L’Ecclésiaste
Chapitre 1er
Comme nous l’avons dit en
commençant, Salomon prend dans ce livre le caractère d’un
Prédicateur. Il veut faire profiter ses auditeurs des expériences qu’il a
faites au moyen de la sagesse que Dieu lui a donnée. Il ne se contente pas de
l’exercer dans le gouvernement de son peuple, car
c’était pour cela qu’il l’avait demandée à Dieu (2 Chron. 1:9-12); mais il nous
est dit qu’il avait reçu de Dieu «de la sagesse et
une très grande intelligence, et un cœur large comme le sable qui est sur le
bord de la mer. Et la sagesse de Salomon était plus grande que la sagesse de
tous les fils de l’Orient et toute la sagesse de l’Égypte. Et il était plus sage
qu’aucun homme, plus qu’Ethan, l’Ezrakhite, et qu’Héman, et Calcol, et Darda,
les fils de Makhol. Et sa renommée était répandue parmi toutes les nations, à
l’entour. Et il proféra trois mille proverbes, et ses cantiques furent au nombre
de mille et cinq. Et il parla sur les arbres, depuis le cèdre qui est sur le
Liban, jusqu’à l’hysope qui sort du mur; et il parla sur les bêtes, et sur les
oiseaux, et sur les reptiles, et sur les poissons. Et de tous les peuples on
venait pour entendre la sagesse de Salomon, de la part de tous les rois de la
terre qui avaient entendu parler de sa sagesse» (1 Rois 4:29-34). C’est ce qui
avait fait de lui «le Prédicateur».
En outre, toutes choses étaient à
sa disposition: tout ce que les richesses pouvaient acquérir, tout ce que la
puissance pouvait obtenir, tout ce que la sagesse pouvait sonder et
s’approprier. Il avait goûté à toutes les jouissances; il avait scruté toutes
les œuvres de Dieu et connu les lois par lesquelles sont réglée la vie des
hommes et l’ordre de l’univers. Il n’avait donc aucune
raison de se plaindre du monde (2 Chron. 9:22-24).
Dès le début, selon l’usage des
Prédicateurs, celui-ci indique son sujet et établit son texte:
«Vanité des vanités, dit le
Prédicateur; vanité des vanités! Tout est vanité!» (v. 2). Puis, dans toute la
suite du Livre il traite ce sujet en détail, pour aboutir enfin à la conclusion,
à la somme de toutes les expériences qu’il a faites:
«Vanité des vanités, dit le Prédicateur; tout est vanité» (12:8). Vanité! un
souffle, une ombre qui passe, une existence sans lendemain, la vie de l’éphémère
ailée qui dure à peine un jour!
Le verset 3: «Quel profit a
l’homme de tout son labeur dont il se tourmente sous le soleil?» pose la
question qui sera développée sous toutes ses faces
dans le cours de ce livre, car celui-ci prend l’homme engagé dans les affaires
de la vie, occupé, habitué au travail et à une activité souvent dévorante.
À cette question, les vers. 4-11
nous fournissent la réponse: «Une génération s’en va, et une génération vient;
et la terre subsiste toujours». L’homme, le seul être intelligent, ne dure pas,
tandis que le monde dure et que le cours de la nature est immuable. Elle suit
des lois fixes, toujours les mêmes et se renouvelant sans cesse. L’esprit se
fatigue à suivre ce travail continuel, à voir, à entendre, à connaître; il en
revient toujours au même point: il n’y a rien de nouveau sous le soleil, et même
le souvenir des choses qui ont précédé s’efface
invariablement.
v. 12-15. Le Prédicateur s’est
appliqué à sonder et à comprendre ces choses; il avait à sa disposition deux
moyens pour explorer tout ce qui se fait sous les cieux: un pouvoir royal que
nul avant lui ne put égaler, une sagesse d’origine divine
qui dépassait toutes les autres. Tous les travaux qui se font sous le
soleil ont passé devant ses yeux et son intelligence s’en est rendu compte. Le
résultat est que tout est vanité, une poursuite qui ne peut jamais atteindre ce
qu’elle cherche à saisir. Trouvez le moyen de saisir le vent! «Ce qui est
tordu ne peut être redressé, et ce qui manque ne
peut être compté»: L’obstacle à une connaissance fructueuse, c’est que le mal
est là et a tout déformé. Par suite du péché les anneaux de la chaîne des choses
sont dispersés. Partout des lacunes sans aucun moyen de combler les vides.
Ainsi, dès le début, le fait que,
malgré la régularité de ses lois, le monde est une ruine, devient l’obstacle à
toute connaissance et à toute jouissance véritables.
v. 16-18. Les choses étant ainsi:
d’un côté la persistance d’un ordre régulier dans la création, de l’autre le
désordre amené par le péché, le Prédicateur s’est appliqué à sonder d’une part
ce qui est conforme à la sagesse, d’autre part la déraison et la folie qui ont
troublé cet ordre, et il a connu que «cela aussi, c’est la poursuite du vent».
Mais le bonheur qu’il espérait atteindre par cette connaissance s’est trouvé
converti en chagrin et en douleur: «À beaucoup de sagesse, beaucoup de chagrin;
et qui augmente la connaissance, augmente la douleur». Comment le sage
pourrait-il se réjouir quand il voit, malgré ce qui subsiste de la merveilleuse
création de Dieu, toutes les choses matérielles et morales fanées dans leur
beauté et corrompues par le mal? Or cette expérience atteint tout homme sage. Au
milieu du naufrage produit par le péché, l’homme lui-même ne subsiste que comme
une triste épave de ses bénédictions passées.
Ainsi donc, tout dans la nature,
malgré la régularité des phénomènes, est dans un travail continuel. Il n’y a
point de repos pour l’homme — et pour compléter le tableau de son état, la
vanité de tout et l’oubli des choses passées le caractérisent. Il est en outre
incapable d’y remédier, car il ne peut redresser ce qui est tordu.