Livre du Prophète Aggée
Chapitre 2
V. 1-9
Le livre d’Aggée contient quatre révélations. Celle-ci est la suite du réveil
produit par la première. Dieu encourage ses témoins en un temps de ruine par la
communication des ressources qui leur restent et par l’espérance glorieuse dont
il veut remplir leurs cœurs. Ces versets offrent une ressemblance frappante avec
la seconde épître à Timothée. Comme le résidu d’Israël, Timothée avait été sur
le point de perdre courage et de se laisser intimider par le mal qui croissait
autour de lui. L’apôtre l’exhorte à «ranimer le don de grâce de Dieu» qui était
en lui. Il ne fallait pas que ses mains fussent languissantes pour l’édification
de la maison de Dieu, quel que fût l’aspect de cette dernière. «Dieu, ajoute
l’apôtre, ne nous a pas donné un esprit de
crainte,
mais de puissance, et d’amour, et de conseil» (2 Tim. 1:7). Et plus loin:
«Toi... mon enfant,
fortifie-toi
dans la grâce qui est dans le Christ Jésus» (2:1). Il en est de même ici: «Mais
maintenant,
sois fort,
Zorobabel, dit l’Éternel, et sois
fort,
Joshua, fils de Jotsadak, grand sacrificateur, et
soyez forts,
vous, tout le peuple du pays... et travaillez...
ne craignez pas»
(2:4, 5). Pour encourager son peuple, Dieu n’atténue en rien le fait de la
ruine, pas plus ici qu’en 2 Timothée. Il la constate, au contraire, dans toute
sa réalité: «Qui est de reste parmi vous qui ait vu cette maison dans sa
première gloire, et comment la voyez-vous maintenant? N’est-elle pas comme
rien
à vos yeux?» (2:3). En effet, que pouvaient-ils penser de l’état actuel de
cette maison comparé avec son premier état? Que restait-il à ce pauvre résidu?
Où était l’arche avec les tables de la loi, et le propitiatoire, et le trône de
Dieu entre les chérubins? Où étaient les Urim et les Thummim pour consulter
l’Éternel? Qu’était devenue la royauté qui reliait le peuple avec Dieu?
Zorobabel, fils de David, ne pouvait même porter le titre de roi. Qu’était
devenue la sacrificature? Joshua avait des vêtements sales, au lieu de ses
vêtements de gloire et de beauté (Zach. 3:3). Où chercher la présence de Dieu
au milieu de son peuple? Où trouver la gloire? Icabod 1 avait
été prononcé de nouveau. Quel contraste humiliant entre l’état actuel de cette
maison et sa première gloire; mais aussi, quel contraste entre l’état actuel de
l’Église et son aspect au moment de son institution! Devons-nous donc perdre
courage? Au contraire, travaillez à cette œuvre, nous dit le Seigneur. À ceux
qui ont bien considéré leurs voies sous sa discipline, qui ont été réveillés par
son appel, il répétera cette parole consolante: «Car je suis avec vous» (2:4).
Le Seigneur ne venait-il pas prendre place au baptême de Jean avec le résidu
réveillé à la parole du prophète? Ne l’a-t-il pas fait au temps d’Aggée? Ne le
fera-t-il pas de nos jours? Il s’associe aux deux ou trois que sa Parole a
réveillés. Si la force nous manque, Lui l’a gardée en son entier. N’a-t-il pas
les sept Esprits de Dieu et les sept étoiles? «Va avec cette force que tu as»
(il l’avait dans cette parole même), dit-il à Gédéon en un temps de ruine, aussi
bien qu’en un temps de prospérité il disait à Josué: «Fortifie-toi».
1
Privé de gloire.
Oui, nous avons cette force en lui
pour le travail de sa maison,
pour y introduire ceux qui doivent en faire partie selon Dieu. Combien de
chrétiens ignorent complètement cela? Ont-ils à cœur d’édifier l’assemblée sur
Christ, le seul fondement divin, ou d’acquérir des prosélytes à leurs sectes
diverses? Et quand on leur en fait la remarque, ils échappent à leur
responsabilité en prétendant que la seule mission des chrétiens est
l’évangélisation. Ils ne veulent pas entendre parler d’autre chose! Certes,
l’évangélisation est une grande tâche, mais elle n’est pas la seule du serviteur
de Dieu. Demandez à l’apôtre Paul, ce grand ministre de l’Évangile, s’il
estimait ce ministère supérieur à celui de l’assemblée, ou plutôt, si tous deux
n’avaient pas une égale valeur pour lui? (Col. 1:23-25). Non certes,
l’évangélisation n’est pas tout, ni pour le Seigneur, ni pour ses témoins. Il a
aimé l’Église et s’est donné lui-même pour elle. Comment lui deviendrait-elle
indifférente? Dieu est honoré par le travail, tout faible soit-il, qui édifie sa
maison, son Église ici-bas, et celui qui n’en tient pas compte méprise ce qui
glorifie Dieu et se prive des bénédictions dont nous allons parler.
