Livre du Prophète Amos
Chapitres 1 (v. 3) à 2 — Ainsi
dit l’Éternel
Chapitre 1er
(v. 3--15)
Ces deux chapitres sont
caractérisés par les mots: «Ainsi dit l’Éternel». Lorsque Dieu a parlé, le
jugement doit s’accomplir, quoique nous n’en
sachions pas l’époque. Peut-être la patience de Dieu attendra-t-elle longtemps
encore, jusqu’à ce qu’il soit exécuté, mais il n’en surviendra pas moins, car
pour l’Éternel le temps ne compte pas et ne modifie en rien la justice et la
sainteté de ses voies. De fait, ces prophéties d’Amos ne se sont accomplies,
pour la plupart, qu’environ une centaine d’années après avoir été prononcées.
Les paroles de l’Éternel
s’adressent d’abord aux diverses nations qui, de toute part, enserrent le peuple
d’Israël: à l’occident la Philistie, Tyr au nord, la Syrie au nord-est, Ammon et
Moab à l’orient, Édom au midi. Sauf Moab qui fait exception, toutes ces nations
sont jugées ici selon la manière dont elles ont traité le
peuple de Dieu. Nous en avons encore aujourd’hui des exemples. La justice
rétributive de Dieu s’exerce sur des nations qui persécutent son ancien peuple,
quelque coupable qu’il soit.
Il y a un juste gouvernement de
Dieu, dans ce monde, à l’opposé de celui des hommes. Dieu voit tout et n’oublie
rien (il n’oublie que les péchés de ceux qui ont cru). Toute injustice trouve
tôt ou tard sa rétribution. Dieu attend peut-être patiemment pendant toute une
vie d’homme (même à l’égard de ses enfants, car son jugement commence par sa
maison) pour rétribuer, selon son gouvernement, un tort commis. Saül était mort
depuis longtemps, que Dieu n’avait pas oublié l’iniquité dont il s’était rendu
coupable en faisant mourir les Gabaonites (2 Sam. 21). Il fallut alors que sa
maison de sang, sauf Mephibosheth épargné par la grâce, fût exterminée. David,
homme de Dieu, avait oublié depuis longtemps son crime à l’égard d’Urie; mais au
moment voulu de Dieu les conséquences de ce péché commencèrent à se dérouler et
poursuivirent le roi-prophète jusqu’à la fin de sa carrière. Il en fut de même
lors du recensement du peuple, sauf que la grâce arrêta le jugement dans son
cours (2 Sam. 24). Combien d’enfants de Dieu ont fait de semblables expériences!
Le silence a plané sur tel manquement dont personne, sauf le coupable, n’avait
connaissance: tout à coup le rugissement du lion se fait entendre et la terre
tremble. Jusque-là le ciel était d’une sérénité qui semblait exclure même l’idée
d’un orage. En peu de temps tout est bouleversé, la paix perdue, l’abri du
Carmel desséché.
Remarquez que, dans tous les cas
cités au cours de ces deux chapitres, le jugement ne tombe pas seulement sur
l’autorité qui a ordonné les massacres, mais sur la
nation qui en est tenue pour responsable. Sans doute l’autorité est jugée: les
rois, ceux qui tiennent le sceptre, les princes et les gouverneurs, sont frappés
personnellement, mais la nation tout entière l’est aussi, car loin de s’opposer
aux actes de l’autorité, elle les a soutenus de ses sympathies, de ses haines et
de ses violences. Dans le cas des Gabaonites, le peuple est même frappé en
premier lieu par trois ans de famine et le jugement de la famille de Saül ne
vient qu’ensuite, car le peuple aurait dû se purifier du mal commis par son
chef.
Lorsqu’une
iniquité nationale est accomplie, comme nous le voyons dans ces
chapitres, l’esprit de l’homme a peine à concevoir qu’elle ne soit pas
immédiatement réprimée, mais il n’en est pas ainsi: les voies de Dieu ne sont
pas nos voies. Dieu permet — nous le voyons continuellement dans la prophétie —
que l’iniquité porte tous les fruits qu’espérait
celui qui l’a commise; Dieu s’en sert pour accomplir ses desseins, mais la
rétribution n’en arrive pas moins — elle marche à pas lents, mais elle arrive.
L’Assyrien, dont l’action est plus
d’une fois sous-entendue dans ces chapitres, est un instrument inique, employé,
d’abord contre l’iniquité d’Israël, puis contre celle des nations qui avaient
assouvi leur rage contre le peuple de Dieu, mais la verge de la colère de Dieu
ayant accompli son œuvre, est elle-même brisée, sa force renversée, et sa chute
est plus profonde que celle de toutes les nations qu’elle a frappées. Au reste,
dans nos chapitres, l’Assyrien qui n’est pas même nommé est loin d’être le seul
agent dont Dieu se serve pour exécuter ses jugements. D’autres agents nombreux y
concourent à diverses époques et leurs noms sont aussi passés sous silence par
Amos. Nous pouvons les trouver dans d’autres récits historiques ou prophétiques;
l’Esprit de Dieu ne les mentionne pas ici parce qu’il s’agit dans notre
prophète, comme nous l’avons dit plus haut, de l’état moral qui nécessite
l’intervention divine et non des instruments dont Dieu se sert. Le prophète
décrit cette intervention sans intermédiaires, tels un feu, un rugissement, un
tremblement de terre, pour faire comprendre qu’elle émane directement de Dieu.
