Livre du
Deutéronome
Chapitre
3
«Et nous nous tournâmes, et nous montâmes par le chemin de Basan; et Og, le roi
de Basan, sortit à notre rencontre, lui et tout son peuple, à Édréhi, pour
livrer bataille. Et l’Éternel me dit: Ne le crains pas, car je l’ai livré en ta
main, lui et tout son peuple, et son pays; et tu lui feras comme tu as fait à
Sihon, roi des Amoréens, qui habitait à Hesbon. Et l’Éternel, notre Dieu, livra
aussi en notre main Og, le roi de Basan, et tout son peuple; et nous le battîmes
jusqu’à ne pas lui laisser un réchappé. Et nous prîmes toutes ses villes, en ce
temps-là; il n’y eut point de ville que nous ne leur prissions soixante villes,
toute la région d’Argob, le royaume d’Og, en Basan; toutes ces villes-là étaient
fortifiées avec de hautes murailles, des portes et des barres, outre les villes
ouvertes, en fort grand nombre; et nous les détruisîmes entièrement, comme nous
avions fait à Sihon, roi de Hesbon, détruisant toutes les villes, hommes,
femmes, et enfants. Et nous pillâmes pour nous toutes les bêtes, et le butin des
villes» (vers. 1-7).
Les ordres divins concernant Og, roi de Basan, étaient précisément les mêmes que
ceux donnés au chapitre précédent au sujet de Sihon, roi des Amoréens. Pour
comprendre ces ordres, nous devons les considérer à la lumière du gouvernement
de Dieu, — sujet peu compris, quoique d’une haute importance pratique. Il faut
savoir distinguer la grâce, du gouvernement. Lorsque nous contemplons Dieu en
gouvernement, nous le voyons déployant sa puissance en justice, punissant les
méchants, se vengeant de ses ennemis, renversant les empires et les trônes,
détruisant les cités, balayant les nations, les tribus et les peuples. Nous le
voyons commander à son peuple de passer au fil de l’épée les hommes, les femmes
et les enfants, de mettre le feu à leurs maisons, et de réduire en cendres leurs
villes.
Nous l’entendons aussi adresser au prophète Ézéchiel ces remarquables paroles
«Fils d’homme, Nebucadretsar, roi de Babylone, a fait travailler son armée à un
grand travail contre Tyr: toute tête en est devenue chauve, et toute épaule en a
été écorchée; et il n’a eu de Tyr aucun salaire, ni pour lui, ni pour son armée,
pour le travail qu’il a fait contre elle. C’est pourquoi, ainsi dit le Seigneur,
l’Éternel: Voici, je donne à Nebucadretsar, roi de Babylone, le pays d’Égypte;
et il en enlèvera la multitude, il en emportera le butin, et en fera le pillage;
et ce sera le salaire de son armée. En récompense de son travail contre Tyr, je
lui ai donné le pays d’Égypte, parce qu’ils ont travaillé pour moi, dit le
Seigneur, l’Éternel» (Éz. 29:18-20).
Ce passage remarquable place devant nous un sujet qui se retrouve dans tout
l’Ancien Testament, et qui exige toute notre attention. Dans les cinq livres de
Moïse, les livres historiques, les Psaumes et les Prophètes, nous voyons
l’Esprit nous donner les détails les plus précis sur les actes de Dieu en
gouvernement. Nous avons le déluge aux jours de Noé, où toute la terre, à
l’exception de huit personnes, fut détruite par un acte du gouvernement divin.
Les hommes, les femmes, les enfants, les animaux à quatre pieds, les oiseaux et
les reptiles furent tous entraînés et engloutis sous les flots du juste jugement
de Dieu.
Puis, aux jours de Lot, nous voyons les villes de la plaine, avec tous leurs
habitants, hommes, femmes et enfants,
détruites en quelques heures par la main du Tout-Puissant, et ensevelies sous
les eaux de la Mer Morte; ces villes coupables, «Sodome et Gomorrhe, et les
villes d’alentour, s’étant abandonnées à la fornication de la même manière que
ceux-là, et étant allées après une autre chair, sont là comme exemple, subissant
la peine d’un feu éternel» (Jude 7).
Ensuite, les pages inspirées nous montrent les sept nations de Canaan, hommes,
femmes et enfants, livrées entre les mains d’Israël pour être exterminées sans
miséricorde, et sans qu’une seule personne échappât.