L’approbation de Dieu apporte au résidu obéissant des grâces nouvelles. Ce sont
les mêmes grâces que nous trouvons aussi mentionnées en 2 Timothée. «La
parole
selon laquelle j’ai fait alliance avec vous, lorsque vous sortîtes d’Égypte, et
mon Esprit,
demeurent au milieu de vous; ne craignez pas» (v. 5). L’intelligence de la
Parole, la réalisation de la présence du Saint Esprit, ne peuvent se trouver là
où sa maison est méprisée, ou bien là où l’on cesse d’y travailler.
Dieu ne se contente pas d’accorder ses bénédictions au pauvre résidu réveillé
par sa Parole. Il lui présente une
espérance
glorieuse et prochaine. Il en est de même aujourd’hui. L’espérance actuelle de
la venue du Seigneur a repris vie au milieu de ceux qui reconnaissent
l’Assemblée de Christ. «Encore une fois, ce sera dans peu de temps, et
j’ébranlerai les cieux et la terre, et la mer et la terre sèche; et j’ébranlerai
toutes les nations. Et l’objet du désir de toutes les nations viendra, et je
remplirai cette maison de gloire, dit l’Éternel des armées. L’argent est à moi,
et l’or est à moi, dit l’Éternel des armées: la dernière gloire de cette maison
sera plus grande que la première, dit l’Éternel des armées, et dans ce lieu, je
donnerai la paix, dit l’Éternel des armées» (v. 6-9).
L’espérance terrestre juive est remplacée pour nous, chrétiens, par l’espérance
céleste. Quand il reviendra, il remplira de gloire cette maison à la bâtisse de
laquelle il nous avait conviés; maison, par notre faute, méprisée aujourd’hui,
quoiqu’il y soit avec les siens — et cela doit leur suffire — mais quand, en
gloire, il habitera dans l’Église, le prix qu’il attache pour l’éternité à sa
maison éclatera à tous les yeux. «Voici,
l’habitation de Dieu
est avec les hommes!» (Apoc. 21:3). La dernière gloire de cette maison sera
certes plus grande que la première! Alors nous aurons dit adieu pour toujours au
travail et à la lutte, car dans ce lieu le Seigneur donnera la paix.
Quelle assurance toutes ces promesses donnent à notre foi! Quelle récompense de
la fidélité Dieu place devant nous! Considérons donc bien nos voies;
demandons-nous d’où vient l’arrêt de notre travail. Cessons de préférer nos
intérêts à ceux de la maison de Dieu; réveillons-nous de ce sommeil qui nous
paralyse. Nous trouverons avec nous Dieu lui-même, et son Esprit et sa Parole,
et nous serons encouragés par la venue du Seigneur qui nous promet une gloire
sans nuages avec lui!
V. 10-19
La révélation du chapitre 1er destinée à atteindre la conscience du
résidu n’est pas la seule. Ce passage en contient une autre 1.
Puissions-nous, comme le résidu, avoir entendu la première. Hélas! le temps
devait venir où ce résidu dégénéré crucifierait l’Objet du désir des nations et
son propre Messie, lui qui avait été ramené exprès à Jérusalem pour le recevoir.
Aussi le chandelier d’Israël fut-il ôté de sa place et le peuple lui-même
transporté au-delà de Babylone. Il en est ainsi de tout témoignage devenu
infidèle. Dieu n’a pas besoin de nous pour son témoignage. Si nous le méprisons,
il le place en d’autres mains. N’a-t-il pas dit au sujet d’Israël «Il donnera sa
vigne à d’autres»?
1
Comme nous l’avons déjà dit, le livre d’Aggée contient quatre révélations. La
première et la troisième sont des répréhensions, la seconde et la quatrième, des
encouragements prophétiques.
La première révélation parle de l’égoïsme, la seconde de la
sainteté.
