Livre
des Nombres
C. H.
Mackintosh
«Et il
les fit marcher par les abîmes comme par le désert.» (Ps. 106:9)
Chapitres 1 et 2
Nous entreprenons maintenant l’étude de la quatrième grande division du
Pentateuque, ou des cinq livres de Moïse. Nous trouverons le caractère essentiel
de ce livre aussi fortement marqué que celui des trois précédents qui nous ont
déjà occupés. Dans le livre de la Genèse, après le récit de la création, du
déluge et de la dispersion de Babel, nous avons l’élection, selon Dieu, de la
semence d’Abraham. Dans le livre de l’Exode, nous trouvons la rédemption. Le
Lévitique nous parle de la communion par le moyen du culte sacerdotal. Dans les
Nombres, nous voyons la marche et la lutte au milieu du désert. Tels sont, dans
ces très précieuses parties de l’inspiration, les sujets principaux, à côté
desquels, comme on pouvait s’y attendre, plusieurs autres points du plus profond
intérêt sont présentés. Le Seigneur, dans sa grande miséricorde, nous a conduits
dans l’étude de la Genèse, de l’Exode et du Lévitique; et nous pouvons compter
sur Lui pour être guidé dans l’examen du livre des Nombres. Que son Esprit
dirige les pensées et conduise la plume, afin que nous n’émettions aucune
opinion qui ne soit en rigoureux accord avec sa divine pensée. Puissent chaque
page et chaque paragraphe porter le sceau de son approbation et contribuer, tout
d’abord, à sa gloire, puis au profit durable du lecteur!
«Et l’Éternel parla à Moïse, au désert de Sinaï, dans la tente d’assignation, le
premier [jour] du second mois de la seconde année après leur sortie du pays
d’Égypte, disant: Relevez la somme de toute l’assemblée des fils d’Israël, selon
leurs familles, selon leurs maisons de pères, suivant le nombre des noms, tous
les mâles, par tête: depuis l’âge de vingt, ans et au-dessus, tous ceux d’Israël
qui sont propres au service militaire, vous les compterez selon leurs armées,
toi et Aaron.» (Chap. 1:1-3.)
Ici, nous nous trouvons, dès le principe, «dans le désert», où l’on ne tient
compte que de ceux qui «sont propres au service militaire». Cela est
formellement signalé. Dans le livre de la Genèse, la semence d’Israël est
présentée comme étant encore dans les reins de leur père Abraham. Dans le livre
de l’Exode, les Israélites étaient auprès des fours à briques de l’Égypte. Dans
le Lévitique, ils étaient assemblés autour du tabernacle d’assignation. Dans les
Nombres, ils sont vus au désert. Ou bien encore, sous un autre point de vue en
parfaite harmonie avec ce qui précède et le confirmant: dans la Genèse, nous
entendons l’appel de Dieu en élection; dans l’Exode, nous contemplons le sang de
l’Agneau versé pour la rédemption; dans le Lévitique, nous sommes presque
exclusivement occupés du culte et du service du sanctuaire; mais à peine
ouvrons-nous le livre des Nombres que nous y voyons figurer des hommes de
guerre, des armées, dés étendards, des camps, des trompettes sonnant l’alarme.
Tout ceci est très caractéristique, et nous montre le livre que nous allons
étudier comme ayant une valeur, une importance et un intérêt particuliers pour
le chrétien. Chaque livre de la Bible, chaque division du canon inspiré a sa
place propre et son objet distinct dans cette sainte galerie, chacun d’eux a, si
j’ose m’exprimer ainsi, la niche qui lui, est assignée par son divin Auteur.
Nous ne devons pas avoir un seul instant la pensée d’établir aucune comparaison
entre ces diverses portions du Livre, sous le rapport de leur valeur
intrinsèque, de leur intérêt et de leur importance. Tout est divin et par
conséquent parfait. Le lecteur chrétien le croit pleinement et de tout son cœur.
Il met avec révérence son sceau à la vérité de l’inspiration plénière des
Saintes Écritures, de toute l’Écriture, et du Pentateuque entre autres, et il ne
se laisse nullement ébranler sur ce sujet, par les attaques téméraires et impies
des infidèles de l’antiquité, du moyen âge et des temps modernes. Les incrédules
et les rationalistes peuvent mettre en avant leurs raisonnements profanes,
montrant ainsi leur inimitié contre le Livre et contre son Auteur; mais le
chrétien pieux se repose, en dépit de tout, dans l’assurance bienheureuse et
simple «que toute écriture est inspirée de Dieu» (2 Tim. 3, 16).
Mais, tout en rejetant entièrement l’idée d’une comparaison entre les divers
livres de la Bible, quant à leur autorité et à leur valeur, nous pouvons
cependant, avec beaucoup de profit, comparer le contenu, le but et le plan de
ces livres. Et plus nous méditerons profondément sur ces choses, plus nous
serons fortement frappés de l’exquise beauté, de l’infinie sagesse et de la
merveilleuse précision du volume entier et de chacune de ses divisions
particulières. L’écrivain inspiré ne s’écarte jamais de l’objet direct du livre,
quel que soit cet objet. On ne trouvera jamais, dans aucun livre de la Bible,
rien qui ne soit dans la plus parfaite harmonie avec l’intention principale de
ce livre. Si nous voulions développer et prouver cette assertion, il nous
faudrait examiner tout le canon des Saintes Écritures; aussi ne
l’essayerons-nous pas. Le chrétien intelligent n’a pas besoin de preuve, quelque
intérêt qu’il pût y prendre. Il s’arrête au grand fait que le Livre est de Dieu,
dans son entier et dans toutes ses parties; et son cœur est assuré qu’il n’y a
pas, dans ce tout et dans chacune de ces parties, un seul iota ou un seul trait
de lettre qui ne soit, à tous égards, digne du divin Auteur.
