistons à son ascension, quand il est
salué et couronné d’honneur dans le ciel; et enfin nous l’en voyons revenir pour
juger les nations, et recevoir la domination glorieuse sur Israël et la terre
entière. Les psaumes expriment tout cela, non pas, si l’on peut dire, rapporté
simplement avec l’encre et la plume, mais en des lignes vivantes, comme autant
de fragments du cœur rassemblés dans ce livre.
Les
Psaumes et l’expérience chrétienne
Ce ne sont là que quelques aperçus
du contenu immense et merveilleux de ce livre. Et, comme nous l’avons déjà dit,
il dépeint les expériences des saints qui, «ayant l’Esprit de Christ» et «le
même esprit de foi» (2 Cor. 4:13-14), peuvent y trouver eux aussi leurs
tristesses et leurs joies, et les méditations de leurs cœurs 1.
1
En Ésaïe 50:10 et Matt. 11:29, le Seigneur semble proposer ses propres
expériences aux saints, comme un modèle de ce que les leurs devraient être. De
même, entre autres, les Psaumes 27, 31, 34.
Aussi ce livre a-t-il été le
compagnon de leurs âmes, alors que, souvent, toute autre lecture eût été
inopportune.
Mais en lisant ce livre, nous
devons nous souvenir que, ayant le Saint Esprit en nous, nos expériences doivent
en découler. L’expérience chrétienne, c’est goûter le fruit de la présence de
l’Esprit, selon les différentes manières par lesquelles, comme nous l’enseigne
l’Écriture, il agit en nous. Combien riche devrait-elle être, puisque l’Esprit
habite et agit en nous comme une onction, comme des
arrhes et comme un témoignage.
Quelle joie d’espérance, quelle grandeur d’intelligence, quelle force de
foi devraient être les nôtres! Quelle conscience de l’amour divin, quand le
Saint Esprit lui-même répand cet amour dans nos cœurs! Telle est l’expérience
normale des saints, et si le livre des Psaumes reflète le cœur d’un Juif juste,
le croyant est maintenant transporté au-delà, ou sur un autre terrain. Par
exemple tandis que le psalmiste dit: «Ma chair frissonne de la frayeur que j’ai
de toi, et j’ai craint à cause de tes jugements» (Ps. 119:120), le croyant doit
maintenant faire l’expérience que «l’amour parfait chasse la crainte», et qu’il
a «toute assurance pour le jour du jugement» (1 Jean 4:17-18). Alors que
l’auteur du Ps. 119 supplie: «Ne me laisse pas être confus en mon espérance» (v.
116); le chrétien sait que «l’espérance ne rend point honteux» (Rom. 5:5). Dans
de tels domaines, il va au-delà du psalmiste, et marche dans la lumière plus
chaude et plus brillante du Nouveau Testament, avec la force du Saint Esprit en
lui.
Ainsi, dans le psaume 112, toute
prospérité terrestre est promise d’une manière absolue à l’homme pieux; tandis
que l’apôtre, en citant ce psaume (2 Cor. 9:8-11), dit seulement que la
puissance de Dieu donne la prospérité, et prie pour qu’une certaine mesure en
soit donnée aux saints de Corinthe 1.
1
De même Pierre cite Osée; mais il ne suit pas Osée jusqu’à promettre aux saints,
comme le prophète le promet à Israël, qu’ils auront toute bénédiction sur la
terre, — la terre exauçant le froment et le moût et l’huile, et eux exauçant
Jizreël — mais il les exhorte à se conduire comme des gens qui ne sont
qu’étrangers et pèlerins tant qu’ils demeurent sur la terre (cf. 1 Pierre
2:10-11; Osée 2:21-23).
On a fait plus d’une erreur en
appliquant trop exactement le livre des Psaumes à l’expérience chrétienne.
Plusieurs, tout en désirant sérieusement marcher avec Dieu, en ont fait une
sorte de modèle pour eux-mêmes, et ont cherché à conformer leurs sentiments aux
épreuves, consolations et autres expériences qui y sont décrites. Mais tel n’est
pas l’usage qu’on doit en faire. Il faut plutôt trouver dans les psaumes comme
le tableau varié de l’âme exercée par l’Esprit dans
certaines conditions et certaines circonstances. Les circonstances, avec
la grâce et l’énergie de l’Esprit, engendreront l’expérience, et non pas un
effort quelconque de nos propres âmes.
C’est ce dont il faut, je crois,
nous souvenir. Les psaumes n’ont pas été pour Jésus un modèle. Il n’a pas, par
exemple, imité la joie ou la patience du Ps. 16, la confiance du Ps. 22, comme
s’il modelait l’état de son âme d’après certains exemples. Ces psaumes sont
plutôt les expressions anticipées, données par inspiration divine, de ce que
seraient les sentiers de son esprit. Les circonstances qu’il traversait
faisaient s’exprimer en un tel langage l’âme de l’homme parfait.
Pour revenir à notre sujet, quant
aux différences entre le langage des Psaumes et celui du Nouveau Testament nous
pouvons dire que tout est parfait à sa place, mais que tout fait ressortir de
manière frappante une différence entre ce qui est céleste et ce qui est
terrestre, personnes et choses. Nos expériences dépassent celles du livre des
Psaumes, de même que nos espérances et notre appel
dépassent ceux des livres des prophètes. Le thème normal
de ces derniers, c’est la terre, son peuple, ses jugements, sa gloire. Et
il ne faut pas s’attendre à ce que la pensée de l’Esprit occupe le psalmiste des
choses célestes plus qu’il ne le fait dans les prophètes. Les saints trouvent
dans ce livre bien des consolations, mais leur appel et la gloire qui sera leur
part dans le ciel n’en sont pas le sujet. La
Jérusalem du psalmiste n’est pas la Jérusalem d’Apocalypse 21, mais la Jérusalem
du pays d’Israël. Et le peuple dont il est question dans ce livre est en général
le peuple d’Israël ou ce résidu que nous avons longuement considéré dans ces
méditations.