Le temps nous manquerait pour la simple indication de tous les passages des
Écritures, qui mettent devant nos yeux les actes solennels du gouvernement
divin. Nous les retrouvons de la Genèse à l’Apocalypse, — du déluge à la
destruction finale du monde actuel.
Sommes-nous capables de comprendre ces voies de Dieu en gouvernement? Avons-nous
le droit de les juger? Sommes-nous à même de sonder les profonds et terribles
mystères de la Providence? Pouvons-nous — devons-nous expliquer pourquoi des
enfants innocents sont enveloppés dans le jugement de leurs parents coupables?
L’incrédulité impie peut se moquer de ces choses; la sentimentalité peut s’y
achopper, mais le vrai croyant, le lecteur respectueux de la Sainte Écriture,
résoudra toutes ces questions par cette autre question si simple et si sûre «Le
juge de toute la terre ne fera-t-il pas ce qui est juste?» (Gen. 18:25).
C’est la seule manière de répondre à de telles questions. Si nous admettons que
l’homme peut juger les voies de Dieu, qu’il peut se permettre de décider de ce
qui est digne de Dieu et de ce qui ne l’est pas, alors vraiment nous avons perdu
le sentiment de ce qu’est Dieu. Or c’est précisément là le but de Satan. Pour
éloigner nos cœurs de Dieu, il pousse les hommes à raisonner, à questionner et à
spéculer sur des choses qui sont aussi au-dessus de leur portée que les cieux
sont au-dessus de la terre. Pouvons-nous comprendre Dieu? Si nous le pouvions,
nous serions nous-mêmes Dieu.
Il est absurde et impie, tout à la fois, que de pauvres mortels osent discuter
les conseils, les actes et les voies du tout puissant Créateur, du sage
Gouverneur de l’univers. Tôt ou tard, ils reconnaîtront leur fatale erreur. Il
serait bon que tous les sophistes prissent garde à cette grave question de
l’apôtre: «Mais plutôt, toi, ô homme, qui es-tu, qui contestes contre Dieu? La
chose formée dira-t-elle à celui qui l’a formée: Pourquoi m’as-tu ainsi faite?
Le potier n’a-t-il pas pouvoir sur l’argile pour faire de la même masse un vase
à honneur et un autre à déshonneur?» (Rom. 9:20-21).
Telle est la méthode divine de répondre à tous les «comment» et «pourquoi» du
raisonnement incrédule. Si le potier a pouvoir sur le morceau d’argile qu’il
tient dans sa main, — fait que personne ne songerait à nier, — combien plus le
Créateur de toutes choses a-t-il pouvoir sur les créatures que sa main a
formées. Les hommes peuvent spéculer indéfiniment sur les raisons pour
lesquelles Dieu a permis au péché d’entrer dans le monde, et au serpent de
tenter Ève, au lieu de le détruire lui et ses anges, ou de préserver Ève de
manger le fruit défendu, etc. En un mot, les «pourquoi» et les «comment» sont
sans fin, mais la réponse est une: «Qui es-tu, ô homme, qui contestes contre
Dieu?» Quelle monstruosité un pauvre ver de terre ose porter un jugement sur les
conseils et sur les voies de l’Éternel Dieu! Quelle présomptueuse folie! une
créature, dont l’intelligence est aveuglée par le péché, et par conséquent
totalement incapable de juger sainement les choses divines, prétend savoir
comment Dieu aurait dû agir, dans tel ou tel cas! Il est à craindre que des
milliers qui raisonnent maintenant avec une habileté apparente contre la vérité
de Dieu, ne reconnaissent leur fatale erreur, lorsqu’il sera trop tard pour la
réparer.
Quant à ceux qui, loin de faire cause commune avec les incrédules, sont
néanmoins tourmentés de doutes et de craintes au sujet de quelques-unes des
voies de Dieu en gouvernement et sur la solennelle question des peines
éternelles 1, nous leur recommandons la lecture et l’étude
attentive du Psaume 131.
«Éternel! mon cœur n’est pas hautain, et mes yeux ne s’élèvent pas, et je n’ai
pas marché en des choses trop grandes et trop merveilleuses pour moi. N’ai-je
pas soumis et fait taire mon âme, comme un enfant sevré auprès de sa mère? Mon
âme est en moi comme l’enfant sevré».