Il n’en est pas de même chez d’autres prophètes. Ainsi Ésaïe 14:28 à 23 décrit
le jugement de ces mêmes nations par l’Assyrien, à
la suite de leur conduite envers les dix tribus; Jérémie 46 à 49 leur jugement
par Nebucadnetsar, à la suite de leur conduite
envers Juda.
En considérant l’ensemble de la
prophétie, nous trouvons donc des personnes diverses pour exécuter les
jugements, mais aussi des répétitions du même péché qui appellent de nouvelles
vengeances de la part de Dieu par ces mêmes agents. Toutefois, que ces
instruments soient tour à tour l’Assyrien, ou le Pharaon, ou les rois d’Orient,
ou Babylone, ou Israël lui-même, les jugements des nations ne sont encore dans
Amos que les voies habituelles de Dieu dans le gouvernement du monde et non pas
les jugements de la fin. Il faudra que toutes les nations dont parlent les deux
premiers chapitres d’Amos reparaissent à la fin des temps après s’être
reconstituées, et subissent un jugement national
bien plus sévère que leurs infortunes passées, alors que toutes leurs œuvres
leur seront mises en compte dans la vallée de Josaphat (Joël 3), après quoi l’on
verra la restauration partielle d’un Résidu de ces nations (sauf entre autres
celle d’Édom), comme nous le lisons en Jérémie. Ce jugement national ne doit pas
être confondu avec le jugement individuel et personnel des morts devant le grand
trône blanc 1.
1
On ne peut, dans beaucoup de cas, déterminer l’époque où les nations mentionnées
dans ces chapitres envahirent Israël et Juda. Leurs attaques étaient incessantes
et se succédèrent à des intervalles plus ou moins rapprochés. Il en fut de même
des instruments de leur propre chute. Pour ne pas en alourdir notre texte nous
récapitulerons ici, au point de vue historique, leurs crimes contre Israël et
les divers agents par lesquels leur jugement eut lieu:
Damas,
ou plutôt son roi Hazaël, s’empare de tous les confins d’Israël et de Galaad à
cause des péchés de Jéhu et sous son règne, c’est-à-dire avant Jéroboam II (2)
et Ozias (2 Rois 10:33). Cette attaque a un rapport historique avec la
prophétie d’Amos (1:4). Sous Achaz, plus de seize ans après la mort d’Ozias, la
prophétie d’Amos contre Damas fut accomplie. «Le roi d’Assyrie monta à Damas, et
la prit, et en transporta les habitants à Kir» (2 Rois 16:9; Ésaïe 17:1-3).
Cependant Amos est plus explicite et parle du «peuple de Syrie». Nous trouvons
plus tard, aux derniers jours du royaume de Juda, une prophétie semblable contre
Damas et sa prise par Nebucadnetsar (Jér. 49:23-27). Là aussi l’Éternel allume
un feu dans les murs de Damas et il dévore les palais de Ben-Hadad.
La Philistie envahit Juda et occupe ses villes sous Achaz, bien
des années après Ozias (2 Chron. 28:18). Ézéchias combat les Philistins (2 Rois
18:8). Ils sont ensuite frappés par le Pharaon (Jér. 47), puis détruits par
Nebucadnetsar (Ézéch. 25:15-17). À différentes reprises ils avaient vendu la
captivité tout entière (je serais tenté de croire que ce terme indique Juda
et les dix tribus) soit à la Grèce (Joël 3:6), soit à Édom (Amos 1:6). Évidemment ces choses avaient lieu souvent et ne sont pas relatées dans des
occasions historiques particulières. La destruction de la Philistie est aussi
mentionnée en Jér. 47; cette nation reparaît à la fin des temps et son jugement
a la même cause que par le passé (Joël 3:4).
Tyr
agit envers Israël comme les Philistins. Plusieurs nations coopéraient avec Tyr
dans le trafic des esclaves, le plus lucratif d’alors (Ézéch. 27:13). Tyr qui
avait livré la captivité tout entière à Édom, est livré à l’Assyrie, puis à
Nebucadnetsar, après là défaite des Philistins. Nous retrouvons Tyr avec Sidon
au jugement du dernier jour (Joël 3:4).
Édom.
Sa cruelle vengeance sur Juda est relatée en Ézéch. 25:12-14. Son désir de
conquérir les deux nations, Israël et Juda, excite l’indignation de l’Éternel
(Ézéch. 35:10). La montagne de Séhir est détruite; Nebucadnetsar est l’agent de
cette destruction. Mais Édom reparaît dans l’histoire prophétique de la fin; on
le retrouve à la vallée de Josaphat (Joël 3:19). Il est à la tête de la
confédération des nations de la fin, avec Moab, Ammon, la Philistie, Tyr,
confédération dont l’Assyrien fait partie. Tous veulent s’emparer des
habitations de Dieu et en prendre possession (Ps. 83). C’est aussi le
motif de sa défaite finale, comme nous le voyons en Abdias et à la fin d’Ésaïe
(63:1). Le Seigneur lui-même exerce sur Édom la vengeance de son peuple, et y
fait coopérer Israël.
