Livre de
l’Exode
Chapitre
3
Reprenons maintenant l’histoire personnelle de Moïse, et considérons ce grand
serviteur de Dieu pendant la période si intéressante de sa vie qu’il passa dans
la retraite, cette période qui ne comprend pas moins de quarante de ses
meilleures années, si l’on peut dire ainsi. Le Seigneur, dans sa bonté, sa
sagesse et sa fidélité, mena son cher serviteur à l’écart, loin du regard et des
pensées des hommes, pour le former sous sa direction immédiate. Moïse en avait
besoin. Il est vrai qu’il avait passé quarante années dans la maison de Pharaon;
mais, bien que son séjour à la cour du roi n’eût pas été sans profit pour lui,
ce qu’il y avait acquis n’était rien cependant en comparaison de ce qu’il apprit
dans le désert. Son séjour dans la maison de Pharaon a pu lui être utile, le
séjour au désert lui était indispensable. Rien ne peut remplacer la communion
secrète avec Dieu, ni l’éducation que l’on reçoit à son école et sous sa
discipline. «Toute la science des Égyptiens» n’aurait pas rendu Moïse propre
pour le service auquel il devait être appelé. Il eût pu poursuivre une brillante
carrière dans les écoles de l’Égypte et en ressortir couvert d’honneurs
littéraires, avec une intelligence enrichie de connaissances et le cœur plein
d’orgueil et de vanité. Il eût pu avoir reçu ses diplômes à l’école des hommes
et avoir encore à apprendre son a, b, c, à l’école de Dieu. Car la sagesse et la
science humaine, quelque valeur qu’elles puissent avoir d’ailleurs, ne peuvent
jamais faire de personne un serviteur de Dieu, ni qualifier quelqu’un pour
remplir une charge quelconque dans le service divin. Elles peuvent rendre
l’homme irrégénéré propre à jouer un rôle devant le monde; mais il faut que
celui que Dieu veut employer soit doué de qualités bien différentes, et qui ne
s’acquièrent que dans la sainte retraite de la présence de Dieu.
Tous les serviteurs de Dieu ont dû apprendre par expérience la vérité de ce que
nous venons de dire: Moïse en Horeb, Élie au torrent de Kerith, Ézéchiel près du
fleuve Kebar, Paul en Arabie et Jean à Patmos. Et si nous considérons le divin
Serviteur, nous voyons que le temps qu’il passa dans la retraite a été à peu
près dix fois aussi long que celui de son service public. Bien qu’il fût parfait
en intelligence et en volonté, il passa trente années dans la maison obscure
d’un pauvre charpentier de Nazareth avant que de paraître en public. Et encore
quand il fut entré dans sa carrière active, combien de fois ne se retirait-il
pas loin du regard des hommes, pour jouir dans la retraite de la douce et sainte
présence de Dieu!
Mais comment, demandera-t-on peut-être, pourra-t-on jamais répondre au besoin
pressant d’ouvriers qui s’est toujours fait sentir, s’il est nécessaire que tous
passent par une éducation secrète aussi prolongée? C’est ici l’affaire du
Maître, non la nôtre. C’est lui qui sait susciter les ouvriers, et c’est lui
aussi qui sait les former. Ce n’est pas là une œuvre d’homme. Dieu seul peut
susciter et former un vrai ministre, et s’il met du temps à l’éducation d’un tel
homme, c’est qu’il le trouve bon, car nous savons que, si telle était sa
volonté, un instant lui suffirait pour accomplir cette œuvre. Une chose est
évidente, c’est que Dieu a tenu tous ses serviteurs beaucoup seuls avec Lui,
soit avant, soit après leur entrée dans leur service public; et sans cette
discipline, sans cet exercice secret, nous ne serons jamais que des théoriciens
stériles et superficiels, Celui qui s’aventure dans une carrière publique sans
s’être dûment pesé à la balance du sanctuaire, sans s’être mesuré lui-même en la
présence de Dieu, ressemble à un vaisseau mettant à la voile sans être
convenablement lesté, et qui ne peut que sombrer au premier coup de vent. En
revanche, il y a dans celui qui a passé par les différentes classes de l’école
de Dieu, une profondeur, une solidité, une constance qui sont des éléments
essentiels dans la formation du caractère d’un vrai serviteur.
C’est pourquoi, quand nous voyons Moïse éloigné, à l’âge de quarante ans, de
tous les honneurs et de toute la magnificence d’une cour, pour passer quarante
années dans la solitude d’un désert, nous pouvons nous attendre à le voir
fournir une carrière remarquable. La main de l’homme est inhabile à façonner «un
vase à honneur, utile au Maître». (2 Tim. 2:21) Dieu seul en est capable.
«Et Moïse faisait paître le bétail de Jéthro, son beau-père, sacrificateur de
Madian. Et il mena le troupeau derrière le désert, et il vint à la montagne de
Dieu, à Horeb». (Chap. 3:1). Quel changement dans la vie de Moïse! Nous avons vu
dans la Genèse, chap. 46:34, que «tous les bergers sont une abomination pour les
Égyptiens»; néanmoins, Moïse, qui était «instruit dans toute la sagesse des
Égyptiens,» est transporté de la cour d’Égypte derrière une montagne, pour y
garder un troupeau de brebis et y être formé pour le service de Dieu. Telle
n’est pas, assurément, «la manière d’agir des hommes» (2 Sam. 7:19), et le cours
naturel des choses: c’est une voie incompréhensible pour la chair et le sang.
