Livre
des Nombres
Chapitre
16
On peut considérer le chapitre que nous venons de lire comme une digression dans
l’histoire de la vie d’Israël au désert, excepté toutefois le court paragraphe
touchant celui qui avait profané le sabbat. Il nous transporte dans l’avenir,
alors que malgré tous ses péchés et toute sa folie, ses murmures et sa
rébellion, Israël possédera la terre de Canaan et offrira des sacrifices de
justice et des chants de louange au Dieu de son salut. Nous avons vu l'Éternel
passant par-dessus l’incrédulité et la désobéissance (chap. 13 et 14),
anticipant le plein et final accomplissement de son dessein éternel, et la
réalisation de ses promesses à Abraham, à Isaac et à Jacob.
Puis le chapitre 16 reprend l’histoire du désert, histoire triste et humiliante
quant à l’homme, mais brillante et bénie au point de vue de la patience
inépuisable et de la grâce illimitée de Dieu. Ce sont les deux grandes leçons du
désert. Nous y apprenons ce qu’est l’homme, mais aussi ce que Dieu est. Les deux
choses se lient dans les pages du livre des Nombres. Ainsi, au chapitre 14, nous
avons l’homme et ses voies. Au chapitre 15, nous avons Dieu et ses voies. Puis,
dans notre chapitre 16, nous revenons à l’homme et à ses voies. Puissions-nous
recueillir une profonde et solide instruction de cette double leçon!
«Et Coré, fils de Jitsehar, fils de Kehath, fils de Lévi, s’éleva dans son
esprit, et Dathan et Abiram, fils d’Éliab, et On, fils de Péleth, qui étaient
fils de Ruben; et ils se levèrent devant Moïse, avec deux cent cinquante hommes
des fils d’Israël, princes de l’assemblée, hommes appelés au conseil, des hommes
de renom. Et ils s’attroupèrent contre Moïse et contre Aaron, et leur dirent:
C’en est assez car toute l’assemblée, eux tous sont saints, et l’Éternel est au
milieu d’eux; et pourquoi vous élevez-vous au-dessus de la congrégation de
l’Éternel?» (Vers. 1-3.)
Ici nous arrivons à la solennelle histoire de ce que le Saint Esprit, par
l’apôtre Jude, appelle «la contradiction de Coré». La rébellion est attribuée à
Coré, parce qu’il en était le chef religieux. Il semble avoir possédé une
autorité suffisante pour réunir, autour de lui, un grand nombre d’hommes
influents — «des princes; des hommes appelés au conseil; des hommes de renom».
En un mot, c’était une rébellion formidable et sérieuse; et nous ferons bien
d’en examiner attentivement la source et le caractère moral.
C’est toujours un moment très critique dans l’histoire d’une assemblée que celui
où un esprit de désaffection s’y manifeste; car, s’il n’est pas réprimé selon
Dieu, les plus désastreuses conséquences en résulteront certainement. Il y a,
dans chaque assemblée, des éléments d’opposition; il suffit d’un esprit remuant
et dominateur pour agir sur de tels éléments et changer en une flamme dévorante
le feu qui couvait en secret. Il y a toujours des centaines et des milliers
d’individus prêts à se rallier autour de l’étendard de la révolte, dès qu’il a
été déployé, mais qui n’auraient eu ni la force ni le courage de le lever
eux-mêmes. Satan ne prendra pas le premier venu comme instrument dans une telle
œuvre. Il lui faut un homme rusé, adroit et énergique — un homme qui ait de la
puissance morale, de l’influence sur l’esprit de ses semblables, et une volonté
de fer pour poursuivre ses projets. Il est certain que Satan revêt de toutes ces
choses les hommes qu’il emploie à ses entreprises diaboliques. Quoi qu’il en
soit, nous savons, comme un fait assuré, que les grands conducteurs de toutes
les révoltes ont généralement été des hommes d’un esprit supérieur, capables de
gouverner à leur gré la foule inconstante qui, semblable à l’océan, se laisse
soulever par tous les vents d’orage. De tels hommes savent remuer les passions
des peuples, afin de s’en servir ensuite. Leur levier le plus efficace pour
soulever les masses, c’est la question de leurs droits et de leur liberté. S’ils
peuvent seulement réussir à persuader aux peuples que leur liberté est menacée,
ou que leurs
droits
sont enfreints, ils sont sûrs de rassembler autour d’eux un grand nombre
d’esprits agités et de causer beaucoup de mal.
Tel fut le cas de Coré et de ses affidés. Ils essayèrent de persuader au peuple
que Moïse et Aaron agissaient en maîtres avec leurs frères, et portaient
atteinte à leurs droits et à leurs privilèges comme membres d’une sainte
congrégation, dans laquelle, à leur jugement, tous étaient sur le même niveau,
et où l’un avait autant que l’autre le droit d’agir.