Nous pouvons mentionner ici
quelques pensées en rapport avec cette notion d’un «résidu», dont il est si
souvent parlé dans l’Écriture.
L’état
incurable de l’homme
L’état incurable
de l’homme est la raison profonde
de la formation d’un résidu. L’homme peut souffrir et pleurer sous la verge,
mais il retourne toujours à sa méchanceté. Le livre des Juges en est la preuve.
Le premier chapitre d’Ésaïe nous montre que l’idée d’un résidu en est la
conséquence. En effet, le prophète nous dit que ceux qui avaient été élevés
comme des enfants bien-aimés s’étaient rebellés, et qu’ensuite, châtiés comme
des enfants désobéissants, ils avaient refusé de se repentir.
Ils étaient incorrigibles. On leur avait joué de la
flûte et chanté des complaintes, et ils n’avaient répondu ni à l’une ni aux
autres. Alors l’Éternel ne peut agir que sur le principe de sa grâce souveraine
envers un résidu, comme le dit le prophète: «Si l’Éternel des armées ne nous eût
laissé un bien petit résidu, nous aurions été comme Sodome, nous ressemblerions
à Gomorrhe» (Ésaïe 1:1-9).
Les
Réveils et l’œuvre produite dans les cœurs
Dans toute l’histoire d’Israël,
l’Éternel a constamment montré cette souveraineté de sa grâce dans l’élection et
la manifestation d’un résidu. Ces époques ont été appelées — à juste titre — des
réveils. Les temps de Samuel, de David, d’Ézéchias, de Josias, de Zorobabel,
d’Esdras, de Néhémie, sont autant de réveils ou de moments de renouveau
spirituel après un état de maladie. Mais la condition présente d’Israël nous dit
qu’à nouveau la fleur est devenue comme de la pourriture. Son été est fini
(Jérémie 8:20). L’état du pays et du peuple en est la preuve. Mais il n’en sera
pas toujours ainsi. Il y aura encore le plus grand réveil de tous. Ceux dont
nous avons parlé n’ont été que des guérisons momentanées d’un système malade,
qui portait en lui-même le principe de mort. Mais le dernier réveil sera complet
et durable, car il sera selon la puissance de la vie de résurrection du Fils de
Dieu. Tandis que l’on ne peut se fier à rien de ce qui vient de l’homme, et que
rien ne demeure de ce qui lui est confié, en Christ toutes les promesses de Dieu
sont oui et amen (2 Cor. 1).
Au temps de ce dernier et glorieux
réveil d’Israël, il y aura une grande œuvre du Seigneur dans les cœurs, comme il
y en a toujours eu dans tous les réveils. Samuel a été exercé dans son cœur
avant d’être manifesté, et David de même, et Esdras, Néhémie et les autres, bien
que de manière différente. L’Esprit de Dieu préparait l’instrument avant que la
main de Dieu l’employât. Nous en avons un exemple en Samson: «Et l’Esprit de
l’Éternel commença de le pousser, — à Mahané-Dan, entre Tsorha et Eshtaol»
(Juges 13:25). Il en sera de même dans les jours qui viennent pour Israël: il y
aura de nouveau un travail secret de l’Esprit dans les fidèles du résidu, choisi
et tiré du milieu de la nation.
Les prophètes, à bien des
reprises, nous annoncent que le peuple réveillé traversera de nombreux exercices
d’âme: ils porteront l’indignation de l’Éternel parce qu’ils ont péché contre
lui, — ils gémiront sur leur maigreur et confesseront qu’ils ne sont qu’un
grappillage, — ils s’attendront au Dieu de leur salut — ils se souviendront de
ses œuvres passées — ils seront un peuple affligé et pauvre, se retirant de
l’iniquité et du mensonge, fermant les yeux pour ne pas voir le mal — ils
viendront avec pleurs et supplications, — ils seront conduits dans le désert, et
là, il leur sera parlé au cœur — ils retourneront et chercheront Dieu et David
leur roi — ils prendront avec eux des paroles — ils reconnaîtront leurs offenses
— ils parleront l’un à l’autre, etc. Tout cela nous est donné historiquement au
sujet du résidu par les prophètes, tout comme les évangélistes nous donnent
historiquement — comme des faits — les voies de Jésus. Mais ce livre des
Psaumes, à sa place, nous donne par le même Esprit, les sentiments secrets de
Jésus, et du résidu d’Israël selon l’élection, à travers les circonstances
rapportées par les évangélistes et les prophètes.
Daniel, Esdras, Néhémie et
d’autres sont des échantillons de ce résidu choisi du milieu d’Israël. Leurs
âmes justes étaient exercées par Dieu au sujet de l’état de la nation et au
sujet des oracles de Dieu. Josias également est exercé dans un jour où le
jugement du peuple ne pouvait pas être détourné, mais où la semence juste devait
être préservée (2 Chr. 34).
De même que les voix d’Aggée et de
Zacharie stimulaient le peuple à travailler à la maison de Dieu, de même une
attention renouvelée pour les paroles des prophètes réveillera et dirigera plus
tard les cœurs des fidèles du résidu destinés par la grâce à devenir fils et
citoyens de la Jérusalem terrestre (cf. Esdras 5).
