Les
Proverbes
Chapitre
9
Au chap. 1, v. 20 des Proverbes,
«la Sagesse crie au dehors, elle fait retentir sa
voix sur les places; elle crie à l’entrée des lieux bruyants, aux ouvertures des
portes; elle prononce ses paroles dans la ville». Elle s’adresse aux hommes dans
leur état naturel: aux simples qui sont dépourvus de
sens, aux moqueurs qui renient la parole de Dieu,
aux sots qui haïssent la connaissance de la Sagesse
et de l’instruction. Mais il arrivera un moment où la Sagesse abandonnera tout
espoir de ramener les moqueurs et estimera bienheureux les fidèles qui refusent
d’avoir des rapports avec eux!
Au chap. 8:1-11, la Sagesse se
tient debout «au sommet des hauteurs, sur le chemin,
aux carrefours, ... à côté des portes, à l’entrée de la ville, là où l’on passe
pour entrer». C’est en un mot au milieu du bruit et du tumulte du monde qu’elle
appelle «les hommes et les fils des hommes». Ici, comme au chap. 1, elle
crie. Sa voix est assez élevée pour être entendue.
Tout ce qu’elle propose, toutes les paroles de sa bouche, apportent aux hommes
la justice, la lumière, la droiture, la connaissance (v. 8-9) et l’instruction
(v. 10).
Au commencement du chap. 9,
v. 1-6, nous avons un autre aspect de la Sagesse.
«Elle a bâti sa maison». Il y a un lieu où elle habite et qui lui appartient,
mais c’est là qu’elle convie ceux qui sont dépourvus de sens et d’intelligence à
venir s’abriter, car elle leur offre un refuge. «Elle a taillé ses sept
colonnes», les colonnes qui parent sa maison, une plénitude de force et de
puissance fermement établies, et qui en font un asile qui ne peut être ébranlé.
Mais elle ne se borne pas seulement à offrir chez elle un abri sûr à tous ceux
qu’elle appelle. Elle a sacrifié ses bêtes, mixtionné son vin, dressé sa table.
Cela ne rappelle-t-il pas le grand souper, le souper de la
grâce en Luc 14? Dans ce dernier chapitre, le maître envoie ses esclaves;
ici la Sagesse invite au souper par ses servantes. Comme pour le grand souper,
elle ne s’adresse pas aux sages, aux opulents, aux intelligents de ce monde,
mais à ceux qui sont dépourvus de sens, qui suivent le chemin de la folie. Elle
leur dit: Venez! Elle crie. Comme aux chap. 1 et 8,
elle cherche le monde là où il se trouve; elle invite ici les hommes à entrer
dans sa maison, à s’asseoir à sa table, à prendre leur part de la nourriture
excellente qu’elle leur a préparée. Elle dit «mon pain» (v. 5) en contraste avec
le pain de la folie (v. 17). Elle convie à la joie (son vin mixtionné) que donne
un salut accompli, une table où «déjà tout est prêt».
v. 7-12. —
Celui qui reçoit cet appel devient, par ce fait même, un fils de la sagesse, un
sage. Mais c’en est fini des moqueurs auxquels la
Sagesse s’adressait au chap. 1:22. Ils n’ont pas voulu recevoir l’instruction;
leur sort est désormais fixé; ils n’ont aucune part avec les sages. Il faut être
sage pour croître en science et pour aimer même la répréhension. Le sage
n’estime pas être quelque chose; il est humble, sachant d’où il a été tiré, et
désire croître en science par l’instruction de la Sagesse. Or comment devient-on
sage? Le commencement, le principe même de la sagesse, est la
crainte de l’Éternel (v. 10). Elle consiste à donner
à Dieu la place qui lui appartient; mais on n’entre pas en sa sainte présence
sans haïr immédiatement le mal (8:13) et sans vouloir le bien que Dieu veut.
