Premier
Livre des Rois
Chapitre
22
Achab et Josaphat
«Et on resta trois ans sans qu’il
y eût guerre entre la Syrie et Israël» (v. 1). Voilà donc à quoi avait abouti
l’alliance d’Achab avec Ben-Hadad, à part la question du jugement de Dieu: à un
court répit de trois années sans guerre! Puis Ben-Hadad, à peine libéré, n’avait
pas tenu ses promesses (conf. 20:34); il n’avait pas rendu Ramoth de Galaad.
«Savez-vous, dit le roi d’Israël à ses serviteurs, que Ramoth de Galaad est à
nous? Et nous nous taisons, sans la reprendre de la main du roi de Syrie!» Il
serait lâche de se taire; ainsi la guerre est de nouveau déchaînée. Dieu n’entre
pas en ligne de compte dans ces revendications entre peuples. L’histoire en est
toujours la même, et les nations chrétiennes de nos jours ne valent pas mieux,
sous ce rapport, que les nations idolâtres. Le désir de s’étendre, d’un côté,
celui de résister à ces empiètements, de l’autre, constituent le fond de la
politique. Dieu ne fait pas de politique; il est étranger à ces débats quoiqu’il
ait la haute main sur toutes choses et se serve de tout,
pour accomplir ses desseins.
Josaphat, fils du pieux Asa,
fidèle comme lui, pour maintenir sans mélange le culte de l’Éternel en Juda,
Josaphat était descendu vers le roi d’Israël. D’où provenaient ces relations? Du
fait que Josaphat s’était «allié par mariage avec Achab», non pas lui-même; mais
Joram, son fils, avait reçu pour femme une fille d’Achab (2 Chron. 18:1; 21:6).
Cette alliance était un grand mal, et le roi de Juda dut en éprouver les graves
conséquences. «Aides-tu au méchant, lui dit plus tard Jéhu, fils de Hanani, le
voyant, et aimes-tu ceux qui haïssent l’Éternel?» (2 Chron. 19:2). Cette
alliance entraînait fatalement le fidèle à épouser les intérêts d’un roi qui
n’eut pas son pareil en iniquité sur la terre d’Israël (21:25, 26).
«Viendras-tu avec moi à la
guerre?» dit Achab à Josaphat. Ce dernier répond: «Moi, je
suis comme toi, mon peuple comme ton peuple, mes chevaux comme tes
chevaux» (v. 4). Cette alliance entraîne donc Josaphat à déclarer que lui, le
pieux roi de Juda, est comme l’impie Achab, et à renverser la barrière qui
sépare l’homme de Dieu du monde. Y a-t-il une grande différence entre cette
parole et celle d’Achab à Ben-Hadad: «Tu es mon frère»? L’alliance avec le
monde, on ne saurait trop le répéter, nous rend solidaires de son iniquité. Dans
les livres historiques, nous rencontrons toujours de nouveau cette vérité
solennelle que, donner son concours, s’associer ou coopérer
à un système où le mal est toléré et reconnu, c’est se solidariser avec ce
système. On pourrait se demander si la repentance momentanée d’Achab
n’avait pas influé sur les dispositions de Josaphat. Cela ne nous est pas dit,
mais cela n’excusait le roi en aucune manière. Le fidèle ne reste pas dans un
système quelconque, parce qu’il peut s’y trouver du bien, mais parce qu’il est
approuvé de Dieu. Or Israël et son roi n’avaient plus à attendre que le jugement
définitif, et la ville ne contenait plus de justes qui pussent la sauver.
