Livre de
Job
William
Kelly
Chapitre
1er
En premier lieu toutefois, Job lui-même est placé devant nous. Nous voyons en
lui un homme sincère, vrai et sans reproche; il jouit de tous les éléments du
bonheur sur la terre: il est béni dans ses circonstances, aussi bien que dans sa
famille, et marche habituellement dans la crainte de Dieu. Le fait qu’il était
«plus grand que tous les fils de l’Orient» donne d’autant plus d’importance à
son épreuve. Mais n’était-il pas béni de Dieu? Oui, dans une mesure abondante.
Il avait sept fils et trois filles. Il avait une part très grande aux biens qui,
aux premiers jours et dans ces contrées-là, constituaient les richesses des
hommes. Ce n’est donc pas un pèlerin et un étranger que nous trouvons en Job.
C’était à cela que Dieu avait appelé les patriarches; mais Job n’était pas l’un
d’eux. Il était en dehors de l’alliance faite avec Abraham, quoique béni de Dieu
et d’une façon expresse et évidente. Sans nul doute, Dieu bénissait les
patriarches, mais tout en étant fidèle à ses promesses, Il ne s’était jamais
engagé à ne pas sortir de leur sphère. C’est là ce que nous voyons en Job, et
c’est exactement ce que la grâce se plaît à faire; elle n’est jamais limitée aux
promesses. Tout en accomplissant ces dernières, comme elle le fera très
certainement bientôt de la manière la plus complète et à la vue du monde entier,
la grâce maintient son droit à bénir au-delà de cette limite. Les alliances ne
sont nullement la mesure de la grâce; celle-ci peut s’étendre dans sa propre
puissance illimitée là où la promesse ne peut la suivre. Il n’y a aucune excuse,
pour nous tout au moins, si nous ignorons cette vérité, car, comme chrétiens
individuellement, aussi bien que comme Assemblée de Dieu, nous sommes amenés en
Christ, à la gloire de Dieu, dans une plénitude de bénédiction incomparablement
supérieure aux promesses faites aux pères. De fait, une des plus tristes causes
de l’état de ruine de la Chrétienté et de la pauvreté de l’enseignement qu’y
reçoivent les âmes, gît dans le fait que les hommes s’élèvent rarement au-dessus
de ces promesses. Cela est vrai, même de ceux qui retiennent ce que l’on nomme
la doctrine évangélique; car l’essence même de cette dernière, comme système,
est de nier la faveur et la gloire spéciales révélées dans le mystère de Christ
et de l’Assemblée, en faisant de la loi la règle de la vie chrétienne. On
rabaisse ainsi le Nouveau Testament au niveau de l’Ancien, au lieu de comprendre
que chacun d’eux a son propre caractère et son but distinct. Il n’est donc pas
question simplement pour nous de promesses pour la terre, ni même d’une promesse
plus grande et plus élevée que celles qui ont été faites aux pères. Il y avait
de toute éternité un secret caché en Dieu, lequel n’a pas été donné à connaître
en d’autres générations; aussi nos bénédictions infinies en Christ n’étaient pas
l’objet de promesses révélées à l’homme en aucune manière. Si ces bénédictions
doivent être appelées de ce nom, elles étaient une promesse entre le Père et le
Fils, mais ce n’est pas là ce que les hommes entendent généralement par ce mot.
Elle était entièrement en dehors d’Abraham, d’Isaac ou de Jacob. Que
connaissaient-ils du dessein de Dieu relatif à la gloire céleste, révélé par
l’Esprit, et qui existait entre le Père et le Fils? Mais maintenant ce dessein
est donné à connaître, et c’est en cela que se trouve précisément le caractère
entièrement nouveau du Nouveau Testament. Il était impossible que cette
révélation eût lieu tant que Dieu poursuivait ses voies envers Israël, tant que
l’œuvre de la rédemption n’avait pas encore été accomplie par un Christ rejeté,
et que le Saint Esprit n’avait pas encore été envoyé du ciel, comme fruit de
cette œuvre, pour baptiser en un seul corps les Juifs et les Gentils croyants.