«C’en est assez!» Tel était leur chef d’accusation contre «l’homme le plus doux
de toute la terre.» Mais qu’est-ce que Moïse avait pris sur lui-même? Le plus
rapide coup d’œil jeté sur l’histoire de ce bien-aimé serviteur aurait suffi
pour convaincre une personne impartiale que, bien loin de s’emparer de dignités
ou de responsabilités, il ne s’était montré que trop prêt à les refuser quand
elles lui avaient été offertes et à succomber sous leur poids quand elles lui
avaient été imposées. En conséquence, celui qui pouvait accuser Moïse de prendre
trop sur lui, prouvait simplement qu’il était dans une complète ignorance du
véritable esprit et du véritable caractère de cet homme. Assurément celui qui
pouvait dire à Josué: «Es-tu jaloux pour moi? Ah! que plutôt tout le peuple de
l’Éternel fût prophète; que l’Éternel mît son Esprit sur eux!» n’était pas dans
le cas de prendre tout sur lui.
Mais d’un autre côté, si Dieu distingue, appelle et qualifie un homme pour une
œuvre — s’il remplit et approprie un vaisseau pour un service spécial, comment
et pourquoi, alors, trouver à redire au don et à la charge conférés par Dieu? En
vérité, rien ne peut être plus absurde. «Un homme ne peut rien recevoir, à moins
qu’il ne lui soit donné du ciel» (Jean 3:27). Il est donc complètement inutile,
sans cela, qu’un homme quelconque prétende être ou avoir quelque chose; une
telle prétention doit nécessairement aboutir au néant. Tôt ou tard, les
ambitieux seront remis à leur place; et rien ne subsistera que ce qui est de
Dieu.
Coré et sa bande disputaient donc contre Dieu; non contre Moïse et Aaron.
Ceux-ci avaient été appelés, par Dieu, à occuper une certaine place, à accomplir
une certaine œuvre; et malheur à eux s’ils s’y étaient refusés, car ce n’était
pas eux qui avaient aspiré à la place, ou qui s’étaient chargés de l’œuvre; ils
avaient été consacrés par Dieu. Ceci aurait dû résoudre la question et devait la
résoudre pour tous, sauf pour les rebelles turbulents et occupés d’eux-mêmes,
qui cherchaient à nuire aux vrais serviteurs de Dieu, dans le but de s’élever
eux-mêmes. C’est toujours le cas des promoteurs de séditions et de
mécontentements. Leur vrai but est de se rendre importants. Ils parlent
hautement et d’une manière très plausible, des droits et des privilèges communs
du peuple de Dieu; mais, en réalité, ils aspirent à une position pour laquelle
ils ne sont nullement qualifiés, et à des privilèges auxquels ils n’ont aucun
droit.
Au fait la chose est aussi simple que possible. Dieu a-t-il conféré à quelqu’un
une position à occuper, ou une œuvre à faire? Qui y contredira? Que chacun donc
reconnaisse sa place et la remplisse; qu’il reconnaisse l’œuvre qui lui a été
confiée et qu’il la fasse. C’est la chose la plus insensée du monde que de
chercher à occuper la position ou à faire l’œuvre d’un autre. Nous l’avons vu en
méditant sur les chapitres 3 et 4 de ce livre. Il faut que cela reste toujours
vrai. Coré avait son œuvre, Moïse avait la sienne. Pourquoi l’un portait-il
envie à l’autre? il serait tout aussi raisonnable d’accuser le soleil, la lune
et les étoiles de se donner trop d’importance en brillant dans l’espace qui leur
est assigné, que d’accuser un serviteur revêtu des dons de Christ, et qui
accepte la responsabilité de leur emploi.
Or ce principe est d’une immense importance dans chaque assemblée, petite ou
grande, et en toute circonstance où des chrétiens sont appelés à travailler
ensemble. C’est une erreur de supposer que tous les membres du corps de Christ
soient appelés à des places de distinction, ou que chaque membre puisse choisir
sa place dans le corps. C’est entièrement et absolument l’affaire du décret de
Dieu.
Tel est l’enseignement très clair de 1 Corinthiens 12:14-18: «Car aussi le corps
n’est pas un seul membre, mais plusieurs. Si le pied disait: Parce que je ne
suis pas main, je ne suis pas du corps, est-ce qu’à cause de cela il n’est pas
du corps?… Si le corps tout entier était œil, où serait l’ouïe? Si tout était
ouïe, où serait l’odorat? Mais maintenant DIEU
a
placé
les
membres — chacun d’eux — dans le
corps,
comme
il
l’a
voulu.»