1
Nous nous permettons ici quelques remarques sur le sujet si solennel des peines
éternelles, vu que tant de chrétiens, en tous lieux, ne sont pas au clair sur ce
sujet. Il y a, nous le croyons, trois considérations qui dûment pesées, fixeront
le chrétien quant à cette doctrine.
1. On trouve dans le Nouveau testament 70 passages avec le mot “éternel” (aiônios).
Ce mot est appliqué à la
vie
que les croyants possèdent; aux
demeures
dans lesquelles ils seront reçus; à la
gloire
dont ils jouiront; il s’applique à
Dieu
(Rom. 16:26); au
salut,
dont le Seigneur Jésus est l’auteur; à la
rédemption
qu’il a obtenue pour nous; et à
l’Esprit
Parmi ces 70 passages, que le lecteur peut vérifier au moyen d’une concordance
grecque, il y en a sept où ce même mot est appliqué aux
châtiments
des méchants; aux
jugements
qui les atteindront; au
feu
qui les consumera.
Or il s’agit de savoir d’après quels principes ou quelle autorité l’on peut dire
que dans ces sept passages-là le mot
aiônos
ne signifie pas
éternel,
mais bien dans les 63 autres? Cette assertion est sans fondement aucun, et
indigne de l’attention d’un esprit sérieux. Nous admettons que si le Saint
Esprit eût jugé convenable d’employer un autre mot pour parler du jugement des
méchants, la raison demanderait que nous prenions ce fait en considération. Mais
non, il emploie le même mot invariablement, de sorte que si nous nions les
peines éternelles, nous devons nier la vie éternelle, la gloire éternelle, un
Esprit éternel, un Dieu éternel, en un mot tout ce qui est éternel. Si le
châtiment n’est pas éternel, rien ne sera éternel selon cet argument. Toucher à
cette pierre de voûte de la Révélation divine, c’est faire crouler le tout.
C’est justement ce que Satan cherche à faire. Nous sommes convaincus que nier la
vérité des peines éternelles, c’est faire le premier pas sur la pente qui
conduit au scepticisme universel.
2. Notre seconde considération est dérivée de la grande vérité de l’immortalité
de l’âme. Nous lisons au chapitre second de la Genèse que l’Éternel Dieu forma
l’homme poussière du sol, et souffla dans ses narines une respiration de vie, et
l’homme devint une âme vivante (vers. 7). Ce passage fût-il le seul, c’est sur
lui comme sur un rocher inébranlable que nous basons la grande vérité de
l’immortalité de l’âme humaine. La chute de l’homme ne changea rien à cela.
Innocente ou coupable, convertie ou non convertie, l’âme doit vivre à toujours.
La question solennelles est celle-ci:
Où doit-elle vivre?
Dieu ne peut tolérer le péché en sa présence. Il a les yeux trop purs pour voir
le mal (Habakuk 1:13). Par conséquent, si un homme meurt dans ses péchés, sans
s’être repenti, sans avoir été lavé, et pardonné, il ne peut venir là où Dieu se
trouve; ce serait même le dernier endroit où il désirerait aller. Il ne reste
rien pour lui qu’une éternité sans fin, dans
l’étang de feu et de soufre.
3. Enfin, nous croyons que la doctrine des peines éternelles est liée
étroitement au caractère infini de la rédemption. Si rien moins qu’un sacrifice
infini ne pouvait nous délivrer des conséquences du péché, ces conséquences
doivent être éternelles. Cette considération n’aura peut-être pas grand poids
auprès de certaines personnes, mais, pour nous, la force en est irrésistible.
Nous devons mesurer le péché et ses conséquences, de la même manière que l’amour
divin et ses résultats; non à la mesure des sentiments humains ou de la raison
humaine, mais uniquement à celle de la croix de Christ.
Lorsque le cœur a savouré, en quelque mesure, ces touchantes expressions, il
peut retirer un vrai profit des paroles de l’apôtre en 2 Cor. 10:4
«Car les armes de notre guerre ne sont pas charnelles, mais puissantes par Dieu
pour la destruction des forteresses, détruisant les raisonnements et toute
hauteur qui s’élève contre la connaissance de Dieu, et amenant toute pensée
captive à l’obéissance du Christ».