Nous aurions pu croire que l’éducation de Moïse était achevée, lorsqu’il se fut
rendu maître de toute la sagesse des Égyptiens, lui qui jouissait en même temps
des rares avantages qu’offre à cet égard une vie de cour. Nous aurions pu
supposer que nous trouverions dans un homme aussi privilégié, non seulement une
instruction solide et étendue, mais encore une distinction de manières si
remarquable qu’il eût été propre à remplir toute espèce de service. Mais voir un
homme, ainsi doué et instruit, être appelé à quitter sa haute position pour
garder des brebis derrière une montagne, est quelque chose d’incompréhensible
pour l’homme, quelque chose qui abaisse jusque dans la poussière tout son
orgueil et toute sa gloire, manifestant à tous les yeux que les avantages
humains ont peu de valeur devant Dieu, bien plus, qu’ils ne sont que comme «des
ordures» aux yeux du Seigneur et aux yeux de tous ceux qui ont été enseignés à
son école. (Phil. 3:8).
Il y a une immense différence entre l’enseignement humain et l’enseignement
divin. Le premier a pour but de cultiver et d’exalter la nature; le dernier
commence par la «sécher» et la mettre de côté. (Ésaïe 40:6-8; 1 Pierre 1:24).
«L’homme animal ne reçoit pas les choses qui sont de l’Esprit de Dieu, car elles
lui sont folie; et il ne peut les connaître, parce qu’elles se discernent
spirituellement». (1 Cor. 2:14). Vous aurez beau élever et instruire l’homme
naturel, jamais vous n’en ferez un homme spirituel. «Ce qui est né de la chair
est chair, et ce qui est né de l’Esprit est esprit». (Jean 3:6). Si jamais un
homme naturel cultivé a pu s’attendre à avoir du succès dans le service de Dieu,
ce fût Moïse: il était «grand», il était «savant», il était «puissant dans ses
paroles et dans ses actions» (Actes 7:22); et néanmoins il avait à apprendre,
«derrière le désert», quelque chose que les écoles de l’Égypte ne lui auraient
jamais enseigné. Paul apprit plus en Arabie qu’il n’en avait jamais appris aux
pieds de Gamaliel 1. Nul ne peut enseigner comme Dieu, et il
faut que tous ceux qui veulent apprendre
de
lui soient seuls
avec
lui. C’est au désert que Moïse reçut les leçons les plus précieuses, les plus
profondes, les plus puissantes et les plus durables; c’est là aussi que doivent
se rendre tous ceux qui veulent être formés pour le ministère.
1
Que mon lecteur se garde de supposer que, dans le, remarques ci-dessus, nous
avons en vue de déprécier, en quoi que ce soit, la valeur d’une instruction
réellement utile, ou la culture des facultés intellectuelles. Ce n’est nullement
notre intention. S’il est un père, qu’il ait soin de garnir l’esprit de son
enfant de toutes les connaissances utiles; qu’il lui enseigne tout ce qui pourra
plus tard être utilisé au service du Maître; mais qu’il ne le charge point de ce
qu’il aurait à mettre de côté en fournissant la carrière chrétienne; que, dans
un but d’éducation, il ne le conduise pas à travers une région, dont il est
presque impossible de se retirer avec une intelligence non souillée. Il serait
presque aussi raisonnable de l’enfermer pendant dix ans dans une houillère, afin
de le mettre en état de discuter sur les propriétés de la lumière et de l’ombre
— que de le faire patauger dans le bourbier de la mythologie païenne, afin de le
préparer à l’interprétation des oracles de Dieu, ou de le rendre propre à paître
le troupeau de Christ.
Puissiez-vous, cher lecteur, éprouver par votre propre expérience ce que
signifie «derrière le désert», ce lieu sacré où la nature est abaissée dans la
poussière, et où Dieu seul est exalté. Là, les hommes et les choses, le monde et
le moi, les circonstances présentes et leur influence sont tous estimés à leur
juste valeur. Là, et nulle part ailleurs, vous trouverez une balance divinement
juste et appropriée pour peser tout ce qui est au-dedans de vous, comme tout ce
qui vous entoure. Là, il n’y a point de fausses couleurs, point de plumes
empruntées, point de vaines prétentions! L’ennemi des âmes n’a pas le pouvoir de
dorer le sable de ce lieu. Tout y est réalité; le cœur y a de justes pensées sur
toutes choses; il est élevé bien au-dessus de l’influence fiévreuse des affaires
de ce monde. Le tumulte étourdissant, l’agitation et la confusion de l’Égypte ne
pénètrent pas dans ce lieu retiré; on n’y entend pas le bruit du monde
commercial et monétaire; l’ambition n’y respire pas; on n’y est pas tenté par
les lauriers périssables de ce monde, et la soif de l’or ne s’y fait pas sentir.