Écoutez les paroles suivantes de quelqu’un qui est profondément convaincu de la
divine inspiration des Écritures que Dieu nous a données, qui est affermi dans
cette conviction par les découvertes journalières et croissantes qu’il fait de
leur plénitude, de leur profondeur et de leur perfection, et qui, par la grâce,
est rendu toujours plus sensible, soit à l’admirable exactitude des parties,
soit à la merveilleuse harmonie de l’ensemble: «Les Écritures ont une source
vivante, dit cet écrivain, et une puissance vivante a présidé à leur
composition; de là vient leur portée infinie et l’impossibilité d’y séparer une
partie quelconque de sa relation avec le tout, parce qu’un seul Dieu est le
centre vivant d’où tout découle; un seul Christ est le centre vivant autour
duquel se groupent toutes ses vérités, et auquel elles se rapportent, quoique en
des gloires variées; et un seul Esprit est la sève divine, qui porte son pouvoir
de sa source en Dieu aux plus petites branches de la vérité qui unit tout,
rendant témoignage à la gloire, à la grâce et à la vérité de Celui que Dieu
présente comme le but, le centre et la tête de tout ce qui est en relation avec
Lui-même; de Celui qui, en même temps, est Dieu sur toutes choses, béni
éternellement… Plus nous avons suivi cette sève jusqu’à son centre, d’où nous
avons abaissé nos regards vers son étendue et son rayonnement, à partir des
dernières ramifications de cette révélation de Dieu, par laquelle nous avons été
atteints lorsque nous étions éloignés de Lui, plus aussi nous en découvrons
l’infini et notre propre faiblesse de conception. Nous apprenons, béni soit
Dieu, que l’amour, qui en est la source, se trouve dans une perfection sans
mélange et dans le plein développement de ses manifestations qui sont parvenues
jusqu’à nous, même dans notre état de ruine. Le même Dieu parfait en amour s’y
montre partout. Mais les révélations de la sagesse divine dans les conseils par
lesquels Dieu s’est fait connaître, demeurent à jamais pour nous un sujet de
recherches, où chaque nouvelle découverte, en augmentant notre intelligence
spirituelle, fait que l’infinité du tout, et la manière dont cette infinité
surpasse toutes nos pensées, sont de plus en plus évidentes pour nous.»
C’est vraiment rafraîchissant de transcrire de pareilles lignes de quelqu’un
qui, pendant quarante ans, a profondément étudié l’Écriture. Elles sont d’une
valeur inexprimable, dans un moment où tant d’hommes se montrent disposés à
traiter avec dédain le volume sacré; non pas pourtant que nous fassions
dépendre, en aucune manière, du témoignage humain, nos conclusions sur la divine
origine de la Bible, car ces conclusions reposent sur un fondement que la Bible
fournit elle-même. La Parole de Dieu, aussi bien que ses œuvres, parle pour
elle-même; elle se recommande par elle-même; elle parle au cœur, elle atteint
jusqu’aux grandes racines morales de notre être; elle pénètre les plus intimes
profondeurs de notre âme, elle nous montre ce que nous sommes; elle parle comme
aucun autre livre ne pourrait le faire; et comme la femme de Sichar concluait
qu’il fallait que Jésus fût le Christ, parce qu’il lui avait dit tout ce qu’elle
avait fait, de même nous pouvons dire, à l’égard de la Bible: Elle nous dit tout
ce que nous avons fait, n’est-ce pas ici la Parole de Dieu? Sans doute, c’est
par l’enseignement de l’Esprit que nous pouvons discerner et apprécier
l’évidence et les lettres de créance avec lesquelles la Sainte Écriture se
présente à nos yeux; néanmoins elle parle pour elle-même, et n’a pas besoin du
témoignage de l’homme pour être rendue précieuse à l’âme. Nous ne devrions pas
plus songer à fonder notre foi à la Bible sur un témoignage favorable de
l’homme, que nous ne penserions à la voir ébranler par un témoignage humain qui
lui serait contraire.
Il est de la plus haute importance en tous temps, mais plus spécialement de nos
jours, d’avoir le cœur et l’esprit fermement établis dans la grande vérité de
l’autorité divine de la Sainte Écriture, de son inspiration plénière, de sa
complète suffisance pour tous les besoins, pour toutes les âmes et pour toutes
les époques. Il y a au dehors deux influences hostiles: l’incrédulité d’une part
et la superstition de l’autre. La première nie que Dieu nous ait parlé dans sa
Parole; la seconde admet qu’il ait parlé, mais elle nie que nous puissions
comprendre ce qu’il dit, à moins que ce ne soit par l’interprétation de
l’église.
Or, tandis que plusieurs reculent avec horreur devant l’impiété et l’audace de
l’incrédulité, ils ne voient pas que la superstition les prive tout aussi
complètement des Écritures. Car, nous le demandons, en quoi consiste la
différence entre nier que Dieu nous ait parlé, et nier que nous puissions
comprendre ce qu’il dit? Dans l’un et l’autre cas, ne sommes-nous pas privés de
la Parole de Dieu? Incontestablement. Si Dieu ne peut pas me faire comprendre ce
qu’il dit, s’il ne peut pas me donner l’assurance que c’est lui-même qui parle,
je ne suis nullement plus avancé que s’il n’avait point parlé du tout. Si la
Parole de Dieu n’est pas suffisante sans l’interprétation de l’homme, alors elle
ne peut nullement être la Parole de Dieu. De deux choses l’une: ou Dieu n’a pas
parlé du tout; ou bien, s’il a parlé, sa parole est parfaite. Il n’y a pas
d’autre alternative: il faut nécessairement se prononcer pour l’une ou l’autre
de ces assertions. Dieu nous a-t-il donné une révélation? L’incrédulité dit:
«Non». La superstition dit: «Oui, mais on ne peut la comprendre sans l’autorité
humaine». Nous sommes donc, dans un cas comme dans l’autre, privés de
l’inestimable trésor de la précieuse Parole de Dieu; et ainsi l’incrédulité et
la superstition, si différentes en apparence, se rencontrent en ce seul point,
pour nous ôter une révélation divine.
Mais, béni soit Dieu de ce qu’il nous a donné une révélation. Il a parlé, et sa
parole peut atteindre et le cœur et l’entendement. Dieu peut donner la certitude
que c’est lui qui parle, et nous avons besoin pour cela d’aucune intervention
d’autorité humaine. Nous n’avons pas besoin d’un pauvre lumignon pour nous
rendre capables de voir que le soleil resplendit. Les rayons de cet astre
glorieux ont assez de lumière par eux-mêmes sans qu’il soit nécessaire d’y
ajouter une autre misérable ressource. Tout ce qu’il nous faut, c’est de nous
tenir au soleil, et nous serons convaincus qu’il brille. Si nous nous retirons
sous une voûte ou dans un souterrain nous n’en sentirons pas l’influence. Il en
est justement ainsi de l’Écriture. Si nous nous plaçons sous les influences
glaciales et ténébreuses de la superstition ou de l’incrédulité, nous
n’éprouverons pas le pouvoir lumineux et fécond de cette divine révélation.
Après ces quelques considérations sur l’ensemble du volume divin, nous en venons
maintenant à l’étude du Livre particulier qui doit nous occuper. Dans le
chapitre 1 des Nombres, nous avons la déclaration de la
Généalogie;
dans le chapitre 2, la reconnaissance de la
Bannière.
