Livre de
Job
Chapitre
15
En examinant le second débat que nous présente la suite de ce livre entre les
amis de Job et ce dernier, nous chercherons à recueillir les traits principaux
de ces discours pour aider le chrétien à les étudier pour lui-même. Ce ne sont
que des jalons, le temps nous manquant pour entrer dans les détails. Du reste,
c’est ce que désirent beaucoup de lecteurs de la Parole. En temps et lieu, il
est à propos de sonder minutieusement chaque mot des Écritures, mais nous avons
aussi besoin d’une esquisse claire des sujets que l’Esprit de Dieu y place
devant nous, de façon à en avoir une idée générale, si brève qu’elle soit. Nous
espérons ainsi découvrir la vérité fondamentale que Dieu veut nous enseigner
dans ce livre, comme Il voulait le faire pour Job en son jour. C’est là sans
doute la première condition pour que nous puissions lire ce livre intelligemment
et avec profit: il faut pour cela que nous ayons un sentiment profond du grand
but que Dieu avait en vue en nous le donnant. J’espère considérer maintenant ce
sujet, dans la mesure où cette partie centrale du livre nous le présente.
Le premier point sur lequel nous désirons attirer l’attention est relatif au
principe erroné qui était à la base non seulement des pensées d’Éliphaz, mais de
celles de Job lui-même. Ce principe faussait l’application de toutes les paroles
des amis de Job et fut condamné par l’Éternel lui-même à la fin du livre. Cela
nous permettra d’autant mieux de comprendre, quand le moment sera venu,
pourquoi, malgré toutes ses erreurs, Job était dans le vrai, tandis que ses amis
ne l’étaient pas. C’est là, en effet, la conclusion positive du livre, bien
qu’il y eût chez Job ce qui nécessitait la discipline et le jugement de lui-même
que Dieu produisit d’une manière très profonde dans son âme à la fin. Il ne
s’agit pas là de notre opinion personnelle, mais de la déclaration divine donnée
pour l’enseignement de tous les croyants.
Pourquoi donc, au début, les amis de Job furent-ils dans une erreur si complète?
En quoi consistait le caractère si profondément offensant pour Dieu de leurs
pensées? Tous trois étaient des amis de Job et sans nul doute des hommes pieux.
Toutefois, ils errèrent gravement et eurent besoin du pardon de Dieu, comme nous
le savons. Qu’était-ce donc qui viciait la sagesse, l’expérience et les bonnes
intentions d’Éliphaz, de Bildad et de Tsophar? Qu’est-ce qui irritait Job et
rendait impuissants tous leurs appels adressés à sa conscience? En résumé,
qu’est-ce qui non seulement les empêchait de lui venir en aide dans la détresse
effrayante dans laquelle il était plongé, mais qui, de plus, les exposa à la
sévère répréhension de Dieu lui-même?
Leur erreur n’était nullement exceptionnelle, particulièrement parmi les justes
qui, tout en connaissant Dieu, n’ont cependant jamais été eux-mêmes entièrement
brisés. On trouve encore parmi les enfants de Dieu des âmes qui sont dans cet
état. Ce trait est commun aux trois amis; toutefois il devait y avoir un certain
fond de vérité dans leurs pensées, comme chaque croyant l’admet. Mais voici en
quoi ils se trompaient: ils partaient de ce point de vue que l’aspect actuel du
monde nous fournit l’expression complète du jugement de Dieu sur les voies des
hommes. Nous trouvons cette pensée erronée dans tous leurs discours; elle est
exprimée d’abord avec une certaine précaution; puis, à mesure que Job s’irritait
davantage en raison des imputations toujours plus formelles d’un mal caché
expliquant ces voies de Dieu envers lui, les répliques de ses amis deviennent
plus acerbes. Ils avaient devant eux un saint souffrant une succession de maux
sans précédent. Qui pourrait citer un autre homme ayant été l’objet de
dispensations semblables depuis le commencement du monde?
