Livre du Prophète Abdias
Abdias
«La vision d’Abdias. — Ainsi dit le Seigneur, l’Éternel, touchant Édom. Nous
avons entendu une rumeur de par l’Éternel, et un ambassadeur a été envoyé parmi
les nations: Levez-vous! et levons-nous contre lui pour la guerre» (v. 1).
La parole de Dieu ne nous renseigne pas sur la personne du prophète Abdias, ni
sur le temps
exact
de sa prophétie; toute supposition à cet égard est donc inutile et ne petit
servir à l’édification des âmes. Ce que Dieu nous a révélé, voilà ce qu’il est
bon de retenir; l’on ne saurait trop répéter cette vérité élémentaire, mais si
peu comprise. S’ils la mettent en pratique, les enfants de Dieu seront gardés
d’apporter leurs propres pensées à la Parole au lieu de se laisser enseigner par
elle. Que penserait-on d’un homme qui s’imaginerait ajouter quelque chose au lac
en y vidant sa cruche? Ne ferait-il pas mieux de venir l’y remplir? Nos propres
pensées pourront-elles jamais enrichir les Écritures? Qu’Abdias ait prophétisé,
comme Jérémie, vers la fin du royaume de Juda, cela ne peut faire aucun doute
pour le chrétien animé de «l’esprit de sobre bon sens» (2 Tim. 1:7). Il suffit
de comparer le jugement d’Édom en Jér. 49:7-22 avec la prophétie d’Abdias qui a
pour sujet la ruine finale de cette nation. Jérémie emploie à peu près les mêmes
termes que notre prophète: «J’ai entendu une rumeur de par l’Éternel, et un
ambassadeur a été envoyé parmi les nations: Assemblez-vous, et venez contre lui,
et levez-vous pour la guerre» (Jér. 49:14). En présence de cette analogie, et
d’autres encore que nous verrons au cours de cette méditation, les commentateurs
se donnent beaucoup de mal pour savoir lequel de ces deux prophètes a
copié
l’autre.
Question plus qu’oiseuse et sous laquelle, comme sous toute investigation
semblable, il n’est pas difficile de découvrir un esprit critique hostile à
l’inspiration plénière de la parole de Dieu. Le fait d’une copie est possible,
mais n’y a-t-il donc que cette alternative pour expliquer une telle analogie?
Les mêmes hommes posent la même question au sujet des évangiles synoptiques; à
quoi ont abouti leurs recherches? L’esprit de l’homme s’y use, et cela tourne
toujours à sa confusion. Ce dont le chrétien est convaincu, c’est qu’en Jérémie
comme en Abdias,
Dieu
lui parle et qu’il n’a plus qu’à recevoir de Lui l’instruction spéciale contenue
dans chacun de ces prophètes.
Il est un trait caractéristique du prophète Jérémie auquel il n’est pas fait
allusion dans Abdias. Jérémie prédit, à brève échéance, la destruction de
Jérusalem, puis de toutes les nations, par Nebucadnetsar (Jér. 46-49), puis la
destruction de ce grand empire par l’Éternel lui-même (chap. 50); il indique
enfin les instruments, les Mèdes, par lesquels Dieu mettra
historiquement
fin à cette puissance (chap. 51). Le prophète Daniel a un autre point de vue: il
décrit l’histoire successive des quatre grands empires universels aussi
longtemps que le pouvoir sera confié aux nations; cependant il montre aussi la
chute
simultanée
de ces pouvoirs pour faire place au seul royaume «qui ne sera jamais détruit»
(Dan. 2).
C’est la seconde alternative que l’on trouve en Jérémie. Pour lui, le sort de
tous ces empires est, dès le début, fixé définitivement par la chute de
Babylone, car elle a employé la puissance que Dieu a mise entre ses mains pour
l’exaltation d’elle-même et la multiplication sans fin de ses idoles. Mais c’est
elle qui exerce le jugement de Dieu sur toutes les nations jusqu’au moment de sa
chute finale. Dès le moment de sa chute historique, le prophète nous conduit
par-dessus
tous les siècles intermédiaires jusqu’aux événements des derniers jours. C’est
ainsi qu’après avoir décrit le renversement de l’Égypte par Nebucadnetsar,
Jérémie nous dit: «Après
cela
elle sera habitée comme aux jours d’autrefois, dit l’Éternel» (46:26); c’est
ainsi qu’après la destruction de Moab par le même monarque, il ajoute: «Je
rétablirai les captifs de Moab
à la fin des jours»
(48:47); et de même pour les fils d’Ammon: «Après
cela,
je rétablirai les captifs des fils d’Ammon» (49:6). Enfin, au sujet d’Élam,
détruit par cette même épée de Babylone: «Il arrivera,
à
la fin des jours,
que je rétablirai les captifs d’Élam» (49:39).
Il n’en est pas tout à fait de même d’Édom (49:7-22). Jamais il ne sera
rétabli; telle est sa sentence définitive. Aussi, tout en décrivant son jugement
par Nebucadnetsar qui «monte comme un aigle et vole et étend ses ailes sur
Botsra» (cf. 48:40), l’Esprit de Dieu nous fait assister aux événements de la
fin qui accompagnent sa chute. De là l’analogie si frappante entre Jérémie et
Abdias. Dans les deux cas la fin d’Édom aux derniers jours, sa subversion sans
restauration possible aura lieu par ses alliés de jadis; par les nations
assemblées contre lui et sur son territoire; par l’Éternel lui-même (si
j’interprète justement le «lion qui monte de la crue du Jourdain» (49:19, cf.