Là se trouve la vraie, la
seule
vraie source du ministère dans l’Église de Dieu — dans le corps de Christ. «DIEU
a placé les membres.» Ce n’est pas un homme qui en établit un autre; encore
moins est-ce un homme s’établissant lui-même. Il faut que Dieu établisse, sinon
rien, et pire que cela c’est une audacieuse usurpation des droits de Dieu.
Or, en examinant le sujet à la lumière du merveilleux enseignement de 1
Corinthiens 12, que dirions-nous si les pieds accusaient les mains, ou si les
oreilles accusaient les yeux de prendre trop d’importance? Ne serait-ce pas
ridicule au dernier point? Il est vrai que ces membres occupent une place
particulière dans le corps; mais pourquoi? Parce que DIEU les y a placés «comme
il l’a voulu». Et que font-ils dans cette position particulière? L’œuvre que
Dieu leur a donnée à faire. Et dans quel but? Pour le bien du corps entier. Il
n’y a pas un seul membre, quelque obscur qu’il soit, qui ne recueille un
avantage positif des fonctions bien accomplies par un membre que Dieu a mis plus
en vue. D’un autre côté, le membre plus en vue jouit et profite des fonctions
bien remplies par le membre le plus obscur. Que les yeux perdent leur puissance
de vision, et chaque membre le sentira. Qu’il y ait une perturbation dans les
fonctions du membre le plus insignifiant, et le membre le plus honorable
souffrira.
Par conséquent, la question n’est pas de savoir si nous prenons beaucoup ou peu
sur nous, mais si nous faisons l’œuvre qui nous a été assignée, et si nous
occupons notre vraie place. C’est par la coopération énergique de tous les
membres, selon la mesure de chaque partie, que s’effectue l’édification de tout
le corps. Si cette grande vérité n’est pas saisie et maintenue, l’édification,
bien loin d’être produite, sera positivement empêchée; le Saint Esprit est
étouffé et contristé; les droits souverains de Christ sont niés; Dieu est
déshonoré. Chaque chrétien doit agir d’après ce principe divin, et témoigner
contre tout ce qui l’obscurcit ou le nie.
L’établissement de l’église professante — cette ruine du témoignage que Dieu
attendait de
Son
Église, doit être, pour les fidèles, un exemple à éviter et un puissant
encouragement pour garder et pour pratiquer la vérité de Dieu, dont l’oubli,
l’abandon et la négation ont produit cette ruine.
Le chrétien est toujours solennellement tenu de se soumettre à la pensée révélée
de Dieu. Alléguer les circonstances comme une excuse pour faire le mal, ou pour
négliger quelque vérité de Dieu, c’est uniquement se jouer de l’autorité divine
et faire de Dieu l’auteur de notre désobéissance. Nous avons seulement rappelé
ce sujet comme étant lié au chapitre que nous allons continuer à examiner.
Lorsque Moïse, le vrai serviteur de Dieu, entendit les paroles séditieuses de
Coré et de sa bande, «il tomba sur sa face». Nous avons vu en Exode 14, ce
bien-aimé serviteur, prosterné lorsqu’il aurait dû se tenir debout. Mais ici,
c’était la chose la meilleure et la plus sûre qu’il pût faire. Il n’y a jamais
d’avantage à contester avec les gens mécontents et turbulents; il vaut beaucoup
mieux les laisser entre les mains du Seigneur, car, en réalité, c’est avec lui
qu’ils ont affaire. Si Dieu place un homme dans une certaine position; qu’Il lui
donne une certaine œuvre à faire, et que ses semblables lui cherchent querelle à
cause de son obéissance à Dieu, alors leur querelle est réellement avec Dieu qui
saura la vider selon sa sagesse. Cette vérité donne un saint calme et une
élévation morale au serviteur du Seigneur, toutes les fois que des esprits
envieux et remuants s’élèvent contre lui. Il n’est guère possible d’occuper un
service en vue, ou d’être employé d’une manière particulière par Dieu, sans
rencontrer de temps à autre les attaques de certains hommes radicaux et
mécontents, qui ne peuvent pas supporter de voir quelqu’un plus honoré
qu’eux-mêmes. Mais le vrai moyen de répondre à de telles gens, c’est de
s’incliner dans l’humilité et dans le sentiment de son propre néant, puis de
laisser passer sur soi le courant de la révolte.
«Et Moïse l’entendit; et tomba sur sa face; et il parla à Coré et à toute son
assemblée, disant:
Demain,
l’Éternel
fera
connaître
(non pas Moïse donnera à connaître) qui est à lui, et qui est saint, et il le
fera approcher de lui; et celui
qu’il
a
choisi;
il le fera approcher de lui. Faites ceci: Prenez des encensoirs, Coré et toute
son assemblée; et demain, mettez-y du feu et placez de l’encens dessus,
devant
l’Éternel;
et il arrivera que l’homme que
l’Éternel
aura
choisi,
celui-là sera saint. C’en est assez, fils de Lévi!» (Versets 4-7.)