Les philosophes et les libres-penseurs souriraient de mépris, sans doute, à
l’idée de traiter aussi simplement une question aussi grave. Mais cela importe
peu au jugement du disciple de Christ. Le même apôtre inspiré dispose en fort
peu de mots, de toute la sagesse et de toute la science de ce monde. Il dit:
«Que personne ne s’abuse soi-même: si quelqu’un parmi vous a l’air d’être sage
dans ce siècle, qu’il devienne fou, afin de devenir sage; car la sagesse de ce
monde est folie devant Dieu»; car il est écrit: «Celui qui prend les sages dans
leurs ruses», et encore: «Le Seigneur connaît les raisonnements des sages,
qu’ils sont vains» (1 Cor. 3:18-20). Et encore: «Il est écrit: Je détruirai la
sagesse des sages et j’annulerai l’intelligence des intelligents». Où est le
sage? où est le scribe? où est le disputeur de ce siècle? Dieu n’a-t-il pas fait
de la sagesse du monde une folie? Car, puisque dans la sagesse de Dieu, le
monde, par la sagesse, n’a pas connu Dieu, il a plu à Dieu, par la folie de la
prédication, de sauver ceux qui croient (1 Cor. 1:19-21).
Il faut donc que l’homme reconnaisse qu’il n’est qu’un fou, et que toute la
sagesse du monde est folie. Vérité humiliante, mais salutaire! Humiliante, parce
qu’elle met l’homme à sa vraie place salutaire, précieuse même, parce qu’elle
met en scène la sagesse de Dieu. On parle beaucoup de nos jours de science, de
philosophie et d’érudition. «Dieu n’a-t-il pas fait de la sagesse du monde une
folie?»
Saisissons-nous bien le sens de ces mots? Il est à craindre qu’ils ne soient que
peu compris. Il ne manque pas d’hommes qui voudraient nous persuader que la
science a de beaucoup dépassé la Bible. Malheur à cette science et à ceux qui
l’écoutent! Si elle est allée plus loin que la Bible, où est-elle allée? Du côté
de Dieu, de Christ, du ciel, de la sainteté, de la paix, ou dans une direction
tout à fait opposée? Et où tout cela finira-t-il? 1
1
Il faut distinguer entre la véritable science et la «science faussement ainsi
nommée».
En outre, nous devons faire la différence entre les
faits
de la science et les
conclusions
des savants. Les faits sont ce que Dieu a fait et fait encore; mais, lorsque les
hommes se mettent à tirer leurs conclusions de ces faits, ils commettent les
plus graves erreurs.
Toutefois, c’est un soulagement pour le cœur de penser qu’il y a un grand nombre
de savants, qui donnent à Dieu sa vraie place et qui aiment notre Seigneur Jésus
Christ en sincérité.
«Le monde, par la sagesse, n’a pas connu Dieu».
Qu’est-ce que la philosophie de la Grèce faisait pour ses disciples? Elle en
faisait d’ignorants adorateurs d’«UN DIEU INCONNU».
L’inscription même qui était sur leur autel proclamait à tout l’univers leur
ignorance et leur honte.
Revenons à notre chapitre. Depuis le verset 7 à 20, Moïse rappelle aux enfants
d’Israël l’histoire de leurs conquêtes sur les deux rois des Amoréens, et les
faits concernant l’héritage des deux tribus et demie en deçà du Jourdain. À cet
égard, il est intéressant de remarquer qu’il ne dit nullement si ces tribus
eurent tort ou raison en choisissant leurs possessions en dehors du pays de la
promesse. D’après le récit qui en est fait ici, on ne peut même pas savoir si
les deux tribus et demie exprimèrent un désir dans cette affaire. Nouvelle
preuve que notre Livre n’est pas une répétition des précédents.
Voici ces paroles: «Et nous prîmes possession de ce pays-là, en ce même temps.
