Second
Livre de Samuel
Chapitres 19 (v.41-43) et 20
Conflit entre frères
Pareil à David, le résidu d’Israël
retrouvera en réalité, comme le peuple l’eut autrefois en figure, un chemin pour
rentrer en Canaan. Le Jourdain, le fleuve de la mort, est ce chemin. Il faut
être mort avec Christ pour entrer dans l’héritage et dans les bénédictions des
promesses. Puis vient Guilgal (19:40), le lieu de la circoncision, où l’opprobre
d’Égypte fut roulé de dessus le peuple. Pour la première fois, ces fidèles de la
fin sauront en réalité ce qu’est la vraie circoncision du Christ, «le
dépouillement du corps de la chair». Ils entreront dans le royaume de Dieu comme
des êtres nés de nouveau.
Ce passage qui s’applique au
résidu, s’applique aussi, quoique d’une autre manière, à nous-mêmes. Sans doute,
nous sommes maintenant morts avec Christ; nous avons été circoncis, une fois
pour toutes, dune circoncision qui n’a pas été faite de main, qui est la
circoncision du Christ (Col. 2:11); nous ne pouvons pas être chassés des lieux
célestes qui sont notre héritage; mais notre infidélité a nécessairement pour
conséquence la discipline du Seigneur. C’est ainsi que nous pouvons et devons
perdre la jouissance des choses célestes par une
chute, et si nous ne sommes pas chassés de Canaan comme David ou le résidu, du
moins lui sommes-nous devenus étrangers, étant rejetés dans le monde dont la
grâce de Dieu nous avait retirés.
Il suffit pour cela d’oublier un
instant, en retournant aux choses dont la croix nous a séparés, que la mort de
Christ, comme le Jourdain et Guilgal, nous sépare du monde et de la chair.
Alors, pour retrouver la puissance de ce que notre folie avait méprisé, nous
sommes obligés de refaire en pratique le chemin
jadis parcouru, de renouveler connaissance avec notre Jourdain et notre Guilgal
et, par la repentance, de retrouver le but de la croix et la puissance de cette
mort avec Christ, par laquelle nous avions été crucifiés au péché et au monde.
Que Dieu nous donne de faire ces expériences avec sa Parole et non par des
chutes positives. L’histoire de David nous apprend l’immense perte qu’une chute
occasionna à son âme, malgré la perfection de la grâce qui se glorifia en le
restaurant.
Du chap. 19:41, au chap. 20:2,
nous assistons au dissentiment entre Israël et Juda. De fait, ni l’un ni l’autre
parti n’avait pleinement raison. Israël avait trahi en masse, mais était revenu
le premier après la mort d’Absalom (19:10); Juda s’était montré lent et
paresseux d’abord, mais avait racheté ce peu d’empressement en répondant à
l’appel de la grâce, alors qu’Israël délibérait encore (19:11-15).
Jalouses de cette décision de
Juda, les dix tribus s’en plaignent au roi. Juda répond en faisant valoir ses
liens étroits avec le fils d’Isaï et insinue qu’en ramenant le roi il n’a pas,
comme d’autres, des motifs intéressés (19:42). Israël réplique: «J’ai dix parts
au roi, et aussi en David j’ai plus que toi; et pourquoi m’as-tu méprisé? Et ma
parole n’a-t-elle pas été la première pour ramener mon roi?» (v. 43). Tous ces
discours sont de la chair. L’ambition de jouer un rôle dans les choses de Dieu,
la jalousie en présence de l’activité de nos frères, l’amour propre blessé, la
préoccupation de nous-mêmes, ne sont certes pas le fruit de l’Esprit et des
affections divines. Juda, malgré sa position meilleure, ne vaut pas mieux que
les dix tribus. «La parole des hommes de Juda fut plus dure
que la parole des hommes d’Israël» (v. 43). Ceux qui ont raison agissent
sans amour, et il ne peut en résulter qu’une
division. Elle s’accomplit au chap. 20:1, 2. À l’instigation de Satan qui
emploie Shéba, fils de Bicri, pour cette œuvre, Israël qui venait de dire: «J’ai
dix parts au roi», s’écrie maintenant: «Nous n’avons point de part en David, ni
d’héritage dans le fils d’Isaï» (v. 1). Tout Israël, pour une question
personnelle, se sépare ainsi de lui; c’est ce que l’ennemi désire. Il est
souvent difficile au début de deviner ses intentions, mais le moment arrive
toujours où il se démasque et entraîne après lui les pauvres saints aveuglés.