C’était placer l’affaire en de bonnes mains. Moïse met en première ligne les
droits souverains de l'Éternel. «L’Éternel fera connaître» et «l’Éternel
choisira». Il ne dit pas un seul mot sur lui-même ou sur Aaron. Toute la
question repose sur la nomination et sur le choix, faits par l’Éternel. Les deux
cent cinquante rebelles sont placés face à face avec le Dieu vivant. Ils sont
appelés à paraître en sa présence avec leurs encensoirs en leurs mains, afin que
toute l’affaire soit examinée et définitivement résolue devant ce grand tribunal
après lequel il ne peut pas y avoir d’appel. Il n’aurait évidemment servi de
rien que Moïse et Aaron eussent prononcé un jugement, puisqu’ils étaient
défendeurs dans la cause. Mais Moïse désirait que toutes les parties fussent
citées devant Dieu pour y juger et vider le différend.
C’était la vraie humilité, la vraie sagesse. Il est toujours bon, quand les gens
recherchent une position, de la leur laisser occuper, au contentement de leur
cœur; car assurément la place même à laquelle ils ont follement aspiré sera le
théâtre de leur défaite signalée et de leur déplorable confusion. On peut voir
quelquefois des hommes porter envie à d’autres dans une certaine sphère
d’activité, et aspirer à l’occuper eux-mêmes. Qu’ils l’essayent; et ils sont
sûrs de tomber à la fin, et de se retirer couverts de honte et de confusion de
face. Le Seigneur les confondra certainement tous. Le mieux, pour ceux qui sont
en butte à des attaques envieuses, sera toujours de tomber sur leur face devant
Dieu, et de lui laisser le soin de résoudre la question avec les mécontents.
«Et Moïse dit à Coré: Écoutez, fils de Lévi: Est-ce peu de chose pour vous que
le Dieu d’Israël vous ait séparés de l’assemblée d’Israël, en vous faisant
approcher de lui pour faire le service du tabernacle de l’Éternel, et pour vous
tenir devant l’assemblée afin de la servir, — qu’il t’ait fait approcher,
toi
et tous tes frères, les fils de Lévi, avec toi;…que
vous
recherchiez
aussi
la
sacrificature?
C’est pourquoi, toi et toute ton assemblée, vous vous êtes rassemblés contre
l’Éternel; et Aaron, qui est-il, que vous murmuriez contre lui?» (Vers. 8-11.)
Ici nous sommes conduits à la véritable cause de cette terrible conspiration.
Nous voyons l’homme qui l’a provoquée, et l’objet qu’il désirait. Moïse
s’adresse à Coré et l’accuse d’aspirer à la sacrificature. Il est important que
le lecteur saisisse clairement ce point, selon l’enseignement de l’Écriture. Il
faut qu’il voie ce qu’était Coré — ce qu’était son œuvre — et quel était l’objet
de sa turbulente ambition. Il faut qu’il voie toutes ces choses, s’il veut
comprendre la vraie force et le vrai sens de cette expression de Jude «la
contradiction de Coré».
Qu’était donc Coré? C’était un Lévite qui, comme tel, était appelé à servir et à
enseigner «Ils enseigneront tes ordonnances à Jacob et ta loi à Israël» (Deut.
33:10). Le Dieu d’Israël vous a fait «approcher de lui pour faire le service du
tabernacle de l’Éternel, et pour vous tenir devant l’assemblée afin de la
servir.» Tel était Coré, et telle était sa sphère d’activité. Mais à quoi
aspirait-il?
À
la
sacrificature.
Et vous rechercherez aussi la sacrificature?
Or un observateur superficiel pourrait ne pas remarquer que Coré recherchait
quelque chose pour lui-même. Il semblait défendre les droits de toute
l’assemblée. Mais Moïse, par l’Esprit de Dieu, démasque cet homme et montre que,
sous ce prétexte plausible, il recherchait audacieusement la sacrificature pour
lui-même. Il est bon de remarquer ceci. On verra généralement que ceux qui
parlent bien haut des libertés, des droits et des privilèges du peuple de Dieu,
cherchent en réalité leur propre élévation et leur propre avantage. Non contents
de faire leur propre œuvre, ils cherchent une place qui ne leur convient pas.