À première vue, la difficulté paraît plus grande encore quand nous pensons à la
valeur que Job avait pour Dieu et à la tendre miséricorde de Dieu pour ses
enfants. Comment comprendre une telle épreuve sur l’un des siens ici-bas, après
avoir entendu ce qu’Il dit de lui dans le ciel? Toutefois une partie importante
de la bénédiction que ce livre apporte découle du fait que l’estime de Dieu pour
Job, aussi bien que l’attaque de Satan contre lui, ne furent révélés que dans le
ciel, de même que le motif de l’épreuve était, pour le moment, un secret, non
pas dans le ciel, mais sur la terre. Ni Job ni ses amis, ne savaient rien de ce
que Dieu avait dit à son sujet. Satan le savait bien, mais il ne pouvait
concevoir que l’intégrité de Job pût être désintéressée et se maintînt dans la
souffrance.
En conséquence, nous avons ici l’autre face des événements, non pas ce qui se
passait en haut, mais ce qui se déroulait ici-bas. Aucun contraste ne pouvait
être plus complet. En revanche, tout le raisonnement des amis de Job était fondé
sur la pensée que ce que Dieu permet sur la terre doit être l’expression
parfaite de sa pensée dans le ciel. Aussi, plus Job avait paru être un homme
pieux, un homme de prière, plus sa vie avait semblé revêtir un caractère
d’uniformité absolue, plus il avait été béni d’une manière toute particulière
parce qu’il avait marché dans une dépendance habituelle de Dieu; plus aussi tout
cela tournait maintenant à son désavantage, comme étant une pure tromperie. Nous
devons nous souvenir que, pour les amis de Job, ce n’était d’abord qu’un travail
d’esprit graduel les amenant à une conviction. Ils n’arrivèrent pas d’emblée à
conclure. C’était d’abord un sujet d’anxiété pour eux, cela devint un soupçon et
nous avons déjà examiné les chapitres où nous le voyons croître dans leur
esprit. Ensuite Job nous apparaît, non seulement exhalant ses plaintes, sous
cette épreuve inexplicable, mais blessé au vif par les accusations de ses amis.
Dès lors, il n’y a plus de ménagement entre eux. Job les traite comme n’ayant
aucune connaissance quelconque de ce qui le concerne, ni aucune intelligence
saine des voies de Dieu. En cela il avait raison. Aussi voyons-nous d’un côté se
manifester l’impatience de Job qui affaiblissait la confiance de ses amis en la
réalité de sa piété, de l’autre ses amis céder à de mauvais soupçons et à un
triste esprit d’insinuations sans fondement. Ainsi, des deux parts, toute
puissance pour consoler ou reprendre selon Dieu était entièrement détruite.
C’est là, semble-t-il, où en sont les choses à la fin du chapitre 14. Aussi dans
le chapitre suivant, Éliphaz considère avec un vrai dégoût l’état d’âme de Job.
Il en jugeait par l’apparence: «Le sage répondra-t-il avec une connaissance qui
n’est que du vent, et gonflera-t-il sa poitrine du vent d’orient, contestant en
paroles qui ne profitent pas et en discours qui ne servent à rien?» Tel lui
semblait être le caractère de la défense de Job: «Certes tu détruis la crainte
de Dieu». Il ne se contente plus d’insinuations, mais s’aventure à des
accusations formelles contre Job. «Certes, tu détruis la crainte de Dieu et tu
restreins la méditation devant Dieu». Comment savait-il cela? Il s’était trop
hâté dans ses jugements et se trompait. En aucune manière, Job n’avait restreint
la prière devant Dieu, comme nous pouvons en juger non seulement par ce qui le
caractérisait, mais par les réponses qu’il donne ensuite.
Il ne peut y avoir de leçon plus instructive pour nous quant au danger de juger
sur les apparences. C’est sans nul doute une des vérités importantes de ce livre
merveilleux. Un examen superficiel n’est jamais le moyen de se former un
jugement juste; le Seigneur lui-même, en son jour, nous en avertit. Si une telle
manière d’agir était blâmable chez les amis de Job, combien plus l’est-elle en
nous! Un livre entier de la Parole est destiné à nous mettre en garde contre un
tel piège. «Car ta bouche fait connaître ton iniquité, et tu as choisi le
langage des hommes rusés». Ainsi, à leurs yeux, toute l’expression du désir de
Job de s’approcher de Dieu et toute la confiance qu’il exprimait d’être délivré
par Lui des soupçons qu’ils avaient conçu à son égard, n’était que tromperie.