Quelle folie de préférer à David un «homme de Bélial», un Shéba, fils de Bicri,
Benjaminite! Il en est toujours ainsi dans les luttes intestines du peuple de
Dieu. Le but de Satan est de détourner les âmes de Christ. Peu lui importe
ensuite que Juda reste attaché à l’oint de l’Éternel. Ce petit nombre n’est-il
pas déconsidéré par le fait d’avoir été plus dur de parole que ceux d’Israël? Il
est humiliant pour Juda d’avoir manqué dans le conflit, mais une chose lui
reste: la grâce de David l’avait prévenu. «Vous êtes mon os et ma chair».
C’était lui qui avait incliné leurs cœurs comme un seul homme en réveillant chez
eux le sentiment de leur union intime avec lui, (19:14). Tout le mérite en
revenait à David. Par sa grâce, «les hommes de Juda
s’attachèrent à leur roi, depuis le Jourdain jusqu’à Jérusalem» (v. 2).
La bénédiction est donc pour Juda, malgré sa faute, car il est gardé là où David
se trouve.
Ayant repris sa place au milieu du
résidu de son peuple, David purifie sa maison de la corruption qui s’y était
introduite. Il n’en chasse pas ses femmes souillées, pour la réédifier sur un
nouveau pied, car il était lui-même coupable de toute cette ruine. Le mal, les
vases à déshonneur, la souillure, sont là. David en porte la peine et
l’humiliation, tout en se purifiant personnellement de ces choses, afin d’être
un vase à honneur pour l’Éternel. Il ne s’allie nullement au mal que, pourtant,
il avait provoqué. Au contraire, sa séparation est publique.
Il comprend qu’il doit être
désormais un «vase à honneur, sanctifié, utile au Maître, préparé pour toute
bonne œuvre».
Ces choses, cher lecteur,
s’appliquent à nous aussi. Nous traversons le temps de ruine, proclamé dans la
seconde épître à Timothée. Nous ne pouvons rétablir la maison de Dieu, ni briser
les vases à déshonneur, mais nous pouvons nous retirer de l’iniquité, portant
ainsi le sceau du «solide fondement de Dieu» (2 Tim. 2:19-21).
David, décidé à renvoyer Joab,
cherche à tenir la promesse faite à son neveu Amasa, en le faisant chef de
l’armée (conf. 19:13); il le charge de rassembler les hommes de Juda pour
poursuivre le fils de Bicri. Amasa tarde à s’acquitter de sa mission. Peut-être
David manque-t-il de patience, car Amasa n’était pas un traître et il était déjà
arrivé à Gabaon, non loin de Jérusalem, quand le corps d’Abishaï et l’élite
sortaient de la capitale (v. 8). Le fait est que, par crainte du mal que Shéba
pourrait faire, David retombe par Abishaï entre les mains de Joab. N’aurait-il
pas dû consulter l’Éternel à ce renouvellement de son règne? Dieu qui avait
incliné une fois le cœur d’Israël, ne pouvait-il le faire une seconde fois?
Joab, ambitieux sans scrupules,
pour qui tout acte servant ses intérêts est légitime, redevient meurtrier pour
la troisième fois, afin de reconquérir sa place.
Devant la ville d’Abel, la sagesse
d’une femme arrête l’effusion du sang. La guerre fratricide prend fin par la
mort de Shéba, le vrai coupable. Joab a lui-même une parole de sagesse; il
accuse Shéba d’avoir «levé sa main contre le roi, contre David» (v. 21).
C’était, en effet, entrer au vif de la question, car l’attaque de Shéba était
dirigée contre le roi. La femme d’Abel se rend compte que juger le coupable est
la seule chose à faire pour ramener la paix: «Voici, sa tête te sera jetée par
la muraille» (v. 21). Il ne s’agit pas, comme on le dit si souvent, que chacun
reconnaisse ses torts et s’en humilie; cela n’ôte pas le mal; mais celui qui
avait levé sa main contre David devait être retranché.
N’est-ce pas ce qui devrait
toujours avoir lieu dans les conflits entre frères au sujet de la doctrine? Les
uns jugent, les autres acceptent l’hérétique, et la paix ne peut être rétablie
que par le retranchement du méchant.
Ce chapitre se termine, comme le
chap. 8:15-18, par l’énumération de l’ordre restauré dans l’administration du
royaume. Ce qui suit est comme l’épilogue du livre.