Cependant (v. 5-12), dans cette
fâcheuse alliance, Josaphat a trop de piété pour agir sans consulter l’Éternel
et sa parole. Achab rassemble immédiatement quatre cents prophètes. C’était
beaucoup. D’où venaient-ils, quand à peine quelques prophètes isolés se
trouvaient encore sur le territoire d’Israël? C’était peu, car un seul prophète
de l’Éternel suffisait pour faire connaître sa pensée. Ces quatre cents
prophètes d’Achab, qui sont-ils? Seraient-ils peut-être, sous un déguisement,
les quatre cents prophètes de l’ashère, divinité femelle, qui n’avaient pas été
détruits au Kison? C’est assez probable. Quoi qu’il en soit, si c’étaient les
mêmes, ils avaient changé de robe avec les circonstances. Ils prétendaient
maintenant parler par l’Esprit de Dieu, tandis qu’un esprit de mensonge qui
servait leurs propres intérêts, s’était emparé d’eux. On peut porter la livrée
de prophète de l’Éternel et mentir. Combien cela est fréquent en tout temps, et
plus encore aujourd’hui qu’autrefois. «Monte, crient-ils tous; et le Seigneur la
livrera en la main du roi» (v. 6).
Cependant Josaphat est mal à
l’aise. Il y a un sens spirituel qui avertit un cœur vrai, sans que peut-être il
puisse s’en rendre compte, que certaines manifestations n’ont pas l’Esprit de
Dieu pour agent. Ce n’est pas le don de discerner les esprits (1 Cor. 12:10),
qui n’appartient pas à tous, mais un sens qui, quelque faible que soit l’enfant
de Dieu, ne devrait jamais lui manquer. Il se sent mal à l’aise dans un milieu
opposé à Dieu, mal à l’aise en présence de certains discours qui ont la
prétention de sortir de lèvres religieuses et manquent du caractère divin, mal à
l’aise vis-à-vis de vanteries comme il s’en produisait devant le roi d’Israël.
Tel était le cas de Josaphat, aussi, après avoir assisté au spectacle provoqué
par sa parole à Achab: «Enquiers-toi aujourd’hui, je te prie, de la parole de
l’Éternel» (v. 5), il se voit obligé d’ajouter: «N’y a-t-il pas ici encore
un prophète de l’Éternel, pour que nous nous
enquérions auprès de lui?» (v. 7). Il lui suffirait qu’il y en eût un,
réellement séparé pour Dieu, pour contrebalancer les quatre cents autres. Achab
répond: «Il y a encore un homme, pour consulter l’Éternel par lui; mais
je le hais, car il ne prophétise pas du bien à mon
égard, mais du mal; c’est Michée, fils de Jimla» (v. 8). Il le haïssait, et il
en faisait de même à l’égard de tous ceux qui prononçaient sur lui le jugement
de l’Éternel. Il voulait que le prophète «prophétisât du bien à son égard». Tel
sera toujours le caractère du monde religieux. Ceux qui le composent se
choisissent des docteurs selon leurs propres convoitises, des docteurs qui leur
disent: mes frères, comme Achab lui-même disait: mon frère, à Ben-Hadad, des
docteurs qui les louent en exaltant le monde qu’ils habitent, et leurs prédisent
du succès et de la prospérité. L’intègre Josaphat ne peut supporter ces paroles.
Il a l’habitude de respecter toute parole qui vient de l’Éternel. On ne voit
pas, plus tard, qu’il conteste devant la parole de Jéhu qui le condamne (2
Chron. 19:1). «Que le roi ne parle pas ainsi!» dit-il (v. 8).
Achab n’a qu’une pensée: prouver
la méchanceté de Michée à son égard (conf. v. 18). Il le fait promptement
chercher. L’homme de Dieu se tenait naturellement à part des quatre cents
prophètes; bon exemple pour le roi de Juda qui s’alliait au roi profane. La
conséquence bien triste, mais nécessaire de cette alliance, est qu’il suivra
Achab au lieu de suivre Michée. Tel est l’effet des «mauvaises compagnies» sur
le croyant, et jamais on ne voit se produire l’effet inverse, c’est-à-dire que
le monde suive l’exemple des enfants de Dieu. Quelqu’un a dit: «Il n’y a pas
égalité dans une alliance entre la vérité et l’erreur, car, par cette alliance
même, la vérité cesse d’être la vérité, et l’erreur ne devient pas la vérité».