50:44), choses que nous trouvons dans ces deux prophéties parallèles; enfin par
le peuple d’Israël, un fait que nous ne rencontrons pas dans Jérémie, mais dans
Abdias.
Voyons à quelle circonstance le premier verset d’Abdias fait allusion. Aucun
événement historique ne correspond à ce que nous y lisons, mais le Ps. 83 nous
parle, comme nous l’avons déjà vu en exposant l’avenir d’Édom, d’une
confédération future des peuples qui entourent le territoire d’Israël. Édom est
à leur tête. L’Assyrien futur, le Gog de la prophétie, soutient et favorise, si
ce n’est en personne, ce complot qui a pour but
d’exterminer le peuple de
Dieu.
«Venez, disent-ils, et exterminons-les de sorte qu’ils ne soient plus une nation
et qu’on ne fasse plus mention du nom d’Israël» (v. 4). «Ils ont dit: Prenons
possession des habitations de Dieu» (v. 12). À cette période des derniers jours,
Israël, rentré dans son pays, deviendra l’objet de la convoitise de toutes les
nations. Le roi du Nord, chef de la confédération assyrienne, autrement dit Gog
ou la Russie, se servira de cette coalition pour accomplir ses desseins contre
Jérusalem. En apparence et comme but avoué, Édom et ses associés «servent de
bras aux fils de Lot», c’est-à-dire à Ammon et à Moab dont ils ont l’air
d’embrasser et de revendiquer les intérêts par cette agression commune. Mais
Édom, dévoré d’ambition et de haine, se propose à part lui de mettre lui-même la
main sur l’héritage de l’Éternel. Il dit: «Les deux nations (Juda et Israël) et
les deux pays seront à moi et nous les posséderons.» «Elles sont désolées»,
dit-il encore des montagnes d’Israël, «elles nous sont données pour les dévorer»
(Ézéch. 35:10, 12). Le premier siège de Jérusalem et son résultat partiel (Zach
14:1, 2) semblent donner gain de cause à Édom 1. C’est alors
qu’une réaction s’opère contre ses orgueilleuses prétentions parmi les nations
alliées qui les démasquent. «La rumeur est de par l’Éternel» qui, selon la
parole de Zacharie, «fera de Jérusalem une coupe d’étourdissement pour tous les
peuples d’alentour» et «une pierre pesante pour tous les peuples» (Zach. 12:2,
3). Les alliés d’Édom envoient «un ambassadeur parmi les nations» pour les
engager à se lever en guerre contre Édom en les assurant de leur concours: «Levez-vous
et
levons-nous
contre lui.» Quelles sont ces nations? Nous savons d’après la prophétie que
l’Assyrien de la fin, après s’être emparé de la Palestine, prétend se
l’asservir; que les Juifs, peuple apostat de l’Antichrist, font un pacte avec
l’empire d’Occident (la Bête et les dix rois) pour résister à cette invasion
(És. 28:14-22); que pendant ce temps l’Assyrien, fondant comme une tempête sur
l’Égypte, entre d’abord dans «le pays de beauté» (la Palestine), «tandis qu’Édom
et Moab et les principaux des fils d’Ammon échappent de sa main» (Dan. 11:41).
Ces trois nations qui lui échappent sont précisément celles qui poursuivent
leurs intérêts particuliers à son détriment et cherchent à contrecarrer ses vues
sur la Terre sainte. Mais, comme nous venons de le voir, leur accord ne dure pas
longtemps. Toutes se tournent contre Édom qui s’était mis à leur tête, et pour
parer au danger dont son ambition les menace, cherchent leur appui parmi les
nations en leur offrant leur alliance: «Levez-vous et levons-nous contre lui
pour la guerre.» Ce plan réussit en apparence.
1
Voyez sur ce sujet «L’histoire prophétique des derniers jours», par H. R.
«Voici, dit l’Éternel à Édom, je t’ai fait petit parmi les nations; tu es fort
méprisé. L’arrogance de ton cœur t’a séduit, toi qui demeures dans les creux du
rocher, ta haute habitation; toi qui dis dans ton cœur: Qui me fera descendre
par terre? Si tu t’élèves comme l’aigle, et que parmi les étoiles tu mettes ton
nid, je te ferai descendre de là, dit l’Éternel. Si des voleurs, si des pillards
de nuit venaient chez toi (comme tu es ruiné!), voleraient-ils plus que ce qui
leur suffit? Si des vendangeurs venaient chez toi, ne laisseraient-ils pas des
grappillages? Comme Ésaü est fouillé! comme ses choses cachées sont mises à
découvert!» (v. 2-6). C’est dans des termes semblables que s’exprime Jérémie
(49:15, 16 et v. 9, 10). La dévastation est complète, le pillage organisé de
manière à ne rien laisser à cette nation arrogante qui se confiait dans son
territoire inaccessible.
«Tous tes alliés t’ont poussé à la frontière; ceux qui étaient en paix avec toi
t’ont trompé, ils ont prévalu contre toi; ceux qui mangeaient ton pain ont mis
un piège sous toi» (v. 7).
Au moment où Édom est près d’atteindre son but en s’annexant l’héritage
d’Israël, ses alliés se tournent contre lui et «le poussent à la frontière», ce
qui signifie, je pense, qu’il est refoulé jusqu’aux limites de son propre pays.