Depuis Aroër, qui est sur le torrent de l’Arnon, la moitié de la montagne de
Galaad, et ses villes,
je les donnai aux Rubénites
et aux Gadites;
et le reste de Galaad, et tout Basan, le royaume d’Og,
je le
donnai à la demi-tribu de Manassé…
Et
je donnai
Galaad à Makir. Et aux Rubénites et aux Gadites
je donnai
depuis Galaad jusqu’au torrent de l’Arnon, le milieu du torrent et ce qui y
confine, et jusqu’au torrent du Jabbok, frontière des fils d’Ammon… Et, en ce
temps-là, je vous commandai, disant:
L’Éternel, votre Dieu, vous a
donné ce pays pour le posséder;
vous passerez équipés devant vos frères, les fils d’Israël, vous tous, les
hommes valides. Seulement, vos femmes, et vos enfants, et vos troupeaux — je
sais que vos troupeaux sont nombreux — demeureront dans vos villes
que je
vous ai données,
jusqu’à ce que l’Éternel ait donné du repos à vos frères comme à vous, et qu’eux
aussi possèdent le pays que l’Éternel, votre Dieu, leur donne au-delà du
Jourdain; alors vous retournerez chacun dans sa possession,
que je
vous ai donnée»
(vers. 12-20).
Dans notre étude du livre des Nombres, nous nous sommes arrêtés sur certains
faits en rapport avec l’établissement des deux tribus et demie, prouvant
qu’elles n’étaient pas à la hauteur de la pensée de Dieu en choisissant leur
héritage en deçà du Jourdain. Mais, dans le passage que nous venons de citer, il
n’est pas fait allusion à ce côté de la question, parce que le but de Moïse est
de placer devant la congrégation l’excessive bonté, la sollicitude et la
fidélité de Dieu en leur accordant de si éclatantes victoires sur les Amoréens,
et en les mettant en possession de belles contrées qui leur convenaient si bien.
Par là il posait la base des droits qu’avait l’Éternel à leur obéissance, et
nous pouvons sans peine apprécier la beauté morale du fait que, dans ce résumé,
la question de savoir si les tribus de Ruben et de Gad et la demi-tribu de
Manassé eurent tort dans leur choix, est mise de côté.
Grâces à Dieu, sa Parole n’a pas besoin d’apologistes humains. Elle parle pour
elle-même et porte avec elle ses preuves, de sorte que nous pouvons dire d’elle
ce que l’apôtre disait de son évangile, que «s’il est voilé, il est voilé en
ceux qui périssent, en lesquels le dieu de ce siècle a aveuglé les pensées des
incrédules, pour que la lumière de l’évangile de la gloire du Christ, qui est
l’image de Dieu, ne resplendît pas pour eux» (2 Cor. 4:3-4). Nous sommes
toujours plus convaincus que la meilleure manière de répondre aux attaques des
incrédules contre la Bible, est d’avoir nous-mêmes une foi plus entière en son
autorité et en sa puissance divine, et de nous en servir comme étant
parfaitement assurés de sa vérité et de sa valeur.
Arrêtons-nous maintenant quelque peu sur les derniers versets de notre chapitre:
«Et je commandai à Josué en ce temps-là, disant: Tes yeux ont vu tout ce que
l’Éternel, votre Dieu, a fait à ces deux rois; l’Éternel fera ainsi à tous les
royaumes où tu vas passer. Ne les craignez pas; car l’Éternel, votre Dieu, est
celui qui combat pour vous» (vers. 21, 22).
Le souvenir des dispensations du Seigneur envers nous dans le passé devrait
fortifier notre confiance pour l’avenir. Celui qui avait accordé à son peuple
une si éclatante victoire sur les Amoréens, qui avait détruit un ennemi aussi
formidable que Og, roi de Basan, qui avait mis entre leurs mains tout le pays
des géants, que ne pouvait-il faire pour eux? Il était peu probable qu’ils
rencontrassent au pays de Canaan un ennemi plus redoutable que cet homme, dont
le lit de fer était de si énormes dimensions que Moïse en fait la remarque
(vers. 11). Mais qu’était-il en la présence de son Créateur? Les géants et les
nains sont égaux devant Lui. Le grand point est d’avoir Dieu lui-même devant nos
yeux; alors les difficultés disparaissent. C’est là le vrai secret de la paix et
du progrès. «Tes yeux ont vu tout ce que l’Éternel, votre Dieu, a fait».
Or ce qu’il a fait, il le fera encore. Il a
délivré,
il
délivre
et il
délivrera.
Le passé, le présent et l’avenir sont tous marqués par des délivrances divines.
Lecteur, es-tu dans les difficultés? T’attends-tu, le cœur tremblant, à quelque
terrible malheur? Es-tu peut-être comme l’apôtre Paul, en Asie: «excessivement
chargé, au-delà de notre force, de sorte que nous avons désespéré même de
vivre?» (2 Cor. 1:8). S’il en est ainsi, accepte une parole d’encouragement: «Ne
crains point, crois seulement».