Ammon
attaque spécialement Galaad, territoire des dix tribus, mais se jette aussi sur
Juda, emmené captif (Ézéch. 25:1-7). Son but est d’étendre ses confins, aux
dépens du peuple de Dieu, ambition mauvaise que nous voyons s’exercer partout de
nos jours aux dépens du voisin. Cela crie vengeance! Les Ismaélites ou «fils de
l’Orient» (Ézéch. 25:4, 10), puis Nebucadnetsar (Jér. 49:2) sont les agents de
la destruction d’Ammon.
Moab
est accusé en Amos d’un méfait autre que celui des nations mentionnées
précédemment. Il est détruit, puis, reparait à la fin des temps pour être frappé
par Nebucadnetsar (Jér. 48).
Nous revenons sur Moab dans notre texte.
Dans tout ce que nous venons de voir, Amos annonce le jugement prochain
de ces peuples, selon le traitement qu’ils ont fait subir aux dix tribus,
ainsi qu’au royaume de Juda. Ce jugement ne dépasse pas les temps historiques
comme le font tant d’autres passages des prophètes, car le livre d’Amos est
occupé avant tout, comme nous l’avons fait remarquer, des caractères moraux du
mal qui nécessite le jugement et nous parle très peu des événements de la fin.
Les voies gouvernementales de Dieu
en jugement ont tout d’abord son peuple pour objet, car le jugement de Dieu
commence par sa maison. Damas, Gaza, Tyr, Édom, Ammon, sont les instruments de
Dieu pour châtier son peuple qui s’est livré à l’idolâtrie et a abandonné
l’Éternel cri méprisant tous les principes moraux de sa loi. Mais, nous allons
le voir, il se trouve que ces nations poursuivent leurs intérêts de lucre ou de
conquête et leurs projets de vengeance en commettant des atrocités. Dieu laisse
faire. Iniquité s’accumule sur iniquité jusqu’à ce que la mesure déborde: «À
cause de trois transgressions... et à cause de quatre»,
dit l’Éternel, «je ne révoquerai pas mon arrêt». Cette phrase se répète à chaque
nouvelle occasion. Il n’y a pas une seule d’entre
ces nations, y compris Juda et Éphraïm, qui n’ait pas mis le comble à ses
transgressions. C’est à ce moment-là que Dieu les frappe. Il s’occupera plus
tard de son peuple pour le restaurer après l’avoir frappé, car, sous tous ses
jugements, on sent que le cœur miséricordieux de l’Éternel ne change pas. Jamais
son peuple, quelque coupable qu’il soit, ne sort de sa mémoire. Ses conseils à
son égard sont éternels, immuables; tandis que certaines d’entre ces nations
seront anéanties et qu’un Résidu des autres sera rétabli (Jér. 46:26; 48:47;
49:6, 39). Maintenant il s’occupe de ceux qui ont foulé Israël aux pieds.
Ce qui arriva autrefois à Israël
peut se présenter aujourd’hui pour les chrétiens dans la bataille des peuples.
Elle est une discipline nécessaire pour les enfants de Dieu, mais des
populations entières qui portent le nom de Christ sont massacrées par les
nations orientales. Dieu ne l’oublie pas: le tour de ces dernières viendra. De
plus forts qu’elles entreront en scène et changeront leurs triomphes en deuils,
leurs victoires en défaites.
«Ainsi dit l’Éternel: À cause de
trois transgressions de Damas, et à cause de quatre,
je ne révoquerai pas mon arrêt; parce qu’ils ont foulé Galaad avec des traîneaux
de fer. Et j’enverrai un feu dans la maison de Hazaël, et il dévorera les palais
de Ben-Hadad; et je briserai la barre de Damas, et, de la vallée d’Aven je
retrancherai l’habitant, et de Beth-Éden, celui qui tient le sceptre; et le
peuple de la Syrie ira en captivité à Kir, dit l’Éternel» (1:3-5).
On voit en 2 Sam. 10:6-14 que,
dans le passé, les Syriens s’étaient alliés avec les fils d’Ammon contre David,
après que ces derniers eurent outragé les envoyés du roi. Les fils d’Ammon
furent battus et frappés par David de cruelles représailles (2 Sam. 12:31; 1
Chron. 20:3). Cette vengeance était légitime, car elle était voulue de Dieu,
par le moyen de son Roi. Ce qui nous en assure, c’est le récit donne de ce fait
dans les Chroniques, où toutes les fautes de David, sauf deux exceptions, sont
passées sous silence. Les Syriens avaient, dès le début, épousé la cause des
Ammonites qui furent presque exterminés; ils prirent leur revanche en foulant
Galaad avec des traîneaux de fer. Le fait de cette alliance aggrave encore le
jugement prononcé sur Damas, capitale des Syriens. Sans doute Dieu s’était servi
d’eux comme d’une verge contre Israël et avait confié cette mission à Hazaël,
leur roi, par le ministère d’Élisée (1 Rois 19:15; 2 Rois 8:7-15). Maintenant
il brise la verge qui avait accompli ses desseins, car il n’y avait aucune
crainte de Dieu dans le cœur d’Hazaël: il avait été impitoyable dans son attaque
et Dieu qui l’employait, le jugeait pour sa cruauté envers son peuple. Élisée
avait averti Hazaël de tout le mal qu’il ferait à Israël et en avait pleuré. Il
l’avait même averti qu’il écraserait leurs petits enfants et fendrait le ventre
de leurs femmes enceintes. Il semble que l’alliance des Syriens avec les
Ammonites ait duré bien au-delà du temps de David, car ce qui est attribué en
Amos 1:13 à ces derniers, l’est aux Syriens en 2 Rois 8:12. Dieu savait toutes
ces choses; en faisant oindre Hazaël pour châtier son peuple, il savait aussi
que cet homme usurperait la royauté par le meurtre de Ben-Hadad, le roi
légitime. Il le savait; peut-on dire qu’Il le voulût? Nullement, car, le moment
venu, Il revendique les droits de sa sainteté et de sa justice vis-à-vis des
transgressions de Damas.
