Livre du
Deutéronome
Chapitre
2
Les dernières lignes du chapitre 1 nous montrent le peuple pleurant devant
l’Éternel. Il n’y avait pas plus de réalité dans leurs larmes que dans leurs
paroles. On ne pouvait pas plus s’y fier qu’à leur confession. Il est possible
de verser des larmes et de se confesser devant Dieu sans avoir un véritable
sentiment de son péché. C’est se moquer de Dieu. Nous savons qu’un cœur vraiment
contrit le réjouit et qu’il y fait sa demeure. «Les sacrifices de Dieu sont un
esprit brisé. ô Dieu tu ne
mépriseras pas un cœur brisé et humilié» (Ps. 51:17). Les larmes d’un cœur
pénitent sont mille fois plus précieuses au Seigneur que toutes les «bêtes sur
mille montagnes» (Ps. 50:10), parce qu’elles lui prouvent qu’il y a une place
dans ce cœur pour lui, et c’est ce qu’il recherche dans sa grâce infinie. Le
plus faible cri d’un tel cœur monte immédiatement jusqu’au trône de Dieu, qui y
répond à l’instant par le sentiment du pardon accordé par son amour.
Les Israélites durent donc retourner en arrière, au désert, et y errer pendant
quarante ans. Il n’y avait pas d’autre alternative. Ils n’avaient pas voulu
monter au pays en se confiant en Dieu seul, et Dieu ne voulut pas les y
accompagner dans leur confiance en eux-mêmes; ils n’avaient donc qu’à accepter
la conséquence de leur désobéissance. Puisqu’ils n’avaient pas voulu entrer au
pays de la promesse, ils devaient tomber dans le désert.
Quel sérieux commentaire l’Esprit en fait au chapitre 3
de l’épître aux Hébreux, v.7-19, et comme il s’applique à nous!
Ici, comme dans toutes les pages du volume inspiré, nous voyons que
l’incrédulité est
la
chose qui afflige le cœur de Dieu et déshonore son Nom. Et, en outre, elle nous
prive des bénédictions et des privilèges que la grâce confère. Nous n’avons
aucune idée de tout ce que nous perdons, de toutes manières, par l’incrédulité
de nos cœurs. Israël avait le pays devant lui dans toute sa fertilité et sa
beauté; l’ordre d’aller en prendre possession lui avait été donné, mais «ils n’y
purent entrer à cause de l’incrédulité»; de même nous ne savons souvent pas nous
approprier la plénitude des bénédictions que la grâce souveraine met à notre
portée. Les trésors mêmes du ciel nous sont ouverts, mais nous n’en profitons
pas. Nous sommes pauvres, faibles, vides et stériles, tandis que nous pourrions
être riches, vigoureux, comblés et prospères. Nous sommes bénis de toute
bénédiction spirituelle dans les lieux célestes en Christ (Éph. 1:3), mais
combien nous les saisissons peu!
Combien aussi nous perdons par notre incrédulité, en ce qui concerne l’œuvre du
Seigneur au milieu de nous! Nous lisons dans l’Évangile, que notre Seigneur ne
put pas faire beaucoup de miracles en un certain endroit, à cause de leur
incrédulité. Lui sommes-nous aussi en obstacle par notre incrédulité? On nous
dira peut-être que le Seigneur fera son œuvre, malgré notre manque de foi; qu’il
rassemblera les siens et complétera le nombre de ses élus, malgré notre
incrédulité; que toutes les puissances de la terre et de l’enfer ne peuvent
empêcher l’accomplissement de ses conseils et de ses desseins; et, quant à son
œuvre, qu’elle n’est «point par force, ni par puissance, mais par son Esprit»
(Zach. 4:6).
Tout cela est parfaitement vrai, mais n’ôte rien
à
l’importance du passage cité plus haut: «Il ne fit pas là beaucoup de miracles,
à cause de leur incrédulité» (Matt. 13:58). Ces gens ne perdirent-ils pas des
bénédictions par leur incrédulité? N’empêchèrent-ils pas que beaucoup de bien ne
se fît? Prenons garde de nous laisser aller à l’influence desséchante d’un
fatalisme pernicieux qui, avec un certain air de vérité, est complètement faux,
en tant qu’il renie la responsabilité de l’homme, et paralyse toute énergie
divine pour la cause de Christ. Nous devons nous rappeler que Celui qui, dans
ses conseils éternels, a décrété la fin, est aussi Celui qui a déterminé les
moyens; et si, par incrédulité, ou si, influencés par une vérité partielle, nous
nous croisons les bras et négligeons les moyens, il nous mettra de côté et fera
accomplir son œuvre par d’autres. Il agira, mais nous perdrons l’honneur, le
privilège et la bénédiction d’être ses instruments.