Cela n’est pas toujours visible; mais il est sûr que Dieu le manifestera tôt ou
tard; car «c’est à lui à peser les entreprises». Rien n’est plus méprisable,
dans l’assemblée, que de chercher une place pour soi-même. Cela doit
inévitablement finir par le désappointement et la confusion. La grande chose
pour chacun, c’est d’être trouvé occupant sa place assignée et faisant son œuvre
déterminée; plus cela se fera humblement, tranquillement et simplement, mieux
cela vaudra. -
Or Coré n’avait pas appris ce principe simple mais salutaire. Mécontent de sa
position et de son service divinement assignés, il aspirait à quelque chose qui
ne lui appartenait pas du tout. Il aspirait à être sacrificateur. Son péché
était celui de la rébellion contre le souverain sacrificateur de Dieu. C’était
«la contradiction de Coré».
Ce fait de l’histoire de Coré n’étant généralement pas compris, on accuse de son
péché tous ceux qui cherchent à exercer un don quelconque qui leur aurait été
conféré par le Chef de l’Église. Un tel jugement est totalement dénué de
fondement. Prenez, par exemple, un homme auquel Christ a manifestement conféré
le don d’évangélisation. Devons-nous le supposer coupable du péché de Coré parce
qu’en vertu du don et de la mission de Dieu, il s’en va prêcher l’évangile?
Doit-il prêcher ou ne le doit-il pas? Le don de Dieu et son appel sont-ils
suffisants? Agit-il en rebelle celui qui prêche l’évangile, dans de telles
conditions?
Il en est de même pour ce qui regarde le pasteur ou le docteur. Est-il coupable
du péché de Coré, en exerçant le don spécial qu’il a reçu du Chef de l’Église?
Le don de Christ ne fait-il pas un homme ministre? Que lui manque-t-il pour
servir? N’est-il pas clair pour tout esprit sans préventions — — pour quiconque
se laisse enseigner par l’Écriture — que la possession d’un don, octroyé d’en
haut, suffit seule pour faire d’un homme un ministre? N’est-il pas également
évident que, quoique un homme ait tout ce qu’il est possible d’avoir sans ce don
de la part du Chef de l’Église, il n’est pas ministre? Nous avouons ne pas
comprendre comment on peut élever des doutes sur des questions aussi claires.
Nous parlons, qu’on s’en souvienne, des dons spéciaux pour le service
dans
l’Église.
Sans doute chaque membre du corps de Christ a quelque ministère à remplir,
quelque œuvre à faire. Ceci est compris par tout chrétien intelligent. Il est
bien évident que l’édification du corps n’est pas seulement le fruit de l’action
de quelques dons éminents, mais aussi de l’opération de tous les membres dans
leurs positions respectives, comme nous le lisons en Éphésiens 4:15-16: «Mais
que, étant vrais dans l’amour, nous croissions en toutes choses jusqu’à lui qui
est le chef, le Christ; duquel tout le corps, bien ajusté et lié ensemble par
chaque
jointure
du
fournissement,
produit, selon l’opération de chaque partie dans sa mesure, l’accroissement du
corps pour l’édification de lui-même en amour.»
Tout cela est aussi clair que l’Écriture peut le rendre. Mais quant aux dons
spéciaux, tels que l’évangéliste, le pasteur, le prophète ou le docteur, Christ
seul est celui qui les donne. La seule et unique possession des dons conférés à
de tels hommes, en fait des ministres (Éph. 4:11-12; 1 Cor. 12:11). D’un autre
côté, toute l’éducation et toutes les institutions humaines, sous le soleil, ne
pourraient pas faire d’un homme un évangéliste, un pasteur ou un docteur, à
moins qu’il n’ait reçu, de la Tête de l’Église, un don spécial et positif. Nous
croyons en avoir assez dit pour prouver au lecteur que c’est une très grave
erreur que d’accuser des hommes de l’affreux péché de Coré, parce qu’ils
exercent librement des dons qui leur ont été départis par le grand Chef de
l’Église. En fait, ils pécheraient gravement en ne les exerçant pas.
Or il existe une différence capitale entre le ministère (ou le service) et la
sacrificature. Coré n’aspirait pas à devenir ministre; il l’était. Il aspirait à
devenir sacrificateur; et il ne pouvait pas l’être. La sacrificature était
dévolue à Aaron et à sa famille ç’aurait été, de la part de n’importe qui, en
dehors de cette famille, une téméraire usurpation que de vouloir offrir des
sacrifices, ou accomplir quelque autre fonction sacerdotale. Or Aaron était un
type de notre Grand Souverain Sacrificateur qui est monté dans les cieux — Jésus
Fils de Dieu. Les cieux sont la sphère de Son ministère. «Si donc il était sur
la terre, il ne serait pas sacrificateur» (Héb. 8:4).
«Notre Seigneur a surgi de Juda, tribu à l’égard de laquelle Moïse n’a rien dit
concernant des sacrificateurs» (Héb. 7:14). Il n’y a pas de sacrificature sur la
terre, maintenant, sauf dans ce sens que tous les croyants sont sacrificateurs.