Mais le fruit que Dieu veut comme
toujours produire par toute cette discipline n’est autre que ceci: «ôter leur
péché» (Ésaïe 27:9). Quand toute cette purification sera terminée, «l’offrande
de Juda et de Jérusalem sera agréable à l’Éternel comme aux jours anciens»
(Malachie 3:4). La vallée d’Acor sera une porte d’espérance, comme autrefois
(cf. Josué 7; Osée 2); de l’épreuve et de la discipline sortiront pour eux la
joie et l’honneur (assurément en vertu de ce sang de Jésus qui est la seule
«source ouverte» pour tout péché, que ce soit le leur ou le nôtre (Zacharie
13:1). Leur désert produira de la vigne, ou deviendra un jardin de roses (Osée
2; Ésaïe 35). Acan sera ôté, et le pays sera conquis. Les rebelles doivent être
exterminés, et alors le troupeau sera sauvé, et se couchera comme «sous l’ombre
du Liban» (Osée 14:7), et David sera de nouveau leur berger.
Les
Psaumes préparés à l’avance pour le Résidu Juif
Ces simples considérations peuvent
nous préparer à entendre, dans ce livre, la voix de ce peuple, le vrai Israël de
Dieu. Ils seront amenés à y trouver ce qui conviendra à la condition de leurs
âmes, selon les circonstances dans lesquelles leur obéissance à Dieu les
placera. Car l’Esprit de Dieu qui sympathise avec son peuple, a composé ces
psaumes pour son usage. Actes 4:25-27 nous en donne un exemple très simple et
très clair. Là, en effet, les circonstances dirigent l’esprit des disciples
(sous l’action du Saint-Esprit, certainement), de manière à mettre leurs âmes en
communion avec le Psaume 2; et, sans effort et sans délai, ils trouvent dans
cette écriture l’expression qui convient à leurs cœurs.
Ce n’est qu’un exemple de ce que
nous voulons faire comprendre, à savoir que les psaumes sont préparés par
l’Esprit de Christ pour son peuple Israël au jour de son réveil, qui sera en
même temps le jour de son épreuve. Ainsi nous pouvons observer que le Psaume 78
a été écrit aussi pour d’autres générations futures, comme cela est annoncé dès
les premiers versets. Moïse également nous dit que son cantique est pour toutes
les générations du peuple, qu’il servira à leur bénédiction en portant
témoignage contre eux, tout en les amenant à connaître la grâce de Dieu qui
abonde et la miséricorde qui se glorifie vis-à-vis du jugement (Deut. 32).
Toutes ces remarques confirment donc bien que les paroles prononcées autrefois
par l’Esprit de Dieu dans les Écritures ont été préparées pour que son peuple en
fasse usage, dans le jour à venir où son cœur sera touché. Un passage tel
qu’Ésaïe 53 ne porte-t-il pas clairement ce caractère? Nous nous y reconnaissons
aujourd’hui dans ceux pour qui l’œuvre est faite, mais assurément les termes
mêmes de ce chapitre montrent qu’Israël se les appliquera comme s’il avait été
entièrement écrit pour eux au jour de leur repentance (voyez 1 Cor. 9:10).
Ainsi certains psaumes ont été
écrits, nous n’en doutons pas, par l’Esprit de Christ, pour son peuple au jour
de son réveil. Cela résulte de la sympathie de Christ pour son résidu élu,
sympathie que nous pouvons nous attendre à trouver dans les Psaumes, car nous la
trouvons continuellement dans les autres Écritures:
«Dans toutes leurs détresses, il a été en détresse» (Ésaïe 63:9). — «Son âme fut
en peine de la misère d’Israël» (Juges 10:16). — «Celui qui vous touche, touche
la prunelle de son œil» (Zach. 2:8). Nous avons dans ce passage, la sympathie de
l’Éternel pour son peuple présentée comme doctrine.
Et plus encore dans les paroles de l’Éternel à David par Nathan: «Partout où
j’ai marché au milieu de tout Israël, ai-je dit un mot à l’un des juges d’Israël
à qui j’ai commandé de paître mon peuple, en disant: Pourquoi ne me
bâtissez-vous pas une maison de cèdres?» (1 Chr. 17:6). Car il ne voulait pas se
reposer avant que son peuple se reposât, mais il voulait aller, comme il le dit
dans ce même passage, «de tente en tente, et de demeure en demeure», marchant
avec David: «J’ai été avec toi, partout où tu as marché». Quel magnifique
tableau de l’entière sympathie du Seigneur pour David et Son Israël! Ses
voies aussi ont montré cette sympathie. Quand Israël
était dans la fournaise de l’Égypte, Dieu était dans le buisson de feu; quand le
peuple voyageait dans le désert, Lui était dans la nuée; quand il était sous les
murailles ennemies de Jéricho, Il se présentait comme le chef de l’armée. Plus
tard nous Le voyons en campagne avec les juges et les sauveurs d’Israël. Et
Debora encourage Barak en disant: «Lève-toi…, l’Éternel n’est-il pas sorti
devant toi?» (Juges 4:14). Voilà la sympathie. Le Seigneur parle et agit comme
étant identifié avec Israël. De même encore, Il gardait le troupeau avec David,
lorsque le lion et l’ours le rencontrèrent. Il était aussi lui dans la vallée
d’Éla, quand le Philistin sortit contre lui.
Le cœur
de Christ pour Son peuple
Les Psaumes donc — dans la mesure
où ils sont des expressions préparées par l’Esprit de Christ pour son peuple —
font pour ainsi dire entendre la voix de Jéhovah-Jésus, parlant du buisson
ardent, ou de la nuée, ou au bas des murailles de Jéricho, la veille de la
bataille. Nous pouvons dire qu’en eux, Jésus est de nouveau avec Moïse et David,
avec Josué et Gédéon; comme aussi il est sensible au tranchant de l’épée du
persécuteur, quand il dit: «Saul, Saul, pourquoi me
persécutes-tu?» Les expériences de l’âme de Jésus, soit dans sa propre histoire,
soit dans ses sympathies pour son peuple, peuvent avoir été le sujet des
anticipations de l’Esprit chez le psalmiste, tout autant que les faits et les
circonstances de sa vie le furent chez les prophètes.