Cela suppose une relation connue entre l’homme et Dieu: il hait ce que Dieu
hait; il aime ce que Dieu aime. Ce n’est pas que le sage, une fois entré dans la
maison de la Sagesse et assis à son festin ait atteint la perfection. Il ne peut
l’atteindre dans ce monde. S’il est sage et juste il a besoin d’être
continuellement repris, instruit, enseigné — car «Dieu ne retire pas ses yeux de
dessus le juste» (Job 36:7) — pour croître en sagesse et en science.
L’intelligence lui vient par la connaissance du Saint,
de Celui qui est personnellement la Sagesse même, mais il n’aura atteint
cette pleine connaissance que lorsque, le voyant tel qu’Il est, il Lui sera
semblable.
v. 13-18. —
En contraste avec la Sagesse, nous avons la «femme folle». Combien de fois ne
revient-elle pas dans ces premiers chapitres (2:16-19; 5:3-6, 20; 6:24-26,
27-35; 7:5; enfin ici 9:13-18)! La femme folle est la chair corrompue qui attire
les insensés, les hommes sans réflexion, sans connaissance, sans crainte de
Dieu. Tout manque à cette femme: Elle est folle, sotte, ignorante et ne peut
instruire personne. Elle entoure de bruit (v. 13)
ceux qui s’égarent. C’est, en effet, dans le bruit continuel du monde que les
hommes s’étourdissent et sont incapables d’entendre la voix de la Sagesse,
quelque hautement que son cri retentisse. Tandis que la Sagesse se tient
debout (8:2), toute à sa mission, la folie
s’assied (v. 14). Elle cherche ses aises et simule
le repos aux yeux de ceux qu’elle appelle. Ils se laissent prendre à ce
mensonge. Elle se tient «à l’entrée de sa maison», cachant à tous que cette
maison est vide, chancelante, sans colonnes et ne contient rien qui puisse
nourrir ou donner une vraie joie. Elle est «sur un trône, dans les lieux élevés
de la ville», elle parle à l’ambition des hommes, leur promet la domination qui
répond à «l’orgueil de la vie», et leur donne la preuve que c’est elle (non la
Sagesse) qui a atteint cette domination. Sa pensée est de détourner du «droit
chemin» (v. 15), tandis que la Sagesse fait précisément le contraire. «Qui est
simple, dit la femme folle, qu’il se retire ici» (v. 16). Elle prononce les
mêmes paroles que la Sagesse au v. 4, afin de tromper ceux qui sont privés de
sens, car elle ne leur ouvre pas la porte et n’a point de repas préparé pour
eux. Chez la Sagesse tout est grâce, vérité, lumière; chez la femme folle, tout
est mensonge, mystère et ténèbres. Elle conseille aux fous de s’approprier en
cachette ce qui ne leur appartient pas. Elle dit: «Les eaux dérobées sont
douces, et le pain mangé en secret est agréable» (v. 17). La mauvaise foi sera
toujours à la base de la recherche des choses du monde. C’est ce que les hommes
appellent de l’habileté. La folie dit: Elles sont douces quand on les dérobe;
elles sont agréables quand on peut se les approprier sans que personne en sache
rien. Toutes ces choses, la folie les murmure à l’oreille; elle ne les
crie pas; car comment pourrait-elle produire en
public ses mauvais conseils? Au contraire la Sagesse crie; elle veut être
entendue (1:20; 8:4; 9:3). Comment la grâce et la vérité, adressées à tous,
craindraient-elles d’élever la voix? Voyez Jean-Baptiste, rendant témoignage à
Celui qui vient après lui (Jean 1:15). Voyez le Seigneur rendant témoignage à sa
propre mission (Jean 7:28; 12:44)!
Hélas! la femme folle parle à
l’homme selon le cœur de l’homme, cœur ténébreux qui le conduit aux ténèbres
éternelles! Quel contraste entre les profondeurs du shéol, où la folie précipite
ses victimes, et la vie, la faveur de l’Éternel, les délices, que la Sagesse
trouve dans les fils des hommes en les amenant à Dieu (8:31, 35)!