Voyez la scène du chapitre 2 de Marc. Elle est un exemple frappant du grand
principe que nous cherchons à inculquer au lecteur. Elle montre la puissance de
la foi liée à l’accomplissement de l’œuvre du Seigneur. Si les quatre hommes,
dont il est ici question, s’étaient laissé influencer par un sot fatalisme, ils
auraient prétendu que c’était inutile de rien faire pour guérir le paralytique —
que s’il devait être guéri, il le serait sans leurs efforts. Pourquoi
devraient-ils se donner la peine de monter sur la maison, d’en découvrir le
toit, et de faire descendre le malade devant Jésus? Heureusement pour le
paralytique, et heureusement pour eux-mêmes, ils ne raisonnèrent pas de la
sorte, et quels beaux résultats de leur foi! Elle réjouit le cœur du Seigneur
Jésus; elle amena le malade au lieu de la guérison, du pardon et de la
bénédiction; elle fut l’occasion d’un déploiement de puissance divine, qui
attira l’attention de tous ceux qui étaient présents, et manifesta cette grande
vérité que Dieu était sur la terre en la personne de Jésus de Nazareth,
guérissant les malades et pardonnant les péchés.
Il n’est pas nécessaire de multiplier les exemples. Toute l’Écriture proclame ce
fait, que l’incrédulité met obstacle à notre bénédiction, à notre service;
qu’elle nous prive du rare privilège d’être des instruments honorés de Dieu, et
de voir sa main et son Esprit agir au milieu de nous. D’un autre côté, la foi
attire la bénédiction, non seulement sur nous-mêmes, mais sur d’autres; elle
glorifie Dieu et lui plaît en ce qu’elle met de côté tout ce qui est de l’homme,
pour faire place au déploiement de la puissance divine. Bref, il n’y a aucune
limite aux bénédictions dont nous pourrions jouir de la part de notre Dieu, si
nos cœurs étaient davantage gouvernés par cette foi simple qui s’attend toujours
à Lui, et qu’il aime à honorer. «Qu’il vous soit fait selon votre foi» (Matt.
9:19). Précieuses et encourageantes paroles Puissent-elles nous exciter à puiser
plus largement dans les ressources inépuisables que nous avons en Dieu! il aime
à ce qu’on se serve de Lui. Il nous dit: «Ouvre ta bouche toute grande, et je la
remplirai» (Ps. 81:10). Nous ne pouvons jamais trop demander au Dieu de toute
grâce, qui nous a donné son Fils unique, et qui, avec Lui, nous donnera toutes
choses gratuitement.
Mais les enfants d’Israël ne purent croire que Dieu voulût les faire entrer dans
le pays; ils prétendirent monter par leur propre force et, en conséquence, ils
furent mis en fuite par leurs ennemis. La présomption et la foi sont deux choses
totalement différentes; la première se termine par la défaite, la seconde
obtient une victoire certaine.
«Et nous nous tournâmes, et nous partîmes pour le désert, par le chemin de la
Mer Rouge, comme l’Éternel m’avait dit, et nous tournâmes autour de la montagne
de Séhir, plusieurs jours». Il y a une grande beauté morale dans ce petit mot «nous».
Moïse s’unit complètement avec le peuple: Lui, ainsi que Josué et Caleb durent
retourner en arrière dans le désert avec l’assemblée incrédule. À vue humaine,
cela pouvait sembler dur; mais il y a toujours bénédiction à se soumettre à la
volonté de Dieu, bien que nous ne puissions pas toujours comprendre le pourquoi
des choses. Nous n’entendons pas un seul murmure dans la bouche de ces
serviteurs de Dieu, lorsqu’ils doivent retourner en arrière dans le désert pour
quarante années, quoiqu’ils fussent prêts à entrer au pays. Et comment
auraient-ils pu penser à se plaindre, puisque l’Éternel faisait de même, et
qu’ils voyaient la nuée du Dieu d’Israël se tourner du côté du désert? Ainsi la
patiente grâce de Dieu leur faisait accepter sans murmure un séjour prolongé
dans le désert, et attendre patiemment le moment fixé pour leur entrée dans la
terre promise.