Ces sympathies sont véritablement
profondes et ferventes; elles nous aident à comprendre, comme toute l’Écriture,
que lorsque le Seigneur retournera vers Israël, il le fera avec toute la ferveur
du «premier amour». Car ce n’est pas seulement qu’Il aime jusqu’à la fin
celui qu’il aime, mais la
manière dont il aime demeure la même jusqu’à la fin. Le premier amour ne
se refroidit jamais, quand il s’agit de Lui. Rien ne peut changer l’amour de
Dieu. Vérité bénie, qu’elle soit pour Israël, pour l’Église ou pour n’importe
quel saint. Quand l’Éternel visita Israël aux jours du juste Josaphat, ce fut
comme une restauration des jours de Salomon: les Gentils lui apportent des
présents, ses hommes vaillants se tiennent devant lui, et la frayeur de
l’Éternel tombe sur tout le monde à cause de Josaphat. Il se retrouvait là
quelque chose des jours glorieux de Salomon. Et tout cela montre que la gloire
d’autrefois était toujours là, prête à reparaître, retirée seulement comme
derrière un léger voile. Il en est de même aujourd’hui; qu’Israël apprenne
seulement à dire: «Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur», et la gloire
reviendra.
Le Seigneur a-t-il changé? Est-il
devenu pour Israël comme un désert, ou un pays de ténèbres? Ou bien se
souvient-il encore de la grâce de la jeunesse de son peuple, de l’amour de ses
fiançailles, quand tous ceux qui voulaient dévorer Israël l’offensaient
Lui-même? Certainement il se souvient. Et lorsqu’il reviendra, au jour de la
repentance d’Israël, ce sera dans la plénitude de son premier amour, retrouvant
en son peuple la grâce de sa jeunesse. Dans les affections de Dieu, l’amour se
porte vers son même objet, et s’y porte avec sa
première ardeur. C’est pourquoi Ésaïe, parlant du
retour de l’Éternel à Sion, dit: «De la joie que le fiancé a de sa fiancée, ton
Dieu se réjouira de toi» (És. 62). Il en est de même en Osée (2), en Sophonie
(3) et dans toute l’Écriture. Et l’apôtre aussi dit: «En ce qui concerne
l’élection, ils sont bien-aimés à cause des pères», paroles qui confirment que
le premier amour subsiste toujours, et que c’est l’amour envers Abraham, Isaac
et Jacob qui rassemblera le peuple et trouvera ses délices en lui, au jour de
son alliance. La fin montrera que Dieu ne se repent pas d’avoir aimé son peuple;
et que la manière dont il aime ne change pas, pas plus que ne change l’objet de
son amour, jusqu’à la fin.
Antichrist et apostasie
Mais n’allons pas plus loin sur ce
sujet; considérons un autre point auquel ces méditations ont souvent fait
allusion: la place que tient dans les psaumes l’inique, ou l’orgueilleux apostat
des derniers jours.
Les prophètes parlent de lui à
maintes reprises. Cela n’a rien d’étonnant. Car ce méchant porte à son comble
l’apostasie humaine. Il occupe une place si importante dans l’accomplissement
des desseins divins sur la terre, qu’il est représenté à travers toute
l’Écriture, du commencement à la fin, par de nombreux types. Nimrod, Pharaon,
Amalek, Balak, Adoni-Tsédek, Abimélec, Saül et Absalom, Nebucadnetsar, Haman et
Hérode, en sont des figures qui jalonnent toute l’Écriture et qui nous le
présentent sous les traits variés de son caractère ou de ses actes. Et enfin il
apparaît sous le symbole de la Bête, à laquelle le dragon donne son pouvoir, et
son trône et une grande autorité, et qui enfin tombe devant l’éclat de
l’apparition du Seigneur.
L’inimitié de ce Roi qui agira
selon sa volonté, l’orgueil de celui qui ne se soumet à aucune loi, seront la
dernière expression de cette puissance du monde qui s’est opposée à Jésus et a
toujours été en opposition et en révolte contre Dieu.
Nous pouvions donc nous attendre à
trouver le grand apostat des derniers jours souvent mentionné dans les psaumes.
Car, dans les Écritures prophétiques, l’Esprit de Dieu a toujours en vue la
grande crise, les scènes finales si solennelles du conflit entre la lumière et
les ténèbres, entre Christ et l’Ennemi; l’on doit donc y voir aussi le résidu
juif, ainsi que cet apostat et ses alliés, car chacun d’eux joue un rôle de
premier plan dans cet affrontement. Cependant, nous ne devons pas oublier — nous
devons même être pleinement conscients — que nous avons affaire,
nous personnellement et d’une manière plus immédiate
avec ces principes et ces œuvres d’iniquité qui conduisent à cette crise — le
«mystère d’iniquité» — qui, avec une énergie plus ou moins grande, est à l’œuvre
depuis les jours des apôtres. Et il est plus important pour nos âmes de
connaître les faux principes qui sont à l’œuvre
maintenant que de savoir beaucoup de choses sur
l’Antichrist.
La
vengeance de Dieu et les motifs actuels des saints
Si les Psaumes ne sont pas
appliqués ainsi dans leur caractère prophétique, une fausse direction sera
donnée à l’âme du croyant. Tout comme une fausse direction a été imprimée, dans
les jours qui nous ont précédés, aux esprits de nombreux enfants de Dieu qui
lisaient l’histoire des guerres des Israélites comme si elles étaient le type de
l’activité des saints au jour actuel: ils s’en servaient comme d’une
justification pour prendre l’épée et aller au combat, comme s’ils combattaient
pour le Seigneur. C’était du zèle, certes, mais mal dirigé. Ce n’est pas notre
affaire d’en appeler au Vengeur, comme le fait le psalmiste, pour qu’il
tire sa main de son sein, et qu’il
élève ses pas vers les ruines perpétuelles (Ps.