Ainsi nous lisons dans Pierre: «Mais vous, vous êtes une race élue, une
sacrificature royale.» (1 Pierre 2:9.)
Tout chrétien est sacrificateur selon le sens de cette expression. Le plus
faible croyant, dans l’Église de Dieu, est aussi bien sacrificateur que Paul
l’était. Ce n’est pas une question de capacité ou de puissance spirituelles,
mais purement de position. Tous les croyants sont des sacrificateurs et sont
appelés, comme tels, à offrir des sacrifices spirituels, selon Héb. 13:15-16:
«Offrons donc, par lui, sans cesse à Dieu
un
sacrifice
de
louanges,
c’est-à-dire le fruit des lèvres qui confessent son nom. Mais n’oubliez pas la
bienfaisance, et de faire part de vos biens, car Dieu prend plaisir à de
tels
sacrifices.»
Telle est la sacrificature chrétienne. Le lecteur est prié de remarquer
soigneusement que, aspirer à quelque forme de sacrificature autre que celle-là —
se charger de quelque autre prétendue fonction sacerdotale — établir une autre
caste quelconque de sacrificateurs — séparer une
caste
sacerdotale, ou mettre à part un certain nombre d’hommes consacrés pour agir en
faveur de leurs semblables, ou pour accomplir,
à
leur
place,
un culte ou tout autre service sacerdotal devant Dieu — c’est, en principe,
exactement le péché de Coré. Nous ne parlons que du principe, et non des
personnes. Le germe du péché est là, aussi distincte que possible. Le fruit ne
manquera pas d’arriver à sa pleine maturité.
Le lecteur ne saurait être trop simple en étudiant tout ce sujet. Il est, nous
pouvons le dire, d’une importance capitale en ce moment, et doit être examiné à
la seule lumière des Saintes Écritures nullement sous l’influence de la
tradition, ou de l’histoire ecclésiastique. «Quels sont aujourd’hui les vrais
coupables du péché de Coré? Ceux qui cherchent à exercer un don, quel qu’il
soit, conféré à eux par la Tête de l’Église, ou bien ceux qui exercent un
ministère ou qui s’attribuent un office sacerdotal, dépendant uniquement de
Christs lui-même?» Cette solennelle question ne doit être posée et résolue qu’à
la lumière de la Parole. Puissions-nous l’examiner avec calme en la présence de
Dieu et demeurer fidèles à celui qui n’est pas seulement notre Sauveur clément,
mais notre souverain Seigneur!
Le reste du chapitre offre une peinture très saisissante du jugement de Dieu
exécuté sur Coré et sur les siens. L’Éternel résout bien vite la question
soulevée par ces hommes rebelles. Le récit seul en est effrayant au-delà de
toute expression. Que doit donc avoir été le fait lui-même? La terre ouvrit sa
bouche et engloutit les trois principaux promoteurs de la rébellion; et le feu
de l’Éternel descendit et consuma les deux cent cinquante hommes qui
entreprirent d’offrir de l’encens. (Vers. 35.)
«Et Moïse dit: A ceci vous connaîtrez que l’Éternel m’a envoyé pour faire toutes
ces œuvres, car elles ne sont pas sorties de mon cœur; si ceux-là meurent selon
la mort de tout homme, et s’ils sont visités de la visitation de tout homme,
l’Éternel ne m’a pas envoyé; mais si l’Éternel crée une chose nouvelle, et que
le sol ouvre sa bouche et les engloutisse avec tout ce qui est à eux, et qu’ils
descendent vivants dans le shéol, alors vous saurez que ces hommes ont méprisé
l’Éternel.» (Vers. 28-30.)
Moïse pose ainsi la question uniquement entre l'Éternel et les rebelles. Il peut
en appeler à Dieu, et laisser tout entre ses mains. C’est le vrai secret de la
puissance morale. L’homme qui ne se recherche pas lui-même — qui n’a d’autre but
ou d’autre objet que la gloire de Dieu, peut attendre avec confiance l’issue de
toute difficulté. Mais, pour cela, son œil doit être simple, son cœur intègre,
ses intentions pures. Les fausses prétentions, l’envie et la présomption, ne
peuvent plus subsister lorsque la terre ouvre sa bouche et que le feu de
l’Éternel dévore tout alentour. Il est aisé de faire le fanfaron, de se vanter
et d’employer de grands mots, lorsque tout est en repos. Mais dès que Dieu
paraît avec son jugement terrible, l’aspect des choses change rapidement.