Ils outrepassent toutes les bornes de l’amour et de la sollicitude et ne
craignent pas de prononcer une sentence positive contre Job. Mais leur faute est
précisément le moyen que Dieu emploie pour nous avertir d’un danger semblable
auquel nous sommes exposés. Les apparences lui étaient contraires: «Ta bouche te
condamnera, et non pas moi, et tes lèvres déposent contre toi. Es-tu né le
premier des hommes?» Éliphaz fait sans doute allusion aux paroles déplacées
qu’il avait prononcées. Puis il témoigne de la mauvaise humeur évidente produite
par le manque de considération de Job pour ses amis. Ils étaient sans doute plus
âgés que lui et étaient venus de loin auprès de lui comme ceux qui étaient le
plus qualifiés pour le consoler et l’encourager. Mais s’ils avaient été
désappointés, n’avaient-ils pas abandonné eux-mêmes le terrain de la dépendance
de Dieu? Il en était certainement ainsi, bien qu’ils eussent gardé le silence
pendant un temps prolongé. Il n’était pas seulement question des éclats déplacés
de Job, car qu’en était-il d’eux-mêmes? Il n’y avait pas seulement le fait que
Dieu plaçait devant tous un de ses saints dans la souffrance pour montrer
comment Il amènerait à bonne fin la leçon amère par laquelle Job passait. Il
voulait ainsi nous enseigner le danger d’un faux jugement même pour de saints
hommes de Dieu. La bénédiction du livre serait entièrement perdue si nous les
considérions simplement comme des propres justes, dans le mauvais sens du mot.
Non qu’il n’y eût en eux de la propre justice, et même en Job, car Dieu les
convainc tous d’en être entachés. Ainsi il est hors de doute que des taches et
des fautes se trouvaient chez Job et ses amis; mais il est bon que nous
recherchions en quoi ces derniers étaient entièrement (et Job en partie) en
désaccord avec la vérité, afin que nous connaissions de quoi Dieu veut nous
garder en employant ce livre.
Éliphaz donc continue à adresser à Job une réprimande si sévère que son discours
n’est plus du tout dans l’esprit paisible qui avait caractérisé l’entretien au
début. Il lui déclare péremptoirement qu’il devrait sentir son inexpérience en
se comparant à eux et l’inconvenance d’user d’une telle liberté de langage, vu
qu’il parlait à des amis plus âgés que lui. Mais tout cela nous montre combien
il est solennel et dangereux, même pour un saint, d’avoir son
moi
devant les yeux plutôt que Dieu — non seulement Dieu dans son caractère général,
mais par-dessus tout dans sa grâce infinie. Les amis de Job parlent beaucoup de
Lui, mais ce qu’ils disent prouve qu’ils ne le considèrent que comme un Juge.
C’était là assurément une grave erreur, dont la réfutation forme la grande leçon
du livre entier. Ceux qui pensent que la seule question qui soit placée devant
Dieu maintenant soit de nous rétribuer selon nos mérites dans notre vie ici-bas
n’arriveront jamais à comprendre que Dieu a pris occasion du mal qui règne dans
ce monde pour manifester la grâce qui est en Lui et qui s’élève au-dessus du
mal. Il est vrai que le temps n’était pas encore venu pour montrer que le mal a
été complètement déconcerté dans ses efforts et mis de côté, car cela ne pouvait
avoir lieu que par la croix de Christ. Néanmoins Dieu demeure ce qu’Il est et
aime à se faire connaître comme le Dieu de grâce. Il se révélait ainsi au milieu
de tout le mal qui était dans le monde. Était-ce là un fait nouveau? Le
témoignage d’amour donné au troisième chapitre de la Genèse avait déjà prouvé
qu’Il est le Dieu de toute grâce, même lorsque le péché venait d’entrer dans le
cœur de l’homme. La semence de la femme qui devait écraser la tête du serpent
était la première déclaration de cette grâce après la chute de l’homme. Je ne
nie pas qu’il n’y eût aussi l’expression du jugement dans la sentence prononcée,
mais, bien que la terre fût devenue une scène de malédiction et d’épreuve où
croissaient les ronces et les épines et où la douleur et la mort étaient
désormais la part de l’homme et aussi de la femme, en particulier quant aux
souffrances de l’enfantement, il y avait au-dessus de tout les ressources de la
grâce, par la semence de la femme, semence dont les souffrances sur la croix
devaient détruire le Méchant.