74:3, 11). Au contraire, nous devons plutôt attendre notre héritage, en nous
réjouissant de ce que le délai ou la patience de Dieu est salut pour d’autres (2
Pierre 3).
Lorsque le jour du Vengeur
viendra, les saints chanteront (Apoc. 19). Pour l’instant, ils pleurent sur la
corruption qui les entoure, et leurs larmes sont le fruit d’un esprit pieux.
Mais quoi qu’il en soit, cette tristesse doit être mesurée. Nous pleurons sur
une création souillée, sur un Éden disparu, sur une Canaan perdue, ou sur la
ruine actuelle de la Chrétienté. Mais il faut de la mesure dans ce deuil. Jésus
pleura sur les villes incrédules, mais il trouvait son soulagement dans les
conseils de Dieu (Matt. 11). Paul pouvait être affligé à cause des faux
docteurs, mais il trouvait sa consolation dans la sûreté du solide fondement de
Dieu (2 Tim. 2). Samuel autrefois versait des larmes sur le péché de Saül et le
déshonneur de l’Oint de l’Éternel, mais c’est l’Éternel lui-même qui les séchait
(1 Sam. 16). Et dans les psaumes, Jésus, en sympathie avec les afflictions des
justes quand l’iniquité est arrivée à son comble, attend le jugement et la
revendication de ses droits, sachant qu’il y a ressource en Dieu contre tout le
mal que l’homme peut faire. Ainsi, il désire la délivrance et la prospérité des
justes, l’élévation des humbles, l’abaissement des orgueilleux, la revendication
du nom de l’Éternel, et l’établissement de toutes choses en justice. Il peut
dire, il est vrai: «Oh! si mon peuple m’avait écouté» (Ps. 81:13), comme, dans
les jours de sa chair, il s’est écrié: «Jérusalem, Jérusalem!». Pourtant son
esprit dans les psaumes est généralement occupé des conseils justes et arrêtés
de Dieu (Jérémie, dans le même esprit, en appelle au jugement: ch. 17). Car
c’est la résistance à Dieu qu’Il voit, tout comme
Paul, dans sa mesure, en Gal. 1:8 et 2 Tim. 4:14. Cette résistance, Il la voit
en sympathie avec le résidu souffrant des derniers jours, quand l’iniquité est
arrivée à son comble. Comme quelqu’un l’a écrit: «lorsque le temps de l’évangile
sera terminé, Christ demandera le juste jugement contre le monde — c’est Christ
réclamant la justice et la demandant (son esprit parlant généralement dans les
humbles et les abaissés de la nation juive) contre l’homme orgueilleux et
violent. Ce n’est pas David demandant à dominer sur ses ennemis, mais Christ qui
demande le jugement parce que le temps est venu».
Cela a été dit très justement, de
beaucoup de choses que nous trouvons dans les psaumes, et explique tout
naturellement des désirs qui ne sont pas et ne doivent pas être les motifs
actuels de l’esprit renouvelé des saints.
Mettre
nos âmes en harmonie avec les sentiments des Psaumes
Le livre des Psaumes nous donne,
on peut le dire, des fragments de l’histoire de la rédemption. Ils ne sont pas
les paragraphes bien ordonnés d’une narration, ou d’une démonstration, ni d’un
poème. Ce ne sont que des fragments, et de plus, dispersés ici et là. On peut
pourtant découvrir de la méthode dans cette dispersion même. Il n’y a pas là
désordre confus. L’apôtre désigne un psaume comme le second:
c’est donc qu’il y a quelque ordre dans ce livre, un ordre que le Saint Esprit
discerne. Nous avons ainsi trouvé, dans ces courtes méditations, quelques
psaumes regroupés, tandis que d’autres se présentent isolés. Mais l’âme doit
porter une sainte attention en assemblant ces fragments: il y faut une main
prudente, et l’on ne peut passer sur le terrain où ils se trouvent qu’avec les
pieds déchaussés. Assurément c’est une «terre sainte», puisque Jésus est là dans
ses peines et dans ses joies. Les cordes de la harpe de David sont les cordes du
cœur de Christ; et quand elles résonnent, nous devrions garder le silence, le
profond silence de gens qui écoutent une mélodie lointaine, car les accents de
ce cœur s’élèvent bien au-dessus de ce monde brutal et bruyant.
Nos âmes devraient se mettre à
leur diapason lorsqu’elles méditent les psaumes. À quelles tristesses, à quelles
épreuves, à quelles tentations, à quels gémissements, à quelles prières et
quelles méditations, à quelles joies, à quels cantiques, à quels cris de louange
n’assistons-nous pas dans ce merveilleux livre! Il est comme le siège des
affections — le cœur, en quelque sorte, de tout le volume inspiré, ainsi que
nous l’avons déjà dit. Et combien d’exercices de cœur n’a-t-il pas suscités chez
les saints! Quelles consolations et quels encouragements pour les enfants de
Dieu dans ce livre! Comme le joueur de harpe du prophète, il les a rendus
capables de poursuivre leur route avec plus d’assurance et de joie! La présence
du roi d’Israël troublait l’esprit d’Élisée, et pour pouvoir prophétiser il lui
fallait entendre la harpe d’un musicien (2 Rois 3:15). C’est bien l’effet qu’a
produit pour plus d’un saint de Dieu cette harpe de David, cette harpe à
plusieurs cordes, lorsque des occasions de tristesse se sont présentées. Tel a
été son ministère de grâce, par le Saint Esprit, le Consolateur des saints, et
tel il est encore aujourd’hui.