«Je briserai la barre de Damas,
et, de la vallée d’Aven je retrancherai l’habitant, et de Beth-Éden, celui qui
tient le sceptre» (v. 5). Damas, avec les barres qui ferment ses portes, sera
sans défense devant l’ennemi. Bikeah-Aven sera «la vallée de néant», comme, en
Osée 4:15; 5:8; 10:5, Béthel, la maison de Dieu, était devenue Beth-Aven, «la
maison de néant». En opposition avec elle, Beth-Éden était en Syrie la «maison
de délices». C’était ce que les hommes pécheurs voulaient faire du monde et qui
réussit, hélas! à captiver même les yeux d’un croyant comme Lot (Gen. 13:10).
Damas était un Beth-Éden aux yeux des hommes, toute cette contrée un Beth-Aven
aux regards de Dieu 1. Le peuple de la Syrie, auquel Galaad
avait offert une proie facile au-delà du Jourdain, «ira en captivité à Kir, dit
l’Éternel» (v. 5). L’Assyrien Tiglath-Piléser, peu d’années après la prophétie
d’Amos, accomplit cette prédiction (2 Rois 16:9; Jér. 49:23-27).
1
Beth-Aven et Beth-Éden n’ont pu être identifiées par les géographes.
«Ainsi dit l’Éternel: À cause de
trois transgressions de Gaza, et à cause de quatre,
je ne le révoquerai point, parce qu’ils ont emmené captive la captivité tout
entière, pour la livrer à Édom; mais j’enverrai un feu dans les murs de Gaza, et
il dévorera ses palais; et je retrancherai d’Asdod l’habitant, et d’Askalon
celui qui tient le sceptre; et je tournerai ma main contre Ékron, et le reste
des Philistins périra, dit le Seigneur, l’Éternel» (v. 6-8).
Comme les autres nations, la
Philistie était coupable de transgressions antérieures et toute l’histoire
d’Israël nous montre combien grande était la haine des Philistins contre cette
nation qui les avait combattus, puis asservis lors de l’établissement de la
royauté sur le peuple de Dieu. Les villes principales de la Philistie, Gaza,
Asdod, Askalon, Ékron, sont spécialement prises à partie. La quatrième
transgression surpassait toutes les autres: les Philistins avaient vendu comme
esclaves tous les captifs de Juda et d’Israël, en les livrant entre les mains
d’Édom, leur plus cruel ennemi. Aussi le jugement tombe sur celui qui tient le
sceptre, le gouverneur responsable; les habitants d’Asdod sont massacrés, le
reste des Philistins périt; aucun n’échappe et l’on ne voit pas que leurs
captifs soient rétablis aux derniers jours. En Jér. 47 le jugement tombe sur eux
par le Pharaon, puis l’Assyrie et l’Égypte se disputent leurs villes, tantôt
conquises par l’un, tantôt reprises par l’autre, jusqu’à ce qu’il n en reste
plus que des ruines. On voit en 2 Chron. 28:17-20 l’attaque des Philistins
contre Juda, sous Achaz, ainsi que celle des Édomites, leurs alliés; en Ésaïe 9:11, 12 l’attaque des Syriens et des Philistins contre Israël; en Ésaïe 14:29-32
celle de l’Assyrien contre la Philistie.
«Ainsi dit l’Éternel: À cause de
trois transgressions de Tyr, et à cause de quatre,
je ne le révoquerai point, parce qu’ils ont livré la captivité tout entière à
Édom, et ne se sont pas souvenus de l’alliance fraternelle; mais j’enverrai un
feu dans les murs de Tyr, et il dévorera ses palais» (v. 9, 10).
Jusqu’ici nous avons vu le
jugement de deux nations, entièrement étrangères au peuple de Dieu. Elles
n’avaient jamais été qu’en hostilité ouverte avec lui. Nous entrons maintenant
sur un terrain nouveau, d’abord celui des liens fraternels, ensuite, celui des
relations consanguines avec Israël, relations qui, même ne fussent-elles que
selon la chair, créaient des obligations à Édom, Ammon et Moab, et auraient dû
mettre un frein à leur antipathie et à leurs haines. Ici Tyr est en cause. Ce
royaume avait connu des temps favorables et particulièrement bénis, quand Hiram,
reconnaissant le Dieu de David et de Salomon, avait fait alliance avec ces deux
rois et s’était engagé à coopérer à l’édification du temple de l’Éternel.