Il va y rencontrer les armées d’Occident, notoirement levées pour s’opposer à
l’occupation de Jérusalem par Édom, mais s’opposant tout aussi résolument à
cette occupation par Ammon, Moab et l’Assyrien. C’est ainsi que «Jérusalem
devient une coupe d’étourdissement pour
tous
les peuples d’alentour» (Zach. 12:2).
Le territoire d’Édom est, à ce moment-là, un point stratégique de toute
importance pour s’opposer à Gog (l’Assyrien) qui vient de se jeter sur l’Égypte
comme un torrent débordé (Dan. 11:40-43), car Édom n’est pas confiné, comme
nous l’avons remarqué plus haut, à la «montagne de Séhir», mais comprend aussi
les territoires de l’Idumée dont l’occupation par les armées d’Occident va
couper à l’Assyrien le retour d’Égypte en Palestine, soit le long de la
Méditerranée, soit par la presqu’île du Sinaï. Le plan des armées d’Occident
peut être sagement conçu, mais elles ont compté
sans l’Éternel.
C’est Lui qui, à leur insu, les a rassemblées en Édom pour les anéantir. «Sa
colère est sur toutes les nations et sa fureur sur toutes leurs armées.» «Son
épée descend sur Édom et sur le peuple qu’il a voué à la destruction pour le
jugement.» «Il a un sacrifice à Botsra et une grande tuerie dans le pays
d’Édom.» «Car c’est le jour de la vengeance de l’Éternel, l’année des
récompenses
pour la cause de Sion»
(Ésaïe 34:2-8). Ce jugement des armées des nations a lieu par l’Éternel
seul:
«Aucun homme des peuples
n’est avec lui» quand «il vient d’Édom, de Botsra, avec ses habits teints en
rouge» (Ésaïe 63:1-3) 1.
1
Ce que nous présentons ici est le côté juif de la destruction des armées
occidentales en Édom, par le Messie seul. En Apoc. 19:11-16, nous le
voyons, venant du ciel, suivi des saints célestes, et détruisant ces mêmes
armées par l’épée aiguë à deux tranchants qui sort de sa bouche. Ces deux points
de vue s’accordent parfaitement avec le caractère de la prophétie soit dans
l’Ancien soit dans le Nouveau Testament.
Ce n’est qu’après l’anéantissement des armées de l’empire occidental, et la
destruction de leurs chefs, la Bête et le faux prophète (Apoc. 19:19-21) que le
Seigneur détruit, sur la terre d’Israël, toute l’armée de l’Assyrien, remonté
d’Égypte pour s’emparer, à son tour, de Jérusalem et de la Palestine (Dan. 11:44, 45).
La destruction des armées occidentales en Édom n’est pas mentionnée dans la
prophétie d’Abdias. Nous apprenons seulement qu’Édom lui-même est pillé et
grappillé par ses alliés d’autrefois qui étaient en paix avec lui, et qu’il en
est fait un grand carnage.
Édom s’est donc trompé dans ses plans, si astucieusement combinés, mais qui
tournent tous à sa perte parce qu’il s’est attaqué à l’ancien peuple de Dieu et
à la cité sainte au moment de leur restauration. À quoi lui servent maintenant
ses sages si vantés? «Il n’y a pas d’intelligence en lui! N’est-ce pas en ce
jour-là, dit l’Éternel, que je détruirai au milieu d’Édom les sages, et de la
montagne d’Ésaü l’intelligence? Et tes hommes forts, ô Théman, seront terrifiés,
afin que chacun soit retranché de la montagne d’Ésaü par le carnage» (Abd. 8,
9).
On pourrait s’étonner que cette petite nation d’Édom, si insignifiante, même
quand elle renaîtra dans l’avenir, joue un si grand rôle dans l’histoire de la
fin des temps et devienne même l’objet unique d’une prophétie comme celle
d’Abdias. La raison en est, qu’à part le caractère profane d’Édom, sa haine
implacable contre le peuple de Dieu, ses ambitieux projets pour s’emparer par la
violence de l’héritage d’Israël et de la ville du grand Roi — qu’à part tout
cela, dis-je, Édom se trouve être le point central où se résoudra tout le
conflit des derniers jours: lutte entre le roi du nord et le roi du midi (entre
l’Assyrien Gog et l’Égypte); lutte entre les nations limitrophes d’Israël et
Édom pour la possession de l’héritage de l’Éternel; lutte entre la Bête romaine,
l’empire occidental et Gog au sujet de la possession de Jérusalem et de la
conquête de l’Égypte; en un mot, toute l’histoire prophétique des derniers jours
se concentre sur ce territoire, lorsque «Jérusalem est devenue une coupe
d’étourdissement pour tous les peuples». — Le nœud gordien d’Édom une fois
tranché, l’avènement du Messie se lève comme une aube bienfaisante, messagère du
soleil de justice. Tous ces événements de la fin ramènent nos pensées vers le
conflit actuel 1 dont les principes ne diffèrent pas de
ceux-là et qui pourrait être un acheminement vers des événements futurs, bien
autrement redoutables.
1
Première édition 1915.
«À cause de la violence faite à ton frère Jacob, la honte te couvrira, et tu
seras retranché pour toujours» (v. 10).