Nous possédons une sainteté inaltérable devant Dieu en Christ, de même que nous
avons une justice intangible, étant faits justice de Dieu en lui. Mais cette
justice et cette sainteté de position, nous sommes appelés à les réaliser
ici-bas par la pratique. Séparation réelle de tout mal et communion vivante avec
le bien, avec Dieu, le Père et le Fils, telle est la sainteté pratique. Cette
sainteté avait fait défaut au résidu; bien des années ensuite, elle lui fit
défaut d’une manière plus lamentable encore. Ils se souillèrent en prenant pour
femmes les filles des Cananéens (Esdras 9), en violant le sabbat et en profanant
la sacrificature (Néh. 13). À ce sujet, le prophète interrogea les
sacrificateurs en leur disant: «Si un homme porte de la chair sainte dans le pan
de sa robe, et qu’il touche avec le pan de sa robe du pain, ou quelque mets, ou
du vin, ou de l’huile, ou quoi que ce soit qu’on mange, ce qu’il a touché
sera-t-il sanctifié? Et les sacrificateurs répondirent et dirent: Non» (2:12).
Le cas qu’il leur propose est celui d’un homme auquel la chair sainte qu’il
porte dans son manteau donne un caractère de sainteté
extérieure.
Est-ce que le fruit de son travail (le pain, l’huile, le vin, produit de
l’activité de l’homme) en sera sanctifié? Nullement. Il faut que le travail soit
le fruit même de la sainteté pour être agréé. Dieu ne reconnaît comme accompli
pour lui que ce qui découle de cette source. Aucune position de sainteté
extérieure, aucune profession ne rend notre travail agréable à Dieu. Chose
sérieuse et digne d’être méditée de nos jours, où les chrétiens
professants
vivent dans l’illusion que Dieu reconnaît leurs «œuvres
charitables»,
comme étant faites pour lui.
Le prophète ajoute: «Si un homme qui est impur par un corps mort touche
quelqu’une de toutes ces choses, est-elle devenue impure? Et les sacrificateurs
répondirent et dirent: Elle est impure» (v. 13).
Un corps mort était en Israël le type le plus complet de la terrible conséquence
et des fruits ultimes du péché. Si la séparation du mal, du péché, n’est pas une
réalité pour nous, comment l’œuvre de nos mains serait-elle pure et
pourrait-elle être agréée de Dieu? Elle est souillée, impure. Voilà ce qu’il
s’agissait de graver sur la conscience du résidu, ce qu’il faut imprimer sur la
nôtre. Il peut y avoir beaucoup d’activité pour moudre le grain, pour presser le
jus du raisin ou l’huile de l’olive, afin de les faire servir à notre usage.
Qu’est-ce pour Dieu que cela? Le fruit du péché. Ce qui demeure, c’est ce qui
lui est offert d’un cœur pur, ce qui est fait pour lui seul; c’est le parfum de
Marie. Remplir ses celliers n’est pas l’œuvre d’un témoin, mais bien remplir les
greniers et les celliers de Dieu. «Et Aggée répondit et dit: Ainsi est-ce
peuple, et ainsi est cette nation devant moi, dit l’Éternel, et ainsi est toute
l’œuvre de leurs mains, et ce qu’ils présentent là est impur» (v. 14).
Voilà ce qui, de nos jours, frappe notre œuvre d’une incapacité
relative;
comme il est dit: «Si l’on venait à un tas de vingt boisseaux, il y en avait
dix; si l’on venait à la cuve pour puiser cinquante mesures, il y en avait
vingt» (v. 16). Nous disons «relative», parce que, si Dieu est obligé de nous
châtier, il le fait avec mesure. Il est patient, miséricordieux, plein d’une
infinie bonté. Que rapporte aujourd’hui le travail de nos mains? Ce qu’il
devrait rapporter, nous l’avons appris par le prophète: des matériaux pour la
maison de Dieu, des âmes non seulement sauvées, mais ajoutées à l’Assemblée. En
est-il ainsi? Hélas non! Les enfants de Dieu se rassemblent avec peine. La
lumière est si faible, qu’elle n’a pas le pouvoir d’attirer à elle ceux qui
habitent les ténèbres, alors même que, la haïssant, ils seraient, comme des
papillons de nuit, contraints de venir s’y brûler les ailes et d’y recevoir
ainsi leur propre condamnation. À peine cette lumière réussit-elle à pénétrer,
comme une lueur vague, à travers les paupières fermées de l’âme, pour la
réveiller.
Mais le châtiment était allé plus loin. «Je vous ai frappés par la brûlure et la
rouille et la grêle, dans toute l’œuvre de vos mains» (v. 17). Dieu avait
condamné les sources mêmes de leur travail. La porte de la bénédiction était
fermée.
