Second
Livre des Chroniques
Chapitre
19
Josaphat et Jéhu le prophète
Les scènes décrites dans les chap.
19 et 20 manquent complètement dans le livre des Rois, qui reprend son récit au
v. 35 à 37 du chap. 20 (1 Rois 22:49-50). Il est en outre important de remarquer
que les Chroniques omettent la seconde grande infidélité de Josaphat quand,
après avoir fait alliance avec Achab contre le roi de Syrie, il retombe dans le
même péché en s’alliant avec Joram, fils d’Achab, contre Moab (2 Rois 3). Ainsi,
selon l’habitude des Chroniques, Dieu omet autant que possible les péchés des
rois de Juda stigmatisés dans le livre des Rois.
Les mots du v. 1 de notre
chapitre: «Et Josaphat, roi de Juda, s’en retourna dans sa maison, en paix, à
Jérusalem», viennent historiquement à la suite de la guerre contre Moab, non
mentionnée ici, mais l’Esprit de Dieu, dans les Chroniques, les relie à
l’alliance avec Achab contre le roi de Syrie.
Après la grande délivrance
accordée à Josaphat, il jouit en apparence de la paix que certes son infidélité
ne méritait pas; toutefois Dieu est un Dieu saint et il arrive un moment où le
roi se trouve devant son tribunal et doit connaître le jugement de Dieu sur des
voies qui offensent sa sainteté. Le prophète Jéhu qui vient au-devant de lui,
est fils de ce Hanani qui avait prophétisé à Asa, père de Josaphat, lorsqu’il
avait appelé la Syrie à son aide, pour résister à Baësha. Aujourd’hui, les
circonstances avaient changé et Josaphat s’appuyait sur Israël pour vaincre la
Syrie. Pure politique, toujours opposée aux pensées de Dieu! Que ce soit d’un
côté ou de l’autre, on s’appuie sur l’homme, suivant les intérêts du moment; et,
sans hésitation, l’on change d’alliance pour combattre ses alliés d’autrefois.
Dieu n’est pour rien dans ces combinaisons. Tout au plus, verra-t-on un cœur
fidèle, comme celui de Josaphat, le consulter après
s’être engagé dans un chemin de propre volonté. Mais le moment vient enfin, où
Dieu exprime, par la bouche du prophète, sa réprobation sur une telle marche et
sur ses motifs.
Jéhu accuse Josaphat de deux
choses: «Aides-tu au méchant?» et «Aimes-tu ceux qui
haïssent l’Éternel?»
La seconde sentence est encore
plus grave que la première. Aimer le monde, c’est s’associer, se solidariser
avec son inimitié contre Dieu. «Adultères», dit Jacques, «ne savez-vous pas que
l’amitié du monde est inimitié contre Dieu?» (Jacq. 4:4). «Nul serviteur ne peut
servir deux maîtres», dit Jésus; «car ou il haïra l’un et aimera l’autre..» (Luc
16:13). Malgré toutes nos explications et nos excuses c’est ainsi, de fait, que
Dieu considère les choses. Retenons soigneusement cette vérité et qu’elle nous
empêche de nous associer au monde sous quelque prétexte que ce soit, pour
quelque œuvre que ce soit, ayant quelque belle apparence que ce soit. Comment,
si nous ne sommes pas attentifs à ces choses, pourrons-nous éviter d’être
atteints par le jugement qui s’abattra sur le monde? La grâce, sans doute, peut
nous épargner et le fera, mais aimerions-nous à partager le sort de Lot qui fut
sauvé comme «à travers le feu»? S’il ne s’agissait que
de notre responsabilité lors du jugement, nous serions couchés parmi les
morts, mais la grâce se plaît à voir, à travers tout, chez le fidèle engagé dans
un mauvais chemin, quelque chose qui correspond à sa sainteté et à sa justice,
et elle en tient toujours compte. C’est la pensée
consolante qui reparaît continuellement dans les Chroniques. Écoutons ce que dit
le prophète: «À cause de cela il y a colère sur toi
de la part de l’Éternel. Cependant il s’est trouvé de
bonnes choses en toi, car tu as ôté du pays les ashères, et tu as
appliqué ton cœur à rechercher Dieu» (v. 2-3). L’Esprit de Dieu avait déjà
présenté cette même vérité au sujet de Roboam (12:12). En recherchant l’alliance
d’Achab, Josaphat avait craint l’Éternel et avait insisté pour qu’on le
recherchât, mais cela ne l’excusait nullement (18:6). Seulement c’était
un point qui répondait aux pensées de Dieu et
celui-ci en tient compte. N’est-ce pas le cas de dire: Quel Dieu que le nôtre
Josaphat ne
répond rien au prophète; il accepte le jugement, non sans avoir appris sa
leçon. Au lieu de répondre il agit. Il reprend en
Juda la tâche commencée quand il faisait enseigner la loi au peuple (17:7-9),
tâche si misérablement interrompue par ses relations avec Achab au chap. 18. Il
s’efforce maintenant de produire chez le peuple et chez toutes les classes de la
nation un réveil pour servir Dieu et revenir à Lui: «Josaphat habita à
Jérusalem. Et de nouveau il sortit parmi le peuple, depuis Beër-Sheba jusqu’à la
montagne d’Éphraïm; et il les ramena à l’Éternel, le Dieu de leurs pères» (v.