Le mystère, caché en Dieu jusqu’au temps de sa pleine révélation, consiste dans
le fait que Christ a été exalté en haut, et que l’Église lui est unie. Dieu nous
le fait connaître, à nous, Gentils, qui, moins que tous les autres, pouvions
nous attendre à une telle part, car Il voulait ainsi manifester la plénitude de
sa grâce à tous égards. Dans son caractère céleste, cette grâce s’élève
absolument au-dessus des promesses faites aux pères, quelque honorés qu’ils
fussent. Sous son aspect terrestre, elle dépasse entièrement les enfants
d’Israël, dans le déploiement d’une miséricorde qui ne fait aucune différence,
et qui, par conséquent, trouve ses objets parmi les plus méprisés et les plus
abjects, non seulement pour les sauver, mais pour les unir à leur Chef céleste.
Nous trouvons donc ici Job dans la position la plus marquée d’un homme, béni de
Dieu en tout ce que son cœur pouvait désirer. Il n’est pas nécessaire de
rappeler que cette bénédiction n’aurait pas été stable si l’élément divin y
avait manqué; dans ce cas, il n’y a que piège et déception. En quoi consistait
cet élément selon Dieu? Job était «parfait et droit, craignant Dieu et se
retirant du mal» (Job 1:1). Il n’était pas un homme à angles vifs, partial,
défectueux à certains égards et remarquable par quelques qualités. Il était
intègre et d’un cœur entier pour Dieu; ce caractère moral était fondé sur la
crainte de Dieu et avait pour trait distinctif le rejet du mal. Sa vie
intérieure et sa vie extérieure étaient toutes deux sans reproche. Le mot
«parfait» ne donne aucun fondement quelconque à la doctrine insensée de la
disparition du péché dans la chair. Telle n’est pas la portée de ce mot dans
l’Écriture, mais c’est un caractère spirituel complet avec l’intégrité. Job
craignait Dieu et se retirait du mal. C’était là le secret de sa vie. Il donnait
à Dieu sa place, et abhorrait le mal qui l’entourait ici-bas et qui était opposé
à Dieu. Assurément, il était né de Dieu et marchait avec simplicité et un cœur
droit devant Lui. Cela ne nous est pas dit de lui d’une manière générale
seulement. Sa position est placée devant nous, ainsi que ses circonstances de
famille, avec une beauté remarquable; de même sa piété zélée et, nous pouvons le
dire, pleine de jalousie pour la gloire de Dieu. Car même si ses fils et ses
filles se réunissaient en des occasions spéciales, à quoi Job pensait-il? Il
avait une crainte à cet égard. Combien souvent de tels rassemblements ne
sont-ils pas des moments de danger pour l’âme! Combien facilement ils ouvrent la
porte à Satan! Aussi Job craignait que quelque chose ne fût survenu qui fût un
reniement effectif des droits de Dieu, et que ses enfants ne l’eussent maudit
dans leurs cœurs. Nous n’avons pas besoin de supposer que des paroles mauvaises
fussent formellement proférées, ni des actes coupables commis, mais que le cœur
des enfants de Job ne fût entraîné, en de tels moments, à s’éloigner de Lui par
manque de vigilance. «Job envoyait vers eux et les sanctifiait: il se levait de
bonne heure le matin et offrait des holocaustes selon leur nombre à tous» (1:5).
Et cela n’avait pas lieu seulement en quelque occasion particulière, ou dans
quelque crise spéciale dans lesquelles ses fils étaient exposés aux efforts de
l’ennemi: «Job faisait toujours ainsi». C’était là un trait encore plus élevé de
sa piété. Telle était la teneur de sa vie; tel était l’homme que Dieu, dans son
amour, avait spécialement distingué, ainsi que ce livre nous le prouve.
Mais il y avait encore plus. Nous devons apprendre que non seulement le mal
abonde dans le monde où nous sommes, mais qu’il s’y trouve un ennemi invisible.
Si nous ne tenons pas suffisamment compte, selon Dieu, de sa présence, nous
courons un grand danger. Dans ce cas nous serons dans la perplexité et
manquerons gravement dans l’appréciation des pièges contre lesquels nous avons à
veiller et à lutter.