Michée, pour rendre plus solennel
ce qu’il va proclamer, parle d’abord comme les quatre cents prophètes: «Monte et
prospère; et l’Éternel la livrera en la main du roi» (v. 15). «Combien de fois,
reprend Achab, t’adjurerai-je de ne me dire que la vérité au nom de l’Éternel?»
(v. 16). On voit ici ce qu’est la conscience, même endurcie. Elle parle
au-dedans du cœur; elle dit à Achab: Ce que Michée dit ne peut être l’expression
de sa pensée. Et, quand même Achab recherche le mensonge, sa conscience le force
à vouloir la vérité. Il ne la suivra, ni ne lui obéira, mais le malaise produit
par sa conscience ne lui laisse pas de repos, jusqu’à ce qu’il entende, sache et
voie, comme le meurtrier, ramené malgré lui sur le lieu de son crime. Alors ces
paroles navrantes retentissent à ses oreilles: «J’ai vu tout Israël dispersé sur
les montagnes, comme un troupeau qui n’a pas de berger; et l’Éternel a dit:
Ceux-ci n’ont pas de seigneur; qu’ils s’en retournent en paix, chacun à sa
maison» (v. 17).
Le prophète ne s’arrête pas là. Il
montre l’esprit satanique de mensonge qui s’est emparé de tous les prophètes,
afin de faire monter Achab à Ramoth. L’Éternel dit: «Qui persuadera Achab, afin
qu’il monte et qu’il tombe à Ramoth de Galaad?» (v. 20). C’était le jugement de
Dieu, préparé d’avance contre Achab, jugement indirect, mais dont les esprits
démoniaques qu’il avait adorés, devenaient les instruments pour la perte de leur
victime.
Sédécias qui, dans cette scène,
avait joué le rôle principal, en se faisant des cornes de fer et en disant au
roi: «Avec celles-ci tu heurteras les Syriens, jusqu’à les exterminer» (v. 11),
Sédécias frappe Michée sur la joue et dit: «Par où a passé l’Esprit de
l’Éternel, d’avec moi, pour te parler?» (v. 24). Il prétend à la direction du
Saint Esprit et use de violence pour le prouver, mais il prouve ainsi quel
esprit l’anime. Lui aussi tombera sous le jugement, «quand il ira de chambre en
chambre pour se cacher» (v. 25).
Michée, comme tant de prophètes et
de fidèles serviteurs de l’Éternel, est jeté en prison, persécuté cruellement
pour la vérité qu’il a proclamée (v. 27, 28). Mais son témoignage s’étend,
devient par là public, comme plus tard celui de Paul. Il a l’honneur d’adresser
à tous la pensée de Dieu quant à l’avenir: «Peuples, entendez-le tous!» (v. 28).
Le pauvre Josaphat assiste muet à
cette scène. Étant sur le terrain de son allié, il n’a aucune autorité pour
contrecarrer ses ordres. Ses faibles remarques ont-elles changé les plans, les
décisions d’Achab? Trouve-t-il le courage de rompre cette alliance malheureuse?
Rien de semblable. Et à quoi lui sert-elle, sinon à être infidèle à Dieu? Il
monte avec le roi d’Israël à Ramoth de Galaad.
Mais voici cette conscience
importune qui vient de nouveau assiéger Achab. Si Michée avait dit vrai? S’il
avait réellement prédit sa mort dans cette expédition? Il veut et croit trouver
un moyen sûr d’échapper au jugement qui le cherche et le poursuit. Il se déguise
et, sous l’empire de la crainte égoïste, n’a pas même assez de noblesse de cœur
pour ne pas compromettre son allié, contre lequel, à cause de ses vêtements
royaux, vont se diriger les coups dans la bataille. Les chefs des chars se
détournent contre Josaphat, pensant avoir affaire à Achab. À ce moment,
«Josaphat cria». Nous voyons, en 2 Chron. 18:31, que dans cette extrémité,
Josaphat recourut à l’Éternel: «Josaphat cria, et l’Éternel le secourut». Il
n’abandonne pas les siens dans la détresse.