Nous recueillons toujours de riches bénédictions lorsque nous nous soumettons
humblement à la volonté de Dieu. Nous prenons alors réellement sur nous le joug
de Christ, ce qui, comme il nous l’assure lui-même, est le vrai secret du repos
(Matt. 11:28, 29).
En quoi consiste ce joug? En une soumission absolue à la volonté du Père. C’est
ce que nous trouvons d’une manière parfaite dans notre adorable Sauveur. Il
pouvait dire: «Oui, Père, car c’est ce que tu as trouvé bon devant toi» (Luc
10:21). C’était là pour Lui la chose principale. Cela arrangeait tout. Son
témoignage était-il rejeté? Semblait-il qu’il eût travaillé en vain et dépensé
sa force pour le néant? «Je te loue, ô Père, Seigneur du ciel et de la terre».
Tout était bien. Ce qui plaisait au Père lui plaisait. Il n’avait jamais une
pensée ou un désir, qui ne fussent en parfait accord avec la volonté de Dieu.
C’est pourquoi, comme homme, il jouit toujours d’un repos parfait. Il
s’associait aux conseils divins, aussi sa paix coula, du commencement à la fin,
sans jamais se troubler.
C’était là le joug de Christ, et c’est ce même joug qu’il nous invite à prendre
sur nous, afin que, nous aussi, nous trouvions le repos de nos âmes. Remarquons
ces mots: «Vous
trouverez
le repos». Nous ne devons pas confondre le repos
qu’il donne
avec le repos que
nous trouvons.
Quand une âme fatiguée et chargée vient à Jésus avec une foi simple, il lui
donne le repos, un repos complet, qui découle de la ferme assurance que tout est
fait; que les péchés sont ôtés à toujours; qu’une justice parfaite a été
accomplie, révélée et accordée; que toute question a été divinement tranchée et
cela pour l’éternité. Dieu est glorifié. Satan est réduit au silence. La
conscience est tranquillisée. Tel est le repos que Jésus
donne,
lorsque nous venons à Lui. Mais ensuite, nous avons à traverser les
circonstances de la vie journalière. Il s’y rencontre des épreuves, des
difficultés, des luttes, des désappointements de toute espèce. Rien de tout cela
ne peut affecter le repos que Jésus donne, mais oui bien, et gravement
peut-être, celui que nous devons poursuivre. Les difficultés de la route ne
troublent pas la conscience, mais elles peuvent troubler le cœur, elles peuvent
nous donner de l’irritation et de l’impatience. Par exemple, je désire aller
prêcher à tel endroit, et j’y suis attendu; mais soudain me voilà retenu chez
moi par la maladie! Cela ne trouble pas ma conscience, mais peut me mettre dans
une grande agitation, et me faire m’écrier: «Que c’est ennuyeux! que c’est
désappointant! Que faut-il faire?»
Comment le cœur angoissé peut-il être tranquillisé et l’esprit inquiet calmé?
Que me faut-il? Il me faut du repos. Comment le trouverai-je? En m’inclinant, et
en prenant sur moi le joug précieux de Christ qu’il porta lui-même dans les
jours de sa chair; joug d’une entière soumission à la volonté de Dieu. Il faut
que je puisse dire, sans la moindre restriction, et du plus profond de mon cœur:
«Ta volonté soit faite, ô Dieu!» Il faut que j’aie un sentiment si réel de son
amour parfait envers moi et de son infinie sagesse dans toutes ses voies à mon
égard, que je n’y voudrais rien changer, lors même que je le pourrais, persuadé
qu’il vaut mieux pour moi être couché sur un lit de maladie, que prêchant là où
j’étais attendu.
Le repos du cœur se trouve en contraste avec l’agitation, dans le simple fait de
pouvoir remercier Dieu pour toute chose, quelque contraire qu’elle soit à notre
propre volonté et aux plans que nous avions formés. Ce n’est pas le simple
assentiment à cette vérité, que «toutes choses travaillent ensemble pour le bien
de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son propos» (Romains
8:28); c’est la réalisation positive du fait divin, qu’une chose, quelle qu’elle
soit, que Dieu nous envoie, est certainement la meilleure pour nous. C’est une
confiance parfaite dans l’amour, la sagesse, la puissance et la fidélité de
Celui qui a bien voulu se charger de tout ce qui nous concerne, pour le temps et
pour l’éternité. Nous savons que l’amour fait toujours tout pour le mieux de
l’objet aimé. Quel est donc notre bonheur, d’avoir Dieu faisant tout au mieux
pour nous! Quel cœur n’en serait pas satisfait, pour peu qu’il connaisse Dieu!