N’est-il pas remarquable qu’aucune allusion à cette promesse ne se trouve dans
les discours des amis de Job, tandis qu’au contraire dans la portion de ce livre
que nous considérons, la semence de la femme occupait une place importante dans
le cœur de Job? Nous ne nions nullement que ses amis ne fussent des croyants,
mais «de l’abondance du cœur la bouche parle». Pourquoi ne font-ils aucune
mention de cette Personne bénie qui devait faire valoir et manifester la
supériorité de la grâce sur le mal? Pourquoi ne pouvaient-ils pas s’élever
au-dessus de la crainte qu’il n’y eût dans tout cela un mal caché? Pourquoi
enfin jugeaient-ils inutile de faire autre chose que de censurer, d’avertir et
de menacer Job, tout en lui présentant des promesses encourageantes de
bénédictions présentes, s’il se repentait, et en lui reprochant amèrement sa vie
passée? Leur conclusion était que son péché l’avait trouvé et que le jugement
poursuivait l’hypocrite. Hélas! aucun d’eux ne savait comment surmonter le mal
par le bien. Assurément, il y avait en Job un désarroi moral évident en ce
moment-là, mais non le mal caché que supposaient leurs esprits soupçonneux. La
grâce surmonte le mal par le bien. Pourquoi ne le faisaient-ils pas? Tous
manquaient déplorablement, mais Dieu ne faisait pas défaut, et c’est là encore
ce que ce livre démontre clairement.
Une autre leçon ressort encore toujours plus clairement à mesure que les amis de
Job avancent dans leurs insinuations injurieuses. Il est difficile de concevoir
quoi que ce soit de plus écrasant pour l’esprit d’un homme pieux, car n’ayant
point d’accusation claire et positive à lui présenter, ils n’avancent aucun fait
qu’ils puissent placer sur sa conscience. L’esprit de jugement qui les dominait
les empêchait d’attendre que Dieu manifestât la vérité de la situation, et les
disposait à prendre hâtivement avantage des paroles inconsidérées de leur ami
affligé pour en conclure qu’il y avait un mal plus grave caché derrière tout
cela. Ils pouvaient dire: «Ta bouche te condamnera… et tes lèvres déposent
contre toi». Et que pouvait répondre le pauvre Job? Était-ce tout à fait faux?
Ce n’était que trop vrai, mais quelle conclusion en tiraient-ils? C’est qu’il y
avait en lui quelque ténébreuse et profonde iniquité que Dieu jugeait… Cela
était faux, car c’étaient eux qui jugeaient et leur jugement était erroné. Il y
avait de la foi chez Job, malgré tout, et une confiance en Dieu incomparablement
plus ferme et plus vraie que chez aucun de ceux qui le blâmaient; aussi Dieu ne
manqua pas d’en rendre témoignage à la fin.
Mais continuons notre étude du livre. Éliphaz, après avoir repris Job pour son
manque de respect envers ses amis plus âgés que lui, en arrive à ce que Dieu est
dans sa sainteté parfaite et, d’un autre côté, à ce qu’est l’homme dans sa
méchanceté. Cela était tout à fait vrai, mais ne pouvait résoudre la difficulté.
Était-ce là toute la question à débattre? N’y a-t-il pas d’autre sujet à
considérer que l’homme souffrant les conséquences de ses abominations dans ce
monde? Ne voyons-nous pas aussi le juste souffrir sur la terre? N’y a-t-il pas
un Ennemi qui l’afflige et un Dieu qui le châtie? Pour les amis de Job, il n’y
avait pas d’autre pensée que celle de juger les péchés. Leur cœur n’avait pas
encore réalisé la solennité du fait que les justes peuvent être éprouvés
profondément et que Dieu peut juger nécessaire qu’ils soient jetés dans la
fournaise, et souffrent douloureusement. Leurs pensées s’étaient rétrécies
jusqu’à n’avoir plus que cette notion étroite que, plus sévères étaient les
coups qui s’abattaient sur un homme, plus infaillible était la preuve qu’il
était tombé dans un mal d’une gravité exceptionnelle. Si donc des épreuves
inouïes avaient atteint Job (et qui pouvait nier qu’il en fût ainsi?) c’était
parce qu’il était le plus méchant des hommes.