4). Pour maintenir le caractère d’un peuple saint, consacré à l’Éternel, car sa
pensée dominante est l’intérêt pour le peuple de Dieu, il établit des juges en
Juda, de ville en ville.». Et il dit aux juges: Voyez ce que vous ferez; car ce
n’est pas pour l’homme que vous jugerez, mais pour
l’Éternel, et il sera avec vous dans ce qui concerne le jugement. Et maintenant,
que la frayeur de l’Éternel soit sur vous: prenez garde en agissant; car auprès
de l’Éternel, notre Dieu, il n’y a point d’iniquité, ni acception de personnes,
ni acceptation de présents» (versets 6-7). Lui qui avait si tristement marché
dans les voies de l’homme (18:3), il engage les juges à ne pas juger pour
l’homme, mais pour l’Éternel, preuve que sa conscience avait été atteinte par la
répréhension divine. Lui, auquel Dieu avait dit: «Il y a colère sur toi», dit
aux juges: «Que la frayeur de l’Éternel soit sur vous!» parce que lui-même
l’avait ressentie. Rien n’est plus puissant, pour exhorter nos frères, que
d’avoir eu à faire pour nous-mêmes à la discipline de Dieu, et d’y avoir appris
notre leçon jusqu’au bout, c’est-à-dire jusqu’à la pleine délivrance. C’est
ainsi que l’apôtre Pierre, qui peu de temps auparavant avait renié son Sauveur,
pouvait dire: «Vous avez renié le Saint et le Juste».
Il n’est souvent pas besoin
d’exprimer en paroles que nous avons appris de Dieu notre leçon — les
actes parlent plus sûrement que les paroles pour
montrer notre repentance. «S’il n’y a point d’iniquité, ni d’acception de
personnes auprès de l’Éternel, notre Dieu», pourrions-nous en avoir? Grâce à
Dieu, Josaphat est bien loin maintenant de l’alliance avec Achab ou Joram!
Les sacrificateurs et les anciens
sont engagés dans cette œuvre de juste gouvernement du peuple: «Et à Jérusalem
aussi, Josaphat établit des Lévites, et des sacrificateurs, et des chefs des
pères d’Israël, pour le jugement de l’Éternel et pour les procès. Et ils étaient
revenus à Jérusalem. Et il leur commanda, disant: Vous agirez ainsi dans la
crainte de l’Éternel, avec fidélité et d’un cœur parfait. Et quelque procès qui
vienne devant vous de la part de vos frères qui habitent dans leurs villes,
entre sang et sang, entre loi et commandement, statuts et ordonnances, vous les
avertirez afin qu’ils ne se rendent pas coupables envers l’Éternel, et
qu’il n’y ait pas de colère contre vous et contre vos
frères: vous agirez ainsi, et vous ne vous rendrez pas coupables...
Fortifiez-vous, et agissez, et l’Éternel sera avec l’homme de bien» (v. 8-11).
Combien les paroles du roi, que
nous avons soulignées, sont belles! La colère était contre lui, Josaphat; il ne
veut pas qu’il y en ait contre son peuple. Il accepte, sans murmurer, le
déplaisir de Dieu sur lui, pour que Juda n’en soit pas atteint. Cela rappelle
les paroles de David à l’aire d’Ornan (1 Chron. 21:17). Tel était aussi le
caractère de Christ, seulement le Seigneur se chargeait du jugement en n’ayant
mérité que le «bon plaisir» de son Père. Josaphat prenait le jugement sur lui,
comme ayant mérité la colère, et ayant été cause du mal qu’il voulait épargner
au peuple.
Au v. 11 le roi introduit de
l’ordre dans le gouvernement du peuple: le souverain
sacrificateur pour les affaires de l’Éternel; un prince de Juda pour les
affaires du roi; les lévites pour celles du peuple. Dieu est un Dieu d’ordre et
regarde avec soin à ce qu’il soit maintenu dans sa propre maison. Cette vérité
importante est développée dans la première épître aux Corinthiens. Le désordre
est contraire à la nature de notre Dieu et nous devons nous tenir soigneusement
en garde contre lui. Partout où nous le voyons surgir parmi le peuple de Dieu
nous sommes responsables d’intervenir pour revendiquer le caractère de Celui
auquel nous appartenons. Cet ordre exige que chaque classe de serviteurs ait sa
place et sa fonction, reconnues de tous.
Ce que le prophète avait dit à
Josaphat avait rencontré un écho dans sa conscience et dans son cœur. Malgré
l’annonce du jugement il était consolé par les encouragements de l’Éternel: Il
s’est trouvé de bonnes choses en toi; tu as appliqué ton cœur à rechercher Dieu.
Maintenant il peut exhorter son peuple à une marche active et fidèle, car il
sait que «l’Éternel sera avec l’homme de bien» (v. 11).