Mais il faut le connaître, avant que le cœur puisse être satisfait de sa
volonté. Ève, dans le jardin d’Éden, tentée par le serpent, devint mécontente de
la volonté de Dieu. Elle
désira
quelque chose qu’il avait défendu, et le diable promit de le lui procurer. Elle
pensait que Satan la traiterait mieux que Dieu. Elle crut gagner au change, en
se sortant des mains de Dieu pour se placer dans celles de Satan. Il est donc
impossible qu’un cœur non renouvelé se soumette à la volonté de Dieu. Si nous
sondons le cœur humain, nous n’y trouverons pas une seule pensée qui soit à
l’unisson avec la volonté de Dieu. Et même pour l’enfant de Dieu, ce n’est
qu’autant qu’il lui est donné, par la grâce de Dieu, de mortifier sa propre
volonté, de se compter pour mort, et de marcher par l’Esprit, qu’il peut prendre
son plaisir en la volonté de Dieu et rendre grâces pour toutes choses. C’est une
des meilleures preuves de la nouvelle naissance, que de pouvoir dire sans la
moindre restriction, touchant tous les arrêts de la main de Dieu «Ta volonté
soit faite» (Luc 16:22). «Oui, Père, car c’est ce que tu as trouvé bon devant
toi» (Luc 10:21). Quand le cœur a pris cette attitude, Satan ne peut l’ébranler.
C’est une grande chose de pouvoir dire au diable et au monde, — non des lèvres
seulement, mais en vérité, et par toute notre vie: «Je
suis parfaitement satisfait de la volonté de Dieu».
Tel est le moyen de trouver le repos, le remède divin contre cet esprit
d’ambition inquiète, d’agitation, de mécontentement, qui est si général dans le
monde.
Puissions-nous, cher lecteur, rechercher diligemment cet esprit doux et
tranquille, qui est d’un grand prix devant Dieu, qui s’incline devant sa volonté
et approuve toutes ses voies, quoiqu’il arrive. Alors notre paix coulera comme
un fleuve, et le Nom de notre Seigneur Jésus Christ sera glorifié par notre vie
et notre conduite.
Avant de quitter ce sujet si éminemment pratique, nous remarquerons encore qu’il
y a trois attitudes dans lesquelles l’âme peut être trouvée par rapport aux
voies de Dieu: la soumission; l’acquiescement; la joie. Si la volonté est
brisée, il y a soumission; lorsque l’intelligence spirituelle est au clair quant
au but de Dieu, il y a acquiescement; et lorsque les affections sont attachées à
Dieu lui-même, il y a joie positive. C’est pourquoi nous lisons au chapitre 10
de Luc: «En cette même heure, Jésus
se réjouit
en esprit et dit:
Je te loue,
ô Père, Seigneur du ciel et de la terre, parce que tu as caché ces choses aux
sages et aux intelligents, et que tu les as révélées aux petits enfants. Oui,
Père, car c’est ce que tu as trouvé bon devant toi» (vers. 21). Jésus trouvait
ses délices à toute la volonté de Dieu. Sa nourriture et son breuvage étaient
d’accomplir cette volonté, à tout prix. Dans le service ou dans la souffrance,
dans la vie ou dans la mort, il n’eut jamais d’autre motif que la volonté du
Père. Il pouvait dire «Je fais toujours ce qui lui plaît».
Revenons maintenant à notre chapitre.
«Et l’Éternel me parla, disant: Vous avez assez tourné autour de cette montagne;
dirigez-vous vers le nord».
La parole de l’Éternel réglait tout. Le peuple n’avait pas à décider ou à
combiner ses mouvements. C’était l’affaire de l’Éternel et sa prérogative de
tout arranger pour eux; leur affaire était d’obéir. Il n’est point fait mention
ici de la nuée ni de la trompette, — il n’y a que la parole de Dieu et
l’obéissance d’Israël.
Rien ne saurait être plus précieux pour un enfant de Dieu, si son cœur est en
bon état, que d’être guidé, dans tous ses mouvements, par la volonté de Dieu.
Cela lui évite un monde de perplexités. Dans le cas des Israélites, appelés
comme ils l’étaient à voyager dans un grand et affreux désert, où il n’y avait
pas de routes, c’était une grâce inexprimable d’avoir chacun de leurs
mouvements, chacun de leurs pas, chacune de leurs haltes ordonnés par un Guide
infaillible. Ils n’avaient pas à s’inquiéter de quoi que ce fût; l’Éternel
dirigeait tout ce qui les concernait; ils n’avaient qu’à s’attendre à Lui, et à
faire ce qu’il leur commandait.