«Et Moise et Aaron prirent ces hommes-là, qui avaient été désignés par leurs
noms, et ils réunirent toute l’assemblée, le premier [jour] du second mois; et
chacun déclara sa filiation
(ou
généalogie),
selon leurs familles, selon leurs maisons de pères, suivant le nombre des noms,
depuis l’âge de vingt ans et au-dessus, par tête. Comme l’Éternel l’avait
commandé à Moïse, ainsi il les dénombra dans le désert de Sinaï.» (Chapitre
1:17-19.)
Y a-t-il là une voix pour nous, y a-t-il là quelque grande leçon spirituelle
présentée à notre intelligence? Assurément. Et d’abord, ces lignes suggèrent au
lecteur cette importante question: «Puis-je déclarer ma généalogie ou ma
filiation?» Il est grandement à craindre qu’il n’y ait des centaines, sinon des
milliers de chrétiens professants, incapables de le faire. Ils ne peuvent pas
dire avec sincérité et d’une manière positive: «Nous sommes maintenant enfants
de Dieu» (1 Jean
3,
2). «Vous
êtes
tous fils de Dieu par la foi dans le Christ Jésus.» «Or, si vous êtes de Christ,
vous êtes donc la semence d’Abraham, héritiers selon la promesse» (Gal. 3, 26,
29). «Car tous ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu, ceux-là
sont
fils de Dieu.» «L’Esprit lui-même rend témoignage avec notre esprit, que nous
sommes
enfants de Dieu.» (Rom. 8, 14, 16.)
Voilà la «généalogie» du chrétien, et c’est son privilège de pouvoir la
«déclarer». Il est né d’en haut, né de nouveau, né d’eau et d’Esprit,
c’est-à-dire par la Parole et par le Saint Esprit (comparez avec soin Jean 3:5;
Jacques 1:18; 1 Pierre 1:23; Éph. 5:26). Le chrétien fait remonter sa généalogie
directement à un Christ ressuscité et élevé dans la gloire. C’est la généalogie
chrétienne. Quand il s’agit de notre filiation naturelle, si nous remontons à sa
source,
et que nous la déclarions loyalement, il faut que nous voyions et que nous
admettions que nous provenons d’une souche ruinée. Notre famille est déchue, nos
biens sont perdus, notre sang même est corrompu, nous sommes irréparablement
ruinés. Nous ne pourrons jamais regagner notre position originale; notre premier
état et l’héritage qui s’y rattache sont perdus sans retour. Un homme peut
tracer sa ligne généalogique à travers une race de nobles, de princes et de
rois; mais s’il doit franchement «déclarer sa généalogie», il ne peut s’arrêter
qu’à un chef tombé, ruiné, banni. Il faut aller à la
source
d’une chose pour savoir ce qu’elle est réellement. C’est ainsi que Dieu voit les
choses et en juge; et il faut que nous pensions comme lui, si nous voulons
penser droitement. Il faut que le jugement qu’il porte des hommes et des choses
demeure éternellement. Le jugement de l’homme est éphémère, il n’est que d’un
jour; et, par conséquent, selon l’appréciation de la foi et celle du bon sens,
«il m’importe
fort peu,
à moi, que je sois jugé par vous ou de jugement [litt.:
d’un jour] d’homme» (1 Cor. 4:3). Oh! que c’est petit! Puissions-nous sentir
plus profondément combien il est peu important être jugé de jugement d’homme!
Puissions-nous toujours mieux comprendre quelle est la faiblesse de ce jugement!
Cela nous donnerait une calme élévation et une sainte dignité, qui nous
placeraient au-dessus de la scène que nous traversons. Qu’est-ce que le rang
dans cette vie-ci? Quelle importance peut-on attacher à une généalogie qui,
loyalement tracée et fidèlement déclarée, remonte à une souche ruinée? Un homme
peut être fier de sa naissance s’il ne tient pas compte de son origine première:
«Né dans le péché et conçu dans l’iniquité». Telle est l’origine de l’homme,
telle est sa naissance. Qui peut songée à être fier d’une pareille naissance,
d’une semblable origine; qui, sinon celui dont le dieu de ce monde a aveuglé
l’esprit?
Mais comme il en est autrement du chrétien! Sa filiation est céleste. Son arbre
généalogique pousse ses racines dans le sol de la nouvelle création. La mort ne
peut jamais briser cette généalogie, car c’est la résurrection qui l’a formée.
Nous ne pouvons pas être trop simples à cet égard, et il est de la dernière
importance que le lecteur soit tout à fait au clair sur ce point fondamental.
Nous pouvons voir aisément, par ce premier chapitre des Nombres, combien il
était essentiel que chaque membre de l’assemblée d’Israël pût déclarer sa
filiation. L’incertitude sur ce sujet aurait été funeste; elle aurait produit,
une désespérante confusion, elle aurait exclu un fils d’Abraham de la république
d’Israël. Nous pouvons difficilement nous représenter un Israélite qui, appelé à
déclarer sa généalogie, s’exprimerait selon la manière douteuse de plusieurs
chrétiens de nos jours. Nous ne pouvons pas nous le figurer, disant: «Eh bien!
je n’en suis pas bien sûr. Quelquefois je nourris l’espoir d’être de la race
d’Israël; mais d’autres fois je crains vivement de n’appartenir point à la
congrégation du Seigneur. Je suis tout à fait dans l’incertitude et dans les
ténèbres. Pouvons-nous concevoir un tel langage? Assurément non. Encore moins
pourrait-on se figurer quelqu’un soutenant l’idée absurde, que personne ne
pourrait être sûr d’être oui ou non un véritable Israélite, avant le jour du
jugement.
Nous pouvons être assurés que de pareilles idées et de pareils raisonnements,
que des craintes, des questions et des doutes semblables étaient étrangers aux
Israélites. Chaque membre de la congrégation était appelé à déclarer sa
généalogie, avant de prendre sa place dans les rangs comme homme de guerre.
Chacun pouvait dire comme Saul de Tarse: «Circoncis le huitième jour, de la race
d’Israël, etc.» Tout était déterminé, certain et parfaitement établi, s’il
devait y avoir une entrée réelle dans la marche et le combat au milieu du
désert.
Or, ne pouvons-nous pas à bon droit demander: «Si un Juif pouvait être certain
de sa généalogie, pourquoi un chrétien ne pourrait-il pas l’être de la sienne?»
Lecteur, examinez cette question; et si vous faites partie de cette grande
classe de personnes qui ne peuvent jamais arriver à la certitude bénie de leur
lignée céleste, de leur naissance spirituelle, réfléchissez, nous vous en
supplions, et laissez-nous vous parler de ce point important. Il se peut que
vous soyez disposé à demander: «Comment puis-je être sûr que je sois réellement
et vraiment un enfant de Dieu, un membre de Christ, né par la parole et par
l’Esprit de Dieu? Je donnerais tout au monde pour être fixé sur cette grave
question.»
