Second
Livre de Samuel
Chapitre
9
Mephibosheth
Les chap. 9 et 10 sont une espèce
d’appendice qui présente en type, au chap. 9, la grâce du Messie envers le
résidu d’Israël et, au chap. 10, cette même grâce offerte aux nations qui la
repoussent, en attirant sur elles le jugement de Dieu.
Au chap. 9, la maison de Saül
revient, au moment voulu, à la mémoire de David; il cherche quelque reste de
cette race pour lui faire du bien, à cause de Jonathan, son ami (v. 1). Il
trouve Mephibosheth, pauvre rejeton de cette famille, portant sur sa personne la
conséquence du manque de foi de la femme qui était chargée de lui.
Il en sera du Seigneur Jésus comme
de David. Le temps viendra où le Messie renouera ses relations avec le résidu
d’Israël dont les pères, comme Jonathan, l’avaient reconnu pendant les jours de
sa réjection et, malgré leur faiblesse, l’avaient aimé comme leur âme. Ce
premier résidu, converti aux jours de Jésus, a pris fin et s’est fondu, pour
ainsi dire, dans l’Église chrétienne après la résurrection du Seigneur. L’Église
forme, au temps actuel, la grande parenthèse qui sera fermée par la venue de
Jésus pour l’enlèvement des saints. C’est alors seulement que le vrai David se
souviendra des rejetons de Jonathan, postérité morale des premiers disciples
juifs. Il saura découvrir cette postérité dans un résidu misérable qui jadis, ne
se fiant pas à la grâce, avait tourné le dos au Messie et qui souffre maintenant
des résultats de son incrédulité.
Ce résidu aura deux caractères que
nous retrouvons à chaque pas dans les Psaumes. Il portera le poids de la colère
divine en gouvernement, contre un peuple rebelle
dont il aurait dû se séparer, mais il portera aussi, comme Mephibosheth, le
caractère de la grâce qui sera son partage. Les Psaumes expriment, par la bouche
du résidu, ces deux ordres de pensées, en apparence contradictoires: 1° le
gouvernement de Dieu, s’exerçant en colère extérieure contre le résidu, parce
qu’il fait partie du peuple qui a crucifié le Messie et s’est chargé aussi de
«la coulpe du sang» (Ps. 51:14). 2° La grâce agissant dans le cœur de ces justes
pour les amener à reconnaître le Seigneur comme Sauveur et à partager la gloire
de son royaume.
Relevons maintenant dans ce récit
les traits qui ont rapport à nos propres relations avec Christ.
David donne cours à sa miséricorde
envers ceux qu’il veut bénir. Il n’y avait aucune raison pour que son intérêt se
portât sur la maison de Saül: de tout temps elle lui avait fait la guerre et,
quant à son état actuel, sa misère seule pouvait attirer les pensées du roi.
Mais c’est précisément la misère qui attire la grâce. David dit: «Y a-t-il
encore quelqu’un qui soit demeuré de reste de la maison de Saül? et j’userai de
bonté envers lui, à cause de Jonathan» (v. 1), et plus loin: «J’userai envers
lui d’une bonté de Dieu» (v. 3), c’est-à-dire d’une bonté
divine. Tsiba vient lui apprendre qu’il reste un pauvre misérable,
perclus des deux pieds pour avoir fui jadis celui qui ne pensait qu’à bénir. Le
roi le fait chercher, ce Mephibosheth qui était du nombre de ces «aveugles et
boiteux haïs de l’âme de David» (5:8), et le boiteux
se présente devant lui. De quels sentiments devait être agité le cœur de ce
pauvre infirme! Avec quelle angoisse il devait envisager le sort qui
l’attendait! David avait bien dit à Tsiba qu’il userait de bonté envers un des
descendants de Saül, mais, quand il aurait devant lui le rejeton de cette race
qui l’avait traqué sans merci, songerait-il encore à exercer envers lui la
miséricorde promise?
«Et David dit: Mephibosheth!» Il
l’appelle par son nom; ce nom que personne n’avait prononcé devant lui. David me
connaît donc; il se souvient de moi! doit penser le misérable. Et Mephibosheth,
prosterné aux pieds du roi, dit: «Voici ton serviteur».
David fait ce que fait toujours le
Seigneur quand il veut gagner la confiance d’un pécheur; il lui dit: «Ne crains
point», quand cette pauvre âme, effrayée du jugement attendu, se trouve aux
pieds de son juge. «Ne crains point, car certainement j’userai de bonté envers
toi, à cause de Jonathan, ton père». Il se souvient de son alliance avec
Jonathan; il s’était lié envers lui par des promesses qui étaient sans
repentance (1 Sam. 20:14-17); il ne pouvait, ni ne voulait en revenir.
Mephibosheth n’avait rien à craindre, car son juge
lui dit: «Certainement, j’userai de bonté envers toi».
Mais David ne s’en tient pas là:
«Je te rendrai tous les champs de Saül, ton père». Il le fait rentrer dans son
héritage. Puis: «Tu mangeras continuellement le pain à ma table». La grâce du
roi lui donne une place des plus marquantes à sa cour. Il mange avec le roi; et
bien plus encore: «comme un des fils du roi» (v.