Il y a une autre vérité qui est mise en lumière ici, à savoir que les événements
de la terre sont en intime relation avec le ciel. Maintenant, sans doute, le
chrétien est admis à pénétrer dans les cieux ouverts. Mais, avant que cela fût
rendu possible, comme c’est le cas aujourd’hui, par l’ascension de Christ et la
descente du Saint Esprit, Dieu pouvait donner à ses saints d’autrefois des
échappées sur le ciel, et Il le faisait. Non seulement aucun mouvement important
des puissances terrestres n’a lieu sans la volonté du ciel, mais les premiers
chapitres de notre livre nous apprennent que cela est vrai en tout ce qui
concerne un saint isolé ici-bas. Satan a pu pervertir cette vérité, en la
remplaçant par une astrologie mensongère, faite pour l’homme curieux mais
incrédule; cependant la vérité demeure. Le monde peut être plongé dans la
confusion, les yeux des juges aveuglés; l’oppression peut remplacer la justice,
les gémissements et la misère caractériser toute la scène: néanmoins, en dépit
de la tyrannie et de la rébellion, c’est dans le ciel que se trouvent la source
et le centre du pouvoir. Ce n’est pas encore le moment où le mal sera abattu et
où le gouvernement de Dieu sera établi en puissance; toutefois Satan lui-même ne
peut agir sans la permission de Dieu. Quelle immense consolation! Il y a de plus
un autre et plus grand réconfort pour l’enfant de Dieu, à savoir que ce n’est
jamais l’adversaire, mais que c’est Dieu qui commence l’action. Il en est ainsi
dans la plus terrible calamité, dans la plus extrême souffrance: Dieu est au
gouvernail et dirige tout à son commandement. Il y a un autre trait de ses voies
qui se rattache à ce que nous venons de dire et qui en découle. Non seulement
Dieu est au commencement, mais Il se trouvera sûrement à la fin de toutes ses
voies, et de même dans l’intervalle. Il met des limites à l’épreuve. Le chemin
peut paraître sombre et difficile, et assurément ce livre nous montre que Job se
révéla absolument incapable de supporter le creuset, car il n’était pas le
Christ. Mais il apprit à la fin ce qu’il ignorait au commencement: que c’était
le Dieu de grâce qui ouvrait son cœur au terme de l’épreuve et lui donnait de
pouvoir Le justifier franchement et sans réserve.
Ici donc nous est révélé ce que nous n’aurions pu savoir autrement: c’était Dieu
et non Satan qui avait commencé toute cette dispensation à l’égard de Job.
C’était lui qui avait considéré son serviteur et le bon plaisir de son cœur à
l’égard de Job (car Dieu trouve ses délices dans ses saints) avait réveillé la
haine de Satan.
Nous ajouterons une autre remarque en passant. Il peut paraître singulier à
quelques-uns que Satan puisse venir parmi les fils de Dieu dans le ciel, mais
cela provient de l’ignorance des Écritures. À première vue, ce fait semble hors
de place: Satan paraissant parmi les fils de Dieu, ce qui, sans nul doute,
signifie parmi les anges en la présence de Dieu! Mais il me paraît certain que
quiconque est bien fondé dans la connaissance de la Parole comprendra que c’est
là une partie du «mystère de Dieu» (Apoc. 10:7), selon lequel Il prend patience
jusqu’ici, en vue des buts les plus élevés, avant d’ôter le mal. Celui qui est
nourri de la pensée de Dieu révélée dans les Écritures comprendra que c’est
justement ce à quoi nous pouvions nous attendre. Qui était Satan et quelle était
sa condition première? N’était-il pas au commencement parmi les fils de Dieu? Il
était
l’un
d’eux.
Cela nous aide à comprendre comment il se fait qu’un être semblable, quoique
déchu, puisse avoir accès dans la présence de Dieu, jusqu’à ce qu’ait sonné
l’heure du jugement. Ce n’est pas l’homme seul qui est tombé. Il y eut une chute
antérieure à la sienne, chute d’une créature plus élevée en dignité. C’est un
fait, quoiqu’il y ait des hommes assez audacieux pour donner carrière à leur
incrédulité, en niant la chute de l’homme, aussi bien que l’existence de Satan.
