Livre
des Juges
Chapitre
3 (v. 5 à 31)
Othniel
(v. 5-11)
Nous l’avons vu, il est très
important de comprendre que, l’Église ayant été infidèle à l’appel de Dieu, la
possibilité d’une restauration d’ensemble n’existe pas pour elle ici-bas. Les
réveils mêmes que Dieu produit, faussent parfois, à cet égard, les pensées des
chrétiens, surtout quand ils appartiennent à l’une de ces restaurations
partielles créées par l’Esprit de Dieu. Des regards bornés, un cœur souvent
étroit, habitués à n’embrasser et à n’aimer de l’Église que ce qui nous concerne
immédiatement — un esprit sectaire qui nous fait appeler Église les misérables
systèmes que les hommes ont substitués à l’édifice de Dieu, sont autant de
raisons qui nous empêchent de nous rendre compte de l’état réel de l’Assemblée
dans ce monde. Or pour tout chrétien habitué à dépendre de la parole de Dieu,
c’est un fait indiscutable que nos jours sont des jours mauvais, dans lesquels
le mystère d’iniquité agit déjà, car il y a déjà plusieurs antichrists, et
l’apostasie finale se prépare. Mais un autre fait tout aussi absolu, c’est que
Dieu est fidèle et qu’il ne se laissera jamais sans témoignage. Il se sert même
du mal, comme nous l’avons vu au chap. 2, pour apporter aux siens des
bénédictions nouvelles. N’est-il pas toujours le Dieu qui employa Satan comme un
instrument, pour amener Job dans la lumière de sa présence?
De même, dans ce livre des Juges,
Dieu emploie l’oppression méritée de l’ennemi pour produire des réveils en
Israël. Un mot les introduit tous: «Ils crièrent à l’Éternel». La chrétienté de
nos jours discute sur les «moyens à employer pour produire des réveils». Il
n’en existe qu’un seul: — le sentiment de la misère
du monde, du pécheur ou de l’Église, qui porte l’âme travaillée à s’adresser à
Dieu. «Et ils crièrent à l’Éternel». Alors l’Éternel leur envoie des
libérateurs. Du chap. 3° au 16°, le livre des Juges va nous présenter ces
réveils et leurs divers caractères.
Commençons par une remarque
générale. En des temps d’abaissement moral, Dieu agit par des instruments qui,
tous, ont quelque chose d’incomplet et portent le cachet de la faiblesse:
Othniel descend d’un cadet de famille; il est «fils de Kenaz, frère puîné de
Caleb»; Éhud est faible par son infirmité, Shamgar par l’instrument qu’il
emploie, Debora par son sexe, Barak par son caractère naturel, Gédéon par ses
relations, Jephthé par sa naissance. D’autres juges, cités en passant, sont
riches, influents ou prospères (10:1-4; 12:8-15). Ceux-là, Dieu les emploie,
sans doute, mais moins en délivrance que pour maintenir les résultats obtenus. —
Nous ne sommes plus au temps de Josué ni des apôtres, au temps d’une force
développée dans l’homme, qui empêchait l’infirmité de la chair de se produire,
et cependant l’infirmité même des témoins actuels, marque de la période que nous
traversons, glorifie encore la puissance de Celui qui les emploie.
Nous avons déjà parlé d’Othniel;
le chap. 1er contenait l’histoire de sa vie privée et domestique.
C’était ainsi que Dieu l’avait formé pour devenir le premier juge d’Israël.
Après avoir combattu en vue d’acquérir une épouse, il était entré en possession
d’un héritage individuel et des sources qui le fructifient. Ici, Dieu l’emploie
à combattre pour les autres. Il en est toujours ainsi. Le chrétien, pour devenir
un instrument public, doit avoir fait des progrès individuels dans la
connaissance du Seigneur et dans la puissance de ses privilèges. Au peu
d’ampleur et d’étendue de notre service, il n’y a généralement pas d’autre
raison; nos cœurs ne sont pas assez occupés des choses célestes. Les richesses
morales qu’Othniel a acquises en son particulier, se manifestent bientôt dans sa
marche. Ce court verset (v. 10) mentionne de lui six choses: l° L’Esprit de
l’Éternel, la puissance de Dieu pour délivrer Israël, fut sur lui. 2° Il jugea
Israël: le gouvernement lui fut confié. 3° Il sortit pour la guerre: voilà le
combat. 4° L’Éternel livra en sa main Cushan-Rishhathaïm, roi d’Aram: c’est la
victoire. 5° Sa main fut forte contre Cushan-Rishhathaïm: l’ennemi est
définitivement subjugué. 6° Le pays fut en repos quarante ans: Israël jouit en
paix des fruits de la victoire d’Othniel. — Le but de Dieu est atteint; cet
homme qui n’était que de la liguée indirecte du noble Caleb, fut un instrument
complet, préparé d’avance pour ce service et qui, mis à l’essai, se montra d’un
métal éprouvé dans la main du divin ouvrier.
Demandons à Dieu des Othniel pour
le temps où nous vivons, mais plutôt soyons nous-mêmes des Othniel, par une
consécration véritable au Seigneur dans notre vie privée, par un désir croissant
de nous approprier les choses célestes, par la réalisation de ces choses, et
nous serons des instruments bien utiles au Maître et
préparés pour toute bonne œuvre.
Éhud (v.