11). David lui donne, aux yeux de tous, le titre et la relation de fils!
Ce devait être, à le considérer,
la misère même, que cet homme. Incapable de se mouvoir, ce pauvre impotent
devait être porté à la table du roi. Que devaient penser de lui ceux du dehors
qui auraient assisté à l’un des festins du palais! Mais
pour David il est un fils, placé dans la position la plus élevée qu’il
puisse lui donner. N’est-ce pas ce que nous trouvons en Éph. 2:6, 7? «Dieu nous
a fait asseoir ensemble dans les lieux célestes, dans le Christ Jésus, afin
qu’il montrât dans les siècles à venir les immenses richesses de sa grâce, dans
sa bonté envers nous dans le Christ Jésus». David agit de même envers
Mephibosheth. Le fait d’être assis comme fils à sa table était, dans la pensée
du roi, mille fois plus précieux que le fait d’être héritier, aussi lui
répète-t-il ces paroles par trois fois (v. 7, 10, 13).
Remarquons que le fait d’être
introduit dans cette relation très glorieuse ne changeait rien à
l’état de Mephibosheth. Le chapitre se termine par
ces mots: «Et il était boiteux des deux pieds». Aux yeux des autres, à ses
propres yeux, il est donc nécessairement le même. «Je sais qu’en moi,
c’est-à-dire en ma chair, il n’habite point de bien», dit Paul, en Rom. 7:18.
Aux yeux de David, il est tout autre chose; il est revêtu de toute la
dignité d’un fils du roi. C’est ainsi que nous,
chrétiens, qui «n’avons aucune confiance dans la chair», nous devons
rester où nous sommes, en considérant ce que Dieu a
fait de nous. Il ne nous voit plus dans notre
misère. Pour exalter sa grâce, il donne à de pauvres boiteux des deux pieds un
droit à sa présence dans la gloire.
Que se passe-t-il dans le cœur de
Mephibosheth, en se voyant l’objet d’une telle faveur? «Il se prosterna, et dit:
Qu’est ton serviteur, que tu aies regardé un chien mort tel que moi?» Devant
David il se qualifie de chien, d’être impur et méprisable, image de souillure;
un chien mort, objet infect et rebutant, qu’on repousse du pied. En parlant
ainsi à David, il prenait — d’autres que lui pouvaient le savoir — la place que
David avait prise vis-à-vis de Saül, son ancêtre: «Qui poursuis-tu? Un chien
mort ...» (1 Sam. 24:15). Le roi puissant, devant lequel se tenait Mephibosheth,
avait pris autrefois la même place que lui; il était entré dans la connaissance,
dans l’appréciation de ce qu’étaient la souillure, la mort, la réjection,
pendant les jours de son affliction. C’est à un tel sauveur que Mephibosheth
avait à faire.
Lorsque la Syrophénicienne se
trouve en présence du Messie: «Il ne convient pas», lui dit-il, «de prendre le
pain des enfants et de le jeter aux chiens». -- «Oui, Seigneur», répond-elle.
Elle accepte cette sentence. «Oui, Seigneur», c’est vrai; je confirme ce que tu
viens de dire; je suis indigne, mais tu es la grâce en laquelle je me confie.
«Même les chiens, sous la table, mangent des miettes des enfants» (Marc
7:24-30). Ces paroles vont directement au cœur de Jésus. Une foi qui, malgré
notre profonde indignité, ne doute nullement de son amour et de sa puissance,
est sûre de recevoir en échange une abondance de bénédictions divines. Notre
indignité ne sert qu’à mettre en lumière la grandeur de la grâce.
Le résidu juif de la fin arrivera
aussi au jugement complet de lui-même en présence de Celui qu’il a rejeté. Il
dira: Est-il possible que je ne l’aie «rien estimé», Lui, le Fils de Dieu? Et
Lui s’est servi de mon inimitié pour se laisser frapper à ma place! Il est entré
dans ma condition, comme un agneau mené à la boucherie, sans ouvrir la bouche,
ayant résolu de me sauver à tout prix.
La part de Mephibosheth ne peut
lui être ôtée: «Il mangera continuellement le pain à
ma table» (v. 7, 10; «il mangeait toujours à la
table du roi» (v. 13). «Tu ne retireras point ta bonté de ma maison, à jamais».
Il habitait à Jérusalem, au lieu même que le
roi avait choisi pour sa demeure. Nous possédons ces mêmes privilèges et cette
série de grâces qui appartenaient à Mephibosheth, est aussi notre lot actuel et
futur. Nous avons l’héritage et nous le
posséderons. Nous habitons
dans la maison du Père et nous y habiterons
pour la durée des jours. Il nous fait asseoir à sa
table; nous y serons à jamais. En vérité, quand nous
serons à ce festin de l’avenir, l’amour qui s’est abaissé pour nous sauver,
consentira à se faire éternellement le serviteur de notre joie!
Comme Mephibosheth, il nous faut
prendre, devant la grâce, la mesure de ce que nous sommes et, nous jugeant
nous-mêmes, comprendre que notre position glorieuse d’enfants de Dieu ne dépend
que de l’amour dont le cœur de Christ est rempli pour de pauvres êtres tels que
nous.