Nous ne devons pas nous en étonner. Les hommes refusent aisément de croire ce
qui leur déplaît; or la vérité de la chute est offensante pour leur orgueil, et
encore plus celle de leur esclavage de Satan par le péché. Mais pourquoi le fait
de la chute des anges et des hommes est-il si répulsif pour l’esprit humain?
Parce qu’il est la preuve de la culpabilité et de la ruine de la créature. Cette
vérité démontre aussi la faiblesse de cette dernière et la nécessité de la
dépendance de Dieu. La condition première des créatures déchues avant leur chute
rend un témoignage manifeste à la bonté de Dieu, avant que le mal existât, soit
dans le ciel, soit sur la terre. Malgré cela la créature a abandonné son
origine. En ces termes, nous apprenons à connaître Satan, le chef infatigable de
la désobéissance. Il est impuissant pour séduire les saints anges élus; il peut
accuser les saints avec une apparence de vérité. Ici se rencontrent la première
et la dernière révélation divine. Ainsi nous cessons de considérer comme une
chose singulière et incompréhensible le fait que l’Adversaire paraît parmi les
fils de Dieu en Sa présence. Hélas! nous apprenons aussi qu’il connaissait très
bien le privilège de se trouver là dans des conditions tout autres. Il avait
brillé autrefois parmi les fils de Dieu. Qu’était-il maintenant? Un être rebelle
et misérable qui avait fait du moi son objet, au lieu que Dieu le fût.
Maintenant le moi ne lui donnant aucune satisfaction, il déchaîne sa malice
contre tous, spécialement contre les objets de l’amour de Dieu. Toute son
activité a pour but de s’opposer à Dieu en haïssant l’homme et particulièrement
tous ceux dans lesquels Il trouve ses délices.
N’y a-t-il cependant pas une certaine consolation pour nos cœurs dans le fait
que l’inimitié de Satan, quelque amers qu’en soient les effets dans notre
expérience, rend témoignage à l’amour de Dieu, car c’est ce qui l’excite contre
nous? Si nous apprenons avec douleur à connaître la réalité des efforts et des
assauts de Satan, n’oublions pas, pour notre encouragement, la source d’où ils
proviennent. N’est-ce pas à cause de ce que nous sommes pour Dieu? Si nous avons
le même esprit de foi que Job et si nous marchons fidèlement, Satan nous
détestera autant que lui; aussi nous avons le privilège de trouver notre
consolation dans cette portion de la Parole comme dans toute autre. Les mêmes
principes s’appliquent à tous les chrétiens maintenant. Christ n’a pas honte de
les appeler ses frères. De plus, le Père, peut-on dire, ne manque pas de leur
témoigner son amour comme à ses enfants. Chacun d’eux est l’objet du plus
profond intérêt pour Dieu lui-même. Satan le sait bien, c’est pourquoi il ne
peut les supporter. C’est peut-être une grande épreuve d’expérimenter ce qu’est
la malice du diable, mais quelle consolation de connaître l’amour de Dieu, ainsi
que ses soins de grâce, et les délices qu’Il trouve en nous. Et c’est cela
cependant qui excite l’Ennemi à nous causer tout le dommage possible.
Ainsi, le jour où les fils de Dieu, les anges, vinrent pour se présenter devant
Dieu, Satan parut aussi parmi eux. «Et l’Éternel dit à Satan: D’où viens-tu?»