Les yeux n’y sont jamais obscurcis par la convoitise; le cœur n’y est jamais
gonflé par l’orgueil; on n’y est pas plus enflé par les louanges des hommes, que
découragé par leur censure. En un mot, tout y est mis de côté, excepté le calme
et la lumière de la présence divine; on n’y entend rien que la voix de Dieu; on
y jouit de sa lumière; on y reçoit ses pensées. Tel est le lieu où doivent aller
tous ceux qui veulent être enseignés pour le ministère; et où ils doivent tous
rester, s’ils désirent travailler avec succès dans l’œuvre. Plût à Dieu que tous
ceux qui se présentent sur la scène pour servir en public, connussent ce que
c’est que de respirer l’atmosphère de ce lieu. Il y aurait alors moins de
tentatives infructueuses dans l’exercice du ministère, mais il y aurait un
service bien plus efficace pour la gloire de Christ.
Examinons maintenant ce que vit et entendit Moïse, «derrière le désert». Nous
l’avons déjà dit, il apprend là des choses qui surpassent de beaucoup
l’intelligence des savants les plus doués de l’Égypte. Il peut sembler à la
raison humaine que c’est une étrange perte de temps pour un homme comme Moïse,
que de passer quarante années à garder des brebis dans le désert. Mais Moïse
était avec Dieu au désert, et le temps passé avec Dieu n’est jamais perdu. Il
est bien profitable pour nous de nous souvenir qu’il y a pour le serviteur de
Christ quelque chose de plus que d’être
actif
seulement. Celui qui agit toujours est exposé à faire trop. Un tel homme aurait
besoin de méditer avec soin ces paroles profondément pratiques du Serviteur
parfait «Il me réveille chaque matin, il réveille mon oreille pour que
j’écoute
comme ceux qu’on enseigne». (Ésaïe 50:4). «Écouter» est une partie indispensable
de l’œuvre du serviteur: il faut qu’il se tienne fréquemment dans la présence du
Maître, afin qu’il sache ce qu’il a à faire. «L’oreille» et «la langue» sont, de
plus d’une manière, intimement liées; et si, au point de vue spirituel ou moral,
l’oreille est fermée et la langue déliée, on ne peut manquer de dire bien des
choses folles. «Ainsi, mes frères bien-aimés, que tout homme soit prompt à
écouter,
lent à
parler».
(Jac. 1:19). Cette exhortation opportune repose sur deux faits: savoir, que tout
ce qui est bon vient d’en haut, et que le cœur est plein de méchanceté toujours
prête à déborder. C’est pourquoi il faut que l’oreille soit ouverte et que la
langue soit tenue en bride: rare et admirable science! — science dans laquelle
Moïse fit de grands progrès «derrière le désert», et que tous peuvent acquérir,
pourvu qu’ils soient disposés à apprendre à la même école.
«Et l’ange de l’Éternel lui apparut dans une flamme de feu, du milieu d’un
buisson à épines; et il regarda, et voici, le buisson était (tout) ardent de
feu, et le buisson n’était pas consumé. Et Moïse dit: Je me détournerai, et je
verrai cette grande vision, pourquoi le buisson ne se consume pas». (Vers. 2,
3). C’était effectivement «une grande vision» qu’un buisson en feu, ne se
consumant point. La cour de Pharaon n’aurait jamais pu offrir rien de pareil.
Mais, outre qu’elle était grande, cette vision était l’expression de la grâce
qui, au milieu de la fournaise de l’Égypte, gardait les élus sans qu’ils fussent
consumés. «L’Éternel des armées est avec nous, le Dieu de Jacob nous est une
haute retraite». (Ps. 46:7). Il y a là force et sécurité, victoire et paix! Dieu
avec
nous, Dieu
en
nous, et Dieu
pour
nous: — nous n’avons pas besoin d’autre chose.
Rien n’est plus intéressant ni plus instructif, que la manière dont il a plu à
l’Éternel de se révéler à Moïse, dans le passage qui nous occupe, Dieu allait
lui donner la charge de retirer son peuple hors d’Égypte, afin que ce peuple fût
son assemblée, sa demeure dans le désert et au pays de Canaan, et c’est du
milieu d’un buisson qu’Il lui parle. Beau, juste et solennel symbole de
l’Éternel habitant au milieu de son peuple élu et racheté! «Notre Dieu est un
feu consumant» (Héb. 12:29), non pour nous consumer, nous: mais pour consumer
tout ce qui, en nous et autour de nous, est contraire à sa sainteté, et partant,
ennemi de notre vrai et éternel bonheur. «Tes témoignages sont très sûrs. La
sainteté sied à ta maison, ô Éternel! pour de longs jours». (Ps. 93:5).
L’Ancien et le Nouveau Testament renferment plusieurs cas où Dieu se manifeste
comme «un feu consumant»; ainsi, en Lévitique 10, le feu dévore Nadab et Abihu.
L’Éternel habitait au milieu de son peuple, et il voulait maintenir celui-ci
dans une condition qui fût digne de Lui. Il ne pouvait faire autrement. Ce ne
serait ni pour sa gloire, ni pour le profit des siens, s’il devait tolérer en
ceux-ci quoi que ce soit d’incompatible avec la pureté de sa présence. Il faut
que la demeure de Dieu soit sainte.