«L’arrogance
de son cœur» (v. 3) était le premier caractère d’Édom; le second est la
violence
faite à son frère. Le Seigneur, quelque coupable qu’Israël ait été, n’oublie pas
qu’il est l’objet de ses promesses, et Dieu est fidèle à ce qu’Il a promis. Ce
qui atteint son peuple l’atteint Lui-même. Au temps de l’infidélité d’Israël, il
avait dû cacher sa face à la maison de Jacob, mais maintenant l’heure est venue
où il pourra reprendre ouvertement en main la cause de son peuple. Dans les
derniers jours d’Édom et lors du siège de Jérusalem par les nations, dont Édom
était le chef, la repentance est entrée dans le cœur du Résidu, «et en ce
jour-là les sourds entendront les paroles du livre, et les yeux des aveugles,
délivrés de l’obscurité et des ténèbres, verront» (És. 29:1-8, 18). Alors la
rétribution d’Ésaü, jusque-là suspendue, pour laisser libre cours au jugement de
Dieu sur son peuple, cette rétribution s’abattra sur Édom. Il ne pourra plus
être pardonné aux ennemis de Jacob, l’élu de l’Éternel. Édom sera «retranché
pour toujours».
En effet, quelque prophétie, touchant Édom, que l’on considère, l’Esprit de Dieu
conclut toujours qu’il ne restera rien d’Édom
comme nation.
Son territoire sera voué à une désolation perpétuelle: «Je te réduirai en
désolations perpétuelles et tes villes ne seront plus habitées; et vous saurez
que je suis l’Éternel. Parce que tu as dit: Les deux nations et les deux pays
seront à moi, et nous les posséderons; — et l’Éternel y était; à cause de cela,
je suis vivant, dit le Seigneur, l’Éternel, que j’agirai selon ta colère et
selon ta jalousie, comme tu as agi à cause de ta haine contre eux; et je me
ferai connaître parmi eux, quand je t’aurai jugé. Et tu sauras que moi,
l’Éternel, j’ai entendu tous tes outrages que tu as proférés contre les
montagnes d’Israël, disant: Elles sont désolées, elles nous sont données pour
les dévorer. Et vous vous êtes, de votre bouche, élevés contre moi, et vous avez
multiplié contre moi vos paroles; moi, je l’ai entendu. Ainsi dit le Seigneur,
l’Éternel: Quand toute la terre se réjouira, je te réduirai en désolation. Comme
tu t’es réjouie sur l’héritage de la maison d’Israël, parce qu’il a été désolé,
j’en ferai de même envers toi; tu seras une désolation, montagne de Séhir, et
Édom tout entier; et ils sauront que je suis l’Éternel» (Ézéch. 35:9-15). Dieu
a entendu ces cris de haine, ces outrages contre son peuple, et «l’Éternel
y était!»
Comble de l’aveuglement d’Édom! Au temps où Dieu détournait sa face de la maison
d’Israël, il a laissé libre cours à la haine d’Édom; mais quand Il se révèle de
nouveau comme Sauveur aux yeux de son peuple repentant, le jugement d’Édom ne
peut plus être différé, car il combat contre le peuple de la promesse, que
l’Éternel lui-même défend! 1
1
Il n’en est pas ainsi de nos jours, car les voies de l’Éternel interrompues
aujourd’hui envers le peuple d’Israël, n’ont pas encore recommencé en vue de sa
délivrance. Y a-t-il une nation dont l’Éternel épouse aujourd’hui la cause? Il
peut, selon ses voies, donner la suprématie ou un gain momentané à l’une ou à
l’autre des nations en lutte, mais aucune n’a sa faveur. Toutes sont
inexcusables et les plus inexcusables de toutes sont celles qui revendiquent le
plus hautement le nom de l’Éternel en couvrant de ce nom leurs injustices.
Sur cette même désolation future, lisez encore Ésaïe 34:9-17. Édom sera
désormais le repaire de toute créature impure, dangereuse, mauvaise de la
création. Quelque peu habitée que soit aujourd’hui cette contrée, son sort
actuel n’est pas celui qu’Ésaïe nous décrit. Il nous faut «chercher dans le
livre de l’Éternel» pour connaître son sort définitif. Pas une bête malfaisante
n’y manquera: «L’un n’aura pas à chercher l’autre; car ma bouche l’a commandé,
et mon Esprit les a rassemblés. Et Lui a jeté le sort pour eux, et sa main leur
a partagé le pays au cordeau: ils le posséderont pour toujours; ils y habiteront
de génération en génération.»
Dans les versets 11 à 14, le prophète Abdias développe les derniers griefs de
l’Éternel contre Édom:
«Au jour où tu te tins vis-à-vis, au jour où des étrangers emportaient ses
richesses, et où des forains entraient dans ses portes et jetaient le sort sur
Jérusalem, toi aussi tu étais comme l’un d’eux. Mais tu n’aurais pas dû regarder
le jour de ton frère, le jour de son
désastre;
et tu n’aurais pas dû te réjouir au sujet des fils de Juda, au jour de leur
destruction,
et tu n’aurais pas dû ouvrir ta bouche toute grande au jour de la
détresse.
Tu n’aurais pas dû entrer dans la porte de mon peuple, au jour de leur
calamité,
ni regarder, toi non plus, sa misère, au jour de sa
calamité;
et tu n’aurais pas dû porter la main sur ses richesses au jour de sa
calamité;
et tu n’aurais pas dû te tenir au carrefour pour exterminer ses réchappés, et tu
n’aurais pas dû livrer ceux des siens qui étaient demeurés de reste au jour de
la
détresse.»
Il semble naturel d’appliquer ce passage à l’histoire passée de Jérusalem, au
siège de cette ville par Nebucadnetsar, et nous ne voyons pas de raison qui
s’oppose à cette interprétation. Dieu se souvient de la violence faite à la
ville adultère, mais qui, dans ses conseils, reste toujours la bien-aimée. C’est
de cette journée de Jérusalem que se souviennent les captifs, auprès des fleuves
de Babylone, quand ils disent: «Éternel! souviens-toi des fils d’Édom, qui, dans
la journée de Jérusalem, disaient: Rasez, rasez jusqu’à ses fondements!» (Ps.