Le résidu s’était-il au moins repenti? «Aucun de vous n’est revenu à moi, dit
l’Éternel!»
Mais maintenant, «considérez bien... ce qui va arriver... considérez-le bien, je
vous prie», nous dit avec instance la parole de Dieu: «Dès ce jour et
dorénavant, depuis le vingt-quatrième jour du neuvième mois, depuis le jour où
le temple de l’Éternel a été fondé; considérez-le bien... Dès ce jour-ci, je
bénirai» (v. 18,19). Si en ce jour, considérant et jugeant vos voies, vous vous
mettez à l’œuvre pour bâtir cette maison que votre égoïsme et votre mondanité
vous ont fait abandonner, après en avoir posé les fondements; dès ce jour-là, je
bénirai!
Frères, faisons de même; écoutons cet appel. Nous pouvons retrouver la
bénédiction. Un peu d’énergie de foi, d’abandon de nos aises et de nos intérêts,
de séparation du monde, des cœurs affectionnés à Christ, zélés pour
l’édification de la maison de Dieu, et
à l’heure même
nous retrouverons la bénédiction perdue!
V. 20-23
Et maintenant, voici, dans une quatrième révélation, l’encouragement adressé au
pauvre résidu dont la conscience s’était réveillée, et qui, de fait, quatre ans
plus tard, eut achevé l’édification de la maison de Dieu. Cet encouragement est
une
promesse
(Héb. 12:26). «J’ébranlerai les cieux et la terre, je renverserai le trône des
royaumes, et je détruirai la puissance des royaumes des nations, et je
renverserai les chars et ceux qui les montent; et les chevaux seront abattus, et
ceux qui les montent, chacun par l’épée de son frère» (v. 21, 22; conf. 1:6;
Héb. 12:26). Tout serait ébranlé, et pourquoi? Afin que les choses «immuables
demeurent» (Héb. 12:27). Or ces choses immuables, c’était, au chap. 2,
l’introduction du Messie dans son temple glorieux. Mais ici, quel étonnement
nous saisit, quand nous apprenons qu’il s’agit d’établir et de sceller à
toujours le faible Zorobabel! «En ce jour-là, dit l’Éternel des armées, je te
prendrai, Zorobabel, fils de Shealthiel, mon serviteur, dit l’Éternel, et je te
mettrai comme un cachet; car je t’ai choisi, dit l’Éternel des armées» (v. 23).
Sans doute, Zorobabel, le prince, était dans une faible mesure un type de
Christ, mais avant tout il était le représentant du résidu devant Dieu, comme
Joshua, le sacrificateur, l’est, au chap. 3 de Zacharie. Eh bien! toutes choses
seront ébranlées, afin d’établir ce résidu à toujours. Il en est de même pour
nous. «C’est pourquoi, recevant un royaume inébranlable», est-il dit des
chrétiens, en citant la prophétie d’Aggée (Héb. 12:28). L’Éternel a déjà établi
le Seigneur à sa droite et nous
en
lui, mais bientôt il nous établira sur le trône
avec
lui.
«Et je te mettrai comme un cachet.» Le faible Zorobabel, comme la faible
assemblée de Christ, sera le sceau de toutes les voies d’ancienneté de
l’Éternel. En lui, comme en elle, tous les yeux verront ce que l’Éternel a voulu
faire et ce qu’il a accompli. «Selon ce temps il sera dit de Jacob et d’Israël:
Qu’est-ce que Dieu a fait?» (Nomb. 23:23). En ce temps, le Seigneur sera
«glorifié dans ses saints et admiré dans tous ceux qui auront cru» (2 Thess. 1:10).
C’est la récompense de la fidélité et du dévouement à son service, mais c’est
bien plus encore: il faut que la grâce de Dieu triomphe à la fin, qu’elle se
montre supérieure à toutes nos faiblesses, à toutes nos infidélités: «Car
je t’ai
choisi,
dit l’Éternel des armées» (v. 23). Il faut que la grâce de l’élection
resplendisse à tous les yeux. Elle est la seule cause, la cause initiale et
finale de la bénédiction éternelle des rachetés!
Fondés sur notre espérance qui est Christ, et sur la certitude du salut de Dieu,
appliquons-nous donc, dans un continuel jugement de nous-mêmes, à accomplir
l’œuvre de la maison de Dieu, en réunissant les âmes autour de Christ, seul
centre de leur rassemblement et de leur bénédiction.