De même, lorsqu’il s’agit du péché d’Acan (Josué 7), nous voyons que l’Éternel
ne peut sanctionner le mal par sa présence, quelle que soit la forme que ce mal
puisse revêtir, et quelque caché qu’il puisse être. L’Éternel était «un feu
consumant»; et comme tel, il devait agir à l’égard de tout ce qui pouvait venir
souiller l’assemblée au milieu de laquelle il habitait. Chercher à unir la
présence de Dieu à un mal non jugé est le dernier caractère de la méchanceté.
Ananias et Sapphira (Act. 5) nous apprennent la même leçon solennelle. Dieu
habitait dans l’Église, par l’Esprit, non pas seulement comme influence, mais
comme Personne divine, et de telle façon qu’on ne pouvait «mentir à l’Esprit
saint». L’Église était, et est encore la demeure de Dieu; et il faut que ce soit
lui qui gouverne et qui juge au milieu d’elle. Les hommes peuvent marcher de
compagnie avec l’imposture, la convoitise et l’hypocrisie; mais Dieu ne le peut
pas. Si Dieu doit marcher avec nous, il faut que nous jugions nos voies, sinon
il les jugera pour nous. (Voyez aussi: 1 Cor. 11:29-32). Dans chacun de ces cas,
et dans beaucoup d’autres que nous pourrions citer, nous voyons la force de
cette solennelle parole: «La sainteté sied à ta maison, ô Éternel». (Ps. 93:5).
Pour celui qui l’a comprise, cette vérité produira toujours un effet moral
analogue à celui qu’elle eut sur Moïse: «N’approche pas d’ici; ôte tes sandales
de tes pieds, car le
lieu sur lequel tu te tiens
est une terre sainte»
(Vers. 5). Le lieu de la présence de Dieu est saint; on ne peut y marcher
qu’avec des pieds déchaussés. Dieu habitant au milieu de son peuple, communique
à l’Assemblée de ce peuple un caractère de sainteté qui est le fondement de
toute affection sainte et de toute sainte activité. Le caractère de l’habitation
dérive du caractère de Celui qui l’habite. L’application de ce principe à
l’Église, qui est maintenant l’habitation de Dieu, par l’Esprit, est de la plus
haute importance pratique. Comme il est heureusement vrai que Dieu, par le Saint
Esprit, habite dans chacun des membres de l’Église individuellement, et qu’il
donne ainsi un caractère de sainteté à l’individu, il est également vrai qu’il
habite dans l’assemblée, et que, par conséquent, l’assemblée doit être sainte.
Le centre, autour duquel les membres sont rassemblés, n’est rien moins que la
personne d’un Christ vivant, victorieux et glorifié. La puissance qui les
rassemble n’est rien moins que le Saint Esprit; et le Seigneur Dieu
Tout-Puissant demeure en eux et marche au milieu d’eux. (Voyez Matt. 18:20; 1
Cor. 6:19; 3:16, 17; Éph. 2:21, 22). Si telles sont la sainteté et la dignité
qui appartiennent à la demeure de Dieu, il est évident que rien d’impur, soit en
principe, soit en pratique, ne doit y être toléré. Tous ceux qui sont en rapport
avec cette habitation devraient sentir l’importance et le sérieux de cette
parole: «Le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte». «Si quelqu’un
corrompt le temple de Dieu, Dieu le détruira». (1 Cor. 3:17). Ces paroles sont
dignes de la plus sérieuse attention de la part de tout membre de l’assemblée de
Dieu, de la part de toute «pierre vivante» faisant partie de son saint temple!
Puissions-nous tous apprendre à fouler les parvis de l’Éternel avec des pieds
déchaussés!
Quoi qu’il en soit, les visions du mont Horeb rendent témoignage à la grâce du
Dieu d’Israël aussi bien qu’à sa sainteté. Si la sainteté de Dieu est infinie,
sa grâce l’est aussi; et comme la manière dont il s’est révélé à Moïse fait
connaître la première, le fait même qu’il s’est révélé atteste la dernière. Il
descendit jusqu’à nous parce qu’il était miséricordieux; mais, après qu’il fut
descendu, il fallait qu’il se révélât comme étant saint. «Et il dit: Je suis le
Dieu de ton père, le Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob. Et
Moïse cacha son visage, car il craignait de regarder vers Dieu». (Vers. 6). La
nature se cache toujours dans la présence de Dieu; et quand nous sommes ainsi
devant Dieu, ayant les pieds déchaussés et la face voilée, c’est-à-dire dans la
disposition d’âme que ces actes expriment si bien, nous sommes dans les
conditions voulues pour écouter les doux accents de la grâce. Quand l’homme
prend la place qui lui convient, Dieu peut lui parler le langage de la pure
miséricorde.