Oui, cher lecteur, un cœur confiant et obéissant est la grande chose. Là où il
fait défaut, les raisonnements et la rébellion surgissent immanquablement. Si,
lorsque Dieu avait dit: «Vous avez assez tourné autour de cette montagne»,
Israël eût répondu: «Non, nous voulons y rester encore quelque temps; nous nous
trouvons bien ici, et nous ne désirons pas changer», ou encore, si lorsque Dieu
avait dit: «Dirigez-vous vers le nord», ils eussent répondu: «Non, nous
préférons aller à l’orient», qu’en serait-il résulté? ils auraient perdu la
présence de Dieu. Qui, dès lors, les aurait guidés, aidés et nourris? Ils ne
pouvaient compter sur Dieu, présent au milieu d’eux, que lorsqu’ils marchaient
sur le chemin indiqué par le commandement divin. S’ils préféraient aller où bon
leur semblait, ils n’avaient que des désastres à attendre. L’eau découlant du
rocher et la manne céleste ne se trouvaient que sur le sentier de l’obéissance.
Nous avons, nous chrétiens, une importante leçon à apprendre de cela. Notre
sentier est tracé, jour après jour, par Dieu; ne nous laissons pas enlever cette
assurance bénie par les raisonnements de l’incrédulité. Dieu a promis de nous
guider; ses promesses sont Qui et Amen. À nous de nous approprier cette promesse
en toute simplicité de foi. Elle est aussi sûre que possible. Nous ne saurions
admettre que les Israélites dans le désert, fussent mieux partagés que le peuple
céleste de Dieu, dans son passage à travers ce monde. Comment Israël savait-il
de quel côté il devait se diriger? Par la parole de Dieu. Or nous avons mieux
qu’eux; nous avons à la fois la Parole et l’Esprit de Dieu pour nous guider. À
nous appartient le précieux privilège de pouvoir suivre les traces du Fils de
Dieu.
N’est-ce point une direction parfaite? Écoutons ce que nous dit le Seigneur:
«Moi, je suis la lumière du monde; celui qui me suit, ne marchera point dans les
ténèbres, mais il aura la lumière de la vie» (Jean 8:12). Remarquons ces mots:
«celui qui
me suit».
Il nous a «laissé un modèle, afin que nous suivions ses traces» (1 Pierre 2:21).
Telle est la direction divine. Comment Jésus marchait-il? Toujours et uniquement
d’après le commandement de son Père. C’était ce qui le faisait agir et parler.
Nous sommes appelés à le suivre, et sa propre parole nous assure qu’en le
faisant, nous ne marcherons pas dans les ténèbres, mais que nous aurons la
lumière de la vie. Précieuse parole, «la
lumière de la vie!»
«Les ténèbres s’en vont et la vraie lumière luit déjà» (1 Jean 2:8), et nous
avons le privilège de pouvoir marcher dans la lumière resplendissante qui luit
sur le sentier du Fils de Dieu. Se trouve-t-il là matière à hésitation, à
incertitude, à perplexité? Comment cela se pourrait-il, si nous le suivons? Ces
deux choses ne vont pas ensemble.
Cela ne veut pas dire, remarquons-le bien, que nous ayons une parole spéciale de
l’Écriture pour diriger chaque détail de notre conduite. Je ne puis, par
exemple, espérer trouver un passage de la Bible, ou entendre une voix du ciel,
me disant d’aller dans telle ou telle ville et d’y rester plus ou moins
longtemps. Comment donc puis-je être au clair à cet égard? La réponse est:
Attends-toi à Dieu en toute sincérité de cœur, et il rendra ton sentier
lumineux. C’était ce que faisait Jésus, et si nous le suivons, nous ne
marcherons pas dans les ténèbres: «Je te conseillerai, ayant mon œil sur toi»
(Ps. 32:8), est une promesse des plus précieuses, mais pour en profiter il faut
que nous soyons assez près du Seigneur, pour apercevoir les mouvements de son
œil; assez intimes avec Lui pour en comprendre la signification.