Achab est atteint par une flèche
tirée «à l’aventure», chose qu’il n’avait pas prévue. Il meurt en héros, comme
dirait le monde, soutenu encore mourant, sur son char, vis-à-vis des Syriens. Il
expire le soir et son sang remplit le fond du char. «Et on lava le char à
l’étang de Samarie, et les chiens léchèrent le sang d’Achab, là où les
prostituées se lavaient, selon la parole de l’Éternel qu’il avait prononcée» (v.
38). Ainsi s’accomplit le jugement contre lui, mais il ne trouvera sa pleine
exécution que plus tard, par les mains de Jéhu.
Comme les hommes qui écriraient
cette histoire l’écriraient autrement que Dieu ne l’a fait! Le règne d’Achab fut
long et relativement glorieux. Les victoires sur les Syriens sont, pour l’homme
qui n’aurait pas la révélation divine, des faits de haute valeur et de courage
intrépide; son alliance avec Ben-Hadad est de la noble clémence et de la bonne
politique, celle avec Josaphat est bien plus sage encore; la guerre de Ramoth
lui était imposée par l’honneur de son royaume. Les annales de son règne,
perdues probablement pour toujours, énumèrent toutes les villes qu’il bâtit et
fortifia, son palais d’ivoire, à l’instar probablement de celui de Salomon, et
d’autres choses encore (v. 39). Mais de tout cela il n’est rien resté que le
terrible exemple d’un homme responsable de servir Dieu et qui, le connaissant,
lui a préféré les idoles et ses convoitises et a haï les témoins fidèles du Dieu
d’Israël.
Quelques mots terminent ce livre
(v. 41-51) et reposent un peu le cœur au milieu de tant de ruines. Josaphat fut
fidèle, non pas sans reproche, car il ne mit pas assez de zèle à détruire les
hauts lieux, restes de l’idolâtrie qui s’était implantée en Juda. Il extermina
les êtres infâmes qui s’étaient établis dans le pays avec l’idolâtrie
cananéenne. Mais on voit, avec regret, qu’il n’apprit pas tout de suite la leçon
que Jéhu lui avait enseignée à son retour de Ramoth. Il se lia avec le fils
d’Achab, Achazia, qui agissait méchamment (2 Chron. 20:35-37), et s’associa avec
lui pour construire des navires et aller chercher en commun de l’or d’Ophir. Le
besoin des richesses acquises par l’alliance avec Achazia est un motif moins
relevé que le besoin d’influence acquise par l’alliance avec Achab. Mais le
Seigneur le reprit Éliézer, fils de Dodava, de Marésha, prophétisa contre
Josaphat, disant: Parce que tu t’es lié avec Achazia, l’Éternel a détruit tes
œuvres: et les navires furent brisés, et ne purent aller à Tarsis» (2 Chron.
20:37).
Grâce à Dieu, après les paroles du
prophète et la destruction de sa flotte, Josaphat avait compris ce qu’avait été
la grande faiblesse de sa vie, qu’une alliance avec le monde, pour quelque but
que ce soit, est une chose que Dieu désapprouve et qui amène un jugement sur ses
enfants. «Alors Achazia, fils d’Achab, dit à Josaphat: Que mes serviteurs
aillent avec tes serviteurs dans les navires; et Josaphat
ne le voulut pas» (v. 50).
Ce tableau, réjouissant après
tout, est suivi de quelques mots (v. 52-54) résumant le règne d’Achazia, fils
d’Achab, règne court, mais rempli de tout ce qui pouvait provoquer l’Éternel à
la colère. Sous son règne, le culte de Baal renaît en Israël, et le roi lui-même
se prosterne devant l’abomination des Sidoniens.