Telle était leur théorie et son application, mais ils étaient dans une erreur
complète. Ce n’était pas du péché, ni du mauvais vouloir, mais le résultat de
leur ignorance des voies de Dieu était un manque complet de charité. Il y a
assurément dans cette histoire un sujet de sérieuse méditation pour nous, si
nous désirons éviter un tel écueil. Il n’y avait pas chez les amis de Job de
méchanceté flagrante et intentionnelle à son égard, et, de fait, ce n’est pas
ainsi que d’habitude un enfant de Dieu fait tort à son frère. En règle générale,
c’est une vérité incomplète qui devient une cause de trouble. Un inconverti est
emporté par sa propre volonté et les mensonges de Satan, mais celui qui craint
Dieu peut être gravement fourvoyé par une intelligence défectueuse de ce qu’est
Dieu et de ce qu’est l’homme. De là découle l’importance immense qu’il y a pour
nous à chercher non seulement
une
vérité, mais
la
vérité. En outre, nous sommes d’autant moins excusables que nous avons
l’inappréciable privilège de posséder la vérité pleinement révélée en Christ qui
n’est pas seulement
une
vérité, mais
la
vérité manifestée objectivement, comme l’Esprit l’est en puissance.
Quel usage faisons-nous donc de la grâce qui a été déployée d’une telle manière
envers nous? Est-ce Christ ou nos propres pensées que nous prenons comme mesure
pour juger de tout ce qui se place devant nous? Or si les amis de Job avaient
considéré, non la révélation de Dieu que nous possédons, mais celle que donne la
toute première communication divine dans le troisième chapitre de la Genèse,
auquel nous avons fait allusion, quel en eût été le résultat? Comment Dieu
parle-t-il de Christ dans ce passage et quelle aurait dû être la portée de ces
paroles en rapport avec le cas de Job? N’auraient-elles pas gardé ses amis du
jugement injuste dans lequel ils sont tombés? En Celui qui était annoncé là, se
trouvait sûrement le modèle de toute perfection, s’il pouvait être trouvé
quelque part. Devait-Il traverser ce monde sans souffrance? Le serpent
l’épargnerait-il? Il lui briserait le talon, avant que sa propre tête fût
écrasée! Ainsi la première révélation divine relativement à la semence de la
femme, au Libérateur promis, aurait dû les garder comme d’autres, de la triste
erreur que le livre de Job est destiné à corriger. C’est un Homme de douleurs
qui doit écraser Satan à la fin. Quelles que fussent les gloires qui suivraient,
il devait beaucoup souffrir. Et quel croyant pourrait supposer du mal dans le
cas de cet homme? La souffrance sans précédent qu’Il a traversée avait-elle une
telle cause? Nullement. Ainsi la théorie que la seule cause des douleurs qu’un
homme rencontre dans ce monde se trouve dans le mal dont Dieu le trouve coupable
est fausse. De plus, le caractère pernicieux de cette erreur n’est pas diminué
par le fait qu’elle contient une certaine part de vérité, mais plutôt le
contraire. Une vue ou conception étroite des choses peut être des plus
désastreuses.
D’un autre côté, il est faux, en effet, que le mal n’ait rien à faire avec les
souffrances de l’homme ici-bas. Si le péché n’existait pas, ces dernières
seraient inconnues. Sans aucun doute, il a en général une immense part dans tout
ce qui vous afflige. Prenez l’homme dans ce monde, et considérez celui qui
pratique un mal quelconque: n’en supporte-t-il aucune conséquence? Bien au
contraire. Ainsi, c’est un principe formel du juste gouvernement de Dieu que
l’on ne puisse vivre dans le péché sans encourir les visitations solennelles de
sa main, bien qu’il y ait place aussi, dans ce cas, pour la manifestation
positive de la grâce et même pour la souffrance qui s’y rattache. Ce n’est pas
vrai seulement pour l’avenir, mais bien aussi pour le temps présent, que l’on
moissonne selon ce que l’on sème. Mais est-ce la seule vérité ou toute la
vérité? Dieu est-il limité à l’exercice de son gouvernement? En aucune manière.