Dieu voulait manifester les choses. Ce n’était pas, sans doute, qu’Il ignorât
quoi que ce fût; mais ici, comme dans la Genèse, nous sommes dans l’atmosphère
de ces premiers jours où Dieu parlait comme à des enfants, et plaçait clairement
les choses devant les siens, parce qu’ils avaient besoin du langage le plus
compréhensible. C’est ainsi qu’ailleurs nous le voyons descendre ici-bas pour
s’inquiéter de l’homme. Il savait parfaitement ce qui en était, sans l’appeler
dans le jardin d’Éden, mais c’est pour nous qu’Il se révèle ainsi. De même, Il
fut affligé dans son cœur, lorsqu’Il vit que la méchanceté de l’homme était
grande sur la terre. De même aussi, lorsque les hommes s’unissent pour bâtir une
cité et une tour, ou lorsque le cri de l’iniquité de Sodome et Gomorrhe s’élève
vers le ciel, Il descend pour voir si les choses sont aussi mauvaises qu’elles
le paraissent. Toutes choses sont nues et découvertes à ses yeux; mais Dieu veut
nous donner la sérieuse leçon de ne jamais être précipités dans le jugement du
mal. Il sait très bien que nous le sommes souvent. Dieu lui-même veut descendre
et voir si le mal est aussi grand que le cri qui en est monté devant Lui, et
sinon, Il le saura. Les hommes du moins sont trompés par les apparences et Dieu
désire nous mettre en garde contre tout faux jugement. Il aime la patience dans
l’examen du mal; sa Parole nous enseigne d’y apporter les soins les plus
minutieux. C’est le même Dieu qui plus tard commanda au sacrificateur de juger
dans un cas suspect de lèpre. Mais quelle circonspection et quel examen attentif
et répété devaient y être apportés, afin d’éviter toute erreur! Quel ardent
désir de voir se produire le moindre symptôme de bien et la plus petite
diminution du mal! Mais quelle sentence solennelle de jugement lorsque le mal
était pleinement manifesté! C’est le même Dieu partout, mais que de leçons
variées pour nous!
Il en est de même ici. Dieu parle en grâce en présence de tous, et manifeste la
haine implacable du Méchant, en contraste avec Celui qui devait un jour
descendre, en amour, pour sauver des êtres perdus! «Venez à moi», dit ce dernier
à l’heure de son rejet, avec un amour débordant, exempt de toute irritation,
malgré ce rejet, «et je vous donnerai du repos». Satan ne sait rien de cet
amour, ni les méchants non plus. Ils sont semblables à la mer agitée, mais
Christ donne le repos à tous ceux qui sont fatigués et chargés. Je ne dis pas
que leur part soit uniquement de se reposer. Il y a pour eux une œuvre de foi et
un travail d’amour dans un monde d’iniquité, mais il ne peut y avoir de vrai
labeur que pour ceux qui possèdent le fondement du repos réel, qui se trouve en
Lui. Il faut d’abord que Christ nous donne le repos pour que nous puissions
travailler d’une manière qui lui soit agréable sur une scène qui réclame si
hautement ce labeur, et qui en a tant besoin. Mais il y a un Ennemi de Dieu et
de l’homme qui ne connaît point de repos, et qui manifeste son agitation dans
une activité malfaisante, comme nous le verrons plus loin, jusqu’à ce qu’il
disparaisse, après avoir été complètement battu. Il est non seulement un
meurtrier, mais un menteur; toutefois il doit mettre au jour ses pensées et ses
désirs, selon que Dieu trouve bon de l’y obliger.
Tout d’abord, Satan fait lui-même le récit de son activité incessante çà et là
sur la terre, et des voyages qu’il y accomplit sans relâche. Dieu trouve bon
ensuite de signaler son serviteur: «As-tu considéré mon serviteur Job, qu’il n’y
a sur la terre aucun homme comme lui, parfait et droit, craignant Dieu, et se
retirant du mal?» Que fait l’Adversaire? Il se sert de la bénédiction divine
pour insinuer une accusation: Job ne craint pas Dieu sans raison; il a des
motifs égoïstes; c’est uniquement en vue des avantages qu’il peut en recueillir.
Un esprit pervers ne peut concevoir d’autres motifs que les siens propres: «Ne
l’as-tu pas, toi, entouré de toutes parts d’une haie de protection?» Tu l’as
béni à tous égards. «Mais étends ta main et touche à tout ce qu’il a: tu verras
s’il ne te maudit pas en face». Ce devait être la première épreuve.