Combien de difficultés disparaîtraient dans les détails de notre vie
journalière, que de doutes seraient éclaircis, si nous attendions la direction
divine au lieu d’essayer d’agir sans elle. Si je n’ai pas de lumière pour
avancer, mon devoir est de rester tranquille. Nous ne devrions jamais nous
mouvoir dans l’incertitude. Souvent nous nous tourmentons, pour savoir si nous
devons aller ou agir, quand Dieu veut que nous restions tranquilles et ne
fassions rien. Nous consultons Dieu, mais nous ne recevons pas de réponse; nous
demandons conseil à nos amis; ils ne peuvent nous aider, car c’est une question
entre notre âme et le Seigneur. Nous voilà donc plongés dans le doute et
l’anxiété, simplement parce que l’œil n’est pas simple, parce que nous ne
suivons pas Jésus, «la lumière du monde». C’est un principe certain dans la vie
divine, que si nous suivons Jésus, nous aurons la lumière de la vie. Il l’a dit,
et, pour la foi, cela suffit.
Nous sommes donc parfaitement en droit de conclure que Celui qui guida son
peuple terrestre dans ses courses à travers le désert, peut et veut guider
maintenant son peuple céleste en tout et partout. Prenons donc garde de ne pas
vouloir faire notre propre volonté ou suivre nos propres plans. «Ne soyez pas
comme le cheval, comme le mulet, qui n’ont pas d’intelligence, dont l’ornement
est la bride et le mors pour les refréner quand ils ne veulent pas s’approcher
de toi» (Ps. 32:9). Que ce soit notre plus cher désir de marcher sur les traces
de Celui qui ne se complaisait pas à lui-même, mais se mouvait toujours dans le
courant de la volonté divine et n’agissait jamais sans cette autorité; qui, bien
que Lui-même Dieu béni éternellement, abdiqua complètement sa volonté comme
homme, et trouva sa nourriture à faire celle de son Père. C’est ainsi que nos
cœurs et nos esprits seront gardés dans une paix parfaite, et que nous pourrons
avancer, jour après jour, d’un pas ferme, sur le sentier tracé pour nous par
notre Guide divin qui, non seulement, comme Dieu, en connaît chaque pas, mais
qui, comme homme, l’a foulé avant nous, et nous a laissé un modèle, afin que
nous suivions ses traces. Puissions-nous le suivre plus fidèlement en toutes
choses, avec l’aide du Saint Esprit, qui habite en nous!
Nous attirerons maintenant l’attention du lecteur sur un sujet d’un profond
intérêt, qui occupe une grande place dans l’Ancien Testament, et qui figure tout
particulièrement dans ce chapitre; — c’est le sujet du gouvernement de Dieu sur
le monde et sur les nations de la terre. Il est de toute importance de nous
rappeler, que Celui que nous connaissons comme notre Dieu et notre Père, prend
un intérêt réel et personnel dans les affaires des nations et prend connaissance
de leurs actes et de leurs procédés les unes envers les autres.
Il est vrai que tout cela est en rapport immédiat avec Israël et la Palestine,
comme nous le voyons au chap. 32, vers. 8 de notre livre: «Quand le Très-haut
partageait l’héritage aux nations, quand il séparait les fils d’Adam, il établit
les limites des peuples selon le nombre des fils d’Israël». Israël était et sera
encore le centre terrestre pour Dieu; c’est un fait des plus intéressants, que,
dès le commencement, comme nous le voyons au chapitre 10
de la Genèse, le Créateur et Gouverneur du monde forma les nations et établit
leurs bornes, en rapport direct avec la postérité d’Abraham, et l’étroite bande
de pays qu’ils doivent posséder en vertu de l’alliance éternelle faite avec
leurs pères.
Mais dans notre chapitre, nous voyons l’Éternel, dans sa justice et sa fidélité,
s’interposant pour protéger trois nations distinctes contre les empiétements de
son peuple élu. Il dit à Moïse: «Commande au peuple, disant: Vous allez passer
par les confins de vos frères, les fils d’Ésaü, qui habitent en Séhir, et ils
auront peur de vous; et soyez bien sur vos gardes; vous n’engagerez pas de lutte
avec eux, car je ne vous donnerai rien de leur pays, pas même de quoi poser la
plante du pied, car j’ai donné la montagne de Séhir en possession à Ésaü. Vous
achèterez d’eux la nourriture à prix d’argent, et vous la mangerez; et l’eau
aussi, vous l’achèterez d’eux à prix d’argent, et vous la boirez».
Les Israélites auraient pu s’imaginer qu’ils n’avaient qu’à s’emparer du pays
des Édomites, mais ils doivent apprendre que le Dieu souverain est le Gouverneur
des nations, que toute la terre lui appartient, et qu’il la partage selon son
bon plaisir.