Eh bien alors, nous désirons vivement vous aider à la résoudre, car le but
spécial que nous nous sommes proposé en écrivant ces «Notes», c’est d’assister
les âmes inquiètes, en répondant à leurs questions selon que le Seigneur nous en
rendra capable, en résolvant leurs difficultés et en écartant de leur chemin les
pierres d’achoppement.
Avant tout, signalons un trait caractéristique qui appartient à tous les enfants
de Dieu, sans exception. C’est un trait fort simple, mais très précieux. Si nous
ne le possédons pas, en quelque mesure, c’est la preuve certaine que nous ne
sommes pas de la race du Ciel; mais si nous le possédons, il est évident que
nous sommes de cette race, et que nous pouvons alors, sans aucune difficulté ou
aucune réserve, «déclarer notre généalogie». Or, quel est ce trait? Quel est ce
grand caractère de famille? Notre Seigneur Jésus Christ nous l’indique. Il nous
dit que «la sagesse a été justifiée par
tous
ses enfants» (Luc 7:35; Matthieu 11:19). Tous les enfants de la Sagesse, depuis
les jours d’Abel jusqu’au moment actuel, ont été distingués par ce grand trait
de famille, et il n’y a pas même une seule exception. Tous les enfants de Dieu,
tous les fils de la Sagesse, ont toujours fait voir, en quelque mesure, ce trait
moral: ils ont justifié Dieu.
Que le lecteur pèse cette déclaration. Il se peut qu’il trouve difficile à
comprendre ce que veut dire «justifier Dieu»; mais un passage ou deux de
l’Écriture l’éclaireront parfaitement, nous l’espérons. Nous lisons, en Luc
7,
que: «Tout le peuple qui entendait cela, et les publicains,
justifiaient Dieu,
ayant été baptisés du baptême de Jean; mais les pharisiens et les docteurs de la
loi rejetaient contre eux-mêmes le conseil de Dieu, n’ayant pas été baptisés par
lui» (vers. 29-30). Nous avons ici les deux générations placées, pour ainsi
dire, face à face. Les publicains qui justifiaient Dieu et se condamnaient
eux-mêmes; les pharisiens qui se justifiaient eux-mêmes et jugeaient Dieu. Les
premiers se soumettaient au baptême de Jean, le baptême de la repentance; les
seconds refusaient ce baptême, refusaient de se repentir, de s’humilier et de se
juger eux-mêmes.
Nous avons donc ici les deux grandes classes entre lesquelles toute la famille
humaine a été divisée, dès les jours d’Abel et de Caïn jusqu’au temps actuel.
Nous avons aussi une pierre de touche fort simple pour éprouver notre
généalogie. Avons-nous pris cette place où nous nous condamnons nous-mêmes; nous
sommes-nous prosternés devant Dieu dans une vraie repentance? C’est cela qui
justifie Dieu. Les deux faits vont ensemble, ils ne sont en vérité qu’une seule
et même chose. L’homme qui se condamne lui-même justifie Dieu, et celui qui
justifie Dieu se condamne lui-même. D’un autre côté, l’homme qui se justifie
lui-même, juge Dieu, et celui qui juge Dieu se justifie lui-même.
Il en est ainsi dans tous les cas. De plus, observons que dès qu’on se place sur
le terrain de la repentance et du jugement de soi-même, Dieu prend la place de
Celui qui justifie. Dieu justifie toujours ceux qui se condamnent eux-mêmes.
Tous ses enfants le justifient, et il justifie tous ses enfants. Dès l’instant
que David eut dit «J’ai péché contre l’Éternel», il lui fut répondu: «Aussi
l’Éternel a fait passer ton péché» (2 Sam. 12:13). Le pardon de Dieu suit très
promptement la confession de l’homme.
Il résulte de là que rien ne peut être plus insensé de la part de quelqu’un, que
de se justifier lui-même, vu qu’il faut que Dieu soit justifié en ses paroles et
qu’il ait gain de cause quand il sera jugé. (Comp. Ps. 51:4; Rom. 3:4). Il faut
que Dieu ait le dessus à la fin, et alors on verra dans son vrai jour ce que
vaut toute justification personnelle. Par conséquent, ce qu’il y a de plus sage,
c’est de se condamner soi-même; et c’est aussi ce que font tous les enfants de
la Sagesse. Rien ne signale mieux le caractère des vrais membres de la famille
de la Sagesse que l’habitude et l’esprit du jugement de soi-même. Tandis que,
d’un autre côté, rien ne fait mieux connaître tous ceux qui n’appartiennent pas
à cette famille qu’un esprit de propre justification.
Ces pensées sont dignes de la plus sérieuse attention. La nature blâmera tout et
chacun, excepté elle-même. Mais quand la grâce est à l’œuvre, elle produit une
disposition à juger le
moi
et à prendre une place humble. Là est le vrai secret de la bénédiction et de la
paix. Tous les enfants de Dieu se sont tenus sur ce terrain béni, ont montré ce
beau trait moral et ont atteint cet important résultat. Nous ne pouvons pas
trouver même une seule exception sur ce point dans toute l’histoire de
l’heureuse famille de la Sagesse, et nous pouvons en toute sûreté dire que si le
lecteur a été, en vérité et en fidélité, conduit à se reconnaître perdu, à se
condamner lui-même, à prendre la place de la vraie repentance, il est alors en
réalité un des enfants de la Sagesse, et il peut désormais avec hardiesse et
avec assurance «déclarer sa généalogie».
Nous voudrions, dès le début, insister là-dessus. Il est impossible, pour qui
que ce soit, de reconnaître la véritable «bannière» et de s’y rallier, s’il ne
peut déclarer sa «généalogie». En un mot, il est impossible de prendre une vraie
position dans le désert, aussi longtemps qu’il y a quelque incertitude au sujet
de cette grande question. Comment un Israélite d’autrefois aurait-il pu prendre
sa place dans l’assemblée, comment aurait-il pu se tenir dans les rangs, comment
aurait-il pu espérer de faire quelque progrès dans le désert, s’il n’avait pu
déclarer distinctement sa généalogie?
Cela eût été impossible. Il en est justement ainsi du chrétien de nos jours. Il
ne peut pas être question de progrès dans la vie du désert, et de succès dans le
combat spirituel, s’il reste en lui de l’incertitude sur sa généalogie
spirituelle. Il faut que l’on puisse dire: «Nous
savons
que nous sommes passés de la mort à la vie». «Nous
savons
que nous sommes de Dieu.» «Nous croyons et nous savons» (1 Jean 3:14; 5:19; Jean
6:69), avant qu’il soit possible de faire des progrès réels dans la vie et dans
la marche chrétiennes.