On voit bientôt sur la terre les résultats de la permission divine. Le reste du
chapitre nous présente le tableau des désastres se succédant avec rapidité. On
n’y voit pas apparaître la main de l’Ennemi; et cependant elle est en tout cela.
Ce sont des événements terrestres accomplis par des instruments ordinaires,
ayant lieu sans doute avec une rapidité extraordinaire, ce qui n’est pas la
moindre partie de l’épreuve. Il n’aurait pas suffi à Satan de laisser un
intervalle prolongé s’écouler entre ses coups. Tout est très habilement arrangé
par lui pour que ces calamités prennent l’aspect de jugements impitoyables
envoyés de Dieu, et cependant par des moyens extérieurs et humains. Ainsi, tout
d’abord, un jour où ses fils et ses filles mangeaient et buvaient dans la maison
de leur frère aîné, un messager vint annoncer une attaque des Sabéens contre le
bétail. «Ils ont frappé les jeunes hommes par le tranchant de l’épée». La main
de Satan le Destructeur était manifeste en cela. «J’ai échappé, moi seul, pour
te l’annoncer». Ainsi il y a un seul survivant, afin que la terrible nouvelle en
parvienne sûrement, et que l’épreuve en soit rendue plus poignante. Si, dans
chaque coup, il n’y avait pas eu un réchappé, le récit n’aurait pu en être donné
de cette manière. Le mal est consommé; cependant Job sentait, comme nous
l’aurions senti, que tout était sous le regard de Dieu. Ne l’oublions jamais! Si
la main de Satan était cachée derrière ces coups affligeants, celle de Dieu
était au-dessus de la sienne. Quelle grande et sûre consolation!
Ensuite, par des voies mystérieuses comme auparavant, arrive le reste de
l’épreuve. «Celui-ci parlait encore, qu’un autre vint et dit: Le feu de Dieu est
tombé du ciel (la foudre sans doute) et a brûlé les brebis et les jeunes hommes,
et les a consumés; et j’ai échappé, moi seul, pour te l’annoncer. Celui-ci
parlait encore, qu’un autre vint et dit: Les Chaldéens (un ennemi venant d’une
tout autre direction) ont formé trois bandes, et se sont jetés sur les chameaux
et les ont pris, et ils ont frappé les jeunes hommes par le tranchant de l’épée;
et j’ai échappé, moi seul, pour te l’annoncer. Celui-ci parlait encore, qu’un
autre vint et dit: Tes fils et tes filles mangeaient et buvaient du vin dans la
maison de leur frère premier-né, et voici, un grand vent est venu de delà le
désert et a donné contre les quatre coins de la maison, et elle est tombée sur
les jeunes gens et ils sont morts». Ainsi, de tous côtés, l’ouragan s’est
déchaîné, causant non seulement la destruction des biens de Job, mais la perte
la plus terrible de toutes, lui enlevant à la lettre tout ce qu’il possédait.
N’avait-il pas des fils et des filles? Tout lui était arraché et d’une manière
profondément douloureuse pour son cœur. Dieu n’était-il pas au-dessus de tout?
Ne s’intéresse-t-il pas à tout ce qui se passe ici-bas? Ce fait n’avait-il pas
caractérisé l’histoire de la vie de Job, l’intérêt et la bénédiction de Dieu,
non seulement à son égard, mais à l’égard de tout ce qu’il avait? Et maintenant,
en un jour, tout ce que la bénédiction divine avait donné avait disparu et de la
manière la plus pénible. Dieu avait-il oublié? N’avait-Il pas pris garde? Job
dit: «Nu je suis sorti du sein de ma mère, et nu j’y retournerai». Ainsi parla
ce juste, après avoir déchiré sa robe, s’être rasé la tête et jeté à terre, car
il sentait le coup comme il devait le sentir. Mais ensuite, il se prosterna et
dit: «L’Éternel a donné, et l’Éternel a pris; que le nom de l’Éternel soit
béni!» En tout cela Job ne pécha pas, et n’attribua rien à Dieu qui fût
inconvenable, rien d’anormal et qui fût indigne de Lui. Le premier assaut avait
complètement manqué. Dépouillé de tout, Job ne pécha point.