Il ne fait jamais défaut au cœur qui se confie en Lui. Fais usage des ressources
qui sont en Lui pour toi. Place-toi, avec tes craintes, tes anxiétés, ta
famille, entre ses mains; en un mot,
remets-lui tout.
À quoi sert de mettre vos difficultés, entre Ses mains, si, l’instant d’après,
vous les reprenez dans les vôtres? C’est ce que nous faisons souvent. Quand nous
sommes dans une épreuve quelconque, nous allons à Dieu par la prière; nous
jetons sur Lui notre fardeau et paraissons soulagés. Mais, hélas pas plus tôt
avons-nous fini de prier, que nous recommençons à voir les difficultés, à
mesurer l’épreuve, à nous arrêter à toutes les circonstances pénibles, jusqu’à
ce que tout soit de nouveau confus à nos yeux.
Cela déshonore Dieu, et nous laisse naturellement malheureux et non soulagés.
Dieu veut que nos cœurs soient aussi libres de soucis que nos consciences de
péché. Il nous dit: «Ne vous inquiétez de rien, mais, en toutes choses, exposez
vos requêtes à Dieu par des prières et des supplications avec des actions de
grâces».
Et qu’arrivera-t-il alors? «La paix de Dieu, laquelle surpasse toute
intelligence, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus» (Phil. 4:6,
7).
De cette manière Moïse cherchait à encourager son compagnon et son successeur,
Josué, dans toute l’œuvre qu’il plaçait devant lui. De même aussi, l’apôtre Paul
encourageait son cher fils et frère Timothée à se fortifier dans la grâce qui
est en Jésus Christ, à s’en remettre en toute assurance à l’autorité, à
l’enseignement, à la direction des Saintes Écritures; puis, armé et équipé de la
sorte, à se mettre à l’œuvre à laquelle il était appelé. De même aussi,
l’écrivain et le lecteur de ces lignes peuvent s’encourager mutuellement, dans
nos jours de difficultés croissantes, à s’attacher avec une foi simple à cette
Parole qui subsiste à toujours.
Les versets qui terminent notre chapitre nous racontent un épisode touchant
entre Moïse et son Seigneur. Le récit que nous en trouvons ici, est en accord
parfait avec le caractère du Livre. «Et en ce temps-là, je suppliai l’Éternel,
disant Seigneur Éternel! tu as commencé à faire voir à ton serviteur ta grandeur
et ta main forte, car quel est le Dieu, dans les cieux et sur la terre, qui
fasse des œuvres comme tes œuvres et selon ta force? Que je passe, je te prie,
et que je voie ce bon pays qui est au-delà du Jourdain, cette bonne montagne, et
le Liban. — Et l’Éternel fut irrité contre moi à cause de vous, et il ne
m’écouta point; et l’Éternel me dit: C’est assez, ne me parle plus de cette
affaire. Monte au sommet du Pisga, et élève tes yeux vers l’occident, et vers le
nord, et vers le midi, et vers le levant, et regarde de tes yeux; car tu ne
passeras pas ce Jourdain. Mais commande à Josué, et fortifie-le et affermis-le
car lui, passera devant ce peuple, et lui, les mettra en possession du pays que
tu verras» (vers. 23-28).
Il est bien émouvant d’entendre ici cet éminent serviteur de Dieu faire une
requête qui ne pouvait lui être accordée. Il désirait voir ce bon pays au-delà
du Jourdain. La portion choisie par les deux tribus et demie ne pouvait
satisfaire son cœur. Il souhaitait poser son pied sur l’héritage même d’Israël.
Mais cela ne devait pas être. Il avait parlé légèrement de ses lèvres en Meriba
et, par une dispensation solennelle et irrévocable du gouvernement divin, il lui
fut interdit de traverser le Jourdain.
Ce fidèle serviteur de Dieu répète tout cela au peuple. Il ne leur cache pas le
fait que l’Éternel avait refusé de lui accorder sa requête. Il est vrai qu’il
leur rappelle que c’était à cause d’eux; il fallait, moralement, qu’ils
l’entendissent. Mais il leur dit, sans la moindre réserve, que l’Éternel était
fort irrité contre lui, refusait de l’écouter et de lui permettre de traverser
le Jourdain, et lui ordonnait même de résigner sa charge et de nommer son
successeur.