«Et l’Éternel dit: J’ai vu, j’ai vu l’affliction de mon peuple qui est en
Égypte, et j’ai entendu le cri qu’il a jeté à cause de ses exacteurs; car je
connais ses douleurs. Et je suis descendu pour le délivrer de la main des
Égyptiens, et pour le faire monter de ce pays-là dans un pays bon et spacieux,
dans un pays ruisselant de lait et de miel… Et maintenant, voici, le cri des
fils d’Israël est venu jusqu’à moi; et j’ai aussi vu l’oppression dont les
Égyptiens les oppriment». (Vers. 7-9). La grâce du Dieu d’Abraham, et du Dieu de
la postérité d’Abraham, grâce absolue, gratuite, inconditionnelle, brille ici de
tout son éclat, sans être entravée par les «si» et les «mais», les vœux, les
résolutions et les conditions de l’esprit légal de l’homme. Dieu était descendu
pour se manifester Lui-même, en grâce souveraine, pour opérer l’œuvre du salut
tout entière, pour mettre à exécution la promesse qu’il avait faite à Abraham et
renouvelée à Isaac et à Jacob. Il n’était pas descendu pour voir si, de fait,
les objets de cette promesse étaient dans une condition telle qu’ils
méritassent
son salut: ils avaient
besoin
de ce salut, et cela lui suffisait! Il avait considéré l’oppression sous
laquelle ils gémissaient; il avait vu leurs douleurs, leurs larmes, leurs
soupirs, leur dur esclavage, car, béni soit son nom, «Il compte les allées et
les venues de son peuple et met leurs larmes dans ses vaisseaux» (Ps. 56:8); il
n’était attiré ni par leurs mérites, ni par leurs vertus. Ce n’était pas pour
quoi que ce soit de bon qu’il eût vu ou prévu en eux, qu’il se préparait à les
visiter, car il savait ce qui était en eux. En un mot, le vrai fondement de
l’intervention miséricordieuse de l’Éternel en faveur de son peuple nous est
révélé dans ces paroles: «Je suis le Dieu d’Abraham», et: «J’ai vu l’affliction
de mon peuple».
Ces paroles révèlent un grand principe fondamental dans les voies de Dieu. Dieu
agit toujours en vertu de ce qu’il est. «Je
suis»
assure toutes choses pour «Mon
peuple».
Il est certain que l’Éternel n’allait pas laisser son peuple au milieu des fours
à briques de l’Égypte, et sous le fouet des commissaires d’impôts de Pharaon.
C’était son peuple; et il voulait agir à l’égard de ce peuple d’une manière qui
fût digne de lui-même. Le fait qu’Israël était le peuple de l’Éternel, l’objet
favorisé de son amour et de son élection, l’objet de sa promesse
inconditionnelle, réglait toutes choses. Rien ne pouvait empêcher la
manifestation publique de la relation de Dieu avec ceux auxquels, dans ses
éternels conseils, il avait assuré la possession de la terre de Canaan. Il était
descendu pour les délivrer; et les forces réunies de la terre et de l’enfer
n’auraient pas pu les retenir en captivité une heure au-delà du temps qu’il
avait fixé. Il a pu se servir, et s’est servi en effet, de l’Égypte comme d’une
école et de Pharaon comme d’un maître; mais une fois l’œuvre nécessaire
accomplie, le maître et l’école ont été mis de côté, et son peuple a été délivré
à main forte et à bras étendu.
Tel est donc le double caractère de la révélation faite à Moïse sur le mont
Horeb. La sainteté et la grâce se trouvaient réunies dans ce qu’il vit et
entendit. Ces deux éléments entrent, comme nous le savons, dans toutes les voies
et toutes les révélations de Dieu et les caractérisent d’une manière distincte:
ils devraient caractériser également les voies de tous ceux qui, d’une manière
ou d’une autre, agissent pour Dieu, ou en communion avec Lui. Tout serviteur
fidèle est envoyé de devant la présence immédiate de Dieu, avec toute la grâce
et toute la sainteté qui y habitent; il est appelé à être saint et plein de
grâce, pour refléter sur la terre ce double trait du caractère de Dieu; et, pour
cela, il faut non seulement qu’il vienne d’auprès de Dieu, mais encore qu’il
demeure, en esprit, habituellement dans sa présence. C’est là le vrai secret
d’un service efficace. Pour pouvoir agir
pour
Dieu au dehors, il faut être
avec
Lui au dedans. Il faut que je sois dans le sanctuaire secret de sa présence,
autrement j’échouerai complètement dans mon service.
Plusieurs manquent à cet égard et succombent. Nous courons le plus grand danger
de sortir de la solennité et du calme de la présence divine, au milieu de
l’excitation du service actif et de l’agitation qu’amènent nos rapports avec les
hommes. Nous avons à veiller soigneusement sur nous-mêmes à cet égard. Si nous
perdons cette sainte disposition d’esprit, que représentent ici «les pieds
déchaussés», notre service deviendra bien vite insipide et sans profit. Si nous
souffrons que notre œuvre se place entre notre cœur et le Maître, elle ne vaudra
pas grand-chose. Nous ne pouvons servir Christ d’une manière efficace qu’autant
que nous jouissons de Lui. C’est pendant que le cœur est occupé des perfections
qui attirent si puissamment vers Lui, que les mains servent Christ de la manière
la plus agréable à ses yeux et la plus digne de son nom. Aussi, nul ne peut
présenter Christ aux autres avec onction, avec fraîcheur et avec puissance, à
moins qu’il ne se nourrisse de Christ dans le secret de sa propre âme. Il peut,
il est vrai, prêcher un sermon, faire un discours, dire des prières, écrire des
livres, et s’acquitter d’un bout à l’autre de tous les actes du service
extérieur; mais, pour tout cela, il ne sert pas Christ. Celui qui veut présenter
Christ aux autres doit être occupé de Christ pour lui-même.