Comment cette affection et cette alliance fraternelle avaient-elles, au cours
des années, fait place à la haine? La grâce de David, la sagesse et la puissance
de Salomon, mais surtout leur foi, avaient captivé jadis le cœur de Hiram. Il
avait compris que l’Éternel était l’objet de toutes les pensées de ses amis; il
avait vu que leur seul désir était de donner à Dieu, au milieu de son peuple,
une habitation digne de Lui. Si les choses faites par Hiram étaient inconnues à
ses successeurs, Dieu ne les oubliait pas et rendait responsables les héritiers
du roi de Tyr d’avoir eu jadis leur royaume en rapport avec les bénédictions de
l’alliance. Alors même que cette alliance n’avait été que passagère et
occasionnelle, Tyr en ayant joui était devenu responsable de la conserver, mais
les intérêts de cette nation commerçante l’avaient
bien vite éloignée des bénédictions spirituelles; elle avait vu une source de
gain dans l’alliance avec la Philistie pour faire la guerre au peuple de Dieu et
le réduire en captivité. Peu lui importait qu’il fût vendu à Édom, ennemi
acharné d’Israël; la soif de l’or dominait toute autre considération. Plus tard
ces deux nations alliées avaient réitéré leur action sacrilège en vendant à
Javan les captifs d’Israël. Mais il y avait chez eux autre chose encore que le
gain: leur politique était d’éloigner Israël de ses confins (Joël 3:6), afin de
s’emparer de territoires sur lesquels ils élevaient des prétentions, oubliant
que ces territoires appartenaient à
l’Éternel. Ils oubliaient ou ignoraient que
l’Éternel avait choisi pour lui-même un héritage particulier au milieu de toutes
les nations. Galaad était à lui, Manassé était à lui, Éphraïm était la force de
sa tête, Juda était son législateur (Ps. 108:8). Gaza et Tyr avaient eu la
folie de toucher, l’audace de s’approprier ce qui appartenait à Dieu: «mon
argent et mon or», et de
porter dans leurs temples «mes belles choses
désirables» (Joël 3:5). S’il trouvait bon de châtier Israël par la main de ces
nations ennemies, il n’estimait pas qu’une nation quelconque eût le droit d’en
profiter pour son propre compte.
Les jours actuels n’offrent-ils
pas des exemples pareils? Les nations s’allient pour prendre possession de
territoires qui ne leur appartiennent pas et s’agrandir aux dépens de leurs
voisins, les déportent et s’emparent de leurs richesses, sans penser un instant
que «à l’Éternel est la terre et tout ce qu’elle contient!» (Ps. 24:1).
«Ainsi dit l’Éternel: À cause de
trois transgressions d’Édom, et à cause de quatre,
je ne le révoquerai point, parce qu’il a poursuivi son frère avec l’épée, et a
étouffé la miséricorde, et que sa colère déchira sans fin, et qu’il garda sa
fureur à toujours. Et j’enverrai un feu sur Théman, et il dévorera les palais de
Botsra» (v. 11, 12).
Avec Édom nous passons aux peuples
apparentés à Israël. Leurs transgressions ne sont
pas moindres que celles des nations étrangères. Ésaü, Édom, est jugé pour sa
haine meurtrière et sans miséricorde, envers Jacob son frère. Les peuples
précédents sont moins sévèrement traités que ceux qui suivent. Le jugement
d’Édom est sans aucune miséricorde. Sa haine sauvage contre le peuple de
l’Éternel (car plus les liens sont étroits, et cela caractérise l’homme, plus la
haine est intense) oblige Dieu à dire, tout à la fin de son histoire: «J’ai haï
Ésaü». Aussi restera-t-il sans postérité. (Voyez Abdias. Jér. 49:7-22): «Il
n’est plus», dit Jérémie (49:10), tandis que, même Moab et Ammon, et ensuite Élam, voient leurs captifs rétablis (48:47; 49:6, 39). Le cas d’Édom est sans
rémission, sans pardon. C’est la seule de ces nations qui soit exterminée, ou du
moins asservie en entier; elle sera le théâtre du terrible carnage de la fin
(És. 63:1-6). Mais ce n’est pas la haine seule qui caractérise Édom; nous
l’avons vu se servir de la Philistie et de Tyr, nations avec lesquelles il
n’avait aucune affinité d’origine, pour asservir Israël, son frère selon la
chair. Il prononçait ainsi, non seulement sa colère invétérée contre Jacob qui
lui avait ravi son droit d’aînesse, mais son mépris de la sentence de Dieu: «Le
plus grand sera asservi au plus petit» (Gen. 25:23). Ayant réduit son frère en
esclavage, il s’empare de tout le midi de la Palestine (l’Idumée) et l’annexe à
son territoire, contrairement à la volonté expresse de Dieu et aux principes de
son gouvernement, quand il établissait les limites des peuples selon le nombre
des fils d’Israël (Deut. 32:8) 1.
1
Le roi d’Édom n’est pas nommé ici. Édom n’avait pas de roi au temps de Josaphat
(2 Chron. 20:1), ni au temps d’Ozias (2 Chron. 25:7).