Mais comme nous l’avons dit, les
sentiments dépeints dans ce livre sont essentiellement le retentissement dans
l’âme des circonstances du chemin, des expériences de la
vie réelle; ce sont des événements
véritablement vécus, qui nous sont donnés à connaître à travers ce qu’ils ont
produit dans le cœur. On peut comparer les psaumes à un chant dont la musique
serait la chose primordiale, le sujet n’étant que secondaire, quoiqu’il ait pu
donner lieu à ce chant. De même les sentiments de l’âme sont l’élément
primordial dans un psaume, quoique à travers eux apparaisse l’événement qui leur
a donné naissance. Les Lamentations de Jérémie et le Cantique de Salomon en sont
aussi deux exemples: le premier nous montre la profonde tristesse de l’Esprit en
Jérémie, ou dans le résidu juste d’Israël, ou encore la tristesse de Christ
lui-même; le second, au contraire, les joyeux transports de l’âme qui a appris à
trouver ses délices dans le Bien-aimé et désire jouir davantage de sa présence.
Et les circonstances auxquelles font allusion les expressions de ces livres nous
en fournissent le ministère historique ou prophétique.
Le Livre des Psaumes nous rend
donc un double service. Sous le rapport de la piété,
il calme, apaise, réconforte nos âmes, il est le compagnon bienvenu de toutes
nos épreuves; sous celui de la prophétie, il nous
enseigne les conseils et les œuvres de Dieu, et une grande partie de ce qu’ont
été ou de ce que seront ses voies.
S’aider
l’un l’autre à la compréhension des Psaumes
Ces brèves méditations ont pour
but de faire ressortir ces deux côtés dans les psaumes: les expériences de
l’âme, et les circonstances qui leur ont donné naissance. Mais il ne s’agit là
que d’esquisses. Et c’est ce que nous désirons; car il n’est pas question de
méditer pour d’autres. Notre communion mutuelle, comme saints, n’est pas une
communion d’aveugles conduisant des aveugles, pas davantage de gens qui voient
conduisant des aveugles. Nous sommes des enfants de lumière marchant ensemble,
ensemble objets de la grâce du même Seigneur bien-aimé, source de lumière. Et la
pensée d’un frère doit amener d’autres frères à méditer eux-mêmes la Parole,
dans la dépendance du Saint Esprit qui est en eux. Ceci dit sans nier le don de
grâce de l’un ou de l’autre pour enseigner ou exhorter; ainsi qu’il est écrit:
«Soit celui qui enseigne, qu’il s’applique à l’enseignement; soit celui qui
exhorte, à l’exhortation» (Rom. 12:8).
Meubler
son intelligence, ou apprendre la manière et les sentiments de Christ
Mais il y a des personnes qui
courent après la connaissance. Sans cesse elles veulent meubler leur
intelligence. Cette tournure d’esprit demande un effort continuel, et impose une
contrainte incessante. Toute différente est la façon de faire de l’apôtre. Il
désirait que le docteur se comporte le moins possible en docteur. Il pouvait
s’intituler: «docteur des nations» (1 Tim. 2), mais son langage est plutôt celui
d’un compagnon, d’un frère plein d’amour. «Car je désire ardemment de vous voir,
afin de vous faire part de quelque don de grâce spirituel,
pour que vous soyez affermis, c’est-à-dire pour que
nous soyons consolés ensemble au milieu de vous, vous et moi, chacun par
la foi qui est dans l’autre» (Rom. 1:11-12). «Je vous parle comme à mes enfants»
dit-il encore (2 Cor. 6:13).
Et cette manière de l’apôtre n’est
qu’une faible image du divin Maître lui-même. L’apôtre le donne à entendre
lorsqu’il dit: «Je vous exhorte par la douceur et la débonnaireté du Christ» (2
Cor. 10:1). Cela nous fait voir quelle est, pour ainsi dire, la manière
d’enseigner du Seigneur. Et il est précieux de savoir que
telle était la manière du Fils de Dieu quand Il était au milieu des
hommes. Il voulait inculquer à ses disciples le sentiment qu’ils étaient tout
près de lui. Il n’agissait pas avec eux comme un protecteur ou comme un
bienfaiteur, ainsi que les hommes agissent entre eux (Luc 22:25). L’homme est
toujours disposé à accorder des faveurs s’il peut ainsi se faire reconnaître une
position de supériorité. Mais le Seigneur introduit celui qui se confie en Lui
dans sa proximité. Il s’assit sur la margelle du puits, à côté de la pécheresse
dont il désirait remplir le cœur. Était-il un protecteur à la façon des hommes?
Montrait-il la condescendance d’un bienfaiteur?
Je crois que, dans la mesure où
nous saisissons quelque chose de cette disposition et de cette manière d’agir de
Christ, nous goûtons quelque chose du ciel. Mais c’est
d’avertissement aussi bien que de consolation
que nous avons besoin: si cette façon d’agir est à remarquer chez notre Maître,
la nôtre comme disciples est à considérer et à corriger.
On l’a dit — et nous devons y être
attentifs — «il est grave de s’occuper d’une vérité sans qu’elle ait d’effet sur
l’âme».
Danger
de la connaissance superficielle sans effet sur le cœur et la marche
Dans une période paisible, il peut
arriver que l’esprit se laisse aller à traiter la connaissance d’une manière
superficielle et spéculative. Mais on ne saurait parvenir à une connaissance
selon Dieu, on ne saurait saisir la vérité spirituellement, si l’intelligence en
fait un objet de spéculation, comme s’il s’agissait de propositions que
l’intellect assimile et discute.
De nos jours, le danger est de
vouloir rendre la Bible «facile». C’est une des marques particulières de la
dispensation présente que la clarté et la plénitude de la révélation. Cela est
vrai et très précieux. «Bienheureux sont vos yeux, car ils voient» (Matt.