Heureux est l’homme qui sert ainsi, quel que soit le succès de son travail ou
l’accueil fait à son ministère! Car, lors même que ce ministère n’attirerait pas
l’attention, n’exercerait pas une influence visible, ou ne produirait pas des
résultats apparents, il a en Christ une douce et bienheureuse retraite, et une
part assurée, que rien ne peut lui ôter. Au contraire, celui qui ne se nourrit
que des fruits de son ministère, qui prend son plaisir dans les jouissances
qu’il lui procure, ou dans l’attention qu’il commande et l’intérêt qu’il
inspire, ressemble à un conduit qui, apportant l’eau à d’autres, ne retient rien
pour lui-même que de la rouille. C’est quelque chose de déplorable que d’être
dans une condition pareille; et, néanmoins, c’est, de fait, la condition dans
laquelle se trouve tout serviteur qui s’occupe davantage de son œuvre et des
résultats de cette œuvre, que du Maître et de sa gloire.
Nous avons à nous juger nous-mêmes sévèrement sur ce sujet. Le cœur est rusé et
l’Ennemi est habile; c’est pourquoi nous avons grand besoin de prêter une
sérieuse attention à cette parole d’exhortation: «Soyez sobres, veillez». (1
Pierre 5:8). Quand l’âme a été amenée au sentiment des dangers nombreux et
variés dont le sentier du serviteur de Christ est environné, alors elle est en
état de comprendre le besoin qu’elle a d’être beaucoup seule avec Dieu: là, on
est heureux et en sûreté. C’est quand nous commençons, quand nous poursuivons et
achevons notre œuvre aux pieds du Maître, que notre service est le vrai service.
D’après tout ce que nous venons de dire, il doit être évident pour mon lecteur
que l’air que l’on respire «derrière le désert», est un air fort salutaire pour
tout serviteur de Christ. Horeb est le véritable point de départ de tous ceux
que Dieu envoie pour qu’ils travaillent pour lui. C’est en Horeb que Moïse
apprit à déchausser ses pieds et à se voiler la face. Quarante ans auparavant,
il s’était mis à l’œuvre; mais ce mouvement avait été prématuré. Ce fut au
milieu des solitudes de la montagne de Dieu et du milieu du buisson en feu que
sortit le message divin qui vint frapper l’oreille du serviteur: «Et maintenant,
viens, et je t’enverrai vers le Pharaon, et tu feras sortir hors d’Égypte mon
peuple, les fils d’Israël». (Vers. 10). Il y avait là vraie autorité dans Celui
qui parlait. La différence est immense entre être envoyé de Dieu, et courir sans
être envoyé; et il est évident que Moïse n’était pas mûr pour le service quand,
d’abord, il voulut commencer à agir, et qu’il tua l’Égyptien, et chercha à
mettre la paix entre ses frères. Si quarante années de discipline secrète
étaient nécessaires pour lui, comment aurait-il pu accomplir son œuvre
autrement? Il a fallu qu’il fût enseigné de Dieu et envoyé par Lui; il en est de
même de tous ceux qui entrent dans une carrière de service et de témoignage pour
Christ. Plût à Dieu que ces saintes leçons fussent profondément gravées dans nos
cœurs, et qu’ainsi toutes nos œuvres portassent l’empreinte de l’autorité et de
l’approbation du Maître.
Mais nous avons quelque chose d’autre encore à apprendre au pied du mont Horeb.
L’âme trouve qu’il est bon de s’arrêter dans ce lieu. «Il est bon que nous
soyons ici». (Matt. 17:4). Le lieu de la présence de Dieu est toujours un lieu
d’exercice, où le cœur est sûr d’être mis à découvert. La lumière, qui luit dans
cette sainte retraite, manifeste toutes choses; et c’est ce dont nous avons si
grand besoin au milieu des vaines prétentions qui nous environnent, de l’orgueil
et de la propre satisfaction qui sont au-dedans de nous.
Nous pourrions être tentés de croire qu’au moment même où Moïse reçut le message
divin, il dut répondre: «Me voici,» ou «Seigneur, que faut-il que je fasse?»
Mais non il fallait encore qu’il fût amené là. Le souvenir de sa première faute
l’ébranlait, sans aucun doute; car quand on agit sans Dieu, en quoi que ce soit,
on est sûr d’être découragé, alors même que Dieu nous envoie. «Et Moïse dit à
Dieu: Qui suis-je, moi, pour que j’aille vers le Pharaon, et pour que je fasse
sortir hors d’Égypte les fils d’Israël?» (Vers 11). Moïse, ici, ne ressemble
guère à l’homme qui, quarante ans auparavant, «croyait que ses frères
comprendraient que Dieu leur donnerait la délivrance par sa main». (Act. 7:25).