«Ainsi dit l’Éternel: À cause de
trois transgressions des fils d’Ammon, et à cause de
quatre, je ne le révoquerai point, parce qu’ils ont fendu le ventre aux femmes
enceintes de Galaad, afin d’élargir leurs frontières; et j’allumerai un feu dans
les murs de Rabba, et il dévorera ses palais, au milieu des cris au jour de la
bataille, au milieu de la tempête au jour du tourbillon; et leur roi ira en
captivité, lui et ses princes ensemble, dit l’Éternel» (v. 13-15).
La parenté d’Édom avec Israël
remontait à Isaac, celle d’Ammon et de Moab, par Lot, à Abraham. Quoique basée
sur des faits honteux, elle était plus ancienne que la première. On trouve chez
les fils d’Ammon une cruauté atroce envers les tribus situées au-delà du
Jourdain, en vue d’exterminer leurs descendants mâles et de s’emparer
définitivement du territoire de Galaad. En cela pareil à Édom, Ammon oublie que
l’Éternel lui-même l’avait dépossédé afin de donner un héritage à son peuple.
C’était le pays de l’Éternel et il ne pouvait être aliéné. Les plans de l’homme
échouent devant le grand fait que la cause de l’Éternel, devant laquelle aucune
des prétentions de l’homme ne réussira, finira par avoir le dessus. Ce royaume
de proie, semblable à celui d’Édom, prendra fin «au milieu des cris au jour de
la bataille, au milieu de la tempête au jour du tourbillon». Sa ruine sera plus
terrible que toutes les autres. L’orage s’abattra sur le peuple tout entier,
mais ses conducteurs responsables iront en captivité, roi et princes ensemble,
comme le peuple de la Syrie. Sur des forfaits pareils le prophète Élisée avait
pleuré (2 Rois 8:12. Voyez aussi Osée 13:6). Comment donc l’Éternel les
permet-il? Est-il insensible à tant d’horreurs? Sans doute il a connu d’avance
ce qui sortirait du cœur de l’homme, devenu sa verge pour châtier son peuple,
mais il montre, et c’est la première chose qu’il met en avant ici, qu’il va
briser la verge dont il s’est servi.
Chapitre 2
«Ainsi dit l’Éternel: À cause de
trois transgressions de Moab, et à cause de quatre,
je ne le révoquerai point, parce qu’il a brûlé, réduit en chaux les os du roi
d’Édom; et j’enverrai un feu sur Moab, et il dévorera les palais de Kerijoth, et
Moab mourra au milieu du tumulte, au milieu des cris, au son de la trompette, et
je retrancherai le juge du milieu de lui, et je tuerai tous ses princes avec
lui, dit l’Éternel» (2:1-3).
Le caractère de Moab tranche sur
ce que nous avons vu jusqu’ici. Nous nous trouvons en présence d’un nouveau
principe. Ce n’est pas seulement que le gouvernement de Dieu enregistre
scrupuleusement le tort fait à son peuple coupable, par les nations, devenues
ses instruments pour le châtier, mais il enregistre aussi les torts commis par
ces nations elles-mêmes entre elles. Rempli d’un
désir de vengeance insatiable qui s’assouvit même sur les morts, Moab a violé la
sépulture du roi d’Édom. Nous ne savons à quelle occasion, mais il méprisait par
là l’autorité établie de Dieu, quelque coupable qu’elle pût être. Violer les
sépultures, en sortir les ossements, les brûler, était un acte de vengeance
n’appartenant qu’à Dieu seul. Dans le cas de Josias, cet acte avait pour but de
souiller les autels des faux dieux (2 Rois 23:15-17), mais il n’appartenait
point aux hommes de prendre cette mesure, sauf pour obéir à Dieu. Un homme
souillé avait-il le droit de juger les morts,
d’autres hommes souillés comme lui? On a voulu voir cet acte dans le récit un
peu énigmatique qui nous est fait en 2 Rois 23:15-17. Nous ne le pensons pas,
et nous voyons plutôt dans le fait relaté ici une vengeance furieuse de Moab
contre Édom qui l’avait jadis envahi et humilié, vengeance postérieure au récit
de 2 Rois 3 et qui, ne pouvant s’exercer sur le roi vivant, s’assouvit en
violant son sépulcre. Le fait rapporté dans notre passage est d’une grande
importance morale quant aux voies du gouvernement de Dieu. Alors même qu’il
s’agit d’Édom dont la fureur contre le peuple de Dieu et contre Dieu lui-même
était sans bornes, Dieu punit toute infraction aux règles qu’Il a établies,
toute atteinte, même après la mort, à l’autorité qu’il a instituée. Il en sera
de même devant le trône du jugement, mais souvent une iniquité pareille trouve
sa rétribution ici-bas. Dieu n’oublie rien. Quelle description de
l’anéantissement de Moab au milieu du tumulte de la bataille! Avec le juge, tous
ses princes sont tués. Pourtant, à la fin des jours, Moab, comme les fils
d’Ammon, verra ses captifs rétablis (Jér. 48:17; 49:6), tandis que rien de
pareil ne nous est dit d’Édom (Jér. 49:7-22).