Lecteur, pouvez-vous déclarer votre généalogie? Est-ce là pour vous une chose
parfaitement établie? Êtes-vous à cet égard convaincu jusque dans les
profondeurs de votre âme? Lorsque vous êtes seul à seul avec Dieu, est-ce une
question entièrement réglée entre vous et lui? Examinez et voyez.
Assurez-vous-en. Ne passez pas légèrement sur ce sujet. Ne vous fondez pas sur
une simple profession. Ne dites pas «Je suis membre de cette église; je prends
la cène; j’admets telles et telles doctrines; j’ai été élevé dans la piété; je
mène une vie morale; je n’ai fait aucun tort à personne; je lis la Bible et je
dis mes prières; j’ai dans ma maison le culte de famille; je soutiens
libéralement les œuvres philanthropiques et religieuses.» Tout cela peut être
parfaitement vrai, et cependant vous pouvez n’avoir pas une seule pulsation de
vie divine, un seul rayon de céleste lumière. Aucune de ces choses, même toutes
ces choses réunies ne pourraient être acceptées comme une déclaration de
généalogie spirituelle. Il faut que ce soit l’Esprit qui rende témoignage que
vous êtes enfant de Dieu, et ce témoignage accompagne toujours la foi simple
dans le Seigneur Jésus Christ. «Celui qui croit au Fils de Dieu, a le témoignage
au-dedans de lui-même» (1 Jean 5:10). Il ne s’agit nullement de chercher des
témoignages dans votre propre cœur.
Il ne s’agit pas de vous fonder sur des formes, sur des sentiments et sur des
expériences. Rien de tout cela. Ce qu’il faut, c’est une foi enfantine en
Christ; c’est de posséder la vie éternelle dans le Fils de Dieu, d’avoir le
sceau impérissable du Saint Esprit, et de croire Dieu sur sa parole. «En vérité,
en vérité, je vous dis que celui qui entend ma parole, et qui croit Celui qui
m’a envoyé,
a
la vie éternelle et ne vient pas en jugement; mais il
est
passé
de la mort à la vie» (Jean 5:24).
Voilà la véritable manière de déclarer votre généalogie; et soyez-en sûr, il
faut que vous puissiez la déclarer avant que «d’aller à la guerre». Nous ne
voulons pas dire que, vous ne puissiez être sauvé sans cela. Dieu nous garde
d’une semblable pensée. Nous croyons qu’il y a des centaines de membres du vrai
Israël spirituel, qui ne sont pas en état de déclarer leur généalogie. Mais nous
demandons Sont-ils donc en état d’aller à la guerre, sont-ils de vaillants
soldats de Christ? Bien loin de là. Ils ne savent pas même ce qu’est une
véritable lutte; au contraire, les personnes de cette catégorie prennent leurs
doutes et leurs craintes, leurs moments sombres et tristes, pour le vrai combat
du chrétien. C’est une erreur des plus graves, mais, hélas! des plus communes.
On rencontre souvent des gens dans un état d’âme chétif, ténébreux et légal, qui
cherchent à se justifier en disant que c’est là le terrain de la lutte
chrétienne; tandis que, selon le Nouveau Testament, la vraie lutte du chrétien,
ou le combat, se soutient dans une région où les craintes et les doutes sont
inconnus. C’est quand nous nous tenons dans le jour pur du plein salut de Dieu,
en un Christ ressuscité, que nous entrons réellement dans le combat qui nous est
propre comme chrétiens. Devons-nous un seul instant supposer que nos luttes sous
la loi, notre coupable incrédulité, notre refus de nous soumettre à la justice
de Dieu, nos questions et nos raisonnements puissent être regardés comme une
lutte chrétienne? En aucune façon. Toutes ces choses doivent être considérées
comme une lutte contre Dieu; tandis que la lutte du chrétien a lieu contre
Satan. «Car notre lutte n’est pas contre le sang et la chair, mais contre les
principautés, contre les autorités, contre les dominateurs de ces ténèbres,
contre la puissance spirituelle de méchanceté qui est dans les lieux célestes»
(Éph. 6:12).
Telle est la lutte chrétienne. Mais une semblable lutte peut-elle être soutenue
par ceux qui doutent continuellement s’ils sont chrétiens ou non? Nous ne le
croyons pas. Pourrions-nous nous représenter un Israélite en lutte avec Amalek
dans le désert, ou avec les Cananéens dans la terre promise, tout en étant
encore incapable de «déclarer sa généalogie» ou de reconnaître sa «bannière»? La
chose est inconcevable. Non, non, chaque membre de la congrégation, qui pouvait
aller à la guerre, était parfaitement éclairé et fixé sur ces deux points.
D’ailleurs, il n’aurait pu sortir s’il ne l’avait pas été.
Pendant que nous nous occupons du sujet important de la lutte du chrétien, il
peut être bon d’attirer l’attention du lecteur sur les trois portions du Nouveau
Testament où le combat nous est présenté sous trois faces différentes, savoir
Rom. 7:7-24; Gal. 5:17; Éph. 6:10-17. Si le lecteur veut jeter un moment les
yeux sur ces passages, nous chercherons à lui en signaler le vrai caractère.
En Romains 7:7-24, nous avons la lutte d’une âme vivifiée, mais non affranchie;
d’une âme régénérée, mais sous la loi. La preuve que nous avons là, devant nous,
une âme vivifiée est établie sur des paroles comme celles-ci «Car ce que je
fais, je ne le reconnais pas; — le vouloir est avec moi; —
je
prends plaisir à la loi de Dieu selon l’homme intérieur».
Nulle autre qu’une âme régénérée ne peut parler ainsi. La désapprobation du mal,
la
volonté
de faire le bien, le plaisir intérieur que l’on prend à la loi de Dieu, toutes
ces choses sont les marques distinctives de la nouvelle vie, les précieux fruits
de la régénération. Aucune personne inconvertie ne pourrait en vérité tenir un
pareil langage.
Mais, d’un autre côté, la preuve que nous avons, dans cette écriture, une âme
qui n’est pas pleinement affranchie et qui n’a pas la joie d’une délivrance
connue, la profonde conscience de la victoire et la possession certaine d’un
pouvoir spirituel, la preuve évidente de tout cela, nous la trouvons dans les
paroles suivantes: «Je suis charnel, vendu au péché. — Ce n’est pas ce que je
veux, que je fais, mais ce que je hais, je le pratique. — Misérable homme que je
suis, qui me délivrera?» Or nous savons qu’un chrétien n’est pas «charnel», mais
spirituel; il n’est pas «vendu au péché», mais racheté de sa puissance; il n’est
pas un «misérable homme» soupirant après la délivrance, mais un homme heureux
qui a la conviction de sa délivrance. Il n’est pas un faible esclave, incapable
de faire le bien, et toujours entraîné à faire le mal; il est un homme libre,
doué de puissance par le Saint Esprit, et pouvant dire «Je puis
toutes
choses
en Celui qui me fortifie» (Phil. 4:13).