Tel est l’homme! — tantôt trop prompt, tantôt trop lent à agir. Moïse avait
appris bien des choses depuis le jour où il avait frappé l’Égyptien; il avait
fait des progrès dans la connaissance de lui-même, et cette connaissance le
rendait défiant et craintif. Mais Moïse manquait encore de confiance en Dieu,
cela est manifeste. Si je ne regarde qu’à moi-même, je ne ferai «rien»; mais si
je regarde à Christ «je puis toutes choses». Ainsi, quand Moïse, poussé par la
défiance et la crainte, répondit: «Qui suis-je?» Dieu lui répliqua: «Je serai
avec toi». (Vers 12). Cela aurait dû lui suffire. Si Dieu est avec moi,
qu’importe qui je suis ou ce que je suis! Quand Dieu lui dit: «Je t’enverrai,»
et «Je serai avec toi,» le serviteur est abondamment pourvu d’autorité et de
puissance divines, et il devrait par conséquent être parfaitement à l’aise et
content d’aller là où Dieu l’envoie.
Mais Moïse pose une autre question, car le cœur humain est tout plein de
questions. «Et Moïse dit à Dieu: Voici, quand je viendrai vers les fils
d’Israël, et que je leur dirai: Le Dieu de vos pères m’a envoyé vers vous, et
qu’ils me diront: Quel est son nom? que leur dirai-je?» (Vers 13). Il est
étrange de voir comment le cœur humain raisonne et questionne, alors qu’une
obéissance implicite est ce qu’il doit à Dieu; mais ce qui est plus merveilleux
encore, c’est la grâce qui supporte tous ces raisonnements, et répond à toutes
ces questions, chacune d’elles devenant une occasion pour faire ressortir
quelque trait nouveau de cette grâce.
«Et Dieu dit à Moïse:
Je suis celui qui suis.
Et il dit: Tu diras ainsi aux fils d’Israël: Je suis m’a envoyé vers vous».
(Vers. 14). Le titre que Dieu prend ici est merveilleusement significatif. En
recherchant, dans l’Écriture, les divers noms que Dieu y prend, nous voyons que
ces noms sont en rapport intime avec les divers besoins de ceux avec lesquels
Dieu s’est trouvé en relation. Il se révèle sous tous ces noms de «Jéhovah-Jiré»
(l’Éternel y pourvoira) Gen. 22:14; «Jéhovah-Nissi» (l’Éternel mon enseigne)
Exo. 17:15; «Jéhovah-Tsidkenou» (l’Éternel, notre justice) Jér. 33:16; «Jéhovah-Shalom»
(l’Éternel de paix) Juges 6:24; pour satisfaire aux besoins de
son
peuple; et quand il s’appelle «Je
suis,»
ce titre renferme tous les autres.
Quelle grâce que d’être appelé à marcher en compagnie de Celui qui porte un nom
pareil! Nous sommes dans le désert et nous y rencontrons des épreuves, des
afflictions et des difficultés; mais aussi longtemps que nous jouissons du
privilège de pouvoir recourir, en tout temps et en toutes circonstances, à Celui
qui se révèle à nous dans sa grâce infiniment variée, en vue de tous nos besoins
et de toute notre faiblesse, nous n’avons pas à craindre le désert. Dieu allait
faire traverser le désert à son peuple, quand il révéla son nom à Moïse; et,
bien que le croyant, qui, maintenant, possède l’Esprit d’adoption, puisse dire:
«Abba, Père», il n’est pas pour cela dépossédé du privilège de jouir de la
communion avec Dieu dans toutes les diverses manifestations qu’il lui a plu de
faire de Lui-même. Le nom de «Dieu»,
par exemple, est un titre qui le révèle comme agissant dans l’unité de sa propre
essence, manifestant sa puissance éternelle et sa divinité dans les œuvres de la
création. Il prend le nom de «l’Éternel
Dieu»
en connexion avec l’homme. Puis, comme «le
Dieu Tout-Puissant»,
il apparaît à son serviteur Abraham pour l’affermir dans l’assurance qu’il
accomplirait la promesse qu’il lui avait faite touchant sa «semence». Comme
«l’Éternel», il se fait connaître à Israël, en le délivrant du pays d’Égypte, et
en le conduisant dans le pays de Canaan.
C’est ainsi que, en diverses mesures et en des manières différentes, «Dieu a
autrefois parlé aux pères par les prophètes» (Héb. 1:1); et le croyant, sous
l’économie actuelle, parce qu’il possède l’Esprit d’adoption, peut dire: «c’est
mon Père qui s’est révélé ainsi, qui a ainsi parlé, ainsi agi».
Il n’y a rien de plus intéressant, ou qui soit pratiquement plus important dans
son genre, que d’étudier ces grands noms que Dieu prend dans les différentes
dispensations. Ces noms sont toujours employés dans le plus strict accord moral
avec les circonstances dans lesquelles ils ont été révélés; mais il y a dans le
nom «Je
suis»
une hauteur et une profondeur, une longueur et une largeur qui surpassent toute
conception humaine.
De plus, il importe de le remarquer, ce n’est qu’en relation avec son peuple que
Dieu prend ce titre. Ce n’est pas sous ce nom qu’il s’est adressé à Pharaon.