«Et il arriva, comme il achevait de prononcer toutes ces paroles, que le sol qui
était sous eux se fendit; et la terre ouvrit sa bouche, et les engloutit, eux et
leurs maisons, et tous les hommes qui étaient à Coré, et tout leur avoir. Et ils
descendirent vivants dans le shéol, eux et tout ce qui était à eux; et la terre
les couvrit, et ils périrent du milieu de la congrégation. Et tout Israël qui
était autour d’eux s’enfuit à leur cri; car ils disaient:…De peur que la terre
ne nous engloutisse.» (Vers. 31-34.)
Vraiment «c’est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu
vivant.» «Dieu est extrêmement redoutable dans l’assemblée des saints, et
terrible au milieu de tous ceux qui l’entourent.» «Car aussi notre Dieu est un
feu consumant.» Combien il eût mieux valu pour Coré qu’il se fût contenté de son
service lévitique, lequel était de l’ordre le plus élevé. Son emploi comme
Kehathites était de porter quelques-uns des vaisseaux les plus précieux du
sanctuaire. Mais il aspirait à la sacrificature, et il tomba dans l’abîme.
Mais ce ne fut pas tout. À peine le sol s’était-il refermé sur les rebelles
qu’«il sortit du feu de la part de l’Éternel, et il consuma les deux cent
cinquante hommes qui présentaient l’encens.» Ce fut une scène épouvantable, une
manifestation terrible du jugement de Dieu sur l’orgueil et les prétentions de
l’homme. Il est inutile à l’homme de vouloir s’élever contre Dieu, car il
résiste aux orgueilleux, mais il donne la grâce aux humbles. Quelle complète
folie, chez des vers de terre, que de vouloir s’élever contre le Dieu
Tout-Puissant!
Si Coré et ceux qui étaient avec lui avaient été humbles, soumis à Dieu,
contents de la position que Dieu leur avait assignée — cette position eût-elle
été aussi humble qu’elle était brillante — ils auraient été honorés par Dieu et
n’auraient pas rempli le cœur de leurs frères d’épouvante et de deuil. Ils
voulurent être quelque chose quoique n’étant rien, et tombèrent dans l’abîme.
Sous le gouvernement, moral de Dieu, la destruction suit inévitablement
l’orgueil. Puisons dans l’étude du chapitre 16 des Nombres un sentiment plus vif
de la valeur d’un esprit humble et contrit. Nous sommes dans un moment où
l’homme tend de plus en plus à s’élever. «Excelsior»
est une devise très populaire maintenant. Prenons garde à notre manière de
l’interpréter et de l’appliquer. «Celui qui s’élève sera abaissé.» Si nous
sommes gouvernés par la règle du royaume de Dieu, nous verrons que le seul moyen
d’être élevé c’est de descendre. Celui qui occupe maintenant la place suprême
dans les cieux est celui qui a pris volontairement la place la plus humble
ici-bas (Phil. 2:5-11).
Voilà notre modèle comme chrétiens; là aussi est l’antidote divin contre
l’orgueil et l’ambition séditieuse des hommes de ce monde. Rien n’est plus
triste que de voir un esprit présomptueux, remuant, vain et impatient, chez ceux
qui font profession de suivre Celui qui était doux et humble de cœur. S’examiner
dans la présence de Dieu, puis être souvent seul avec Lui, est le souverain
remède contre l’orgueil et la satisfaction de soi-même. Puissions-nous en
connaître la réalité dans le secret de nos âmes! Que le Seigneur dans sa bonté
nous rende réellement humbles dans toutes nos voies, et nous donne de nous
appuyer simplement sur lui-même et de n’être rien à nos propres yeux.
Le dernier paragraphe de notre chapitre démontre, de la manière la plus
frappante, le mal incorrigible du cœur naturel. On pouvait vraiment espérer
qu’après les scènes impressionnantes qui s’étaient passées devant elle,
l’assemblée aurait appris des leçons profondes et durables. Ayant vu la terre
ouvrir sa bouche — ayant entendu les cris déchirants des rebelles qui
disparaissaient dans l’abîme — ayant vu le feu de l’Éternel descendre et
consumer, en un moment, deux cent cinquante des principaux de l’assemblée —
ayant été témoins de telles preuves du jugement divin — d’un tel déploiement de
la puissance et de la majesté de Dieu — ce peuple, aurait-on dû supposer,
allait, désormais, marcher paisiblement et humblement, sans que les accents du
mécontentement et de la rébellion se fissent de nouveau entendre dans leurs
tentes.
Hélas! on aurait beau enseigner ces choses à l’homme, la chair est complètement
incurable. Cette vérité se révèle à chaque page du volume de Dieu. Elle est
démontrée dans les dernières lignes du chapitre 16: «Et le lendemain». Pensez-y!