13:16), dit le Seigneur. Pourtant il y a un piège et un danger dans la facilité
avec laquelle la connaissance des choses de Dieu peut être acquise aujourd’hui.
Nous pouvons nous complaire dans l’étude elle-même, sans être exercés, comme
nous devrions l’être, pour marcher dans des affections plus ardentes, et une
énergie morale plus profonde, car tel doit être le seul fruit de notre plus
grande mesure de lumière et d’intelligence.
L’assemblée à Corinthe abondait en
connaissance (1 Cor. 1:5), mais leur marche était si peu spirituelle que
l’apôtre ne voulait pas leur parler comme à des hommes vraiment enseignés (1
Cor. 3:1). Cela nous montre combien le Seigneur a horreur que l’on s’occupe de
la vérité sans qu’elle ait d’effet intérieur. Il peut y avoir chez les habitants
des cieux de l’ignorance ou une connaissance incomplète; mais ils ne possèdent
pas de vérité qui n’ait d’effet sur eux. Les anges, ces créatures célestes,
montrent qu’il y a des choses qu’ils ne connaissent pas, par le désir qu’ils ont
de les apprendre (1 Pierre 1:12). Ils sont ignorants
de certaines vérités, mais ils n’y sont pas indifférents.
De même, des justes et des prophètes ont été ignorants, mais non
indifférents (Matt. 13:17; Luc 10:24; 1 Pierre 1:10). Et dans la personne du
patriarche Abraham, nous voyons comment, autrefois, des croyants, moins
favorisés quant à la lumière et à la révélation de la vérité, furent remplis
d’affections justes, de sorte que l’Esprit les transporta au delà des horizons
de l’économie dans laquelle ils vivaient.
En parlant d’Abraham, le Seigneur
déclara: il «a tressailli de joie de ce qu’il verrait mon jour; et il l’a vu, et
s’est réjoui» (Jean 8:56). Ce «tressaillement de joie» était ce qu’il éprouvait
initialement: son intérêt était éveillé par ce qu’il lui était donné de
discerner de Christ. Ce n’était encore que de pâles et rares lueurs; mais elles
captivaient son âme. Ce qu’il entrevoyait l’attirait puissamment. Le Seigneur
récompensa un tel attachement, et accorda à son serviteur une vision plus
complète. «Abraham, votre père, a tressailli de joie de ce qu’il verrait mon
jour; et il l’a vu». Alors, comme nous le lisons
ensuite, «il s’est réjoui». Il faisait un juste usage de la connaissance reçue,
tout comme il l’avait recherchée d’une juste manière. Ses affections avaient été
engagées dans cette recherche, et ne furent ni refroidies ni émoussées, bien au
contraire, quand cette connaissance lui fut donnée.
Voilà une connaissance
recherchée et mise en pratique
comme il convient. Ne pouvons-nous pas désirer qu’il en soit davantage
ainsi en chacun de nous et au milieu de nous!
Exercices spirituels personnels: leur importance et leur approfondissement
Peu de connaissance, accompagnée
d’exercices spirituels personnels, vaut mieux que beaucoup de connaissance sans
exercice. Comme le dit le proverbe: «Il y a beaucoup à manger dans le
défrichement des pauvres» (Prov. 13:23). Car le peu qu’ils ont, les pauvres
l’utilisent au mieux. Ils se servent de la bêche, de la houe et de la pioche;
ils retournent, sarclent et nettoient leur petit lopin de terre; et leurs soins
diligents en tirent abondance de nourriture. Nous devons être comme ces pauvres,
défrichant sans relâche: il nous faut continuellement sonder les divins écrits
et faire fructifier au mieux le peu que nous avons. Peut-être ne nous
nourrissons-nous que de lait, mais si nous nous appliquons avec zèle à rejeter
toute malice, et les hypocrisies, les envies, et les choses semblables, alors
vraiment nous assimilerons notre nourriture, et nous prendrons notre
accroissement (1 Pierre 2). Et c’est pourquoi, souvent, on trouve une plus
grande jouissance de Christ chez ceux qui ont moins de connaissance, car ils
sont diligents dans le «défrichement des pauvres».
«Nous connaissons en partie et
nous prophétisons en partie» (1 Cor. 13:9). Nous pouvons bien nous dire l’un à
l’autre: «Je parle comme à des personnes intelligentes; jugez vous-mêmes de ce
que je dis» (1 Cor. 10:15). Dans un ouvrage comme celui-ci, où sont contemplées
les affections du Seigneur et de ses saints, il y aura nécessairement bien des
choses qui ne sauraient être goûtées que par le cœur. Qui n’a, parfois, en
méditant sur le sentier du Seigneur, éprouvé de profondes émotions, dont un
psaume fait entendre l’écho; alors que, en d’autres temps, nous chercherions en
vain les mêmes beautés, en nous étonnant peut-être qu’elles aient pu nous
apparaître si lumineuses un jour? Un croyant habitué à nourrir son âme de la
personne du Seigneur, mettra peut-être un seul verset des Évangiles en parallèle
avec un psaume tout entier; et il trouvera dans une portion de ce livre
l’expression des sentiments de son cœur vers Dieu, soit au cours d’une certaine
activité, soit qu’il soit l’objet de malveillance. Un autre, selon la mesure de
son discernement spirituel, trouvera un lien entre des expériences semblables et
une portion ayant un tout autre caractère. Il ne pourrait guère en être ainsi
d’aucune autre partie de l’Écriture; car le livre des Psaumes n’est pas un livre
doctrinal, mais le livre des expériences de l’âme.
Que rien, dans ces méditations, ne
vienne amoindrir, si peu que ce soit, la valeur de ce livre. Leur seul but est
d’accompagner les saints dans leur méditation personnelle, si, par l’Esprit,
elles peuvent servir à leur faire trouver plus de joie et de lumière dans le
Seigneur.