Quand il lui parle, il prend le titre imposant et majestueux de «l’Éternel, le
Dieu des Hébreux», savoir Dieu en relation avec ce même peuple que Pharaon
cherchait à écraser. Cela aurait dû suffire pour faire connaître à Pharaon
l’épouvantable position dans laquelle il se trouvait vis-à-vis de Dieu. «Je
suis»
n’aurait fait entendre à une oreille incirconcise qu’un son inintelligible, et
n’aurait communiqué aucune réalité divine à un cœur incrédule. Lorsque Dieu
manifesté en chair fit entendre aux Juifs infidèles de son temps ces paroles:
«Avant qu’Abraham fût,
je suis»
(Jean 8:58), ils levèrent des pierres pour les jeter contre lui. Il n’y a que le
vrai croyant qui puisse, en quelque mesure, éprouver la puissance, et jouir de
la valeur de ce nom ineffable
«Je suis».
Ce nom renferme pour lui, quelque faible et chancelant qu’il puisse être, une
bénédiction sans mélange. Mais, bien que ce fût à son peuple élu que Dieu avait
commandé à Moïse de dire. «Celui qui s’appelle
Je suis
m’a envoyé vers vous», ce nom, si nous le considérons en rapport avec
l’infidèle, renferme quelque chose de profondément sérieux, une profonde
réalité. Si un homme, encore dans ses péchés, contemple un instant ce titre
merveilleux, il est impossible qu’il ne se demande pas: Quelle est ma position
vis-à-vis de cet Être qui s’appelle «Je
suis celui qui suis?»
Si véritablement
Il est,
qu’est-Il
pour moi?
Je
ne dépouillerai point cette question de sa solennité et de sa puissance en y
répondant moi-même; mais je désire que Dieu la fasse pénétrer dans la conscience
de tout lecteur qui aurait réellement besoin d’être scruté par elle.
Je ne puis terminer ce chapitre sans appeler l’attention de mon lecteur chrétien
sur l’importante déclaration contenue dans le verset 15: «Et Dieu dit encore à
Moïse: Tu diras ainsi aux fils d’Israël: L’Éternel, le Dieu de vos pères, le
Dieu d’Abraham, le Dieu d’Isaac, et le Dieu de Jacob, m’a envoyé vers vous:
c’est là mon nom éternellement, et c’est là mon mémorial de génération en
génération».
Cette déclaration renferme une vérité très importante, que semblent oublier
grand nombre de chrétiens, savoir que la relation de Dieu avec Israël est une
relation éternelle. Il est tout autant le Dieu d’Israël maintenant que lorsqu’il
visita ce peuple au pays d’Égypte. De plus, il s’occupe de lui aussi
positivement maintenant qu’alors, seulement d’une autre manière. Sa parole est
claire et explicite: «C’est là mon nom éternellement!» Dieu ne dit pas: «C’est
là mon nom pour un temps, pour aussi longtemps qu’ils continueront à être ce
qu’ils doivent être;» non, mais: «C’est là mon nom
éternellement,
et c’est là mon mémorial
de génération en génération».
Que le lecteur pèse bien ceci. «Dieu n’a point rejeté son peuple, lequel il a
préconnu». (Rom. 11:2). Obéissants ou désobéissants, réunis ou dispersés,
manifestés aux nations ou cachés à leur vue, les enfants d’Israël sont encore
son peuple. Ils sont son peuple, et Dieu est leur Dieu. La déclaration du vers.
15 du chapitre qui nous occupe est irrécusable. L’Église professante est
injustifiable d’ignorer une relation que Dieu déclare devoir durer
«éternellement». Prenons garde de ne pas transiger avec cette solennelle
déclaration: «c’est là mon nom
éternellement».
Dieu veut dire ce qu’il dit; et bientôt il manifestera à la vue de toutes les
nations de la terre que sa relation avec Israël est une relation éternelle. «Les
dons et l’appel de Dieu sont sans repentir». (Rom. 11:29). «Je
suis»
a déclaré qu’il était
le Dieu d’Israël
éternellement;
et tous les gentils seront amenés à comprendre cette vérité et à s’incliner
devant elle, comme aussi à reconnaître que les voies providentielles de Dieu
envers eux, gentils, que toutes leurs destinées sont liées, d’une manière ou
d’une autre, avec ce peuple favorisé et honoré, bien que maintenant jugé et
dispersé. «Quand le Très-Haut partageait l’héritage aux nations, quand il
séparait les fils d’Adam, il établit les limites des peuples selon le nombre des
fils d’Israël. Car la portion de l’Éternel, c’est son peuple; Jacob est le lot
de son héritage». (Deut. 32:8-9).
Ce que Dieu a dit a-t-il cessé d’être vrai? L’Éternel a-t-il abandonné «le lot
de son héritage?» Le regard de son amour ne repose-t-il plus sur les tribus
dispersées d’Israël, depuis longtemps perdues de vue par les hommes? Les
murailles de Jérusalem ne sont-elles plus devant Lui, ou sa poussière a-t-elle
cessé d’être précieuse devant ses yeux? Pour répondre à ces questions, il
faudrait citer une grande partie de l’Ancien Testament et un grand nombre de
passages du Nouveau; mais ce n’est pas ici le lieu d’examiner ce sujet en
détail. Je rappellerai seulement, pour terminer ce chapitre, que la chrétienté
ne doit pas «ignorer ce mystère; c’est qu’un endurcissement
partiel
est arrivé en Israël, jusqu’à ce que la plénitude des nations soit entrée; et
ainsi
tout Israël sera sauvé».
(Rom. 11:25-26).