137:7). C’est à elle qu’il est fait allusion en Amos 1:6, 11, 12 1
et peut-être en Joël 3:6. Cependant ce passage s’applique avec la même vérité
au siège futur de Jérusalem, mentionné au Ps. 83, et au chap. 14:1, 2 du
prophète Zacharie: «Voici, un jour vient pour l’Éternel, et tes dépouilles
seront partagées au milieu de toi. Et j’assemblerai toutes les nations contre
Jérusalem, pour le combat; et la ville sera prise, et les maisons seront
pillées, et les femmes violées, et la moitié de la ville s’en ira en captivité;
et le reste du peuple ne sera pas retranché de la ville.»
2
1
Voyez «Le livre du prophète Amos», par H. R.
2
Voyez encore pour d’autres passages «L’histoire prophétique des derniers jours»,
par H. R.
Que fait Édom tout le long de son histoire, aussi bien dans l’avenir que dans le
passé? Ce profane veut acquérir ce que Dieu lui a formellement refusé en
conférant l’héritage à son frère Jacob, et il use de violence pour s’en emparer.
Sans doute, Jacob avait été infidèle et avait mérité ce jugement, mais Édom qui,
dans le passé, avait été la verge de Dieu contre Israël (2 Rois 8:20) poursuit
ses propres desseins, complètement étrangers à ceux de Dieu. Dieu pouvait-il
révoquer ses promesses inconditionnelles? Combien moins dans les jours de la
fin, dont parlent Zacharie et d’autres prophètes, lorsque sous le poids des
jugements, un Résidu amené à la repentance se tourne vers le Messie que le
peuple avait jadis rejeté? (Zach. 12:8-14.)
Le passage compris entre les versets 11 et 14 d’Abdias peut donc rappeler
l’attitude d’Édom dans le passé historique et dans l’avenir prophétique tel
qu’il nous est révélé. Il semble même que l’allusion à ce dernier soit ici au
premier plan. Il est parlé dans ce passage du jour de la calamité et du jour de
la
détresse
de Jérusalem. Nous avons souvent fait remarquer que ce dernier mot, dans les
Psaumes et dans les prophètes, signifie habituellement, peut-être toujours, la
«grande tribulation» de la fin, appelée aussi la «détresse de Jacob». Quoi qu’il
en soit, ce passage parle d’un jour passé au moment de la prophétie, et que Dieu
n’a pas oublié. Rien ne me touche plus que cette répréhension: «Tu n’aurais pas
dû!» 1. Comme ces mots résonnent miséricordieusement, au
moment où le jugement va atteindre cette nation endurcie! «Tu n’aurais pas dû!»
Ah! si tu n’avais pas mérité ce jugement, combien j’aurais désiré t’épargner!
Rien ne montre davantage que l’Éternel est lent à la colère, qu’il cherche et
aurait désiré trouver quelque sentiment de commisération, ne fût-ce qu’une ombre
de pitié, chez les pires ennemis de son peuple. Telle est la patience de Dieu,
tel est le caractère de Christ. Mais non, Édom avait poussé, jusqu’à ses
dernières limites, la haine et l’outrage. S’associant aux déprédations, se
réjouissant de la calamité des fils de Juda, ouvrant la bouche toute grande pour
injurier et maudire son frère (cf. Ps. 35:21); s’emparant de la ville, pillant
les biens, exterminant les réchappés, vendant comme captifs ceux qui étaient
demeurés de reste... Édom n’aurait pas dû faire toutes ces choses; maintenant il
était trop tard!
1
Combien cette version adoptée, du reste, par nos anciens traducteurs, est
préférable à celle de certains traducteurs modernes!
Le même sentiment de pitié miséricordieuse envers Édom se retrouve dans un autre
passage: l’oracle touchant Duma (Ésaïe 21:11, 12). Aux versets 5-9 de ce
chapitre d’Ésaïe, le Seigneur a mis une sentinelle à Jérusalem pour voir ce qui
allait arriver. La sentinelle a une vision de la ruine de Babylone, indiquant
que la fin de la domination confiée aux Gentils est proche. Cette vision est
rapportée à Israël auquel elle est destinée. Voici qu’Édom se moque de ce que
l’Esprit de Dieu annonce: «Sentinelle, dit-il, à quoi en est la nuit?
Sentinelle, à quoi en est la nuit?» La sentinelle répond: «Le matin vient, et
aussi la nuit.» Le matin qu’attend la foi d’Israël est près de paraître, mais
aussi la nuit pour l’incrédule et le moqueur! «Si vous voulez vous enquérir,
enquérez-vous», ajoute la sentinelle; la certitude du jugement ne manquera pas.
Édom est donc inexcusable de ne pas avoir voulu s’enquérir. Alors il est dit:
«Revenez, venez!» Jusqu’au dernier moment Dieu laisse encore une porte ouverte à
la repentance. Cette parole n’est-elle pas touchante? Comme elle s’accorde avec
celle d’Abdias: «Tu n’aurais pas dû... tu n’aurais pas dû!» Devant le sort
arrêté de Babylone, pourquoi t’être associé avec elle? N’aurais-tu pas dû
séparer ta cause de la sienne et comprendre que je reprends mes voies envers mon
peuple et que la chute de l’empire confié aux Gentils ouvre une ère nouvelle de
bénédictions pour Israël qui m’avait rejeté, mais qui maintenant «a reçu de la
main de l’Éternel le double pour tous ses péchés?» (Ésaïe 40:2.)