Nous ne pouvons essayer ici d’entrer dans une entière exposition de ce passage
important de l’Écriture; nous nous bornerons à présenter une ou deux pensées qui
pourront aider le lecteur à en saisir le but et la portée. Nous savons très bien
que plusieurs chrétiens diffèrent beaucoup d’opinion sur le sens de ce chapitre.
Quelques-uns nient qu’il représente les exercices d’une âme vivifiée; d’autres
soutiennent qu’il expose les expériences propres à un chrétien. Nous ne pouvons
admettre ni l’une ni l’autre de ces conclusions. Nous croyons que ce chapitre
décrit les exercices d’une âme vraiment régénérée, mais qui n’est pas encore
rendue libre, par la connaissance de son union avec un Christ ressuscité, et par
la puissance du Saint Esprit. Des centaines de chrétiens sont actuellement dans
la position que nous représente le chapitre 7 des Romains, mais leur place
véritable est dans le 8. Ils sont sous la loi quant à leur expérience. Ils ne se
voient pas scellés du Saint Esprit. Ils ne jouissent pas encore d’une pleine
victoire dans un Christ ressuscité et glorifié. Ils ont des doutes et des
craintes, et sont toujours disposés à s’écrier: «Misérable homme que je suis,
qui me délivrera?» Mais un chrétien n’est-il pas délivré? N’est-il pas sauvé?
N’est-il pas accepté dans le Bien-aimé? N’est-il pas scellé du Saint Esprit de
la promesse? N’est-il pas uni à Christ? Ne devrait-il pas connaître tout cela,
le confesser et en jouir? Incontestablement. Eh bien donc, il n’est plus dans la
position de Romains 7. C’est son privilège d’entonner le chant de la victoire,
regardant le ciel, à côté du sépulcre vide de Jésus, et de marcher dans la
sainte liberté dans laquelle Christ nous a placés en nous affranchissant.
Romains 7 ne parle nullement de la liberté, mais de l’esclavage; excepté, il est
vrai, tout à la fin, où l’âme peut dire: «Je rends grâces à Dieu». Sans doute,
ce peut être un exercice très utile de passer par tout ce qui est détaillé ici
pour nous avec une si merveilleuse puissance; et, de plus, il faut que nous
déclarions que nous préférerions de beaucoup être franchement dans le chapitre 7
des Romains, que faussement dans le 8. Mais tout cela laisse entièrement intacte
la question de l’application particulière de ce passage profondément intéressant
de l’Écriture.
Jetons maintenant un coup d’œil sur la lutte en Galates 5:17. Citons le passage:
«Car la chair convoite contre l’Esprit, et l’Esprit contre la chair; et ces
choses sont opposées l’une à l’autre, afin que vous ne pratiquiez pas les choses
que vous voudriez.» Ce passage est souvent cité comme présentant une continuelle
défaite,
tandis qu’il contient réellement le secret d’une perpétuelle
victoire.
Au verset 16, nous lisons: «Mais je dis: Marchez par l’Esprit, et
vous
n’accomplirez point
la convoitise de la chair.» Cela rend tout très clair. La présence du Saint
Esprit nous assure la puissance. Nous sommes convaincus que Dieu est plus fort
que la chair; et, par conséquent, lorsqu’il combat avec nous, le triomphe est
certain. Qu’on remarque soigneusement aussi que Galates 5:17, ne parle pas du
combat entre les deux natures, la vieille et la nouvelle, mais entre le Saint
Esprit et la chair; c’est pourquoi il est ajouté: «afin que vous ne pratiquiez
pas les choses que vous voudriez». Si le Saint Esprit n’habitait pas en nous,
nous serions sûrs d’accomplir la convoitise de la chair; mais comme il est en
nous pour livrer le combat, nous ne sommes plus obligés de faire mal, mais nous
sommes heureusement rendus capables de faire le bien.
Or, ceci montre précisément le point de différence entre Romains 7:14-15; et
Galates 5:17. Dans le premier passage, nous avons la nouvelle nature, mais sans
la puissance de l’Esprit habitant en nous; dans le second, nous avons, non
seulement la nouvelle nature, mais aussi la puissance du Saint Esprit. Il ne
faut pas que nous oubliions que la nouvelle nature dans le croyant est dans un
état de dépendance. Elle est dépendante de l’Esprit pour la puissance, et
dépendante de la Parole pour la direction. Mais évidemment il faut que la
puissance se manifeste là où se trouve le Saint Esprit. Il peut être contristé
et entravé; mais Gal. 5:16, enseigne clairement que, si nous marchons par
l’Esprit, nous obtenons sur la chair une victoire sûre et constante. Par
conséquent, ce serait une très grave erreur que de citer Gal. 5:17, à l’appui
d’une marche faible et charnelle. Son enseignement est destiné à produire
l’effet contraire.
Et maintenant un mot sur Éphésiens 6:10-17. Ici, nous avons la lutte entre le
chrétien et les puissances spirituelles de méchanceté qui sont dans les lieux
célestes. L’Église est du ciel et devrait toujours avoir une marche et une
conversation célestes. Ce devrait être notre but constant de maintenir notre
position céleste, de placer solidement et de garder nos pieds dans notre
héritage du ciel. Le diable cherche à l’empêcher de toutes les manières; c’est
ce qui produit la lutte, et ce qui fait que nous avons «l’armure complète de
Dieu», par laquelle seule nous pouvons résister à notre puissant ennemi
spirituel.
Nous n’avons pas l’intention de nous arrêter sur l’armure; nous avons voulu
simplement attirer l’attention du lecteur sur ces trois passages de l’Écriture,
afin qu’il pût envisager, sous toutes ses faces, le sujet de la lutte en rapport
avec le commencement du livre des Nombres. Rien ne peut être plus intéressant;
et nous ne pouvons trop apprécier l’importance qu’il y a d’être au clair quant à
la vraie nature du combat chrétien, et au terrain où il se livre. Si nous allons
à la guerre sans savoir ce que c’est, et n’étant pas sûrs que notre «généalogie»
est en règle, nous ne ferons pas beaucoup de chemin contre l’ennemi. Mais, comme
nous l’avons déjà fait remarquer, il y avait une autre chose tout aussi
nécessaire pour l’homme de guerre que la déclaration exacte de sa généalogie;
c’était la reconnaissance distincte de sa bannière. Les deux choses étaient
essentielles pour la marche et le combat dans le désert. D’ailleurs elles
étaient inséparables. Si un homme ne connaissait pas sa filiation, il ne pouvait
pas reconnaître sa bannière, ce qui aurait produit sur tous une désespérante
confusion. Au lieu de garder son rang et de marcher en avant, ils auraient été
dans le chemin les uns des autres et, par conséquent, des obstacles sur ce
chemin. Chacun devait connaître son poste et le garder, connaître sa bannière et
s’y rallier. Ainsi ils avançaient ensemble; il y avait progrès, l’œuvre était
faite, le combat était soutenu. Le Benjaminite avait son poste, l’Éphraïmite le
sien. L’un n’avait pas à s’inquiéter du chemin de l’autre, ni à l’entraver. Il
en était ainsi pour toutes les tribus dans tout le camp de l’Israël de Dieu.