12-30)
Othniel meurt; Israël retourne au
mal et oublie l’Éternel. Le Dieu qui avait fortifié Othniel contre l’ennemi,
fortifie maintenant Églon, roi de Moab, en jugement contre Israël. Églon et ses
alliés s’emparent de la ville des palmiers (cf. 1:16; Deut. 34:3), de Jéricho,
non pas sous les traits de la ville maudite, mais dans son caractère de
bénédiction pour Israël. De son côté, Israël déchu se sert de l’instrument
libérateur que Dieu allait employer, pour envoyer par lui
un présent à Églon, scellant ainsi son asservissement au monde, qu’il cherche à
se rendre propice. Combien de dons qui, de nos
jours, sont des instruments dociles pour garder les enfants de Dieu sous la
domination du monde! Mais Éhud est fidèle; il se fait faire une épée à deux
tranchants. C’est son premier acte et sa seule ressource. Il en est de même du
chrétien en un temps de ruine; son épée à deux tranchants, sa première, sa seule
arme offensive, est la parole de Dieu (Héb. 4:12; Apoc. 1:16; 19:15; Éph. 6:17). Cette épée était longue d’une petite coudée; oui, l’arme d’Éhud était
courte, mais proportionnée à son office. C’était une épée éprouvée pour pénétrer
dans les entrailles de l’ennemi de Dieu et lui donner la mort.
Avant d’employer son arme, Éhud la
ceint «par-dessous ses vêtements sur la hanche droite». Il la porte sur lui
jusqu’au moment de s’en servir, et, tout en la sentant avec lui, ne la met pas
en vue. On porte souvent la Parole au-dehors et on la cite beaucoup, sans s’en
servir. Or la Parole a un but. Éhud infirme commence
par adapter son épée à son infirmité: il la porte du côté droit. S’il la portait
comme tout le monde, elle ne lui servirait de rien. Son arme doit répondre tout
d’abord à son état personnel. On ne peut s’en servir en imitant les autres, pas
plus que David ne pouvait se servir de l’épée de Saül. Ce qu’il fallait à David,
c’était la fronde et le caillou, instruments familiers au berger.
Après avoir offert le présent à
Églon, Éhud s’en revient des images taillées près de Guilgal. Il avait, comme il
le dit, «une parole secrète» pour le roi. Il ne remporte pas une victoire
publique, comme tant d’autres; ici, c’est un combat secret entre le libérateur
et l’ennemi, un combat solitaire, mais dont les effets publics ne tardent pas à
paraître. Ce fut le cas de celui de Christ avec Satan dans le désert. Ici, tout
se passe dans le silence, sans lutte apparente et sans cri; l’ennemi est trouvé
mort par ses serviteurs qui le croyaient en repos. La puissance qui asservissait
Israël est anéantie par une victoire sans bruit et sans gloire due à la courte
épée d’un homme gaucher. C’était une parole secrète, mais c’était «une parole de
Dieu» pour Églon (v. 20). Notre arme est divine, et voilà ce qui fait toute sa
force. Comme pour Gédéon, l’épée d’Éhud était l’épée de l’Éternel. Le roi est
mort, mais l’arme n’est pas retirée de son ventre. Éhud parti, les serviteurs
ont sous les yeux l’instrument de la victoire; Dieu prouve, à leur confusion,
que c’était cette courte épée qui avait abattu par terre l’homme orgueilleux,
dont les yeux sortaient à force de graisse.
Il s’agit ensuite pour Éhud de
récolter les fruits de la victoire. Il sonne de la trompette dans la montagne
d’Éphraïm et rassemble le peuple de Dieu. Ils enlèvent à Moab les gués du
Jourdain et ne laissent passer personne. Le peuple revendique son territoire
usurpé. Toute communication de l’ennemi avec lui est résolument interrompue,
grâce à la vigilance des fils d’Israël. L’usurpateur est chassé et détruit, Moab
ne peut plus se rejoindre des deux côtés du Jourdain. Tel doit être le résultat
du combat pour le temps actuel. S’il n’a pas pour effet de nous faire rompre
ouvertement avec le monde, il reste stérile et ne répond pas à l’intention de
Dieu. Plus la séparation est complète, plus la paix est durable. Le pays, nous
est-il dit, fut en repos quatre-vingts ans.
Shamgar
(v. 31)
Après Éhud, il y eut Shamgar, fils
d’Anath, qui remporta une victoire signalée sur les Philistins. Et lui aussi
sauva Israël. L’épée d’Éhud était puissante, mais courte; Shamgar délivre au
moyen d’une arme qui ne semble nullement appropriée à cet office, instrument
méprisable qui ne peut servir, en apparence, qu’à aiguillonner des êtres sans
intelligence! Sans prétendre découvrir ici des types ou des allégories, tendance
qui offre plus d’un danger dans l’enseignement, j’aime à rapprocher l’aiguillon
de Shamgar de l’épée d’Éhud. Nous avons une arme, la Parole; elle est la seule,
sous des aspects divers, dont l’homme de foi se serve pour le combat. Pour le
monde intelligent et incrédule elle est comme un aiguillon à bœufs, bonne, tout
au plus, pour les femmes et les enfants, et les gens sans éducation, car elle
est remplie de contes et de contradictions. Eh bien! sous cette forme qu’on
méprise, Dieu l’emploie à gagner la bataille. Quand la foi s’en sert, elle
trouve une arme où le monde ne voit que folie, car la faiblesse de Dieu est plus
forte que les hommes. Oui, sans doute, elle est faite pour les inintelligents et
s’applique à leurs besoins et à leur marche, mais ce même aiguillon peut tuer
six cents Philistins.
Usons donc de la Parole telle que
Dieu nous la confie, mais souvenons-nous qu’elle n’a d’effet qu’entre les mains
de la foi, et quand l’âme y a trouvé pour elle-même la communion avec Dieu, la
connaissance de Christ, et, avec elle, la bénédiction, la joie et la force.