Par qui eut lieu le jugement de
Moab? On voit en Ézéch. 25:8-11 que ce fut par «les fils de l’Orient». En Ésaïe
15 et 16, le sort de Moab est annoncé comme tout prochain: «dans trois ans,
comme les années d’un mercenaire» (v. 14). Cette prophétie peut avoir été
prononcée sous Ozias ou Ézéchias. En Jérémie, la destruction de Moab s’accomplit
par le «dévastateur» qui semble être Nebucadnetsar. Mais Ésaïe 25:10 nous
apprend que le jugement de Moab sera consommé lorsque ce peuple, ayant été
reconstitué à la fin des temps, le Seigneur établira son règne et que la mort
sera engloutie en victoire. De même, en Soph. 2:10, 11, le Résidu prophétique
d’Israël pille Moab. On voit encore en Daniel 11:41 qu’Édom, Moab et les fils
d’Ammon échappent de la main de l’Assyrien futur (car ils n’avaient pas été
préservés de l’Assyrien historique ou plutôt de Babylone) et sont comme mis à
part et réservés pour un jugement spécial à la fin des temps.
Remarquons encore que, plus la
relation de ces nations avec le peuple de Dieu était étroite, plus le jugement
qui tombe sur elles est sévère.
«Ainsi dit l’Éternel: À cause de
trois transgressions de Juda, et à cause de quatre,
je ne le révoquerai point, parce qu’ils ont méprisé la loi de l’Éternel et n’ont
pas gardé ses statuts, et que leurs mensonges, après lesquels leurs pères ont
marché, les ont fait errer; et j’enverrai un feu dans Juda, et il dévorera les
palais de Jérusalem» (v. 4, 5).
Si Dieu n’abandonne jamais ses
promesses, il ne révoque jamais non plus son arrêt, bien moins encore quand il
s’agit de son peuple et non de ceux qui l’oppriment. Vis-à-vis des nations, il
est l’avocat de son peuple et prend en main sa cause; mais à l’égard des siens
son jugement est d’autant plus sévère que leur proximité de Dieu a été plus
grande. La sévérité de ce jugement se montre en ce que Dieu assimile
complètement Israël aux nations, objets de son châtiment irrévocable. Les «trois
et quatre transgressions» sont aussi comptées à Juda. Dieu ne lui donne, chose
importante à remarquer, qu’une seule raison de son jugement:
ses rapports avec l’Éternel. Il
punit les nations selon leur conduite envers son peuple; il punit son
peuple selon sa conduite envers Lui. Tout est contenu dans cette simple
question. Avait-il honoré ou méprisé la parole de Dieu? Avait-il gardé ses
préceptes? La discipline de Dieu envers nous sur la terre (car il s’agit du
gouvernement de Dieu et non du jugement éternel), dépend avant tout de
l’influence que la Parole exerce sur notre vie et notre conduite. La négliger
nous assimile au monde. Pensons-nous assez que l’observation de sa Parole (Apoc.
3:8) nous acquiert l’approbation du Seigneur, et que le mépris de sa loi nous
fait encourir son jugement? En quoi l’avaient-ils méprisée? En ce qu’au lieu de
garder les statuts de l’Éternel ils avaient suivi les mensonges idolâtres après
lesquels leurs pères avaient marché. Du moment que nous négligeons la parole de
Dieu, il se fait un vide dans notre cœur, et le monde ne tarde pas à le combler.
Aux versets 6 à 16
Israël, c’est-à-dire les dix tribus, à part, comme
Juda, au jugement des nations. Nous l’avons dit: les dix tribus forment le sujet
spécial de la prophétie d’Amos; aussi les causes de leur châtiment sont-elles
beaucoup plus détaillées que pour Juda. L’arrêt prononcé sur Israël est tout
aussi inexorable que les autres. Dieu avait enregistré toutes les transgressions
d’Éphraïm. Sa conduite était déterminée par une basse cupidité qui s’attaquait
aux justes, aux pauvres, aux chétifs, aux débonnaires, à ceux sur lesquels
repose en tout temps le bon plaisir de Dieu, à ceux qu’il avait envoyés sans
défense dans ce monde, comme des agneaux au milieu des loups, à ceux enfin que
le Seigneur déclare bienheureux, car ils, hériteront de la terre sur laquelle la
méchanceté des hommes ne leur accorde aucune place.