Voici l’ère des bénédictions qui s’ouvre pour le peuple. Cette délivrance
d’Israël ne peut avoir lieu que par un jugement définitif et sans merci, à la
suite du refus de toutes ces nations d’entendre les paroles de grâce qui leur
étaient offertes: «Car le jour de l’Éternel est proche, contre toutes les
nations: comme tu as fait, il te sera fait; ta récompense retombera sur ta tête»
(v. 15). La calamité et la
détresse
de Juda et de Jérusalem indiquent que le
jour de l’Éternel
est proche. Le jour de l’Éternel signifie partout, dans les prophètes, le jour
du jugement qui précède l’établissement du règne de Christ sur la terre. C’est
«le jour du Seigneur» annoncé dans le Nouveau Testament. Après s’être abattu sur
Israël dans «la grande tribulation» dont la chute de Jérusalem fait partie, il
faut que ce jour atteigne les nations (Édom en tête) qui ont fait souffrir,
martyrisé, asservi, foulé aux pieds l’ancien peuple de Dieu. Édom devient ainsi
l’exemple de la chute des nations dans «le jour de l’Éternel», comme Babylone
est l’exemple de l’effondrement de leur empire pour faire place à l’empire
universel de Christ, à la «grande montagne qui remplit toute la terre» (Dan. 2:35). Ce jour atteindra non seulement Édom, mais
toutes les nations;
ce sera un jour de rétribution où il leur sera fait selon ce qu’elles ont fait
au peuple de Dieu. Édom aura pour récompense le jugement qui l’écrasera, mais ce
jugement est universel et la place qu’Édom y occupe sert d’illustration à tout
le reste (Ésaïe 34:2; Abd. 15-17).
«Car, comme vous avez bu sur ma montagne sainte, toutes les nations boiront
continuellement; et elles boiront, et elles avaleront, et elles seront comme si
elles n’avaient pas été» (v. 16; cf. Jér. 49:12).
Ces nations s’étaient réjouies de leur victoire sur Jérusalem, oubliant qu’elles
se trouvaient sur la montagne sainte de l’Éternel, qui n’avait jamais abandonné
ses promesses, en dépit de la désobéissance de son peuple. Pour Dieu, Sion était
toujours sa montagne sainte. Pouvait-il l’oublier, Lui qui voulait «oindre son
Roi sur Sion, la montagne de sa sainteté»? Quelle profanation de venir s’enivrer
au lieu même où le Roi de gloire allait se manifester, quand les portes
élèveraient leur tête et que les portails éternels se hausseraient pour le
laisser passer! (Ps. 24). Édom et Babylone avaient bu là, mais Dieu leur
préparait, ainsi qu’à toutes les nations, une boisson continuelle et sans répit.
Elles boiraient, avaleraient, boiraient, avaleraient encore, la coupe de la
colère de Dieu. Elles disparaîtraient, anéanties, comme si elles n’avaient
jamais existé. «J’ai compris leur fin», dit le Psalmiste, lorsqu’il entre dans
les sanctuaires de Dieu: «Certainement tu les places en des lieux glissants, tu
les fais tomber en ruine. Comme ils sont détruits en un moment! Ils sont péris,
consumés par la frayeur. Comme un songe, quand on s’éveille, tu mépriseras,
Seigneur, leur image, lorsque tu t’éveilleras» (Ps. 73:17-20).
«Et sur la montagne de Sion il y aura délivrance; et elle sera sainte, et la
maison de Jacob possédera ses possessions» (v. 17).
Cette montagne que les nations, et particulièrement Édom le «profane», avaient
profanée, ne sera plus le lieu de l’esclavage et de la captivité, mais le lieu
de la délivrance. Alors il sera montré que Dieu peut la parer de sainteté,
malgré toutes ses souillures et celles dont les nations l’avaient chargée.
Comment Jérusalem, cet objet impur, peut-elle être rendue sainte? Par le sang de
la Rédemption et de la même manière que chacun de nous individuellement. Le vrai
Israël sera racheté à toujours par le sang de l’Agneau, comme le peuple fut
jadis, en type, racheté d’Égypte. C’est aussi en vertu du sang versé sur Sion,
la montagne de la grâce, que la royauté sera établie à Jérusalem. Alors «la
maison de Jacob (Israël tout entier représenté par Juda) possédera ses
possessions. Alors se réalisera cette parole que David met dans la bouche de
Christ et dans la bouche d’Israël: «Sur Édom j’ai jeté ma sandale... qui me
mènera jusqu’en Édom? Ne sera-ce pas toi, ô Dieu, qui nous as rejetés, et qui
n’es pas sorti, ô Dieu, avec nos armées?» (Ps. 108:9-11). En ce jour Israël
possédera «ses
possessions»,
rentrera pleinement dans son héritage et dans les confins que le Seigneur lui
avait assignés de tout temps (Jos. 1:4).
«Et la maison de Jacob sera un feu, et la maison de Joseph, une flamme; et la
maison d’Ésaü sera du chaume; et elles y mettront le feu et la dévoreront; et il
n’y aura
pas de reste
de la maison d’Ésaü, car l’Éternel a parlé» (v. 18).