Rien n’est plus édifiant que d’entendre cela de la bouche de Moïse lui-même; et
une précieuse leçon pour nous. Nous trouvons souvent très difficile d’avouer que
nous avons fait ou dit quelque chose de mal et de reconnaître devant nos frères
que, dans un cas donné, nous n’avons pas compris la volonté du Seigneur. Nous
sommes soucieux de notre réputation, susceptibles et obstinés. Et cependant,
avec une étrange inconsistance, nous admettons, ou paraissons admettre, en
termes généraux, que nous sommes de pauvres créatures faibles et faillibles; et
que, laissés à nous-mêmes, il n’y aurait rien de mauvais que nous ne puissions
dire ou faire. Il est réellement bien différent de faire une confession
générale, quelque humble qu’elle soit, ou de reconnaître franchement que, dans
telle ou telle circonstance, nous nous sommes grandement trompés. C’est là ce
que très peu de personnes savent faire; en général, on ne veut pas admettre
qu’on a eu tort.
Moïse, malgré sa haute position de chef du peuple, dont la verge avait fait
trembler le pays d’Égypte, n’eut pas honte de confesser sa faute devant toute
l’assemblée de ses frères, de reconnaître qu’il avait dit ce qu’il n’aurait pas
dû dire, et qu’il avait désiré une chose que l’Éternel ne pouvait pas lui
accorder.
Cela rabaisse-t-il Moïse dans notre estime? Bien au contraire; — il est aussi
touchant qu’édifiant d’entendre sa confession, de voir avec quelle humilité il
courbe sa tête sous les dispensations de Dieu en gouvernement; d’admirer
l’absence totale d’égoïsme dans sa conduite envers celui qui devait lui succéder
dans sa charge éminente. Il n’y a pas trace de jalousie, d’envie, ni d’orgueil
froissé. Dans son abnégation, Moïse descend de sa position élevée, jette son
manteau sur les épaules de son successeur, et l’encourage à remplir, avec une
sainte fidélité, les devoirs de cet office, que lui-même devait résigner.
Moïse s’humilia sous la puissante main de Dieu. Il accepta la discipline qui lui
fut imposée par le gouvernement divin, et ne prononça pas un murmure lorsque sa
requête lui fut refusée. Il se soumit à tout, c’est pourquoi il fut élevé au
temps convenable (Luc 14:11). Si le gouvernement de Dieu l’empêcha d’entrer en
Canaan, la grâce le conduisit au sommet du Pisga, d’où, dans la communion de son
Seigneur, il lui fut permis de voir le bon pays dans toute son étendue — de le
voir non pas comme hérité par Israël, mais comme donné de Dieu.
Le lecteur fera bien d’étudier sérieusement le sujet de la
grâce
et du
gouvernement.
Ce thème important et pratique qui revient constamment dans les Écritures, est
peu compris parmi nous. Il peut nous sembler étrange qu’un homme aussi aimé que
l’était Moïse, n’ait point obtenu la permission d’entrer dans la terre promise.
La raison n’en était pas seulement que Moïse, dans sa capacité officielle et
comme représentant du système légal, ne pouvait introduire Israël dans le pays.
Cela est vrai, mais il y a plus Moïse avait parlé légèrement de ses lèvres. Lui
et Aaron, son frère, n’avaient pas glorifié Dieu en présence de l’Assemblée;
c’est pourquoi l’Éternel leur parla comme nous le voyons en Nomb. 20:12, 23-26.
Nous voyons ici les deux chefs de l’assemblée, les mêmes hommes dont Dieu
s’était servi pour faire sortir son peuple du pays d’Égypte, avec des signes
puissants et des miracles, — «ce Moïse et cet Aaron», — ces hommes grandement
honorés de Dieu, à qui l’entrée en Canaan n’est pas accordée. Et pourquoi? «Parce
que vous vous êtes rebelles contre mon commandement».
C’est une chose terrible que d’être rebelle au
commandement de Dieu; et, plus la position de ceux qui sont rebelles est élevée,
plus la chose est grave, plus aussi le jugement divin sera prompt et solennel.