C’est là un fait magnifique, mais dont, en général, les empereurs, les rois, les
princes, les gouverneurs, les hommes d’état ne s’inquiètent guère. Ils oublient
que Dieu s’intéresse aux affaires des nations; qu’il distribue les royaumes, les
provinces et les pays, comme il le juge bon. Il leur semble qu’il ne s’agit que
de leurs conquêtes militaires, comme si Dieu n’avait rien à faire avec la
question des frontières des nations et des possessions territoriales. C’est en
quoi ils se trompent gravement. Ils ne comprennent pas la signification et la
force de cette simple sentence: «J’ai
donné
la montagne de Séhir en possession à Ésaü». Dieu ne renoncera jamais à ses
droits à cet égard. Il ne permit pas à Israël de toucher à quoi que ce fût qui
appartînt à Ésaü. Ils devaient payer comptant tout ce dont ils avaient besoin,
et passer outre. Le carnage et le pillage ne devaient pas être pratiqués sans
autorisation par le peuple de Dieu.
Remarquez la touchante raison de tout cela: «Car l’Éternel, ton Dieu, t’a béni
dans toute l’œuvre de ta main; il a connu ta marche par ce grand désert; pendant
ces quarante ans l’Éternel, ton Dieu, a été avec toi; tu n’as manqué de rien»
(vers. 7). Ils pouvaient donc bien laisser Ésaü en paix, ainsi que ses
possessions. Ils étaient les objets des plus tendres soins de l’Éternel qui
s’enquérait de chacun de leurs pas dans ce pénible désert. Il s’était chargé de
tous leurs besoins. Il allait leur donner le pays de Canaan, selon sa promesse à
Abraham; mais la même main, qui leur donnait Canaan, avait donné la montagne de
Séhir à Ésaü.
Nous voyons exactement la même chose par rapport à Moab et aux fils d’Ammon. «Et
l’Éternel me dit: Tu n’attaqueras pas Moab, et tu ne te mettras pas en guerre
avec eux; car je ne te donnerai rien de leur pays en possession, car j’ai donné
Ar en possession aux fils de Lot» (vers. 9). Et de nouveau: «Et tu t’approcheras
vis-à-vis des fils d’Ammon; tu ne les attaqueras pas, et tu n’engageras pas de
lutte avec eux, car je ne te donnerai rien du pays des fils d’Ammon en
possession, parce que je l’ai donné en possession aux fils de Lot» (vers. 19).
Les possessions dont il est fait mention ici avaient été autrefois entre les
mains des géants, mais Dieu avait trouvé bon de donner ces territoires aux
enfants d’Ésaü et de Lot; c’est pourquoi il avait exterminé ces géants, car rien
ne saurait s’opposer aux conseils divins. «Ce pays est aussi réputé pays des
Rephaïm; les Rephaïm y habitaient auparavant… peuple grand et nombreux, et de
haute stature comme les Anakim mais l’Éternel les détruisit devant eux, et ils
les dépossédèrent et habitèrent à leur place; comme il fit pour les fils d’Ésaü,
qui habitent en Séhir, lorsqu’il détruisit les Horiens devant eux, et qu’ils les
dépossédèrent; et ils ont habité à leur place jusqu’à ce jour» (vers. 20-22).
Ainsi donc Israël n’osa pas toucher aux possessions de ces trois nations, les
Édomites, les Ammonites et les Moabites. Mais, au verset 24, nous voyons une
chose toute différente pour le cas des Amoréens. «Levez-vous, partez, et passez
le torrent de l’Arnon. Regarde, j’ai livré en ta main Sihon, roi de Hesbon,
l’Amoréen, et son pays: commence, prends possession, et fais-lui la guerre».
Le grand principe de ces diverses instructions à Israël, c’est que la Parole de
Dieu doit tout diriger pour son peuple. Israël n’avait pas à demander pourquoi
il devait respecter les possessions d’Ésaü et de Lot, et s’emparer de celles de
Sihon; il n’avait qu’à obéir. Dieu peut agir comme il lui plaît. Son œil plane
sur l’univers et l’embrasse dans son entier, et il n’a point abandonné la terre.