Ce ne fut pas un an, ou un mois, ou même une semaine après les scènes
effrayantes sur lesquelles nous nous sommes arrêtés; mais «Et le lendemain,
toute
l’assemblée
(non plus simplement quelques esprits téméraires) des fils d’Israël murmura
contre Moïse et contre Aaron, disant: Vous avez mis à mort le peuple de
l’Éternel. Et il arriva, comme l’assemblée se réunissait contre Moïse et contre
Aaron, qu’ils regardèrent vers la tente d’assignation; et voici, la nuée la
couvrit, et la gloire de l’Éternel apparut. Et Moïse et Aaron vinrent devant la
tente d’assignation. Et l’Éternel parla à Moïse, disant: Retirez-vous du milieu
de cette assemblée, et je les consumerai en un moment.» (Vers. 41-45.)
Voici, pour Moïse, une nouvelle occasion d’intercession. L’assemblée entière est
de nouveau menacée d’une prompte destruction. Tout paraît sans espoir. La
longanimité de Dieu paraît être à bout; l’épée du jugement est sur le point de
tomber sur toute la congrégation, et l’on voit, justement alors, que les
rebelles et le peuple trouvent leur seul espoir dans cette sacrificature qu’ils
avaient méprisée, et que les hommes mêmes qu’ils avaient accusés de faire mourir
le peuple de l’Éternel, sont des instruments de Dieu pour sauver leur vie. «Et
ils tombèrent sur leurs faces. Et Moïse dit à Aaron: Prends l’encensoir, et
mets-y du feu de dessus l’autel, et mets-y de l’encens, et porte-le promptement
vers l’assemblée, et fais propitiation pour eux; car la colère est sortie de
devant l’Éternel, la plaie a commencé. Et Aaron le prit, comme Moïse lui avait
dit, et il courut au milieu de la congrégation; et voici, la plaie avait
commencé, au milieu du peuple. Et il mit l’encens, et fit propitiation pour le
peuple. Et il se tint entre les morts et les vivants, et la plaie s’arrêta.»
(Vers. 46-48.)
Cette sacrificature qui avait été si méprisée — pouvait seule sauver le peuple
rebelle et obstiné. Il y a quelque chose d’indiciblement béni dans ce dernier
paragraphe. Aaron, le souverain sacrificateur de Dieu, se tient là, entre les
morts et les vivants, et de son encensoir s’élève un nuage d’encens qui monte
jusqu’à Dieu — type frappant de Celui qui, plus grand qu’Aaron, ayant fait, par
Lui-même, une parfaite expiation pour les péchés de son peuple, est toujours
devant Dieu dans tout le parfum de sa Personne et de son œuvre. La sacrificature
pouvait seule conduire le peuple à travers le désert. C’était la ressource riche
et convenable de la grâce divine. Le peuple était redevable à l’intercession du
souverain sacrificateur d’être préservé des justes conséquences de ses murmures
rebelles. S’il avait été traité simplement sur le principe de la justice, tout
ce qui pouvait être dit, c’était: «Laissez-moi et je les consumerai en un
moment».
Tel est le langage de la pure et inflexible justice. La destruction immédiate
est l’œuvre de la justice. La pleine et finale délivrance est l’œuvre glorieuse
et caractéristique de la grâce divine — «grâce régnant par la justice». Si Dieu
avait agi uniquement en justice envers son peuple, son Nom n’aurait pas été
pleinement glorifié, puisque ce Nom implique, outre sa justice, d’autres
attributs, tels que l’amour, la miséricorde, la bonté, la clémence, le support,
une compassion profonde et inépuisable. Or aucune de ces choses n’aurait été
connue si le peuple avait été consumé en un moment, et par conséquent le nom de
l'Éternel n’aurait pas été glorifié, ou pleinement déclaré. «À cause de mon nom
je différerai ma colère, et à cause de ma louange je me retiendrai à ton égard,
pour ne pas te retrancher… À cause de moi-même, à cause de moi-même, je le
ferai; car comment mon nom serait-il profané? Et je ne donnerai pas ma gloire à
un autre» (Ésaïe 48:9, 11).
Combien n’est-il pas précieux que Dieu agisse envers nous, pour nous, et en nous
pour glorifier son Nom! Combien il est merveilleux aussi que sa gloire
resplendisse sur tout, et même qu’elle ne soit pleinement manifestée que dans le
vaste plan formé par son cœur, et dans lequel il se révèle comme «Dieu juste et
Sauveur». Précieux nom pour un pauvre pécheur perdu! Il contient tout ce dont
l’homme peut avoir besoin pour le temps et pour l’éternité. Il le saisit dans la
profondeur de sa misère, comme un coupable digne de l’enfer; le porte à travers
les luttes variées, les épreuves et les douleurs du désert et, finalement, le
conduit en haut, dans ce séjour heureux et béni où le péché et le chagrin ne
peuvent jamais entrer.