Si l’état de Juda est le mépris de
la Parole, celui d’Israël peut se résumer en un mot:
l’absence de crainte de Dieu. Ils
avaient «vendu le juste pour de l’argent». Plus tard Juda suivit le même
chemin en livrant, pour trente pièces d’argent, le juste par excellence entre
les mains des hommes. «Et le pauvre pour une paire de sandales», objet commun et
sans valeur, qu’on se procurerait même sans bourse délier. C’est ainsi qu’ils
estimaient ceux que Dieu prisait au-dessus de tout. «Eux qui désirent ardemment
de voir la poussière de la terre sur la tête des chétifs»: Ils aspiraient à voir
les misérables dans le deuil pour que, dénués de tout, ils devinssent leur proie
et qu’ils en profitassent pour les réduire en esclavage. «Et qui pervertissent
le chemin des débonnaires»: Les débonnaires joignent la douceur à la bonté dans
leurs rapports avec les hommes. Le Seigneur était débonnaire et humble de cœur;
il communique son caractère à ses bien-aimés qui, par la connaissance de Christ,
sont capables de reproduire ses traits. «Pervertir leur chemin», c’est les
accuser d’être en contradiction, dans leur conduite, avec leur profession, afin
de les arrêter dans le chemin qu’ils désirent suivre à la gloire de Dieu, et
pour le bien des hommes. Ces accusations dénotent toujours une haine cachée
contre Christ, dont les siens, au milieu de beaucoup de faiblesses et
d’infirmités avouées, cherchent à reproduire le caractère. Les tendances
hostiles du cœur des hommes ne se montrent pas toujours à nu, et se déguisent
souvent de manière à tromper tout le monde sur les vrais ressorts de leur
conduite, occupée tout entière au soin de leurs propres intérêts. Tôt ou tard
cependant les gains retirés par eux, en prenant en gage le bien du pauvre et en
mettant à l’amende le prochain (v. 8), engendrent la corruption et servent à
alimenter les mœurs les plus éhontées. Même le respect dû à la famille, la
crainte que les parents doivent inspirer à leurs enfants, sont oubliés pour
assouvir les plus basses convoitises (v. 7). Dans cet état composé de lucre, de
corruption, de mépris du vrai peuple de Dieu, ces hommes «s’étendent à côté de
chaque autel», car la religion qu’ils professent
n’est pas celle du vrai, du seul autel de Dieu, mais
une religion n’ayant de la vraie que l’apparence. Un tel tableau ne diffère pas,
moralement, de celui du monde chrétien.
Cependant, que n’avait pas fait
l’Éternel pour ce peuple? L’histoire passée d’Israël prouvait l’intérêt que Dieu
lui portait: Il avait exterminé les Cananéens devant lui, avait anéanti la
puissance de Satan s’opposant à ce qu’il possédât le pays de la promesse. Malgré
leur taille aussi haute que les cèdres orgueilleux, malgré leur puissance aussi
forte que les chênes, ils n’avaient pu tenir tête à Israël; ils avaient été
exterminés, racine et fruits (v. 9), et ne valaient pas mieux qu’un tronc
d’arbre desséché, destiné au feu.
«Et moi, je vous ai fait monter du
pays d’Égypte, et je vous ai fait marcher dans le désert quarante ans, pour
posséder le pays de l’Amoréen» (v. 10). Dieu leur rappelle ici comment il leur
avait finalement procuré la victoire en accomplissant à leur égard
l’œuvre du salut. Cette œuvre consiste en deux
facteurs indispensables: 1° «Je vous ai fait monter du pays d’Égypte». C’est la
rédemption qui nous délivre du monde et de
l’esclavage de Satan. 2° «Je vous ai fait marcher dans le désert quarante ans».
C’est la discipline sans laquelle nous ne pourrions
atteindre notre Canaan céleste. Sans doute, la rédemption est suffisante pour
donner au croyant l’accès immédiat du Paradis, mais, comme racheté, il est
ici-bas l’objet d’une action continuelle de la Parole, pour le purifier et le
sanctifier, car sans la sainteté, nul ne verra le Seigneur. Ainsi, en Éph. 5, le
Seigneur s’est livré lui-même pour l’Assemblée, notre rédemption étant le fruit
de son amour pour nous; puis il sanctifie l’Assemblée en la purifiant par le
lavage d’eau, par la Parole, car il veut se la présenter n’ayant ni tache, ni
ride, sainte et irréprochable, dans la gloire. C’est là ce qu’en type Israël
aurait dû connaître, mais, devant tant de grâces et de soins, il avait abandonné
Dieu et sa loi. Cependant la patience de l’Éternel envers eux ne s’était pas
lassée: Il leur avait suscité des prophètes d’entre leurs fils, et d’entre leurs
jeunes gens des Nazaréens; des prophètes, porteurs de sa Parole, pour les
ramener par la repentance, au Dieu dont ils s’étaient détournés, et les rendre
attentifs à ses jugements et à ses miséricordes — des Nazaréens, dont l’exemple
prêchait l’abstention des souillures du monde, le refus de tout ce qui produit
l’ivresse en satisfaisant les convoitises de la chair, en un mot une vie
sanctifiée. Mais, dit l’Éternel, «vous avez fait boire du vin aux Nazaréens, et
vous avez commandé aux prophètes, disant: Ne prophétisez pas». Eux, les
«ivrognes d’Éphraïm», avaient écarté le témoignage gênant des Nazaréens en les
obligeant à faire comme eux; ils avaient imposé silence aux prophètes. Par
inimitié contre Dieu, ils avaient séduit ou opprimé ses serviteurs.
Cette absence de toute
crainte de Dieu est la cause d’un jugement sur
Israël, comparé (v. 13) à un char chargé de gerbes au jour de la moisson, qui
passe, ébranlant le sol sous le poids des essieux. Quand la récolte sera
engrangée, eux seront foulés sous les roues. Image saisissante du jugement qui
allait atteindre Israël et dont le tremblement de terre, annoncé par Amos devait
être l’avant-coureur! Les versets 14-16 montrent l’impossibilité d’échapper à ce
cataclysme. Force pour résister au jugement prochain, puissance pour le vaincre,
armes pour le combattre, agilité pour lui échapper, courage pour l’affronter —
tout manquera à l’homme en ce jour-là: devenu la proie du jugement, il s’enfuira
tout nu devant Dieu.
Tel est l’irrévocable arrêt contre
les dix tribus moins de cent ans après, il fut exécuté.