Des paroles semblables furent adressées à Saül, après qu’il eut refusé d’obéir à
la parole de l’Éternel (1 Sam. 15:23); ainsi nous avons l’exemple d’un prophète,
d’un sacrificateur et d’un roi, qui sont jugés, sous le gouvernement de Dieu,
pour un seul acte de désobéissance. Le prophète et le sacrificateur ne purent
entrer au pays de Canaan; le roi fut privé de son trône.
Dans notre prétendue sagesse, nous trouvons peut-être ces châtiments bien
sévères. Sommes-nous des juges compétents? Prenons garde de nous permettre de
juger les dispensations du gouvernement divin. Adam fut chassé du paradis; Aaron
fut dépouillé de ses vêtements sacerdotaux; Moïse ne put entrer en Canaan; Saül
fut privé de son royaume, et pourquoi tout cela? Était-ce pour quelque péché
scandaleux? Non, dans chacun de ces cas, c’était pour avoir négligé le
commandement de l’Éternel. C’est ce que nous devrions toujours avoir devant nos
yeux, dans ces temps de volonté propre où les hommes se permettent d’émettre
leurs propres opinions, de penser, de juger et d’agir par eux-mêmes. Ils
demandent si «chacun n’a pas le droit de penser comme bon lui semble?» Nous
répondons: Certainement pas. Nous avons le droit d’obéir. D’obéir à quoi? Non
pas aux commandements des hommes, à l’autorité de la soi-disant église, aux
décrets des conciles généraux, non pas, en un mot à aucune autorité purement
humaine, mais simplement à la parole du Dieu vivant, au témoignage du Saint
Esprit. C’est là ce qui exige à juste titre notre implicite obéissance; sans
hésiter et sans questionner, nous devons nous incliner, et obéir. Un serviteur
a-t-il à s’inquiéter des conséquences, ou à se préoccuper des résultats? C’est
le type d’un bon serviteur de faire ce qu’on lui dit, indépendamment de toute
autre considération. Si Adam se fût souvenu de cela, il n’aurait pas été chassé
du jardin d’Éden. Si Moïse et Aaron s’en fussent souvenus, ils auraient traversé
le Jourdain; si Saül s’en fût souvenu, il n’aurait pas été privé de son royaume.
En descendant le cours de l’histoire humaine, nous voyons cet important principe
illustré mainte et mainte fois, et nous pouvons être certains qu’il est d’une
importance constante et universelle.
L’homme est-il responsable ou non? Voilà la question. S’il l’est, comme nous en
sommes certains, alors rien ne peut diminuer cette responsabilité. L’homme est
appelé à obéir au simple commandement de Dieu; il n’est nullement responsable de
savoir quoi que ce soit de ses desseins et de ses conseils. La responsabilité de
l’homme repose sur ce qui est révélé et non sur ce qui est caché. Qu’est-ce
qu’Adam, par exemple, savait des plans et des desseins de Dieu, lorsqu’il fut
placé dans le jardin d’Éden et qu’il lui fut défendu de manger du fruit de
l’arbre de la connaissance du bien et du mal? Sa transgression fut-elle modifiée
en quoi que ce soit, par le fait merveilleux que Dieu a pris occasion de cette
transgression même pour déployer, aux yeux de tous les êtres créés, son glorieux
plan de la rédemption par le sang de l’Agneau? Évidemment non. Adam avait reçu
un simple commandement; sa conduite aurait dû être entièrement gouvernée par ce
commandement. Il désobéit et fut chassé du paradis dans un monde où, depuis près
de six mille ans, ont été manifestés les terribles résultats d’un seul acte de
désobéissance.
Il est vrai, et Dieu en soit béni, que la grâce est venue dans ce pauvre monde
pécheur, et y a récolté une moisson qui n’aurait jamais pu être récoltée dans
les champs d’une création non coupable. Mais l’homme fut jugé pour sa
transgression. Il fut chassé par la main de Dieu en gouvernement; par une
dispensation de ce gouvernement, il a été obligé de manger son pain à la sueur
de son front. «Ce qu’un
homme»
— n’importe qui — «sème, cela aussi il le moissonnera» (Gal. 6:7).
La grâce est une chose, le gouvernement une autre. On ne devrait jamais les
confondre, et nous ne saurions trop répéter que le déploiement le plus
magnifique de la grâce souveraine de Dieu, ne peut jamais empêcher les actes
solennels de son gouvernement.