Le temps actuel est caractérisé
par l’agitation de ceux qui courent après toujours plus de connaissance dans
tous les domaines. Que nos âmes y prennent garde: le croyant doit toujours
veiller pour ne pas se laisser gagner par l’esprit du siècle! Et dans ces temps
de lumière et de connaissance (fût-ce même la connaissance de Dieu), il nous
faut nous souvenir qu’il ne suffit pas de manger, mais que, pour être nourri, il
faut digérer la nourriture. Sous la loi, l’animal pur était celui qui ruminait.
Et l’Esprit de Dieu, par la bouche du sage Salomon, a dit: «As-tu trouvé du
miel? manges-en ce qu’il t’en faut, de peur que tu n’en sois repu et que tu ne
le vomisses» (Prov. 25:16).
Le Seigneur lui-même nous enseigne
comment nous devrions cultiver la connaissance divine ou la connaissance de
l’Écriture. Car, dans les Évangiles, en répondant aux questions, il ne semble
jamais satisfaire la curiosité, mais il reçoit la demande comme quelqu’un qui
non seulement avait l’oreille ouverte aux questions de son interlocuteur, mais
qui lisait aussi dans son âme. Ses paroles: «J’ai beaucoup de choses à vous
dire, mais vous ne pouvez les supporter maintenant», nous montrent que son but
n’était pas d’augmenter la connaissance, mais de diriger la conscience et de
nourrir l’esprit renouvelé suivant sa capacité croissante. Cela est divin.
Questionner dans le seul dessein de recueillir de la connaissance, n’est que la
vaine activité de l’intelligence purement humaine, telle qu’on la trouvait chez
les philosophes d’Athènes (Actes 17:21).
S’approprier la Parole par la foi
Rappelons-nous avant tout que nous
devons, avec la connaissance, rechercher et cultiver cette foi par laquelle nous
faisons nôtre ce que nous savons, et qui nous fait y
trouver une joie et un intérêt personnels. C’est là pour nous la principale
bénédiction. «La parole qu’ils entendirent ne leur servit de rien, n’étant pas
mêlée avec de la foi dans ceux qui l’entendirent» (Héb. 4:2). Car c’est la
foi qui nous fait ainsi nous
approprier Dieu, qui fait que le Bien-aimé et toute sa plénitude sont
notre part, la retraite de nos cœurs. Cela est d’un immense prix. Dieu est une
demeure pour nous — Il est à nous. Il est dit que
nous demeurons en lui. La connaissance meuble la maison, mais la foi nous fait
considérer tout ce qui, de grande ou de petite importance, est dans la maison,
comme notre bien.
Oh! puissions-nous avoir plus de
foi! Un «scribe» peut être très instruit; il peut contempler la demeure de
gloire, parler de sa richesse, décrire les trophées de David et les tentures de
Salomon qui la décorent; et malgré tout cela il peut n’être qu’un visiteur. Il
peut passer à travers toute cette magnificence sans la foi qui se l’approprie,
sans avoir dans son âme le sentiment qu’il est chez lui dans cet endroit
magnifique. Alors qu’un autre peut s’entendre beaucoup moins à décrire ces tapis
et à donner l’histoire de ces trophées, ou encore à évaluer l’or et l’argent de
la maison, mais peut avoir cette foi précieuse qui, pour sa bénédiction, lui
fait s’approprier tout ce qu’il voit, quoique avec faiblesse, en sorte qu’il
n’est pas un visiteur, mais un enfant chez lui dans la maison de Dieu.
Il semble à propos de rappeler ces
paroles prononcées il y a longtemps: «Voulez-vous savoir si les choses contenues
dans la parole de Christ sont réelles? Ne les lisez jamais seulement en vue
d’acquérir de la connaissance. Cherchez dans chaque verset quelque rayon de la
gloire et de la puissance de Christ. Ne comptez la connaissance pour rien, si
elle n’est accompagnée de quelque révélation de la glorieuse présence de Christ
et de son Esprit vivifiant. Ne parlez pas des vérités spirituelles pour en
disserter, mais ayez en vue l’édification. N’accomplissez pas vos devoirs
simplement par habitude, ou pour vous acquitter d’un service, mais
considérez-les comme un moyen de communion plus intime avec Dieu».
La grâce que nous pouvons
demander, c’est: «Seigneur, augmente-nous la foi».
En vue
de la gloire de Christ
Puissions-nous être comme l’argile
dans la main du divin potier! non pas à la disposition de l’homme pour devenir
ce que ses pensées, sa sagesse ou sa religion voudraient faire de nous; mais
dociles dans la main du Seigneur, pour être façonnés par sa vérité et son
Esprit, suivant sa pensée, gardés jusqu’à la fin dans la «simplicité quant au
Christ»; puis au temps voulu, être enlevés de l’atelier du potier, pour être
placés comme des vases à honneur dans le sanctuaire de sa gloire à toujours.
Qu’il en soit ainsi, Seigneur Jésus!
«Louez Dieu dans son saint lieu!
Louez-le dans le firmament de sa force! Louez-le pour ses actes puissants!
Louez-le pour l’étendue de sa grandeur! Louez-le avec le son retentissant de la
trompette! Louez-le avec le luth et avec la harpe! Louez-le avec le tambourin et
la danse! Louez-le avec les instruments à cordes et le chalumeau! Louez-le avec
les cymbales sonores! Louez-le avec les cymbales retentissantes! Que tout ce qui
respire loue Jah! Louez Jah!» (Ps. 150).
«À Celui qui nous aime, et qui
nous a lavés de nos péchés dans son sang; — et il nous a faits un royaume, des
sacrificateurs pour son Dieu et Père; — à lui la gloire et la force aux siècles
des siècles! Amen» (Apoc. 1:5-6).