C’est en cela qu’Éliphaz et ses compagnons se trompaient, et Satan sait comment
faire tourner à son avantage, en vue de ses mauvais desseins, le côté de la
vérité que nous préférons, comme aussi celui que nous négligeons. De là vient
l’immense importance de la première leçon de ce livre, à savoir que nous n’avons
pas uniquement à faire avec Dieu, mais avec Satan. Nous avons à résister à un
être qui n’est pas seulement un Accusateur devant Dieu, mais aussi un Séducteur
parmi les hommes, comme nous l’enseigne le dernier livre de la Bible, aussi bien
que le premier. Nous sommes inexcusables si nous nous laissons tromper par lui,
car nous possédons maintenant la révélation de cette scène qui se déroule
clairement devant nous ici et beaucoup plus encore que cela. Ce qui ne pouvait à
juste titre être placé devant Job et ses amis, vu que cela eût été tout à fait
prématuré, nous est révélé comme un tout, parce que, en vertu de la rédemption
et de la nouvelle vie que nous possédons, nous sommes responsables maintenant de
marcher selon la lumière de Dieu pleinement manifestée en Christ.
Le chrétien n’est plus dans l’ombre, comme l’étaient comparativement ces saints
d’autrefois. Nous marchons dans la lumière. Et rappelons-nous soigneusement, mes
frères, que «marcher dans la lumière» ne signifie pas simplement
selon
la lumière, quelque important que ce soit, et bien que tel soit notre simple
devoir. Le fait que nous marchons dans la lumière est absolument vrai du
chrétien. Cela ne veut pas dire, comme beaucoup le pensent, que ce soit un
progrès spécial ou une haute mesure de spiritualité qu’atteignent quelques
chrétiens. C’est la conséquence du fait que nous avons été amenés à Dieu qui est
Lumière et c’est la place révélée de proximité de lui-même dans laquelle la
grâce a amené tous ceux qui sont retirés des ténèbres et introduits dans la
merveilleuse lumière de Dieu, ce qui est le cas de tout chrétien maintenant.
Nous sommes lumière et dans la lumière; c’est en elle que nous marchons et non
dans les ténèbres. Aussi, puisque, par grâce, nous marchons
dans
la lumière, nous sommes tenus de marcher
selon
la lumière.
Mais notre responsabilité de marcher selon la lumière est entièrement distincte
du fait que nous marchons dans la lumière, quoique cette dernière vérité en soit
le fondement. Si nous sommes vraiment chrétiens, nous suivons Christ et avons la
lumière de la vie, et ainsi nous marchons dans la lumière, comme le font
littéralement les hommes, lorsqu’il fait jour. C’est exactement là que nous
amène tous la connaissance de Christ comme lumière. Car maintenant personne ne
peut suivre Christ ou, en d’autres termes, ne peut être un chrétien sans marcher
dans la lumière. Ce ne sont pas seulement les chrétiens spirituels, mais
chaque
croyant qui en jouit, comme étant son privilège constant et établi. Mais bien
que nous marchions dans la lumière, il ne s’ensuit pas que nous le fassions
fidèlement selon la lumière. C’est en cela que nous voyons de nombreuses
différences pratiques parmi les enfants de Dieu, mais il n’y en a aucune quant à
la grande vérité que maintenant nous marchons tous dans la lumière, comme Dieu
est dans la lumière. Au temps de Job, le moment n’était pas encore venu pour le
resplendissement de cette lumière, c’est pourquoi nous sommes bien moins
excusables que lui, si nous oublions qu’elle a lui, car toute cette histoire
nous est donnée pour nous préserver des erreurs dans lesquelles même des hommes
pieux tombaient alors.