Chacun avait sa généalogie, sa bannière et son poste, et ni l’un ni l’autre ne
dépendaient des propres pensées de l’individu; tout était de Dieu. Il donnait la
généalogie et assignait la bannière; il n’y avait pas lieu à comparer un
Israélite à un autre; il n’y avait rien là qui pût provoquer de la jalousie
entre eux; chacun avait sa place à remplir et son œuvre à faire; et il y avait
assez de travail et de place pour tous. C’était à la fois la plus grande variété
possible et la plus parfaite unité. «Les fils d’Israël camperont chacun près de
sa bannière, sous les enseignes de leurs maisons de pères.» «Et les fils
d’Israël firent selon tout ce que l’Éternel avait commandé à Moïse: ainsi ils
campèrent selon leurs bannières, et ainsi ils partirent, chacun selon leurs
familles, selon leurs maisons de pères» (chap. 2:2, 34).
Ainsi, dans le camp de jadis aussi bien que dans l’Église de maintenant, nous
apprenons que «Dieu n’est pas un Dieu de désordre». Rien ne pouvait être disposé
avec plus d’exactitude que les quatre camps, composés chacun de trois tribus, et
formant un carré parfait, dont chaque côté portait la bannière qui lui était
propre. «Les fils d’Israël camperont chacun près de sa bannière, sous les
enseignes de leurs maisons de pères; ils camperont autour de la tente
d’assignation, à distance, vis-à-vis.» Le Dieu des armées d’Israël savait
comment disposer ses troupes. Ce serait une grande erreur de supposer que les
guerriers de Dieu n’étaient pas rangés selon le plus parfait système de tactique
militaire. Nous pouvons nous glorifier de nos progrès dans les arts et les
sciences, et nous imaginer que l’armée d’Israël, comparée avec ce que l’on peut
voir de nos jours, présentait l’aspect d’un grossier désordre et d’une étrange
confusion. Mais ce serait une pensée frivole. Nous pouvons être certains que le
camp d’Israël était ordonné et pourvu de la manière la plus complète, et cela
pour une raison des plus simples et des plus concluantes, c’est qu’il était
ordonné et pourvu par la main de Dieu. Que l’on nous accorde seulement ceci,
savoir que Dieu a fait toutes choses, et nous concluons, avec la plus grande
assurance que tout a été fait parfaitement.
C’est là un principe très simple, mais très précieux. Naturellement il ne
satisferait pas un incrédule ou un sceptique; qu’est-ce qui pourrait les
satisfaire? L’affaire et la prérogative d’un sceptique, c’est de douter de tout,
de ne rien croire. Il mesure tout à sa propre mesure, et rejette tout ce qu’il
ne peut concilier avec ses propres idées. Il établit, avec un merveilleux
sang-froid, ses prémisses et en tire ensuite ses conclusions. Mais si les
prémisses sont fausses, les conclusions doivent l’être également. Voici un trait
qui accompagne invariablement les prémisses de tous les sceptiques, de tous les
rationalistes et de tous les incrédules, c’est
qu’ils excluent toujours
Dieu,
d’où il s’ensuit que toutes leurs conclusions doivent être fatalement fausses.
D’un autre côté, l’humble croyant prend comme point de départ ce grand et
premier principe, que
Dieu est,
et non seulement qu’il est, mais qu’il a affaire avec ses créatures, qu’il
s’intéresse aux transactions des hommes et s’en occupe.
Quelle consolation pour le chrétien! Mais l’incrédulité n’accepte pas du tout
cela. Introduire Dieu, c’est renverser tous les raisonnements des sceptiques,
car ils sont fondés sur la complète exclusion de Dieu. Quoi qu’il en soit nous
écrivons maintenant, non point pour combattre les incrédules, mais pour
l’édification des croyants. Cependant il est quelquefois bon d’attirer
l’attention sur l’état de complète corruption de tout le système de
l’incrédulité; ce que démontre, avec suffisamment de clarté et de force, le fait
qu’il se base entièrement sur l’exclusion de Dieu. Si ce fait est bien compris,
le système entier s’écroule. Si nous croyons que Dieu est, il faut alors
assurément que chaque chose soit considérée en rapport avec lui. Il faut que
nous voyions tout à son point de vue. Mais ce n’est pas tout. Si nous croyons
que Dieu est, alors nous devons croire aussi que l’homme ne peut pas le juger.
Dieu seul doit être le juge du bien et du mal, de ce qui est digne de lui ou de
ce qui ne l’est pas. Il en est de même relativement à la Parole de Dieu. S’il
est vrai que Dieu est, qu’il nous a parlé et nous a donné une révélation, alors
certainement cette révélation ne doit pas être jugée par la raison humaine. Elle
est en dehors et au-dessus des arrêts d’un pareil tribunal. Quelle prétention de
vouloir juger la Parole de Dieu par les règles du calcul humain! Et pourtant
c’est précisément ce que l’on a fait de nos jours avec ce précieux livre des
Nombres, dont nous nous occupons maintenant, et dont nous allons poursuivre
l’étude en laissant de côté l’incrédulité et son arithmétique.
Nous sentons qu’il est très nécessaire, dans nos notes et dans nos réflexions
sur ce livre, aussi bien que sur les autres, de se rappeler deux choses, savoir
d’abord le
livre,
et ensuite
l’âme:
le livre et son contenu, l’âme et ses besoins. Il est à craindre qu’étant
préoccupé du premier, on n’oublie la seconde. D’un autre côté, il est à craindre
aussi qu’étant absorbé par ce qui concerne l’âme, on n’oublie le livre. Il faut
s’occuper des deux. Et nous pouvons dire que ce qui constitue un ministère
efficace, soit écrit, soit oral, c’est l’accord judicieux de ces deux choses. Il
y a des ministres qui étudient la Parole avec beaucoup de soin et peut-être très
profondément. Ils sont très versés dans la connaissance de la Bible; ils ont
amplement puisé à la source de l’inspiration. Tout cela est de la dernière
importance et de la plus haute valeur. Sans cela un ministère sera tout à fait
stérile. Si un homme n’étudie pas sa Bible avec soin et avec prière, il aura peu
à donner à ses lecteurs ou à ses auditeurs, ou du moins peu qui soit digne
d’être accepté. Ceux qui travaillent dans la Parole doivent creuser pour
eux-mêmes, et «creuser profond».