Ainsi que nous le dit l’apôtre, dans son discours à Athènes: «Il est Seigneur du
ciel et de la terre», et «il a fait d’un seul sang toutes les races des hommes
pour habiter sur toute la face de la terre, ayant déterminé les temps ordonnés
et les bornes de leur habitation». Et plus loin: «Il a établi un jour auquel il
doit juger en justice la terre habitée, par l’homme qu’il a destiné à cela, de
quoi il a donné une preuve certaine à tous, l’ayant ressuscité d’entre les
morts» (Actes 17:26, 31).
Nous avons ici une vérité importante, que les hommes de tout rang et de toute
condition devraient prendre en considération: Dieu est le Gouverneur de toute la
terre. Il ne rend pas compte de ses affaires. Il abaisse l’un et élève l’autre.
Les royaumes, les trônes, les gouvernements sont tous entre ses mains. Il agit
comme il lui plaît dans l’organisation des affaires humaines. Mais, en même
temps, il veut que les hommes soient responsables de leurs actes dans les
diverses positions où sa providence les a placés. Celui qui gouverne et celui
qui est gouverné, les rois, les magistrats, les juges, toutes les classes et
tous les degrés des hommes auront, tôt ou tard, à rendre compte à Dieu. Chacun,
comme s’il était seul, aura à paraître devant le tribunal de Dieu, pour y passer
en revue toute sa vie, du commencement à la fin. Chaque acte, chaque parole,
chaque secrète pensée s’y verra avec une pleine clarté. On ne pourra échapper en
se cachant dans la foule. La Parole déclare que «chacun
sera jugé selon sa conduite». Ce sera un jugement individuel, impartial et
scrutateur, en un mot, divin et, par conséquent, parfait. Rien ne sera oublié.
«De toute parole oiseuse qu’ils auront dite, les hommes rendront compte au jour
du jugement» (Matt. 12:36). Les rois, les gouverneurs et les magistrats devront
rendre compte de la manière dont ils auront fait usage de l’autorité qui leur a
été confiée, et des trésors qui ont passé entre leurs mains. Les nobles et les
riches de ce monde, qui ont dépensé leur temps et leur argent en folies, en
conforts et en vanités, auront à en rendre compte devant le trône du Fils de
l’homme, dont les yeux sont comme une flamme de feu pour lire jusqu’au fond des
cœurs, et les pieds comme de l’airain pour écraser sans miséricorde tout ce qui
est opposé à Dieu.
L’incrédulité moqueuse demandera peut-être: «Comment
est-il possible que les millions incalculables des êtres de la race humaine
trouvent place devant le tribunal de Dieu? Et
comment
aurait-on le temps nécessaire pour entrer si minutieusement dans tous les
détails de l’histoire de chaque homme?» La foi répond: «Dieu dit qu’il en sera
ainsi, et cela suffit», et quant au «Comment?» la réponse est: «Dieu! l’infini,
l’éternité!» Faites paraître Dieu, toutes les questions cessent et toutes les
difficultés disparaissent en un instant. De fait, la réponse par excellence à
toutes les objections des incrédules, des sceptiques, des rationalistes et des
matérialistes, est ce seul mot: «Dieu!»
Nous insistons sur ce point auprès du lecteur, non pas certes pour qu’il soit
capable de répondre aux incrédules, mais pour le repos et la joie de son propre
cœur. Pour ce qui concerne les incrédules, nous sommes toujours plus persuadés
que ce que nous avons de mieux à faire à leur égard est, selon le conseil de
notre Seigneur en Matt. 15:14, de les «laisser». Il est parfaitement inutile de
discuter avec des hommes qui méprisent la parole de Dieu, et qui n’ont pas
d’autre base pour s’appuyer que leurs raisonnements charnels. En revanche, nous
croyons qu’il est de la plus grande importance que le cœur se repose avec la
simplicité d’un enfant, sur la vérité de la parole de Dieu. «Aura-t-il dit, et
ne le fera-t-il pas? aura-t-il parlé, et ne l’accomplira-t-il pas?» (Nomb.
23:19).
Tel est le précieux refuge de la foi, le port paisible où l’âme peut s’abriter
contre tous les courants tumultueux des pensées humaines. «La parole du Seigneur
demeure éternellement. Or c’est cette parole qui vous a été annoncée» (1 Pierre
1:25). Rien ne peut atteindre la parole de notre Dieu. Elle est établie à
toujours dans les cieux, et tout ce qu’il nous faut, c’est de la tenir serrée
dans nos cœurs comme le trésor que nous avons reçu de Dieu.
Qu’il en soit ainsi, Seigneur, afin que ton Nom soit glorifié en toutes choses
par notre moyen!