On trouve ici la réunion future, prédite par une foule de passages, des deux
royaumes, divisés jadis à la suite de l’infidélité de Salomon. Le bâton de Juda
et le bâton de Joseph, autrefois séparés, ne sont plus qu’un seul bois dans la
main du Seigneur (Ézéch. 37:15-17; Zach. 11:7-14). La maison de Jacob (Israël
représenté par Juda) la maison de Joseph (Israël représenté par Éphraïm) auront
une action commune. Elles dévoreront Édom et n’y laisseront
aucun
Résidu.
C’est le décret de l’Éternel contre ce peuple profane qui l’a méprisé, contre ce
peuple violent dont la haine envers son frère a voulu s’emparer de l’héritage
qui lui était refusé et contrecarrer le propos arrêté de Dieu selon l’élection
de grâce, à l’égard de Jacob. Cette victoire des fils d’Israël sur Édom nous est
décrite en Ésaïe 11:13, 14. Toutes les nations seront pillées à leur tour par
le peuple de l’Éternel, Édom en premier lieu. En Jér. 49: les captifs d’Ammon et
de Moab, seront rétablis, mais rien de semblable n’aura lieu pour Édom. Il en
sera de même des Philistins, quoique peut-être à un moindre degré (Amos 1:8;
Zach. 9:7).
La destruction d’Édom par Israël, doit être distinguée du jugement exercé sur
lui par le Seigneur lui-même. En Ésaïe 34:1-8, il verse sa colère en Édom sur
toutes les armées des nations, quoiqu’Édom lui-même y ait aussi sa part (v. 5).
«C’est le jour de la vengeance de l’Éternel, l’année des récompenses pour la
cause de Sion» (v. 8). En Ésaïe 63:1-6, il s’agit des nations armées
exterminées par lui
seul
sur le territoire d’Édom. «Le jour de la vengeance était dans mon cœur», dit le
Seigneur, «et l’année de mes rachetés était venue» (v. 4). En Apoc. 19:11-16,
le Seigneur sortant du ciel ouvert, suivi des armées célestes, est
seul
à frapper les nations avec l’épée à deux tranchants qui sort de sa bouche. En
Apoc. 14:19, 20, la même vengeance tombe sur le peuple juif apostat en
Palestine. Tous ces jugements, c’est Lui seul qui les exerce. Sa victoire sur
les armées des peuples est suivie du jugement de la vallée de Josaphat, exécuté
par Lui seul, moisson et vendange à la fois (Joël 3, cf. Apoc. 14:14-20). Enfin
en Matt. 25:31-46, toutes les nations sont assemblées devant le fils de
l’homme, assis sur le trône de sa gloire, et c’est de nouveau
Lui seul
qui les juge
individuellement
selon la manière dont elles ont traité ses frères juifs, messagers de l’Évangile
du royaume.
Le jugement d’Édom par les fils d’Israël est beaucoup plus restreint. C’est de
lui qu’il est dit: «J’étendrai ma main sur Édom, et j’en retrancherai hommes et
bêtes, et j’en ferai un désert depuis Théman, et, jusqu’à Dedan, ils tomberont
par l’épée, et j’exercerai ma vengeance sur Édom,
par la main de mon peuple
Israël»
(Ézéch. 25:12-14). En Abdias, ce jugement a lieu exclusivement en vue de la
possession de l’héritage
dont Édom avait voulu s’emparer. Toutes les allusions aux Macchabées, répétées
si souvent par des commentateurs qui ignorent le but et la portée de la
prophétie, tombent entièrement devant ce fait. Par la vengeance, Israël tout
entier recouvre son héritage, quand le jour de l’Éternel se lève, et que le
Messie intervient en faveur de son peuple restauré. C’est ainsi que: «La maison
de Jacob
possédera
ses
possessions»
et que «Ceux du midi
posséderont
la montagne d’Ésaü, et ceux du pays plat les Philistins; et les fils d’Israël
posséderont
la campagne d’Éphraïm et la campagne de Samarie; et Benjamin
possédera
Galaad» (v. 19).
Édom s’était emparé du midi, faisant partie du territoire de Juda, lors de la
calamité de ce dernier. Maintenant c’est Juda, — «ceux du midi», — qui possède
la montagne d’Ésaü, ce mont de Séhir que Dieu avait défendu jadis à Israël de
toucher, quand Édom s’opposait au passage du peuple (Nomb. 20:21), et que la
patience de Dieu n’était pas encore arrivée à son terme. L’Éternel avait
autrefois prononcé certaines bénédictions sur ce peuple par la bouche
prophétique d’Isaac, mais maintenant le terme de ces bénédictions était arrivé;
Édom était désormais la propriété de Juda, terrain, sans doute, à jamais désolé,
mais qui restait en la terre le témoin des jugements de Dieu contre ses ennemis.
D’autres nations participeront à la bénédiction d’Israël, selon qu’il est dit:
«Béni soit l’Égypte, mon peuple, et l’Assyrie l’ouvrage de mes mains, et Israël
mon héritage» (Ésaïe 19:25); Édom ne sera jamais béni. Un sort semblable échoit
aux Philistins. Cet ennemi permanent d’Israël, habitant son territoire et
occupant ses limites, ne subsistera pas. Il fera partie du territoire promis par
l’Éternel à Josué et que ce dernier n’avait pas conquis en entier (Jos. 11:16,
17).