Mais ensuite il faut prendre en considération
l’âme,
avoir égard à son état et satisfaire ses besoins. Si l’on perd cela de vue,
l’enseignement manquera d’effet et de puissance. Il n’aura rien d’incisif, de
pénétrant. Il sera insuffisant et sans fruit. Il faut, en un mot, que les deux
choses soient réunies, combinées et bien proportionnées. Un homme qui se borne à
étudier le
livre
ne sera point pratique; celui qui se borne à l’étude de
l’âme
sera au dépourvu; mais celui qui étudie dûment les
deux
sera un bon ministre de Jésus Christ.
Or nous désirons, selon notre capacité, être ce dernier pour le lecteur; et, par
conséquent, à mesure que nous avancerons avec lui dans l’étude de ce livre
admirable, qui est ouvert devant nous, nous voudrions non seulement en faire
ressortir les beautés morales et en développer les saintes leçons, mais aussi
nous sentir constamment pénétré de la pensée que c’est notre devoir positif de
poser de temps en temps une question au lecteur quel qu’il soit, pour l’engager
à examiner jusqu’à quel point il apprend ces leçons et apprécie ces beautés.
Nous espérons que le lecteur n’aura pas d’objection contre cette intention, et,
par conséquent, avant de terminer cette première section, nous voulons lui
adresser une ou deux questions qui s’y rapportent.
Et d’abord, cher ami, êtes-vous au clair et fixé quant à votre «généalogie»?
Êtes-vous bien certain que vous êtes du côté du Seigneur? Ne laissez pas, nous
vous en supplions, cette grande question sans l’avoir résolue. Nous vous l’avons
déjà demandé et nous vous le demandons encore: Connaissez-vous, pouvez-vous
déclarer votre filiation spirituelle? C’est la première condition pour être
soldat de Dieu. Il est inutile de penser à entrer dans l’armée militante, aussi
longtemps que vous n’êtes pas fixé sur ce point. Nous ne disons pas qu’un homme
ne puisse pas être sauvé sans cela. Loin de nous cette pensée. Mais il ne peut
pas prendre son rang comme homme de guerre. Il ne peut combattre contre le
monde, la chair et le diable, aussi longtemps qu’il est rempli de doutes et de
craintes sur la question de savoir s’il appartient à la vraie famille
spirituelle. Pour qu’il y ait quelque progrès, pour qu’il y ait cette décision
si indispensable à un guerrier chrétien, il faut qu’on puisse dire: «Nous
savons
que nous sommes passés de la mort à la vie» — «nous
savons
que nous sommes de Dieu».
C’est là le langage convenable à un guerrier. Aucun homme de cette puissante
armée, qui se rassemblait «autour de la tente d’assignation», n’aurait compris
qu’on pût avoir un simple doute ou l’ombre d’un doute sur sa
généalogie propre.
Assurément il aurait souri, si quelqu’un eût soulevé une seule question à ce
sujet. Chacun de ces six cent mille hommes savait bien d’où il provenait et, par
conséquent, où il devait prendre sa place. Ainsi en est-il justement de l’armée
militante de Dieu, de nos jours. Il est nécessaire que chaque membre de cette
armée possède la plus entière certitude quant à sa relation, autrement il ne
pourra pas tenir dans la bataille.
Voyons ensuite la «bannière». Qu’est-ce que c’est? Est-ce une doctrine? Non.
Est-ce un système théologique? Non. Est-ce un règlement ecclésiastique? Non.
Est-ce un système d’ordonnances, de rites ou de cérémonies? Rien de la sorte.
Les soldats de Dieu ne combattent sous aucune bannière semblable. Quel est
l’étendard de cette milice de Dieu? Écoutons et souvenons-nous-en: C’est Christ.
C’est le seul étendard de Dieu, et le seul étendard de cette troupe guerrière
qui campe dans le désert du monde, pour soutenir la lutte contre les armées du
mal, et pour livrer les batailles du Seigneur. Christ est l’étendard pour toutes
choses. Si nous en avions un autre, nous serions incapables de soutenir la lutte
spirituelle à laquelle nous sommes appelés. Qu’avons-nous à faire,
comme
chrétiens,
à nous disputer pour un système de théologie ou d’organisation ecclésiastique?
De quelle importance sont, à nos yeux, les ordonnances, les cérémonies ou les
observances ritualistes? Irons-nous combattre sous de pareilles bannières? À
Dieu ne plaise! Notre théologie, c’est la Bible. Notre organisation
ecclésiastique, c’est le seul Corps, formé par la présence du Saint Esprit, et
uni à la Tête vivante et exaltée dans les cieux. Lutter, pour obtenir quelque
chose de moins, c’est tout à fait au-dessous des attributs d’un guerrier
chrétien.
Hélas! qu’il y ait tant de personnes qui professent d’appartenir à l’Église de
Dieu, tout en oubliant ainsi leur propre bannière et en combattant sous un autre
drapeau! Nous pouvons être certains que cela produit de la faiblesse, fausse le
témoignage et arrête les progrès. Si nous voulons tenir ferme au jour de la
bataille, il faut que nous ne connaissions d’autre étendard que Christ et sa
Parole, la Parole vivante et la parole écrite. C’est en cela que consiste notre
sécurité en face de tous nos ennemis spirituels. Plus nous nous tiendrons
étroitement collés à Christ et à Lui
seul,
plus nous serons forts et en sûreté. L’avoir, comme une parfaite couverture à
nos yeux, se tenir près de Lui, serrés contre Lui, voilà notre grande sauvegarde
morale. «Les fils d’Israël camperont chacun dans son camp, et chacun près de sa
bannière, selon leurs armées.»
Oh! qu’il en soit ainsi de toute l’armée de l’Église de Dieu! Que l’on puisse
tout mettre de côté pour Christ! Qu’il suffise à nos cœurs! Comme nous faisons
remonter notre «généalogie» jusqu’à Lui, que son nom soit écrit sur l’étendard,
autour duquel nous nous rassemblons dans le désert que nous traversons pour nous
rendre chez nous, dans notre repos éternel en haut. Lecteur, veillez-y, nous
vous en supplions; qu’il n’y ait pas un seul iota où un seul trait de lettre
inscrit sur votre bannière, si ce n’est le nom de Jésus Christ, ce nom qui est
au-dessus de tout nom, et qui devra être encore à jamais exalté dans le vaste
univers de Dieu.