«Ceux du pays plat
posséderont les Philistins.» Ce terme semble comprendre Benjamin et non pas Juda
seulement car, selon la division du pays en Ézéch. 47 et 48, la Philistie
tombera en héritage à ces deux tribus. D’autre part, Benjamin s’étendra,
par-dessus le Jourdain, jusqu’au territoire de Galaad. Au reste, dans ces
versets, il n’est pas question proprement d’un partage, mais de montrer que
désormais tout ce qui s’opposait à la libre possession du pays a disparu, et
qu’Israël forme un tout englobant les territoires ennemis et se rejoignant d’une
manière ininterrompue aux tribus situées au-delà du Jourdain, et dont la
position séparée avait si souvent entravé la manifestation de l’unité du peuple.
«Et les captifs de cette armée des fils d’Israël posséderont ce qui appartenait
aux Cananéens jusqu’à Sarepta, et les captifs de Jérusalem, qui avaient été à
Sepharad posséderont les villes du midi» (v. 20).
Le prophète continue à décrire ici la prise de possession du pays dans les
limites autrefois ordonnées de Dieu. L’armée des dix tribus, transportée jadis,
prendra possession du territoire de la Sidonie jusqu’à Sarepta au nord. Cette
contrée appartenait jadis aux Cananéens et comprend le territoire de Tyr et le
Liban. De même, le prophète Zacharie, parlant du retour des armées de Juda et
d’Éphraïm, dit: «Je les ferai venir au pays de Galaad et au Liban, et il ne sera
pas trouvé assez de place pour eux» (Zach. 10:10). Enfin les captifs de
Jérusalem qui avaient été à Sepharad (Sardes?) posséderont les villes du Midi.
Le retour de ces captifs est décrit dans un passage de Zacharie: «Quant à toi
aussi (Sion), à cause du sang de ton alliance, je renverrai tes prisonniers hors
de la fosse où il n’y avait point d’eau. Revenez à la place forte, prisonniers
de l’espérance!» (Zach. 9:11, 12). C’est, suivant le même prophète, de cette
transportation que l’Éternel formera les hommes forts qui combattront avec Lui
et dont il fera son cheval de gloire dans la bataille.
Tout ceci n’est pas, comme en Ézéchiel, une description détaillée du territoire
qui échoit à chaque tribu, mais celle de
l’extension du peuple,
en sorte que les limites primitivement assignées par les décrets divins et qu’en
vertu de son infidélité il n’avait jamais atteintes, lui soient définitivement
assurées par la grâce de Dieu. Cette nouvelle conquête de Son héritage par les
mains de son peuple Israël, semble précéder la répartition du territoire entre
les tribus, et s’étend, comme on le voit dans ce passage, au Midi, à l’Occident,
au Nord et à l’Orient.
«Et des sauveurs monteront sur la montagne de Sion pour juger la montagne
d’Ésaü» (v. 21).
Quels sont ces sauveurs? Zach. 12:6-8, nous renseigne sur ce point. Ce sont les
chefs de Juda qui, après avoir dévoré à droite et à gauche tous les peuples
d’alentour (voyez aussi Michée 5:5), deviennent les juges et les législateurs
des nations. «En ce jour-là», dit le prophète, «l’Éternel protégera les
habitants de Jérusalem, et celui qui chancelle parmi eux sera en ce jour-là
comme David, et la maison de David sera comme Dieu, comme l’Ange de l’Éternel
devant eux» (Zach. 12:8). À la bataille succédera le gouvernement des nations,
exercé sur la terre par Juda le législateur, par Jérusalem, la maison de David
et «le prince» (Ézéch. 48:21), sous le règne glorieux de Christ. Ces sauveurs
dont le centre du gouvernement sera Jérusalem jugeront «la montagne d’Ésaü».
Cette dernière, seul objet du prophète Abdias, est mentionnée seule ici, mais
comme nous l’avons vu, ce prophète la considère comme le centre et le
représentant de toutes les nations, les réunissant aux jours de la fin pour y
subir leur jugement. Ce jugement ayant été exécuté,
le centre du gouvernement
est établi désormais à Jérusalem dont Édom avait dit: «Rasez, rasez jusqu’à ses
fondements!»
«Et le royaume sera à l’Éternel» (v. 21).
Après les événements préliminaires, énoncés dans cette prophétie: Édom trahi par
ses alliés d’un jour, dont il espérait faire les instruments de son ambition; sa
dévastation par ces mêmes alliés qui appellent à leur aide les armées
d’Occident; la vengeance exercée sur Édom par les maisons désormais réunies de
Juda et d’Israël; le peuple de Dieu et les armées, captives autrefois, prenant
possession de tout son héritage; l’établissement du gouvernement des nations
dans la ville du grand Roi, tout est prêt maintenant pour le recevoir. Le
royaume de Christ ne s’établira pas soudainement, comme par un coup de théâtre,
mais par une série d’actes déterminés à l’avance par la sagesse, la justice et
la miséricorde de Dieu. Par ces actes l’Éternel atteint son but: l’œuvre de
repentance et de restauration dans le cœur de son peuple, les jugements sur les
nations, dernier appel à leur conscience, et qui deviennent définitifs lorsque,
la patience de Dieu ayant atteint ses limites, tous ses efforts ont glissé sans
l’entamer sur le cœur endurci de l’homme.
L’aurore est près de paraître; les derniers nuages se sont évanouis à l’horizon;
le soleil de justice va se lever sur les collines éternelles; il se lève, il
éclaire un paysage immense où tout est ordonné selon le cœur de Dieu, sous le
sceptre du Fils de sa droite, où le mal, à peine manifesté, est aussitôt
réprimé; règne glorieux de mille ans tout rempli de la présence de l’Éternel et
qui précédera le jour de Dieu, le jour des nouveaux cieux et de la nouvelle
terre, où la justice habite!